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VIRGULE DE LA SALIVE

Il m'a semblé utile d'étudier avec quelques délails, dans la précédente Leçon, les phénomènes du parasitisme et ses conséquences, parce que cette étude nous servira à comprendre plus aisément les faits que nous rencontrerons chez les Bactéries parasilaires.

Nous verrons, en effet, que lout ce que nous savons de ces derniers organismes peut se rattacher, comme cas très particulier, aux phénomènes généraux et constants précédemment indiqués : la même remarque doit s'appliquer, sans contredit, aux faits bien connus et à ceux qui, l’étant moins, semblent ne devoir pas rentrer dans la règle commune. Il ne sera donc pas inutile, pour concevoir aisément, dans leurs véritables rapports, les conséquences des phénomènes, d’avoir constamment présents à l'esprit

214 LECONS SUR LES BACTÉRIES les principes généraux que nous avons posés et les faits plus anciennement connus qui les établissent.

Cela étant dit, nous pouvons passer à l'étude des types les plus importants que l’on trouve chez les Bactéries parasilaires.

Il est naturel, nous semble-t-il, de parler d’abord, avec assez de détails, des Bactéries parasites des animaux à sang chaud et en particulier, de celles que l'on rencontre chez l’homme. Puis nous consacrerons quelques mots à celles que l’on a trouvées chez les autres animaux, enfin chez les plantes.

Parmi les Bactéries parasites chez les animaux à sang chaud, nous dislinguerons celles qui occasionnent des maladies bien caractérisées de celles qui sont peu nuisibles ou même qui ne le sont pas du tout. Parlons d'abord de ces dernières.

Le canal digestif et les voies respiratoires, le canal digestif surtout, offrent des milieux {res favorables au développement des organismes inférieurs, tels que les Champignons et les Bactéries : nous laissons volontairement de côté les Vers dont quelquesuns sont parasites dans l'intestin.

Il existe tout un groupe de Champignons qui se servent du tube digestif comme d’un lieu d'élection préféré, {out au moins comme d’un lieu de passage. Car, sile milieu qu'ils y trouvent n’est pas absolument indispensable à leur existence, il leur sert très

PARASITES DE L'INTESTIN 215 fréquemment et très normalement d’habital. Introduits avec les aliments, ces Champignons {rouvent, dans lintestin, à la fois la nourriture et le gîte nécessaires à leur premier développement qu'ils achevent à l'extérieur où ils sont entraïinés avec les matières de déjection. Toutes les espèces de Champignons, vivant sur les excréments, pourraient nous servir d'exemple, à l'appui de ce que nous disons.

Pour les Bactéries, elles se présentent dans le tube digestif en nombre très considérable et avec des formes très diverses. Une étude détaillée et une classification exacte de Loutes les espèces sont encore à faire.

M. Nothnagel (1) a trouvé, dans l'intestin, le Bacillus subtilis, le Bacillus amylobacter el d’autres formes qu’il n’a pas définies avec précision.

M. Bienstock a indiqué son type en « baguette de lambour » (2) dont nous avons parlé.

Dans l'intestin des poules, M. Kurth (3) a trouvé le Bacterium Zopfii (Voir page 42). Enfin, il faut indiquer encore la présence constante, d’après M. Van Thieghem, du Bacillus amylobacter dans la panse de l’estomac des ruminants (Voir page 187).

(4) H. Nothnarel. — Die normal in d. menschl. Darmentleerungen vorkommenden niedersten pflanzl. Organismen. Zeitschr. f. Klin. Medicin. SE BESLIE

(2) Bienstock. — Ueber d. Bacterien d. Faeces. — Zeitschr. f. Klin. Mediein. T. 8.

(3) Kurth. — Bacterium Zopfii. Bact. Zeitg, 1883, p. 369.

216 LEGONS SUR LES BACTERIES

D’une maniere normale, dans la caillette de l'estomac des ruminants, l'acidité de suc gastrique empêche la présence de la plupart des Bactéries. C’est ainsi que les expériences de M. Koch sur le charbon ont montré que les cellules végétatives du Bacillus anthracis sont tuées par le suc gastrique el que les spores seules peuvent résister à son action. Il peut en être de même pour d’autres espèces et il n'est pas inulile de remarquer qu'il se fait ainsi dans un estomac sain une sorte de triage des diverses Bactéries introduites avec la nourriture. Il n’en reste qu'un certain nombre qui arrivent dans l’intestin susceptibles de se développer.

Il est certain que toutes les espèces sans exceplion ne sont pas soumises à cetle action destruclive du suc gastrique. Là aussi il y a des différences suivant les espèces : c’est ce que prouve l'existence du Sarcina ventriculi, Goodsir (fig. 16).

Le Sarcina ventriculi est composé de cellules arrondies, réunies en masses ayant à peu près la forme d’un cube; les cellules sont rangées en assises régulières, parallèles aux faces du cube et agglulinées par une membrane fortement gélatineuse. La comparaison des stades successifs de l’évolution montre clairement que ces masses cubiques proviennent d'une cellule primitivement ronde, qui se découpe et se multiplie suivant trois directions rectangulaires, en donnant un premier cube qui se par-

SARCINA VENTRICULI. DA

tage lui-même en cubes semblables plus petits. Chacun de ces derniers provient de l’une des cel-

SARCINA VENTRICULI Goodsir. — Pris chez un sujet atteint d’une maladie d'estomac; grossissement 600 fois, après action de l'alcool, de l’iode et de la glyécrine. — a et # côte à côte dans un même champ du microscope. — a. Forme à grosses cellules claires : les cloisons de séparation y sont finement indiquées. — 5. Forme à cellules petites et sombres. — Les deux figures sont, autant que possible, dessinées d'après nature.

lules primitives, formées par division de la cellulemère : on comprend ainsi la multiplication successive des masses cubiques. Mais c’est là tout ce que l’on sait du développement du Sarcina.

Il faut ajouter que, d’après ce que j'ai eu souvent l'occasion de vérifier, il existe deux formes distinctes, que l’on trouve dans les cellules de Sarcina prises en grandes masses : l’une est formée de cellules relativement grosses, la seconde de cellules plus petites; la première (fig. 16, a) étant en outre, dans les mêmes conditions, beaucoup plus transparente que l’autre. Ses cellules sont fréquemment traversées par des cloisons excessivement fines, simples ou en croix qui montrent la division des

cellules en train de se faire. On ne sait d’ailleurs rien sur les rapports génétiques qui existent entre ces deux formes.

Le Sarcina se rencontre souvent, à l’état de Saprophyte, en dehors de l'organisme : M. Pasteur el M. Cohn l'ont trouvé dans des cultures, sans ensemencement préalable; M. Schroeter l’a observé sur des pommes de terre cuites; enfin j'ai eu l'occasion de le voir, dernièrement, dans de la bière devenue acide. La rareté de ces observations suffit pour prouver l'existence peu fréquente des Sarcina. Dans les cas que nous rapportons, le Sarcina formait de pelites masses jaunes quelquefois superficielles. Il se rencontre assez souvent dans le corps humain assez rare dans le poumon, les reins et surtout dans le sang, il se trouve, en masses parfois considérables, dans l'estomac et les diverses dilalations que cet organe prend chez le, différents animaux.

Ce que nous avons dit de son existence possible à ‘état de Saprophyle permet de comprendre comment il arrive dans l'estomac et les autres parties du corps. Mais on ne sait rien de précis sur les raisons qui déterminent son développement rapide en certains points, faible ou mème nul en d’autres, ce qui a lieu fréquemment. Des essais de culture en dehors de l'organisme n’ont pas donné jusqu'à présent de résultats positifs. Enfin, il ne semble pas exister de rapport élroit entre la vie du Sarcina et le dévelop-

SARCINA VENTRICULI 219 pement d'une maladie quelconque : autrement dit l’on n'a pas trouvé chez cel organisme d'influence pathogène.

Des formes analogues au Sarcina ventriculi se trouvent dans l'intestin d’autres animaux. Nous n’avons pas grand'chose à dire de leur détermination spécifique, à l’exceplion pourtant d'un organisme qui se rencontre chez la poule el chez d’autres oiseaux et qui présente, suivant M. Zopf, quelques différences de forme avec le Sarcina ordinaire.

La muqueuse buccale, aussi bien que la muqueuse nasale, contient des Bactéries en nombre considérable. La muqueuse du nez, en particulier, renferme des Bacleries dont on a signalé la présence constante dans les sécrétions nasales : elles caractérisent une affection qui sévit surtout au printemps sous le nom de févre des joins. Je puis affirmer, quant à moi, pour l'avoir expérimenté personnellement, que, pendant les dix ou onze mois que la fièvre ne sévit pas, ces Bactéries existent cerlainement dans la muqueuse. Ce sont, autant que j'ai pu m'en rendre compte, des bälonnels courts, analogues à ceux du Bacillus termo.Existe-t-1 des formes spécifiques différentes suivant l’époque où on les observe et quelques-unes de ces formes prédominent-elles à certains moments de l’année? C'est ce qui n’a pas été étudié.

On connait un peu mieux les formes de Baclöries très nombreuses qui existent dans la muqueuse buc-

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cale. On les rencontre surtout dans la région des gencives. entre les dents et sur les dents mêmes ; dans le reste de la bouche et dans la salive, elles sont moins abondantes bien que leur nombre soit encore relativement considérable.

En prenant un peu de salive sur une dent, on voit que la malière légèrement visqueuse qu’elle contient est en grande partie formée d’un organisme parüiculier, désigné depuis assez longtemps par Robin sous le nom de Leptothrix buccalis (fig. 17, a). Ce sont des filaments longs, volumineux, roides, réunis en faisceaux épais, facilement

séparables {ransversalement en articles plus courts, d’inégale grosseur : les plus gros filaments ont un diamètre {ransversal qui dépasse 1 x: les autres sont de moili6 plus petits. La longueur des articles ou des cellules séparées est aussi variable et égale ou dépasse de plusieurs fois

(1) BACTÈRIES PRISES SUR UNE DENT. — Dans une même préparation :e et b après coloration, les autres à l’état frais. — Grossissement 600 fois — a. Leplothrix buccalis, filaments ou portions de filaments de différentes grosseurs. — 4. Portion de filament plus gros et montrant les cellules dont il est composé, après l'action de la solution alcoolique d’iode. — c. Filament très aminci à l'une de ses extrémités, montrant la division en cellules sans l'emploi d'aucun réactif. — d. Bacille en virgule de Lewis. — e. Spirochæte buccalis. — m. Microcoques.

LEPTOTHRIX BUCCALIS 221 leur largeur. Quant aux filaments, ceux qui sont formés d'articles courts et épais, présentent la réaction de la granulose (Voir page 12). Mais le même filament peut indifféremment ou successivement prendre la coloration bleue ou jaune.

M. Rasmussen (1) a distingué, dans des cultures, {rois formes spéciales du Leptothrix buccalis. Je ne puis juger l'exactitude du travail de cet auteur, car je ne le connais que par un compte rendu qui m’en a été fait.

Les faisceaux de Leptothrix contiennent souvent des cellules rondes ou « coques » rassemblées irrégulierement en épaisses masses gelalineuses et immobiles comme le Leptothrix lui-même (fig. 17, m).

Si l’on ajoute un peu de liquide, pour delayer la salive {r&s visqueuse que l’on observe, on arrive à isoler, en troisième lieu, un autre organisme qui se lient dans le voisinage des faisceaux de Leptothrir et qui est une forme de Spirillum : c’est le Spirochaete buccalis où Spirochaete dentium.

Ce sont des filaments d’une exir&me tönuile, sans cloisons transversales visibles, contournés en lirebouchon, avec trois à six spires, quelquefois plus, souvent irréguliers ; ces filaments sont parfois arqués et animés d'un léger mouvement de rotation ou simplement immobiles (fig. 17, €).

(4) Rasmussen. — Ueber die Cultur von Mikroorganismen aus dem Speichel gesunder Menschen. — Dissert. Kopenhagen, 1883. D'après un compte rendu in Botan. Centralblat, 1884. T. 17, p. 398.

Enfin l’on peut observer fréquemment, sinon toujours, un autre organisme, un Bacterium en bâlonnels courts el recourbés en are : ıl a été décrit par M. Lewis (1) sous le nom de Bacille-virgule (Kommabacillus) de la salive; ıl présente, dans les liquides, des mouvements très vifs et très brusques.

Nous avons à peine besoin de faire remarquer, qu’oulre ces dernières formes, la salive peut contenir toules les autres Bactéries saprophytes ordinaires, et M. Rasmussen en a cité, en effet, comme le Bacillus amylobacter. M. Hueppe en indique deux chez l'homme : ce sont des microcoques pouvant donner naissance à de l'acide lactique (Voir plus haut page 175). Enfin, il est beaucoup d’autres types qui ne se développent pas dans la bouche d’un individu sain, Il est possible que leur développement soit empêché par celui des Bactéries citées plus haut, que l’on trouve ordinairement dans la salive.

Je prends soi de répéter que j'ai dû me borner à citer purement et simplement les formes diverses telles qu'elles se présentent, en les plaçant les unes après les autres, sans avoir la prétention de les grouper suivant leurs propriétés génériques, qui ne peuvent pas encore entrer en ligne de compte dans la classification. Cependant, le peu qu'on en sait semble faire pressentir que, très probablement, l’on

(1) Lewis. — Memorandum on the Comma-shaped Bacillus, etc. The Lancet, 2 sept. 1884.

LEPTOTHRIX BUCCALIS 223 arrivera à les classer en plusieurs espèces distinctes.

Les Bacléries qui habitent les voies digestives et respiratoires de l'homme, y compris les espèces très voisines que l’on a trouvées chez les mammifères, paraissent être des organismes sans aucune influence nuisible, pour la plupart : celles de la bouche peuvent même avoir une action protectrice contre les organismes étrangers capables de provoquer des fermentations. Parmi les ferments qui arrivent à se développer, on pourra citer ceux de la fermentation lactique : quant aux Microcoques, au Leptothrix buccalis et à toutes ces formes qu'on a réunies sous ces deux noms, il reste à voir si elles ont un effet

pathogène quelconque, si elles sont l’origine d’une maladie ou d’une perturbation physiologique, quelle qu'elle soit.

Les travaux de M. Miller (1) ont fait attribuer la carie des dents à la présence de ces organismes; ils pénètrent, d’après cet auteur, dans l'émail et le cément, puis dans les canalicules du cément pour arriver jusqu à la pulpe dentaire qu'ils détruisent peu à peu. Les dents saines sont à l'abri de leur action. Il faut, pour qu'ils puissent pénétrer jusqu'à la pulpe, qu'il y ait eu un point où l'émail ait été enlevé, c'est ce qui peut arriver par suite de la formation d'acides dans la bouche.

(4) W. Miller. — Der Einfluss auf d. Caries d. menschl. Zahn. Archiv., f. Exp. Pathologie. XV. 1882.

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