TRENTIÈME LEÇON
SOMMAIRE ! De l’action de l’alcool et de l’éiher sur les sécrétions internes, et particulièrement sur la sécrétion sucrée du foie. — Mécanisme de cette exagération sécrétoire. — Causes d’erreur dans l’appréciation des quantités du sucre que renferme le sang. — Conclusion.
Messieurs,
La difficullé à localiser les sécrétions internes nous a fait nous borner à examiner l’action de l’alcool et de l’éther sur la sécrétion du sucre, sécrétion qui, vous le savez, se fait dans le foie.
L’éther, je vous l’ai déjà dit, active singulièrement la sécrétion du sucre dans le foie; mais ce n’cst pas par réflexion de l’excitation qu’il imprime à la muqueuse intestinale, c’est par un autre mécanisme. L’impression sensible qui excite le tissu du foie paraît être perçue dans le foie lui-même, dans les ramifications de la veine porte, véritable intermédiaire au système intestinal et au système circulatoire proprement dit. Chez certains mollusques dont l’estomac ramifié est enveloppé par le foie, la veine porte n’existe pas, et cette excitation est alors pouc ainsi dire immédiate.
Il ne faudrait cependant pas croire que, dan.s ce cas, pas plus que chez les animaux supérieurs, la sécrétion du sucre vienne directement des aliments. Elle est le résultat de l’évolution organique du foie lui-même, dont
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la substance offre l’exemple d’un renouvellement, d’une destruction et d’une formation incessante de matière, La preuve qu’il en est bien ainsi, c’est qu’on peut, par le lavage, retirer du foie tout le sucre et tout le sang qu’il contient, ce qui n’empêchera pas le lendemain d’y trouver une forte proportion de sucre. Ainsi il y a dans les organes glandulaires ; foie, testicule, pancréas, rate, une évolution sur place du tissu propre de ces organes, évolution qui aboutit à former un liquide propre à chacun et caractéristique de la fonction à laquelle il est destiné.
L’action d’un excitant ne produit pas la matière de la sécrétion, mais elle la fait sortir de l’organe, en active le mouvement et peut en favoriser la formation en en facilitant le renouvellement.
C’est un fait bien constaté que, lorsqu’on excite un organe, le liquide que cette excitation en chasse se remplace vite; et c’est ainsi que l’excitation successive peut en rendre la production plus abondante.
Si, par exemple, on prend deux chiens de même taille, tous deux à jeun depuis quelques jours, et qu’on leur injecte dans l’estomac, à l’un de l’eau, à l’autre de l’éther, l’excitation de l'éther remplacera pour le foie l’excitation digestive ; et, si on les sacrifie tous deux, on verra que, suivant la durée de l’abstinence à laquelle il a. été soumis, le foie du chien qui a reçu de l’eau ne contient que très-peu de sucre, ou n’en contient pas, tandis que le foie du chien qui a reçu de l’éther en renferme une proportion plus considérable. Ce sucre qu’on trouve alors dans le foie d’un