VINGT-NEUVIÈME LEÇON
SOMMAIRE : Action comparée de l’alcool et de l'éther purs sur les sécrétions intestinales. — L’ingestion d’éther contenant de la graisse en dissolution permet de prouver que les vaisseaux chylifères n'existent que chez les mammifères.
Messieurs,
Je vous rappellerai seulement l’influence de l’éther sur les sécrétions intestinales. Introduit dans l’estomac, l’éther s’y réduit en vapeur et peut le rompre; lorsque cet accident n’arrive pas, on observe une congestion vasculaire de toute la surface des voies digestives, congestion qui jamais ne se complique d’inflammation. En môme temps les sécrétions sont activées et la rapidité de l’absorption est notablement augmentée. Ces derniers effets suffiraient pour établir le caractère non inflammatoire de la congestion sanguine de la membrane muqueuse : on sait, en effet, que, sur une surface phlogosée, les sécrétions se tarissent et l’absorption devient plus difficile.
On a cru que l’éther pouvait être employé pour ralentir ou empêcher certain empoisonnement : lorsque l'effet anesthésique est produit, l’empoisonnement peut être en effet plus lent ; mais cela tient simplement au ralentissement du phénomène respiratoire et des actes qui sont sous sa dépendance. En opérant autrement,
ACTION DE l’éther.
c’est-à-dire en donnant la substance toxique mélangée avec de l’éther, on voit, au contraire, que l’empoisonnement se produit beaucoup plus vite. Cela s’explique, du reste, par le surcroît d’activité imprimée à la , faculté absorbante. On en a une preuve directe en administrant comparativement, seules et mélangées avec de l’éther, des substances faciles à retrouver dans les urines, du cyanoferrure de potassium, par exemple. Lorsque la substance est administrée avec l’éther, on la voit passer beaucoup plus vite dans les urines.
La turgescence de la muqueuse intestinale, ainsi que les liquides sécrétés, offrent les mêmes caractères lorsqu’ils sont déterminés par l’éther que lorsqu’ils reconnaissent pour cause leur excitant normal alimentaire. En comparant le pancréas d’un animal ouvert à jeun à celui d’un animal ouvert en digestion, on observe une grande différence de coloration qui tient à la différence de vascularisation. Après l’administration de l’éther dans l’intestin, le pancréas devient rouge et turgescent comme pendant la digestion, et sa fonction sécrétoire est également mise en activité par cet afflux sanguin.
J’ai donc pu me servir de ce procédé pour avoir du suc pancréatique. Normalement ce liquide s’écoule par gouttes plus ou moins rares; mais en administrant un peu d’éther à un animal qui porte une fistule pancréatique, on voit cet écoulement devenir plus abondant, sans que le liquide sécrété ait pour cela perdu ses caractères physico-chimiques.
Voici un lapin sur lequel nous allons vous montrer
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cette exagération de la sécrétion sous l’influence de l’éther.
Nous mettons à nu le conduit pancréatique par le procédé que nous avons déjà décrit, et nous y introduisons un petit tube d’argent. Vous apercevez ici les intestins de l’animal qui sont rouges, très-vascularisés, et contiennent de l’éther en vapeur. L’animal en a reçu dans l’estomac 5 centimètres cubes qui se sont immédiatement vaporisés et répandus dans l’estomac et l’intestin.
L’animal est couché sur le flanc et est complètement anesthésié : cet effet s’obtient très-facilement par l’estomac chez les lapins, et plus difflcilement chez les chiens, comme vous le savez.
Le tube que nous avons introduit dans le conduit pancréatique donne actuellement passage à un écoulement très-actif de suc pancréatique; tandis que, dans les conditions ordinaires, le liquide ne coule que goutte à goutte et avec une activité beaucoup moindre. Je vous rappellerai encore que, lorsque le suc pancréatique coule en plus grande abondance, il devient plus liquide et plus aqueux ; ce qui n’est pas une conséquence de l’administration de l’éther, mais a lieu à l’état physiologique.
, L’éther, nous l’avons vu, augmente également l’absorption des matières grasses qu’il met très-divisées en contact avec un suc pancréatique plus abondant; il produit ainsi une belle injection blanche des chylifères.
L’éther permet de démontrer sur l’animal vivant que