SDK LES SÉCRÉTIONS INTESTINALES
le SUC pancréatique seul émulsionne la graisse, démonstration difficile dans les conditions ordinaires de la digestion, en raison du temps qu’elle réclame, et des causes d’erreur dont l’état pathologique déterminé par l’opération peut devenir la source.
Si l’on prend deux lapins, aussi à jeun que possible, qu’ensuite on lie chez un de ses lapins le canal pancréatique, et si l’on injecte à tous deux dans l’estomac une solution de graisse dans l’éther ; on verra, en ouvrant de suite après ces animaux, que, chez le lapin dont le canal pancréatique a été lié, les chylifères ne contiennent que de la lymphe transparente, tandis qu’ils charrient chez l’autre un chyle lactescent.
On avait dit que le chyle représente les matériaux utilisés de l’alimentation, ce que vous savez déjà être inexact. Une des raisons qui nous ont conduit à admettre qu’il n’en est pas ainsi, c’est qu’on ne rencontre de chylifères que chez les mammifères ; chez les autres animaux ces vaisseaux n’existent pas, et il y a simplement un système lymphatique de l’intestin.
De plus, les observations anatomiques de Brücke et celles de Kœlliker ont expliqué la propriété qu’ont les lymphatiques de l’intestin grêle d’absorber seuls la graisse, par la forme de l’épithélium et par la manière toute spéciale dont ils se terminent dans les villosités intestinales.
Vai pensé qu’on pourrait utiliser la propriété que nous venons de reconnaître à l’éther, pour donner une démonstration physiologique de l’absence des vaisseaux chylifères chez les oiseaux.
430 ACTION DE l’éther
Nos expériences, faites jusqu’ici sur des pigeons et des oies, n’ont pas donné l’injection lactée caractéristique; nous ferons tout à l’heure cette expérience sur le canard qui nous a servi dans la dernière leçon.
Les effets anesthésiques déterminés par l’ivresse alcoolée auraient pu faire penser que son analogie avec l’éther était grande, et que toutes les propriétés physiologiques de l’un de ces corps devraient se retrouver dans l’autre avec des modifications peu importantes.
Les expériences comparatives auxquelles nous nous sommes livré ont donné tort à. cette supposition.
Donné à petite dose à un animal, l’alcool ne détermine chez lui aucun phénomène appréciable ; à dose suffisante pour amener l’ivresse, véritable anesthésie alcoolique, il produit des effets physiologiques tout à fait différents de ceux de l’éther : au lieu d’augmenter les sécrétions, il les diminue ou les arrête.
Si l’on donne des aliments à deux chiens dans les mêmes conditions; qu’ensuite on administre à l’un de l’alcool, à l’autre de l’éther jusqu’à produire l’ivresse, on verra, en les ouvrant au bout de cinq ou six heures, que la digestion stomacale est terminée chez celui qui a reçu de l’éther, tandis qu’elle n’est pas commencée chez celui qui a reçu de l’alcool.
Si, variant les conditions de l’expérience, on administre ces substances à des animaux déjà en digestion depuis un certain temps, l’alcool arrêtera la digestion commencée, tandis que l’éther non-seulement la laissera continuer, mais en augmentera encore l’activité.
ET DE l’alcool. 43 1
Avant de pousser plus loin 'ce parallèle et de comparer les actions qu’exercent l’alcool et l’éther sur les sécrétions internes, sécrétions dont le produit est versé non plus à l’extérieur, mais dans le sang lui-même, je dois insister sur la différence de signiOcation de deux mots employés trop souvent l’un pour l’autre : l’irritation et l’excitation. La confusion qui règne à ce sujet tient à un phénomène consécutif commun à ces deux ordres d’influences ; la congestion sanguine. Au delà de cette modification anatomique immédiate les effets sont bien distincts : l’excitation produit, entretient, accroît les manifestations d’un acte normal, physiologique. Dans l’orçanisme sain, toutes les fonctions jouent les unes vis-à-vis des autres le rôle d’excitants ; c’est aussi par un mécanisme de cette nature qu'agissent toutes les influences extérieures. Dans l’irritation, les choses changent complètement : une fonction étant soumise à une influence autre que celle de son excitant normal, le résultat de cette action devient une manifestation pathologique; il y a perturbation. C’est ainsi que, tandis que l’excitation du système glandulaire, qu’elle soit mécanique, qu’elle lui vienne des qualités du sang, qu’elle lui soit transmise par le système nerveux, produisant une activité plus grande de la fonction sécrétoire, on voit au contraire l’irritation diminuer ou arrêter ces mêmes fonctions.
L’éther est un excitant pour le système glandulaire, et, à quelque dose qu’on l’administre, il produit constamment le même effet ; il active la sécrétion sans déterminer l’inflammation qui témoignerait de l’in-
432 ACTION DE l’ÉTUER
tervention d’une cause étrangère à l’excitai ion proprement dite. '
On sait que, lorsqu’on touche les orihces des conduits excréteurs des glandes, la sécrétion de celles-ci est activée. L’excitation mécanique, perçue par un nerf sensible et transmise au centre nerveux, revient et produit la sécrétion par action réflexe. C’est ce^qui a lieu pour l’excitation de l’éther.
Nous allons prouver, par une expérience, ce que nous venons d’avancer, à savoir : que les sécrétions sont augmentées par l’éther, tandis qu’elles sont ralenties, ou même complètement arrêtées par l’alcool.
Voici deux lapins qui sont, comme vous le voyez, complètement anesthésiés , l’ua par l’éther , l’autre par l’alcool introduits dans les voies digestives. Sur chacun d’eux nous avons placé un tube dans le conduit pancréatique, et vous voyez qu’il s’écoule par ce tube du suc en grande quantité chez l’animal anesthésié par l’éther, tandis qu’il en coule à peine par le tube placé sur le lapin anesthésié par l’alcool. Nous remarquons encore ici que les quelques gouttes qui se sont écoulées parle conduit placé sur l’animal soumis à l’ivresse alcoolique, sont beaucoup plus fortement coagulables que ne l’est le liquide plus abondant que nous recueillons chez l’animal anesthésié par l’éther.
La sécrétion est également activée dans l’estomac, et, en ouvrant des chiens qui avaient reçu comparativement de l’éther et de l’alcool, nous avons trouvé, dans l’estomac des animaux qui avaient reçu de l’éther, une très-grande quantité d’un liquide filant, qui quel-
ET DE l’alcool.
qucfois était alcalin, mais renfermait une très-grande quantité de pepsine oud’albuminose. Dans ce cas, cette albuminose ne venait évidemment pas des aliments, puisque les animaux étaient à jeun. Ceci prouve combien les théories que l’on a données de l’origine de l’albuminose sont peu fondées. Chez les chiens qui avaient reçu de l’alcool pur, la sécrétion stomacale était beaucoup moins abondante, et présentait quelquefois une sorte de transsudation ou exhalation sanguine.
Les faits que nous venons de signaler se rapportent à l’administration de l’alcool concentré. Lorsqu’on a ajouté une grande proportion d’eau, les mêmes effets ne se rencontrent pins, et l’alcool ainsi étendu peut même, dans certains cas, au lieu de les arrêter, devenir un excitant des sécrétions.
Cette action si différente de l’éther et de l’alcool purs sur les sécrétions glandulaires peut, jusqu’à un certain point, se comprendre lorsque l’on examine l’effet différent que ces deux substances exercent sur le tissu même des glandes. L’alcool enlève l’eau à ce tissu, le racornit et lui fait perdre certaines de ses propriétés. Ainsi, lorsqu’on prend un fragment du tissu d’une glande qui fournit un liquide visqueux, telle que la glande sublinguale, par exemple, et qu’on le met en contact avec l’alcool, comparativement avec le même tissu desséché ; si l’on met dans l’eau le tissu, il a complètement perdu, par son contact avec l’alcool, la propriété de rendre l’eau visqueuse, propriété que la dessiccation seule ne lui a pus fait perdre.
CODRS DE Uth, — T. I. 28
ACTION DE l’ ÉTHER.
L’élher n’exerce aucune action de cette espèce. Si l’on place un morceau de glande sublinguale dans l’éther, on voit aussitôt ce tissu devenir visqueux, de sorte que l’éther a au contraire exagéré la propriété caractéristique de la glande que l’alcool a détruite.
Nous allons maintenant. Messieurs, vous montrer l’expérience que nous vous avons tout à l’heure annoncée. Nous avons anesthésié ce canard avec de l’éther contenant de la graisse en dissolution, et nous savons que, si nous avions introduit ce mélange dans l’estomac d’un lapin, ses vaisseaux chylifères se seraient remplis immédiatement d’un chyle blanc.
L’ouverture de ce canard vous montre que, bien que les organes digestifs soient rouges et congestionnés, il n’y a pas trace de vaisseaux chylifères blancs. Les lymphatiques sont bien turgides, mais ils ne renferment que de la lymphe transparente. Cela confirme ce que nous vous avons dit de l’absence de vaisseaux chylifères chez les oiseaux.
Dans la prochaine séance, nous continuerons l’exament comparé des actions de l’éther et de l’alcool, en étudiant leur effet sur les sécrétions internes.