‹ Leçons sur les bactériesChapitre 34 sur 52 · ROUE · texte numérisé non relu

ROUE

ter complètement indemnes. M, Gi-

bier a expérimenté sur des grenouilles, M. Metsch-

(1) A. BacırLLus ANTuRACGIS. — Deux filaments, dont une partie est en train de former des spores. — En haut deux spores müres, mises en liberté. Préparation sur le porte-objet dans une solution d'extrait de viande. — Les spores remplissent presque complètement la cellulemère, dans le sens transversal.

B. Bacırıus suprinis. — Voir l'explication, page 39, fig. 3.

nikoff sur des lézards (Lacerta viridis). Mais ces derniers animaux ne sont sensibles au charbon que si l’on prend soin d'amener et de maintenir leur corps à la température habituelle du corps des animaux à sang chaud.

Mais nous ne voulons pas entreprendre ici la discussion détaillée de tous les faits observés dans les différents groupes du règne animal, et nous nous en liendrons aux résultats bien précis trouvés chez les mammifères. On trouvera dans la Bibliographie, à la fin du livre, la liste des principaux travaux sur ce sujet (1). Nous nous bornerons à dire que la résislance de chaque animal dépend d’abord del'espèce à laquelle il appartient, puis de sa race, de son âge el enfin elle varie suivant chaque individu.

Le charbon est une maladie très répandue. On sait depuis longtemps qu'elle éclate avec persistance dans certaines contrées, qu'il existe des districts « maudits » particulièrement dangereux pour le bétail et très redoutés des agriculteurs.

Les symptômes de la maladie sont différents suivant les animaux atteints: les plus gros résistent parfois plus ou moins longtemps, avec une fièvre très forte, et ne succombent pas toujours. Les souris et les cobayes meurent presque constamment sans présenter avant la mort de symptômes bien caractéris-

1) Voir la note de la page 225.

CHARBON 229 tiques. Les cobayes, en particulier, continuent à se montrer {res vifs, pleins d’appetit jusqu'au moment où ils périssent, après une très courte agonie, ce qui arrive en général quarante-huit heures après qu'ils ont été alteints par les premières attaques du mal.

Si l’on examine le sang d’un animal charbonneux, aussitôt ou peu de temps après la mort, on le trouve rempli de bâlonnels du Bacillus anthracis (ig. 18, c). Chez les gros animaux, tels que les bœufs, „leur nombre paraîl être assez variable, suivant les cas. Je dis « parait être assez variable » pour des raisons que nous ne tarderons pas à examiner. On en trouve toujours dans les capillaires des organes internes, en particulier dans la rate. Chez les lapins et. les souris, ils ne sont pas nombreux dans le sang, suivant M. Koch : les ganglions lymphatiques et la rate en renferment davantage. Chez les cobayes, que j'ai eu surtout l’occasion d'examiner, toute la masse sanguine est bourrée de bâtonnets. Chaque goutte de sang, si petite qu'elle soit et si imperceptible qu'elle paraisse, prise dans l'oreille, dans la patte, dans une partie quelconque du corps, en contient des quantités considérables. Les petits vaisseaux el les capillaires du foie, de la rate surtout, en renferment en abondance.

Tels sont les faits que l’on observe quand on examine un animal charbonneux peu de temps après la mort. Plus tard, lorsque la rigidité cadavérique a

disparu, il en est autrement: on peut prendre du sang dans les gros vaisseaux, dans le cœur même, en quantité considérable, sans y {trouver un seul bâtonnet. On en trouve cependant dans les caillots où ils sont parfois agglulines en masse et où l'on peut, disons-le en passant, aller les chercher pour faire dans ces circonstances des cultures du Bacille charbonneux. Il est fort possible que, dans les cas où l’on n'observait qu'un nombre {res restreint de Bactéries dans le sang, on ait négligé d'examiner les eaillots, surtout si l'animal &lait mort depuis assez longtemps pour que la coagulation du sang füt presque achevée. C’est une remarque qu'il n'est pas inutile de faire pour expliquer les différences que lon observail dans le nombre de Bactéries charbonneuses {rouvées après la mort.

Les bâtonnets du charbon ont été vus pour la première fois par Rayer en 1850 el retrouvés ensuite par Pollender en 1855. Le rapport qui existe entre la présence du Bacille et l'existence de la maladie a été mis en [lumière pour la première fois par Davaine, en 1863, et prouvé de notre temps par M. Pasteur, le la manière la plus indiscutable, malgré les nombreuses contradictions qu'on lui a opposées. Il a été démontré, sans aucun doute possible, que la maladie ne peul éclater que si le Bacille a été introduit dans le sang; d’aulre part, l'introduction du Bacille dans le sang a pour effet immédiat de faire contracter le

CHARBON 231 charbon à l'animal inoculé. La maladie se déclare lorsque le Bacille a été apporté vivant dans le sang, par une inoculation préalable, d'où le nom, dans ce cas, de charbon par inoculalion, par blessure; mais Ja maladie peut naître aussi, sans qu'il y ait eu inoculation préalable à travers l'épiderme extérieur ; il peut y avoir infection à l'intérieur, par la muqueuse intestinale, sans que celle-ci soit déchirée : d'où le nom de charbon par l'intestin (Darmmilzbrand) donné quelquefois à la maladie, contraclee dans ces circonstances.

Le charbon est dü à la présence soil de bälonnets vivants, soit de spores germant dans le sang ou dans l'intestin. Dans les deux cas, il est indifférent de prendre directement la Bactérie charbonneuse à un animal malade ou dans une culture appropriée, dans laquelle on a su se débarrasser de toute trace appréciable des produits étrangers que l'organisme malade a été susceptible de sécréter ; enfin, le Bacille mort et, par suile, incapable de végéter, n'est plus apte à reproduire la maladie.

Un fois introduite dans le système circulatoire d’un animal, la Bactérie charbonneuse s’accroit et se multiplie en donnant des bâtonnets qui se répandent dans tout l'organisme, grâce à Ja division répétée qu'ils ne lardent pas à subir, et aussi grâce à la circulation sanguine qui les entraîne avec elle. A mesure que leur nombre augmente, la maladie

fait des progrès plus rapides etse lermine ordinairement par la mort. Une quantité infiniment pelite de Bacilles suffit pour produire ces divers phénomènes. C'est ainsi qu'un cobaye, par exemple, succombe au bout de quaranle-huil heures, quand on lui a introduit sous la peau, à l’aide d’une piqûre d’aiguille, quelques spores ou quelques bâtonnets, en quantité si peu considérable, qu'on ne peut les distinguer à la loupe : la piqûre elle-même est si faible qu'elle n'amène pas l’effusion d'une seule goutte de sang.

C'est donc un fait bien acquis que le charbon, par inoculalion ou par blessure, peut être occasionné en introduisant dans l'organisme des spores ou des bä- Ionnels vivants.

Le charbon, par l'intestin, ne peut être donné avec certitude, comme l'ont montré M. Koch et ses collaborateurs, qu'en introduisant dans le tube digeslif des spores de la Bactérie. Dans les conditions nalurelles, le Bacille du charbon ne peut être introduit dans le tube digestif que par la bouche, c’esta-dire avec les aliments. Il est donc forcé de traverser l'estomac où les bälonnels sont tués par l'action de l'acide contenu dans le suc gastrique. Y sont-ils tous détruils et le sont-ils complètement? C'est ce qu'il est difficile de savoir. En tout cas, les spores passent certainement dans l'estomac sans y èlre attaquées el, arrivées dans l'intestin, elles y trouvent les conditions nécessaires à la germinalion;

CHARBON 233 aussi rencontre-t-on dans l'intestin, des bâlonnels provenant des spores, et logés, de préférence, dans les follicules clos et les glandes de Peyer. Enfin la muqueuse intestinale contient en grande quantité des capillaires par lesquels la Bactérie se répand librement dans le sang.

Ce sont surtout les ruminants qui sont susceptibles, d’après les auteurs que nous venons de citer, de prendre le charbon par l'intestin. Les expériences ont été faites sur des moutons. Les observations faites sur les bœufs, dans des cas de charbon spontané semblent montrer que ces animaux se comportent de la même manière que les moutons. Ces diverses observations donnent au moins ce résultat pratique important que les cas de charbon qui se produisent spontanément chez les animaux, c’esl-àdire ceux qui n'ont pas lieu après inoculation ou tout autre traitement artificiel, sont surtout amenés par l'introduction, dans l'intestin, des spores charbonneuses existant dans le fourrage ingéré.

D’autres animaux sont moins sensibles à ce « charbon par l'intestin »; dans quelques expériences seulement on réussit à contaminer des cobayes, des lapins et des souris; les rats, les poules et les pigeons se montrèrent complètement réfractaires.

On est en droit de se demander de quelle manière les spores peuvent arriver à s'introduire dans un animal. Elles ne se forment certainement pas dans

l'animal vivant ni même dans le cadavre non ouvert et laissé intact : il n’y a là qu'un simple phénomène de végétation. Mais rappelons-nous que le Bacille, nous l'avons déjà dit, peut non seulement germer el se développer, mais encore former des spores en dehors du corps de l'animal : de plus, les spores ne se produisent jamais dans l'organisme, même quand les conditions semblent leur être très favorables. Les conditions dans lesquelles se fait la vie non parasitaire du Bacille charbonneux sont les mêmes que celles indiquées pour les êtres saprophyles. Il faut à la fois de l’oxygène en excès pour que le développement puisse s'activer complètement, une lempérature oplimum qui est ici de 20° à 25°, pour la formalion des spores, une nourrilure suffisante qui peul être composée, l'expérience nous lapprend, d’un très grand nombre de substances organiques. Ces substances peuvent ne pas ètre seulement d’origine animale, comme des parties du cadavre charbonneux, des déjections sanguinolentes de Fanimal malade, des solutions d'extrait de viande qui ont servi à M. Cohn (Voir p. 26) pour faire des cultures du Bacille. On peut prendre des matières organiques très diverses, des matières végétales, par exemple, pourvu qu’eiles ne soient pas trop acides, comme la pomme de terre, les betteraves, les graines, ele. Le Bacille vit à la surface humide de ces cultures, en formant des masses épaisses qui renferment, à la fin

CHARBON 239 de la période végétative, un nombre très considérable de spores.

il est évident, d'après ce qui précède, que le Bacille du charbon appartient à la catégorie des Parasites facultatifs dont il a élé question à la page 203. Mais il est avant {out Saprophyte, puisqu'il peut non seulement passer une partie de son exislence à l’état de Saprophyle, mais qu'il en a absolument besoin pour achever son évolution et produire des spores. D'autre part, il peut devenir parasite, en arrivant sous la forme de bätonnels ou de spores chez l'hôte qui doit le nourrir et le loger, et c’est alors qu'il agit comme organisme pathogène, de la manière que nous avons vue.

“bes phénomènes qui caractérisent la marche du charbon sont faciles à expliquer, maintenant que nous connaissons le mode de vie du Bacille qui en est la cause: il suffit d'admettre, une fois pour toutes, son existence et de le trailer comme on ferait d'une espèce quelconque animale ou végélale.

Le fait que le charbon peut se développer spontanement, et, en réalité, se développe habituellement ainsi dans l'intestin, prouve, nous l'avons vu, que le Bacille, passant de la vie du Saprophyte à la vie parasitaire, pénètre à l’élat de spore dans le corps de l'animal et, pour cela, s'introduit par la voie ordinaire, a vec les aliments. Les endroits où celle introduclion du Bacille se fait en général, sont, pour le

bétail, les prairies, les lieux de pâturage, ete. Il est clair que les matières organiques, que l’on rencontre loujours en ces endroits, permettent au Bacille d'achever facilement sa végétation ; il trouve sans peine, en été, la chaleur nécessaire pour la formalion de ses spores ; après quoi il peut aisément passer l'hiver à cet état (Voir page 92), el survivre d'une année à l’autre pour propager et entretenir constamment la maladie.

Mais pour quels motifs une contrée est-elle soumise au charbon et une autre ne l’est-elle pas? C’est ce qu'il est difficile de préciser. M. Kocha voulu donner une explication de ce fait, en faisant intervenir les conditions d'humidité et de pluie, d’inondalion, elc., comme causes principales de la végétalion et de la propagation du Bacille. Les expériences nécessaires pour qu'on puisse se livrer à un sérieux examen font défaut.

Après avoir passé à l’elat parasitaire, dans le corps des animaux morts ou malades, le Bacille n’a pas besoin, forcément, de revenir dans le même état aux endroits infestés. Car il ne lui est pas possible d'achever son développement comme Parasite et ses cultures nous montrent qu'il peul vivre comme Saprophyte, pendant plusieurs généralions.

D'un autre cöle, nous savons quil peut cesser d'être parasite en quittant le corps de l'animal,

ava nt ou après la mort de celui-ci, à condition qu'il

CHARBON 237 lui soit donné de conserver ses propriétés végétatives, longtemps après la mort de l’animal; il peut se faire aussi qu'il soit rejeté sur le sol avec les déjections et le sang que laisse échapper la bête charbonneuse. [Il trouve dans les cadavres en décomposition un milieu tout formé pour son développement.

La Bactérie de charbon peut aussi être propagée à l’état de parasite, infester les points où les animaux charbonneux succombent et ceux où leurs cadavres sont enfouis. C’est ce que la pratique a depuis longtemps démontré. C’est ainsi qu'une localité peut devenir un foyer d'infection. Même lorsqu'il n’y a pas, dans ces lieux, de gros bétail, il suffit de la présence de plus petits animaux, comme les rongeurs, si sensibles au charbon, pour entretenir la maladie et la propager. D'ailleurs, toutes ces conditions réunies ne sont pas nécessaires pour que le charbon se produise et il en est bien d’autres, que nous pourrions rapporter ici, qui expliquent son existence.

Ajoulons encore, pour compléter ces renseignements, que le Bacille peut passer, on le comprend aisément, d’un animal à l’autre et propager ainsi la maladie. C’est pour cette raison que le charbon est dit une maladie contagieuse. La contagion se fait par suite d'une inoculation accidenteile ou d’une blessure. Elle a lieu par l'intermédiaire des bätonnels, qui existent seuls dans l’animal vivant et qui pénètrent dans le sang où ils peuvent continuer à se

développer. Ces quelques mots suffisent pour nous donner une idée des variations {rès grandes dans les circonstances qui peuvent produire la contagion. On altribue une influence assez considérable, comme moyens de propagation de la maladie, aux insectes à aiguillon et aux mouches : il suffit, en effet, que ces insectes aient sucé ou piqué un animal charbonneux pour qu'en se posant ensuile sur un animal sain, ils fassent ainsi une véritable inoculation du charbon.

L'action de la Bactérie sur les organismes dans lesquels elle vit est comparable, jusqu'à un certain point, à celle que produirait un poison ou virus: aussi dil-on qu'elle a une action virulente, ou plus simplement qu'elle est »irulente.

Cette virulence peut &lre « atlénuée » peu à peu jusqu'à ce que la Bactérie devienne inoflensive même pour les animaux les plus sensibles à la maladie, comme les souris. D’après les expériences de M. Pasleur, on arrive à cette atténualion en cultivant le Bacille dans des liquides neutralisés, comme du bouillon de viande, du bouillon de poule, en présence d’un excès d'oxygène, à la température de 42° à 43°. MM. Toussaint et Chauveau obtiennent le même résullat en employant une température plus élevée. Par cette méthode, les Bactéries du charbon finissent par périr dans ces cultures, c’est ce qui arrive, suivant M. Pasteur, au bout d'un mois environ ou davanlage. Jusque-là, le Bacille continue à végéter

CHARBON 239 sans rien perdre de ses propri6les morphologiques, si ce n'est que la formalion des spores est retardée ou même complètement arrêlée; ce dernier point a élé établi par des observations directes de MM. Koch Gaffky et Loeffler. Avant le moment où il est mort, on peut culliver à nouveau le Bacille el obtenir de nouvelles spores en le soumetlant à une température convenable.

A des températures plus élevées, l’atlénualion complèle du Bacille s'oblient au bout de peu de temps : à 45° ıl faut quelques jours, à 47° quelques heures, à 50° ou 53° quelques minutes. Entre 42° et 43°, suivant les {rois observaleurs que nous avons nommés, il v a des différences notables entre les temps nécessaires pour amener l’allönualion, quand on fait varier la lemperalure par dixièmes de degré : ces différences sont en faveur d’une abréviation dans le temps, à mesure que la chaleur augmente.

Avec des cullures faites entre 42° et 43°, on obtient des bouillons qui se montrent successivement inoffensifs pour les animaux considérés d’après l’ordre descendant de leursensibilité à la maladie : c’est-àdire que ce sont d’abord les lapins qui se montrent réfractaires au charbon, puis les cobayes, et enfin les souris. Ilexiste nalurellement quelques varialions de peu d'importance, suivant l’âge el les conditions particulières des individus considérés.

Nous avions déjà fait remarquer que le Bacille

du charbon se montre susceplible de se développer dans d’autres bouillons quand on le prend à un degré quelconque de l’atténuation, avant qu'il n'ait été détruit. Cullivé dans de bonnes conditions, il croît, d'une manière normale, en donnant des spores; mais, chose curieuse, les, générations successives et celles qui proviennent des spores ainsi formées conservent le degré précis de virulence atténuée qu'elles avaient dans le bouillon primitif. Les unes, par exemple, tueront encore les souris et ne feront rien aux cobayes; d’autres laissent réfractaires les souris elles-mêmes. Des cultures de cette dernière espèce ont été continuées pendant des années par MM. Koch, Gaffky et Loeffler, sans qu’il y ait eu une modification quelconque dans le degré de leur virulence.

Pour les Bacilles qui ont perdu très vile leur virulence, quand on les a soumis à des températures élevées, à 47°, 50° et même davantage, 1ls ne tardent pas à reprendre leur virulence primitive dans des cultures appropriées.

Le retour de l’état atlénué à l'état virulent est cependant possible, mème chez les formes qui ont été {res lentement atténuées. M. Pasteur a montré que la Bactérie qui est atténuée, au point de ne plus tuer les cobayes adultes, mais seulement les jeunes cobayes d’un jour, peut récupérer sa viruleuce primitive ettuer de gros animaux, après des inoculalions successives sur des cobayes plus âgés.

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