‹ Leçons sur les bactériesChapitre 48 sur 52 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

Il est assez difficile, pour le moment, de parler avec quelque précision du choléra asiatique. Les journaux s’en entretiennent au jour le jour et il est possible qu'un télégramme de demain vienne détruire

CHOLÉRA 301 de fond en comble ce que nous pourrons dire ou écrire aujourd'hui sur le choléra el sur ses causes.

M. Klob, pendant l'épidémie de choléra de 1866, étudia les liquides intestinaux et les déjections des cholériques : il y trouva constamment des masses de Bactéries ; il admit, en principe, qu'elles étaient susceptibles de produire une action pathogène, et se reportant à d'anciennes observations, ilcrut devoir af firmer jusqu’à un certain pointque leur présence dans l'intestin prouvait leur action prépondérante dans la maladie (1). Les connaissances que l’on avait à cette époque sur les Bactéries, n'étaient pas assez avancées, pour qu'on püt soumettre à des recherches précises celles que décrivait M. Klob, ni séparer effectivement les formes diverses qu'il avait signalées.

On ne tarda pas à n'atlacher aucune importance à ces premiers résultats, grâce aux idées extravagantes et peu scientifiques que l’on essaya de propager à ce sujet. On attribua la cause du choléra, non plus à des Bactéries, mais à des Champignons ordinaires et à un parasite hypothétique vivant sur le riz. D’autres Bactéries furent trouvées dans les déjectionsdes cholériques, différentesde celles trouvées par M. Klob, et ces contradictions diverses contri-

(4) J. M. Klob. — Pathol. Anat. Studien ueber d. Wesen d. Choleraprocesses. Leipzig, 1868.

302 LEGONS SUR LES BACTERIES buèrent A discréditer les nouvelles recherches que l'on pouvait tenter sur le choléra.

Les études des médecins anglais, faites dans le pays même où la maladie était endémique, n’amenèrent aucun résultat nouveau.

Nos connaissances sur les Bactéries et sur la réalité des « contages animés » avaient fait des progrès importants lorsqu’eelata en 1883 une épidémie de choléra en Egypte : ce fut une occasion de reprendre à nouveau la question. M. Koch (1), l'un des observateurs les plus autorisés en ces malieres, alla faire des recherches en Egypte, puis dans les Indes, lieu d'origine de l'épidémie, et’ « patrie du choléra ». Il en rapporta la découverte d’une espèce nouvelle de Bactéries caractéristiques qu'il rencon- Ira souventenquanlileconsidérable et presque al’elal de pureté, dans l'intestin des cholériques nouvellement atteints : il en a observé une fois dans les eaux

d’un étang voisin d'un dis-

Et tict contaminé. Il attribua à celle espèce de Bactérie la cause spécifique du choléra de l'Inde. Depuis cette découverte, cet orga-

(4) R. Koch. — Berlin. Klin. Wochensch. 1884, nos 31, 32:

CHOLERA 303 nisme est devenu populaire sous le nom de Bacillevirqule. (Komma-Bacillus.)

Il est formé de cellules petites, assez fortement arquées, mobiles, dont la forme correspond assez à celle quiest représentée ci-contre dans la fig. 25 et qui, dans la culture, se réunissent en courts filaments spiralés. Elles ontalors l'aspect d’un Spirillum qui serait formé d'articles facilement séparables et faisant un tour de spire complet. Ce Spirillum arrive sur la muqueuse intestinale, pénètre superficiellement dans les tuniques de l'intestin, mais on ne le retrouve plus dans le sang ni dans les {issus d'autres organes.

Les essais d'infection sur des animaux, avec des cultures pures, n’ont donné jusqu'ici que des résullats négalifs.

Des son apparition, le Bacille-virgule rencontra des incrédules et on lui dénia les prétendues proprietes spécifiques d’engendrer le choléra asiatique. MM. Finkler et Prior (trouvèrent aussi un Bacillevirgule dans la maladie connue sous le nom de Choléra nostras. M. Lewis prétendit que la forme Spirillum trouvée par M. Koch était identique avec celle que l’on rencontre dans la salive (1) (fig. 23 c).

Sans vouloir nier complètement la ressemblance

: (1) Finkler et Prior. — Tagebl. d. 57. Vers. d. Naturf. u. Aerzte z. Magdeburg, p. 216. — T. Lewis : The Lancet, 2 sept. 1884.

qui existe entre ces diverses formes, des recherches faites de plusieurs côtés vinrent montrer qu'il existe entre elles des différences que l'on peut meltre en évidence par la manière dont ces formes se groupent dans les cultures de gélatine. MM. Klebs (1) et Ceci confirmerent l'existence du Bacille-virgule dans l'intestin des cholériques. Ce dernier réussit même, d’après ce qu'il en dit, à contaminer des animaux en introduisantle Bacille-virgule dans l'intestin. D’après cet auteur, la question serait résolue d’une manière décisive dans le sens des idées de M. Koch, bien que M. Koch lui-même pense qu'il y a lieu d’être fort réservé, comme dans le cas du Bacille de la fièvre typhoïde.

Tout récemment M. Emerich (2) a apporté des résullats tout à fait nouveaux d’après des recherches faites à Naples. Il a confirmé, ilest vrai, la présence fréquente du Bacille-virgule, dans l'intestin, mais il le considère comme un organisme accessoire nullement caractéristique du choléra. A côté de lui, il a trouvé dans le sang, dans la paroi de l'intestin, dans les reins, même dans la rate et dans d’autres organes, un Bacterium court, en bâtonnets non arqués qu'il a pu cultiver à l’état de pureté et que des essais sur les animaux lui font considérer comme le véritable agent de la contagion.

(1) Klebs. — Ueber Cholera asialica. Basel 1885 (Correspondenzbl. d. schweizer Aerzte 1884).

(2) Emerich. — Vortr. im Aerztl. Verein. München. Berl. Klin. Wochenschr. 1875, n° 2.

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