‹ Leçons sur les bactériesChapitre 36 sur 52 · CHOLÉRA DES POULES · texte numérisé non relu

CHOLÉRA DES POULES

Le choléra des poules (1) est une maladie qui s’allaque de préférence à la volaille de nos basses-cours et qui montre, sur les points qui nous intéressent, des phénomènes analogues à ceux que nous avons étudiés dans le charbon.

(1) Pasteur. — Comptes rendus, T. 90 (1880), p. 239, 952, 1030; T. 92 (1881), p. 426. — Semmer. — Ueber die Hühnerpest. Deutsche Zeitschrift für Thiermediein, T. 4 (1878), p. 244.

La maladie décrite par Perroneito: Archiv. f. wiss. u. pract. Thierheilkunde, T. 5 (1879), p. 22, ne semble pas être le choléra des poules.

M. Pasteur, qui a fait l'étude de cette maladie, en a distingué deux types: la maladie aiguë et la maladie chronique. Les symptômes caractéristiques de la première forme sont un état d’ahurissement profond et de sommeil prolongé ; l'animal repose à terre, les yeux fermés, les plumes hérissées, immobile et insensible : cet état général s'accompagne d’inflammations et d’ulcérations profondes de l'intestin. A l'autopsie, on trouve des abcès dans différents organes, une dégénérescence graisseuse des muscles, etc. Cet état se termine, au bout de deux à vingt et un jours, par la mort : la guérison est très rare.

La forme chronique présente les mêmes symplömes, mais aves des caractères moins prononcés ; dans certains cas, il ne se produit que des abcès locaux. La maladie peut se prolonger pendant plusieurs semaines et se terminer assez fréquemment par la guérison.

L’autopsie faite chez les animaux qu'on sacrifie pendant qu’ils sont malades ou qu’on laisse succomber à la maladie, montre dans le sang, dans les abcès, dans la muqueuse intestinale, une grande quantité de petites cellules rondes. Ce sont des Microcogues ou des Bacterium en courts bâtonnets. Leur caractère morphologique principal est de se multiplier par bipartition et de ne présenter aucune mobilité. On n’a pas observé non plus la formation de spores endogènes. C’est tout ce qu’on peut dire de général, à ma

CHOLERA DES POULES 259 connaissance, des résultats connus et je n’ai pu, pour ma part, avoir l’occasion de faire des recherches personnelles sur cette maladie.

Le Microcoque du choléra des poules peut être cultivé en dehors de l'organisme : ilse développe admirablement bien dans du bouillon de poule neutralisé, moins bien ou pas du tout dans d’autres liquides, suivant M. Pasteur. La présence de l'oxygène est nécessaire à sa végétation. On le voit, dans les liquides de culture, au fond des vases lorsque la végétation est terminée ou lorsque le liquide est épuisé: il vit pendant huit mois en présence. de l'air, et beaucoup plus longtemps quand l'air n'est pas renouvelé ; dans ce dernier cas, on le cultive en vase clos, et il se montre capable de végéter de nouveau dans les liquides appropriés.

Quand on prend une quantité très petite de Mierococcus, chez un animal malade ou mort depuis peu, dans ses excréments ou dans une partie quelconque de son corps, et qu'on le cultive dans des cultures dont la pureté est absolue, il s'accroît très vite, se multiplie aisément et se montre susceptible de reproduire la maladie. L'affection se développe aussi bien par inoculation sous la peau que par introduction, dans le canal digestif, d'aliments contaminés. En dehors des oiseaux, M. Pasteur a pu reproduire la maladie chez les mammifères; en particulier chez les lapins qui succombent à la contagion, chez les

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cobayes qui ne présentent que des lésions localisées aux points d’inoculalion, avec des abcès contenant des masses de Microcoques, restant toujours cantonnés dans un espace très restreint : les cobayes finissent par guérir.

Ce que nous venons de dire suffit pour montrer qu'il s’agit ici, comme dans le cas du charbon, d’un parasite pathogène « facultatif » dont l’évolution et les phénomènes vitaux, surtout dans la période qui correspond à l’état de Saprophyte, ne sont pas aussi bien étudiés ni aussi bien définis que pour le Bacille du charbon.

M. Pasteur a trouvé, de plus, que les propriétés infectieuses des Microcoques du choléra des poules sont diminuées par une longue conservation dans un milieu où l'air ne pénètre pas. Le nombre des inoculations qui réussissent et l'intensité de l’affection qui en résulte, diminuent avec l’âge de la culture employée dans l’inoculation. Les cas précédemment cités de maladies peu intenses et finissant par disparaître, sont surtout des cas où l’inoculation avait été faite dans les conditions que nous venons de dire. Il se produit, en d’autres termes el comme on dit souvent,une « atténuation » dans la virulence du Microcoque, atténuation qui augmente avec l’âge du parasite.

Les individus qui guérissent se montrent — ordinairement sinon toujours — réfractaires à de nou-

CHOLERA DES POULES 261 velles inoculations virulentes : ils ont acquis une parfaite immunité. C’est même sur ces premières expériences que M. Pasteur a fondé sa méthode des vaccinations qu'il a étendue ensuite au charbon.

Séparons, par filtration, le Microcoque du bouillon de culture dans lequel il a vécu : — pour cela, le simple papier à filtre ne suffit pas; il ne s'oppose nullement au passage des Bactéries, et il faut employer des filtres d'argile poreuse. Dans ces conditions, le liquide filtré n’est plus capable de donner la maladie, même après injection de 120 grammes du liquide dans le sang d’un animal. Un seul symptôme de la maladie persiste encore : c’est l’assoupissement prolongé. Les animaux, inoculés ainsi, deviennent somnolents et tombent dans une insensibilité profonde : cet état dure environ quatre heures et disparaît pour faire place à l’état normal.

Cette observalion prouve que l’on a affaire, en r&alité, à un poison distinct de la Bactérie, qui produit l'effet d'un narcolique et, à ce point de vue, le choléra des poules est particulièrement instructif, puisqu'il nous montre la variété des actions exercées par un parasite pathogène. L'action du virus dans ces expériences est peu violente et très passagère : cela s'explique par la quantité très petite qui se trouve dans le liquide injecté et peut-être par ce fait qu'il est détruit, en partie, dans l'organisme ou éliminé par les voies ordinaires de l’excrétion. Quand la

Bactérie qui sécrète le poison, est introduite dans le corps d'un animal, il en est autrement, même en laissant de côté les conditions les plus favorables, en apparence, à la sécrétion du virus. Tant que ce dernier est détruit par l'organisme animal ou éliminé, le parasite continue à en produire, pour remplacer celui qui disparaît et les symptômes de la maladie s’accentuenl de plus en plus dans certains cas, jusqu’à amener la mort. A cela s’ajoutent les complications qu’entraine l’action purement mécanique du parasite que l’on ne doit pas négliger.

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