TUBERCULOSE
Aulant que l’on en peul juger, l’un des résultats les plus importants, pour la médecine pratique, que l’on ait oblenus dans les recherches sur les Bactéries pathogènes, a été la découverte par M. Koch (1) du parasite de la tuberculose, du Bacille de la tuberculose dont il a été souvent question depuis. Le nom de {uberculose, donné à lamaladie que nous étudions en ce moment, provient de l’un de ses caracteres principaux qui est la formalion d’espèces de tubercules, pour ainsi dire, dans le tissu de l'organe où se développe le Bacille. La plus connue est
(1) R. Koch. — Die Aeliologie d. Tuberculose. — Mittheil. d. Reichsges. II. — Malassez et Vignal : Tuberculose zoogléique. Comptes rendus Acad. Sc. T. 97 (1883), p. 1006; T. 99 (1884), p 203.
TUBERCULOSE 277 la tubereulose qui a son siege dans le poumon, la tuberculose pulmonaire à laquelle on donne vulgairement le nom de pAthisie; du reste, aucun organe n'échappe à la tuberculose : on la rencontre très fréquemment dans les ganglions Iymphaliques en particulier.
En dehors de l’homme, la tuberculose peut s’atlaquer à des animaux très divers. Elle peut se propager parmi nos animaux domestiques ordinaires el ceux qui servent habituellement aux expériences de laboratoire. Chaque espèce est caractérisée par une prédisposition variable à la maladie : la souris des champs, par exemple, y est très sensible ; celle de nos habitations beaucoup moins. Les premières altérations anatomiques que produit la tuberculose débutent toujours de la même manière. Ce n’est qu'au bout de quelque temps que la maladie peul suivre une marche un peu différente et donner lieu à des symptômes qui varient beaucoup suivant les individus.
Les tubercules qui se forment, surtout au commencement de la maladie, contiennent, comme l'ont montré à la fois M. Koch et M. Baumgarten, un Bacille caractéristique en forme de bâtonnet. Ce Bacille existe constamment, d’après les deux auteurs que nous venons de citer, quoiqu'on le rencontre en quantité très variable suivant l’époque de la maladie ei le moment de l'observation, On peut d’ail-
leurs l’ontenir pur et le cultiver à l’état de pureté parfaite pendant plusieurs générations, dans du sérum de sang coagulé ou dans de l'extrait de viande.
La contagion peut se produire de bien de manières : on peut faire simplement à des animaux appropriés des inoculations sous-cutanées de tissu tuberculeux ou de liquide contenant une culture pure de Bacilles ; on peut le propager par des injeclions intra-veineuses ou autres dans un point quelconque du corps; une inhalation d’eau contenant le Bacille de la tuberculose, le faisant pénétrer dans les voies digestives et respiratoires, est suffisante, dans tous les cas, pour reproduire la tuberculose sans aucune exception. La maladie se développe avec toutes ses conséquences, et l'organe infecté renferme toujours les Bacilles pathogènes.
Les expériences de M. Koch ont porté sur 217 animaux différents : lapins, cobayes, chats, souris des champs, ete., sans compter les animaux témoins servant de contrôle et ceux qui appartenaient à des espèces moins sensibles, qui n’entrent pas ici en ligne de compte. Dans toutes ces expériences, on obtint des résultats concordants, quant aux points d’apparition des tubercules, quant à leur nombre, quant à leur extension et à la manière dont se fait leur propagation dans les tissus. En ajoutant à ces premiers résultats ceux que donnèrent un grand nombre d'expériences de contrôle, on peut conclure avec
TUBERCULOSE 279 certitude que la tuberculose est une maladie infectieuse, due à un Bacille.
Au point de vue des études morphologiques, ce que nous savons du Bacille laisse par contre beaucoup à désirer. Les observateurs qui l’étudièrent crurent avoir assez fait d’avoir prouvé son existence, ce qui leur fut relativement facile à cause de la réaction particulière qu'il présente sous l'influence des couleurs d’aniline. Contrairement à ce qui se passe avec la plupart des Bactéries connues, il se colore lentement et avec difficulté, — au bout de plusieurs heures seulement et sous l’action combinée de la chaleur, — par une solution alcaline de bleu de méthyle ou une solution saturée de violet de méthyle ; il ne se colore bien qu'après avoir été traité par de l'acide azotique dilué qui décolore, au contraire, très rapidement les autres Bactéries. Cette dernière propriété permet de le reconnaître facilement et, en ajoutant à ce caractère ceux qui sont tirés de sa forme et de sa grosseur, on parvient aisément à le distinguer des autres espèces.
Le Bacille de la tuberculose se présente sous forme de bâtonnets étroits, souvent un peu arqués ou tordus et mesurant 1,5 à 3,5 x de long. On ne peut, soit à l'état vivant, soit après coloration, trouver aucune trace de division transversale. Dans les cultures aussi bien que dans l’organisme et dans les crachats tuberculeux des malades, on distingue des
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spores endogenes qui répondent plus ou moins, d’après ce que dit M. Koch en peu de mots, à celles des Bacilles ordinaires à endospores. On ne leur a pas consacré de description détaillée plus complète. D’après ce que l’on sait des espèces à endospores et en admettant implicitement que le Bacille de la luberculose ne se comporte pas autrement que les
Fig. 21 (1).
autres Bactéries à endospores (Voir page 32), il est à supposer que ses bâtonnets doivent ressembler beaucoup à ceux du Bacillus megaterium dont il a été question précédemment et se diviser d’une manière analogue, car on le voit, comme dans la figure 21 (7), renfermer de 4 à 6 spores rangées en file et très voisines les unes des autres. Si l'hypothèse que nous faisons est exacte, chacune d'elles doit, d’après les descriptions que nous avons faites, être contenue dans une cellule courte et petite. Or, certaines pré-
(1) BacınLusfmeGAtEriun. — Voir page 32, fig. 1.
TUBERCULOSE 281 parations colorées montrent quelquefois lesbätonnels partagés par de minces cloisons Lransversales en articles très courts, aussi longs que larges, comme M. Zopf l'indique dans la 3° édition de son livre. — Il serait futile de donner à cette forme un nom spécial et d'introduire dans la description de cette espèce le terme de coques, employé ailleurs.
Quand les bâtonnets ont grandi et sont devenus plus allongés, leur forme concorde à peu près avec celle que nous avons décrite chez le Bacillus megaterium. Il est donc inutile d’en donner une figure spéciale qui ferait double emploi ; de plus, pour représenler exactement ce qu’on en a vu jusqu'ici, il suffirait de dessiner un simple trait noir non interrompu. — La figure 21 nous donnera, en à et en v, une idée précise de ce que nous connaissons au juste du Bacille de la tuberculose : remarquons seulement que la longueur des bätonnels n'est pas beaucoup plus grande que la largeur de ceux du Bacillus megalerium que nous avons reproduit dans cette figure.
D’après ce qu'en dit M. Koch, les bâtonnets n'ont pas de mouvement propre. Cullivés dans du sérum de sang solide, ils restent à sa surface sans le liquéfier et forment, à un état suffisant de développement, de petits amas peu étendus qui se montrent, au microscope, formés d’agr&gals et de faisceaux de bâtonnets.
Comparée aux autres espèces de Bactéries, celle de la tuberculose croît lentement : en cela elle res-
semble au Bacterium du Kefir. Dans les cultures sur le sérum, elle a besoin de dix à quinze jours pour laisser voir à l'œil nu des traces de sa végétation. Inoculée à un animal, il faut aussi de deux à huit semaines pour arriver à la manifestation des premiers symptômes de la maladie.
Les cultures en dehors des organismes vivants n'ont pas réussi avec d’autres milieux nutritifs que celui que nous avons indiqué : la température oplimum pour sa végétalion a atteint en moyenne celle que nous avons donnée plus haut (Voir page 91).
Le Bacille de la tuberculose résiste assez bien aux changements dans les conditions extérieures et conserve suffisamment sa virulence infectieuse. C'est ainsi qu'il peut supporter des températures voisines de l’ébullition, dans une atmosphère humide. Il a résisté pendant cent quatre-vingt-six Jours à la dessiccation et pendant quarante-trois jours dans les crachats tubereuleux. Disons en passant que ce sont toujours les erachats des tuberculeux qui ont servi aux expériences sur la résistance du Bacille. Mais dans ces expériences, on n’a pas su démêler la part qui incombait aux spores et celle qu'il fallait attribuer aux cellules végétatives proprement dites. Il est probable, d'après ce que l’on connaît des spores, que c’est à elles qu'il faut en grande partie rapporter ce que l’on sait de cette résistance.
Les faits que nous venons d'exposer semblent ex-
TUBERCULOSE 283 pliquer d’une manière salisfaisante l’existence de la tuberculose comme conséquence directe de l'action infectieuse d’un Bacille. La propagation rapide de la maladie est connue de tout le monde : il suffit de rappeler à l'esprit la phthisie ou plutôt la tuberculose pulmonaire qui compte à son actif le septième des décès qui se produisent dans l'humanité. Les phthisiques sont infestés par ce Bacille qui vit en eux, à l’élat virulent presque toujours et en plein développement. Il faut y ajouter les malades qui ne le conservent que pendant quelques mois ou quelques années sans arriver à une issue fatale.
Dans 982 crachats, de toute origine, examinés par M. Gaffky, 44 se montrèrent tuberculeux : il est clair que le Bacille, d’après cela, peut facilement se trouver, à l’état sec, dans l'air el les poussières en suspension et cela explique suffisamment comment la maladie peut se propager aisément dans l'espèce humaine. L'examen de la propagation de la maladie nous entrainerait {trop loin et nous obligerait à entrer dans tous les détails pathologiques et par suite trop spéciaux pour être traités ici. La réceptivité de chaque individu pour la contagion est un facteur important qu'il ne faut pas négliger et les différences que l’on rencontre expliquent pourquoi tous ceux qui se trouvent, par exemple, dans une salle d'hôpital où se tiennent d'habitude les tuberculeux, ne prennent pas forcément la maladie. Cette immu-
nité de quelques-uns s’accorde avec ce que nous avons dit des caractères généraux qui distinguent chaque espèce dans sa manière de se comporter visà-vis d’un parasile.
Ce que nous venons de dire ne se trouve pas modifié par une découverte récente de MM. Malassez et Vignal qui ont décrit une tuberculose remarquable par la présence de nombreux Microcoques, ce qui a fait donner par ces deux observateurs le nom de #wberculose zoogléique à la maladie ainsi caractérisée. Il faut ajouter que, dans quelques cas, ils ont trouvé un Bacille : c’est ce qui arrive le plus souvent mais non toujours. Ces faits, s'ils sont exacts, comme ils semblent l'être en réalité, ne modifient pas les résultats précis acquis par M. Koch : il s'agit sans doute d’une complication accessoire ou encore d'une maladie peu différente, quant à son organisme parasitaire, de la tuberculose de M. Koch.