DISTINCTION DE L'ESPÈCE
Les recherches plus atlentives des observaleurs ont peu à peu fait disparailre les erreurs existantes, depuis celles du blé jusqu'à celles des Bactéries, en passant par un nombre considérable de plantes grandes el petites. En général, on est arrivé à celle conclusion que la question de l’Espece doit se trailer de la mème manière, pour le moment, chez tous les èlres vivants. En particulier, pour les Bactéries, il reste bien à faire encore pour résoudre celle queslion el c'est à peme si nous pouvons aborder ce sujet.
Ce sont des recherches plus précises, ai-je dit, qui ont donné des résultats. I faut que je complele ma pensée en ajoutant sur quels points ces recherches ont porté et sur quoi elles portent encore.
Tout d'abord, il est à peine besoin de dire que les moyens de recherches proprement dits, les appareils, les procédés techniques, les réactifs, ete., se sont beaucoup perfeelionnes. Pour le sujet qui nous oceupe, il était d'une haute importance de pouvoir observer longuement ces petits organismes isolés, c'est-à-dire de suivre un seul individu, pendant toute sa croissance. Des cultures qu'on peut facilement contrôler au microscope, permettent seules d’alteindre ce but. Il s’agit de fixer d'une manière durable el de suivre, dans une préparation microscopique, les diverses phases de la végétation d'une spore, d'un bätonnet. C’est ce que l’on obtient à
l’aide de la chambre humide ; c’est un appareil dans
64 LEÇONS SUR LES BACTÉRIES lequel l'objet microscopique, protégé contre la dessicealion, peut être observé d'une manière continue dans les conditions favorables à sa croissance. Ces sortes d'appareils sont Ires nombreux : chacun d'eux a ses avantages el ses désavantages, suivant les circonstances el suivant chaque observateur. Ce n'est pas le lieu de décrire plus complètement ces appareils de laboratoire.
- Le milieu dans lequel on doit placer les organismes soumis à l’observalion microscopique ou à la culture, est ordinairement formé par un liquide, à cause de la transparence que l’on obtient dans ce cas. En effet, des êtres vivants el souvent mobiles peuvent facilement s'y déplacer el S'y disséminer. Une condition très favorable à des observations continues est remplie quand on emploie un milieu transparent, permettant l'introduction des matières nulritives favorables au développement, et qui n’est pas fluide pour ne pas retarder ou même empêcher le déplacement des organismes dans lous les sens. Ces milieux sont fournis par la gélatine et les substances analogues. La gélatine a été employée pour la premiere fois, autant que je sache du moins, par Vitladini en 1852, pour cultiver des Champignons microscopiques (1). Elle a été reprise plusieurs fois depuis, en particulier par M. Brefeld. Enfin, c'est en 1873
4) G. Vittadini. — Della natura del caleino, Giorn. Instituto Lombardo t. III, 1852.
PARENTES DES BANTÉRIES 65 que M. Klebs (1) l'a recommandée spécialement pour la culture des Bactéries ; et dernièrement, les cullures dans un substratum gélatineux ont été employées par M. Koch.
Après avoir donné un aperçu général de la morphologie et du développement des Bactéries, il nous reste à voir quelle est leur place dans la classification et leurs liens naturels de parenté avec les autres organismes. D'ailleurs, cette question n’a pour nous qu'un intérêt secondaire et nous la fraiterons très brièvement.
Quand on compare la structure et le développement des Bactéries avec ceux des autres êlres, les Bactéries arthrosporees concordent complètement, dans toutes les phases connues de leur vie avec les plantes qui appartiennent au groupe des Nostocacées, en donnant à ce groupe des limites précises. Les Nostocacées à chlorophylle sont placées à côté de celles qui sont colorées en bleu et en violet, et c'est pour cette raison seule qu'on doit les séparer des Bactéries qui n’ont pas de chlorophylle.
Du reste, les Bactéries arthrosporées sont tout à fait, à d'autres points de vue, des Nostocacées sans chlorophylle. Leur structure, leur végétation, la formation éventuelle de leurs Zooglées, leur mobilité plus ou moins durable, mais très nette aussi chez
(1) E. Klebs. — Beitr. z Kenntn. d. Mikrokokken. Archiv.f. Exp. Pathologie, t. I, 1873.
les Oscillaires qui font partie des Noslocacées, tout concorde dans les deux groupes. Si l'on néglige l’absence de chlorophylle dans l’un des groupes, il n'y a entre eux pas de différences plus considérables que celles qui existent entre deux espèces voisines d'une même famille. La description du Leuconostoc, que nous avons faite plus haut (voir page 43), expliquera mieux notre pensée.
Le nom donné au Leuconostoc vient de ce que celte plante est presque en tout point semblable aux espèces du genre Nostoc qui sont colorées en vert bleu et qui habitent l'eau ou la terre humide. Elle en diffère seulement parce qu'elle est incolore ou blanchätre. Il faut ajouter, en outre, que la plupart des Nostocacées ont des cellules qui atteignent des dimensions notablement supérieures à celles des Bacléries. Enfin, les formes de ce groupe qui ressemblent moins aux Bacleries, sont mises à côté d’autres formes plus élevées el dont la végétation n’est plus aussi simple.
Les Bacléries que nous avons désignées sous le nom d’endospor6es, présentent des phénomènes semblables à ceux des Bactéries arthrosporées, jusqu’au moment de la formation des spores; mais elles ne se rapprochent d'aucun autre groupe d'organismes connus. C’est done aux Bacleries arthrosporées seules que nous devons les rattacher, provisoirement du moins. On à ainsi fait de l’ensemble des Bactcries
PARENTES DES BACTÉRIES 67 un groupe qu'on a placé parmi les Nostocacées: c'est ce qu'on a appelé des Schizophytes. D'après cela, les Nostocacées à chlorophylle sont des Schizophytesalgues, et celles qui n'ont pas de chlorophylle, des Schizophytes-champignons ou Schizomycètes.
Tout le groupe des Schizophyles se trouve isolé, jusqu’à un certain point, dans l’ensemble des classilications. On ne lui trouve pas de rapport Lres net avec les autres groupes, bien qu'il soit hors de doute que ces plantes, et,en particulier, les Nostocacées proprementdites, possèdentles propriétéscommrunes à toutes les plantes simples. Nous avons déjà vu qu'on nepeutguère les rapprocher des Champignons définis de la manière que nous avons indiquée, el placés à leur rang ordinaire dans la classification naturelle. Par conséquent, tout ce qu’on peut dire, c’est que les Bactéries forment avec les autres Schizophyles, un groupe de plantes inférieures el très simples.
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