TIEUSES DONT ON NA PAS TROUVÉ LES BACTERIES PATHOGÈNES
Nous serions heureux de pouvoir ajouter aux deux exemples précédents de maladies causées par des parasites facultatifs, un type de maladie due à un organisme rigoureusement parasitaire : malheureusement nous n’en pouvons trouver aucun qui soit connu avec assez de détails, pour se prêter à une exposilion méthodique complète. Nous devons nous contenter purement et simplement d'un aperçu général sur ce que nous savons des maladies infec-
tieuses.
Nous allons donc exposer brièvement les faits les
plus importants qui ont rapport à l’action des Bactéries sur la production des maladies infectieuses chez les animaux à sang chaud et en particulier chez l'homme (1).
On entend par maladies infectieuses les maladies qui peuvent être transmises d'une personne à l’autre par contact ou par tout autre moyen el qui sont cantonnées dans certaines contrées plus ou moins bien délimitées. Les premières portent aussi le nom de maladies contagieuses : la fièvre scarlatine, la rougeole, la pelite vérole en sont des exemples bien connus. Les autres, parmi lesquelles nous cilerons spécialement la fièvre intermittente, sont des maladies endémiques. On peut combiner ces deux termes et avoir des maladies qui sont à la fois conlagieuses et endémiques, ce qui peut se faire de deux manières différentes. La maladie peut être contagieuse et cantonnée dans certaines localités seulement, par suite de la présence, dans ces lieux, de personnes contaminées : il n'y a pas alors endémie proprement
(4) I conviendrait de citer, à propos des maladies infectieuses, une très riche Bibliographie médicale. En nous bornant à des travaux généraux sur ce sujet nous citerons :
Liebermeister. — Einleitung zu den Infectionskrankheiten in Ziemssen's Handbuch, T. 2. — J. Henle : Patholog. Untersuchungen, Berlin, 1840, T. 1. — De Bary : Die Brandpilze, Berlin, 1853. — Id.:
Recherches sur le developpement de quelques champignons parasites. Ann. Sc. nat. Bot. 4° serie, T. 20. — ld. : Morphologie u. Biologie d. Pilze, 188%. — Id. : in Jahresbericht d. Medicin de Virchow et Hirsch II (1867), 1, p. 240. — Klebs : Archiv. f. Exp. Path. u. Pharmac.I 1873), etc.
GENERALITES SUR LES MALADIES INFECTIEUSES 265 dite; ou bien une maladie endémique peut devenir contagieuse dans certaines conditions sans l'être en général.
Il faut ajouter qu'il n'y a pas longtemps, on parlait encore de maladies infectieuses dans les cas où elles étaient dues à des causes mal connues qu'on designait sous le nom de miasmes.Lorsqu'elles étaient notoirement dues à des parasites, plus particulièrement à des Entozoaires comme l’Acarus, qui transportaient la maladie d’un individu à l’autre, on les qualifiait de maladies parasitaires.
Quels étaient ces miasmes invisibles et inconnus, de quoi se composaient-ils? Les hypothèses les plus étranges étaient émises à ce sujet.et l’on admettait que l’on avait affaire à certaines substances infeclieuses qui agissaient à l’état de division extrême et en quantités infiniment petites.
On a attribué depuis longtemps à ces substances infectieuses ou à ces miasmes, quel que füt le nom qui servait à les désigner, les propriétés générales des êtres vivants. Tout d’abord, à l’époque où l’on commença à parler de ce qu'on appelait un contagium vivum ou animatum, on s’expliqua d’une manière vague et très peu précise. On ne commenca à se faire des idées exactes, à ce sujet, que vers 1840, au moment où Henle dans ses « Recherches pathologiques » développa avec clarté et précision les raisons qui faisaient accorder aux miasmes, jusqu'a-
266 LEGONS SUR LES BACTERIES
lors invisibles, les propriétés des organismes vivants. Son argumentation peut se résumer brièvement de nos jours, de la manière suivante.
Les miasmes ont en commun avec les êtres vivants la propriété caractéristique de s’accroitre dans cerlaines conditions, de se multiplier aux dépens d'une autre substance que la leur, par suite, d’assimiler des matières étrangères. La quanlile infiniment pelite de miasmes nécessaire pour infester un individu sain peut augmenter d’une manière considérable dès qu'elle a été introduite dans le corps du malade contaminé : celui-ci peut, après cela, infester par contact un nombre excessivement grand d’autres individus et transmettre ainsi un très grand nombre de fois la quantité de miasmes qu'il a reçue lui-même. Mais puisqu'on reconnait aux miasmes la propriété principale qui appartient aux seuls être vivan(s, il n’y a pas de raison pour ne pas admettre qu'ils sont eux-mêmes des êtres vivants, des parasites. La seule différence qui existe entre eux et les parasites connus précédemment, est qu'on avait pu voir ceux-ci sans qu'il eüt été encore possible d’observer ceux-là. Cette différence tout apparente tient sans doute à l’imperfection de nos moyens d’observations : à cette époque d'ailleurs, ne venait-on pas de découvrir le parasite de la gale, resté si longtemps inconnu? Il en était de même de l’Achorion, un aulre parasite, Champignon microscopique celui-là.
GENERALITES SUR LES MALADIES INFECTIEUSES 267 Ne venait-on pas de trouver, par suite d’un hasard heureux, le Champignon qui cause la maladie du vers à soie appelée Muscardine ?
Vers 1850 un autre argument vint s'ajouter à ces faits, comme une preuve éclatante de l'existence des parasites inconnus jusque-là : ce fut la découverte de la Trichine. Henle reprit l'exposition de ces divers faits dans sa « Pathologie rationnelle » qui parut en 1853. Mais il trouva, pour des motifs que nous n'examinerons pas plus longtemps ici, que la pathologie animale, considérée isolément, ne lui fournissait pas d'arguments probants et décisifs.
Ce fut surtout dans le domaine de la pathologie végétale, que les vues de Henle trouvèrent une application sérieuse el des développements inattendus. A la vérité, les bolanistes qui s'occupèrent des maladies des plantes, ignoraient absolument les travaux pathologiques de Henle : ils firent leurs observations qui se relièrent naturellement à quelques études remarquables qui dataient du commencement du siècle. Mais, en réalité, ils se rencontrèrent sans le savoir avec Henle et, depuis 1850 environ, les divers travaux qui furent faits sur les maladies contagieuses des plantes montrèrent presque toujours, que ces maladies étaient dues, en grande majorité, à des parasites, que c'étaient par conséquent des maladies parasitaires. On peut dire sans exagération que l’étude de ces maladies ne présentait pas de très gran-
des difficultés, soit à cause de l’organisation beaucoup plus simple des végétaux, soit à cause de la nature de leurs parasites qui sont en grande partie des Champignons, beaucoup plus gros que la plupart des parasites qui s’attaquent aux animaux.
Ce furent en partie ces progrès faits en botanique, qui influerent plus ou moins sur les travaux ultérieurs; ce furent aussi les découvertes de M. Pasteur et sa nouvelle conception vitaliste des fermentations qui appelèrent l'attention sur les idées de Henle et sur sa théorie des germes vivants causes des contagions. D'ailleurs, Henle avait déjà indiqué lui-même les rapprochements qu'on pouvait faire entre la théorie qu'il exposait et celle des fermentations qui avait été entrevue pour la première fois en France, par Cagniard-Latour et plus tard par Schwann en Allemagne.
Ce furent les travaux de M. Pasteur, Davaine le dit expressément, qui altirerent de nouveau J'attention de ce dernier savant sur les bâtonnets que son maître Rayer avait vus le premier dans le sang charbonneux : il n’hésita pas à leur attribuer dès lors la cause originelle de la maladie du charbon, que l'on peut considérer comme le type des maladies infectieuses ou des maladies contagieuses ou enfin des maladies endémiques, suivant la manière dont le charbon prend naissance. C’est ainsi que l’année 1863 vit saccomplir un progrès important dans le sens
GENERALITES SUR LES MALADIES INFECTIEUSES 269 des idées de Henle, lorsqu'on reconnut qu’une maladie contagieuse pouvait être due à un parasite très petit qu'on ne savait d’ailleurs pas, à cetle époque, distinguer facilement.
Pendant assez longtemps la science resta stationnaire sur cette question. Il serait plus juste de dire qu'un zèle exagéré conduisit quelques auteurs inexpérimentés, surtout en Allemagne, à voir et à chercher partout des parasites : l'épidémie de choléra qui sévit en 1866 dans une partie de l'Europe contribua à augmenter cette ardeur inconsidérée qui eut pour résultat de détourner les observateurs sérieux de ces recherches où les erreurs n'étaient plus à compiler ; actuellement, on a oublié celle période qui date de vingt ans el ce n’est pas la peine d’en parler plus longuement.
Depuis 1870 on est revenu avec plus d'attention à ces questions. Le nombre des travaux qui s’y rapportent augmente de jour en jour el il ne peut entrer dans le cadre de notre ouvrage de les considérer tous en détail. Les études de Cohn et de Billroth, que nous avons déjà mentionnées, celles de Recklinghausen et de Klebs, au point de vue pathologique en particulier, doivent être citées avec honneur. C'est à M. Klebs que revient le mérite d’avoir non seulement montré que les idées nouvelles s’accordaient bien avec celles de Henle, mais encore d’avoir exposé clairement la marche àsuivre et les méthodes
à employer pour arriver à la solution du probleme : on peut lui reprocher peut-être d'avoir mis un peu trop de précipitation à son étude.
M. Pasteur et son école poursuivaient de leur côté la même voie. On arriva ainsi, grâce à leurs travaux, à étendre le champ des expériences, le nombre des résultats acquis et des problèmes nouveaux soulevés. Nous citerons, en dernier lieu, la part que prit à ces divers travaux M. Robert Koch, à partir de 1876. Ce dernier observateur tout en suivant la voie que lui avaient {racée d’eminents prédécesseurs, parvint à marcher en avant en s’aidant avec intelligence de tous les résultats connus que lui offraient la morphologie, la science microscopique et expérimentale. Il réussit de la sorte à obtenir des résullats nouveaux sur des questions qui n'avaient pas encore été élucidées ; nous voulons surtout faire allusion à ses études sur l'étiologie du charbon où il a indiqué des procédés nouveaux qui l’amenerent à faire des progrès sensibles dans cette question.
Ce qui ressort d’une manière générale de tous ces efforts, c’est qu'on est arrivé à démontrer, comme on l'avait fait chez les végélaux depuis trente ans, qu'il existe très certainement chez les animaux des maladies occasionnées par un parasile microscopique et qu'il en est un grand nombre, autrefois contestées, que l’on doit ranger désormais parmi les
GENERALITES SUR LES MALADIES INFECTIEUSES 271 maladies r&ellement contagieuses. En second lieu il existe quelques maladies où l’on ne peut encore que soupconner, comme très probable, l'existence d’un parasite. Enfin, il est quelques maladies, en nombre notable, qui ont résisté jusqu'ici à toutes les recherches et dont la nature parasitaire n'est pas connue ou bien est fort douteuse.
Il faut ajouter à ces conclusions qu'à part quelques affections cutanées et les maladies qui s'y rapportent, dans lesquelles on a constaté la présence d’un parasite relativement gros, Champignon ou autre, le plus grand nombre des maladies contagieuses qui se déclarent chez les animaux à sang chaud sont dues à des Bactéries.
Les quelques faits connus jusqu'ici ont conduit quelques esprits à généraliser la théorie de Henle et à l'accepter comme un dogme. On peut admettre cette manière de voir tant qu’on apporte dans les recherches des convictions personnelles sérieuses, basées sur quelque chose de précis et qu'obéissant aveuglément à l'influence du parti pris, on ne repousse pas de prime abord la possibilité d'une autre explication. Lorsque le parasile, réclamé par la théorie, n’a pas été trouvé, il ne faut pas, on doit l'avouer, en conclure qu'il n’existe pas: sa petitesse, sa réfringence, une expérience mal conduite qui le fait chercher où il peut ne pas être et dans des moments où il n'existe pas, enfin une foule d’autres
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raisons peuvent avoir contribué à le faire échapper à l'observation. Rappelons seulement qu’en 1840, au moment où Henle exposait sa théorie, on n'avait pas encore vu le Bacille du charbon; si l’on avait vu la Trichine, on n’en soupconnait encore nullement les propriétés pathogènes.
Quoi qu'il en soil, dans tous les cas douteux ou nouveaux, on sempresse de chercher s'il ya une Bactérie, En principé, on a tort. En pratique, on peut avoir raison de chercher la présence d’un tel parasite que les méthodes actuelles assez perfectionnées permettent de trouver en général — lorsqu'il existe. Mais il n’est pas absurde de supposer qu’on peut avoir affaire, par exemple, à toute autre espèce d'organisme {out à fait inattendu et sur lequel on ne sait peut-être pas grand'chose. Combien y a-t-il de temps que l’on possède sur les Bactéries quelques notions précises? Il nous suffira, pour appuyer nos paroles, de citer les faits surprenants qu’on a eu à enregistrer dans l'étude pathologique des végétaux et l'histoire de la Pébrine sur laquelle nous ne tarderons pas à revenir.
Si, malgré tout, la théorie préconçue l'emporte sur le raisonnement, on est facilement exposé au danger de conclure trop vite de l'existence d'une Bactérie que l’on vient de trouver, la qualité parasitaire de la maladie. Ce que nous avons dit précédemment (V*° Leçon) de la propagation facile des ger-
GENERALITES SUR LES MALADIES INFECTIEUSES 273 mes, nous montre sans peine qu'un organisme malade peut renfermer des Bactéries se développant avant ou après la mort, qu’une forme spéciale, même constante, peut servir à caractériser la maladie et peut entrer en ligne de compte dans le diagnostic, sans que cette Bactérie joue, en quoi que ce soit, le rôle de Bactérie pathogène.
Pour s'assurer, en toute évidence, qu'une Bactérie donnée est l'agent principal d'une maladie, il faut, de la manière la plus formelle, arriver à des résultats clairs et précis par des expériences bien faites. Pour cela, il faut séparer tout d’abord l'organisme pathogène et l'obtenir avec la plus grande pureté ; puis on l'inoculera, à cet état, à un animal auquel il devra communiquer la maladie que l’on étudie. Le tout devra être suivi du contrôle le plus rigoureux et de la critique sérieuse des résultats obtenus. L'exemple du charbon est un type de précision et de rigueur.
Dans quelques cas, les inoculations peuvent ne pas avoir les résultats que l’on semble être en droit d'espérer : nous citerons, comme exemple, les travaux précis de M. Gaffky sur la fièvre typhoide et ceux de M. Læffler sur la diphtérie.
Ce que nous venons de dire suffira pour faire comprendre pourquoi nous aurons, dans ce qui suit, à parler de cas douteux ou de résultats peu décisifs.
Cela étant posé, passons à l’étude des faits. Nous
l'avons déjà dit, nous n'avons pas d'autre intention que celle de résumer les recherches les plus importantes qui ont trait à l’étude des Bactéries pathogènes. Une description d£taill&e des maladies, dont nous aurons à parler, ne peut entrer dans notre programme et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux traités spéciaux de médecine.
Remarquons toutefois, avant de commencer celte étude, que dans tout ce que nous aurons à considerer, nous retrouverons sans cesse les phénomènes et les problèmes qui se sont présentés un peu plus haut dans l’étude du charbon, dans celle du choléra des poules et que nous avons examinées assez longuement. Ils rentrent dans l’ordre des questions que nous avons étudiées à propos du parasitisme, considéré en général, sur lequel nous avons insisté dans la dixième Leçon.
Nous allons commencer l'étude de quelques maladies relativement bien connues, en ayant soin de nous reporter, s’il y a lieu, aux considérations géné-
rales exposées plus haut.