‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 113 sur 120 · PROPRIÉTÉS DU CURARE, PAR M. PELIKAN · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DU CURARE, PAR M. PELIKAN

offre un haut intérêt au point de vue de la physiologie générale.

» J’aurai, du reste, l’occasion de revenir sur ces considérations, dans d’autres communications que je ferai à l’Académie sur diverses substances toxiques. J’ai voulu seulement, pour aujourd’hui, rappeler l’ensemble des résultats que j’ai obtenus depuis que j’ai commencé à appliquer le curare à l’analyse physiologique des propriétés des systèmes musculaire et nerveux. »

Voici encore une communication sur le curare qui a été faite à l’Académie des sciences le 10 mars 1857 par M. Pelikau, professeur de médecine légale et de toxicologie à Saint-Pétersbourg.

Notice sur les propriétés physiologo-toxieologiques du curare, par M. E. Pelikan.

«Ayant reçu dans le courant de l’automne dernier de MM. Claude Bernard et Leconte, par l’entremise de mes collègues à l’Académie de médecine de Saint- Pétersbourg, MM. les professeurs Brands et Zablotzki, quelques grammes de curare, je me suis empressé d’entreprendre une série d’expériences concernant l’action de ce poison sur différents animaux, particulièrement sur des mammifères, et j’ai l’honneur de présenter à l’attention bienveillante de l’Académie les principaux résultats de ces expériences.

» 1 . Le curare, introduit dans le tissu sous-cutané ou injecté dans les veines, exerce une action dont tous les phénomènes caractéristiques ont été décrits, de la

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maoièie la plus satisfaisante, par M. Claude Bernard. J’ai remarqué seulement, en irritant les nerfs moteurs d’un animal empoisonné par le curare, que les contractions des muscles correspondants ne cessent pas toujours immédiatement après la mort, quoique dans la majorité des cas la loi posée par M. Bernard se confirme.

» 2. La section du nerf sciatique, avant l’empoisonnement de l’animal parle curare, n’empéche pas après la moit la cessation de l’irritabilité du nerf opéré, tandis que dans l’empoisonnement par la strychnine cette irritabilité se remarque encore longtemps après qu’elle a complètement disparu dans le nerf d’un autre membre resté intact.

)) 3. La section de la partie cervicale du nerf sympathique d’un côté (chez un lapin) avant l’empoisonnement par le curare, modifie considérablement le phénomène caractéristique qui se manifeste vers la fin de l’action, c’est-à-dire la dilatation de la pupille avec l’extension en dehors du globe de l’œil ; et quoique ce phénomène arrive identiquement sur les deux yeux, il est pourtant moins développé du côté opéré, et même, quelque temps api’ès la mort, on voit la différence entre les diamètres des deux pupilles. J’ai remarqué la même chose sous l’action de la strychnine : la pupille du côté non lésé se dilate pendant le tétanos beaucoup plus considérablement que la pupille du côté opéré.

» 4. La solution aqueuse du curare, introduite dans l’estomac au moyen d’une sonde élastique, agit comme

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poison, quoique plus lenfementet d’une manÜMe moins énergique, ce qui confirmej les anciennes expériences deFontana, Brocklesby, Eramer, et les i-echerches plus ’ récentes de MM. Cogswell, Vulpian et Kolliker. La dose de 3 décigrammes a fait périr consécutivement trois lapins ; un quatrième supporta cette dose et se rétablit. La dose de 62 milligrammes ne manifesta aucune action vénéneuse. Mais l’action, moins énergique du curare introduit dans l’estomac n’est pas une propriété particulière et caractéristique de ce poison et ne peut pas être expliquée, comme on a tenté de le faire, par la supposition que le curare contient une certaine quantité du venin des serpents venimeux; car la particularité susmentionnée, est générale à presque tous les poisons narcotiques qui ont la propriété d’être facilement absorbés. Par exemple, l’action de l’extrait de la noix vomique est plus prompte et énergique, s’il est introduit dans le> tissu sous-cutané, que dans le cas de son introduction dans l’estomac.

» 5. La airarme a été préparée par ) mon collègue M. Trapp, d’après le procédé de M. Boussingault, avec la différence que l’extrait aqueux a fourni à M. Trapp plus d’alcaloïde que l’extrait spiritueux. Je tiens pour certain que la curarine possède toutes K s propriétés actives du curare. Cet alcaloïde, introduit sous la peau d’un lapin, à la dose de 5 centigrammes, a occasionné la mort de l’animal avec tous les phénomènes caractéristiques de l’empoisonnement par le curare.

» 6. Après que le curare a été absorbé à une dose sufHsante pour produire la mort, il ne peut pas être

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question d’antidote. La strychnine peut provoquer les phénomènes qui lui sont caractéristiques seulement dans le cas où la do.se du curare a été insuffisante, et réciproquement. La solution du curare précipitée par le tannin (tannate de curarine) perd son action délétère à une dose ordinaire; mais le curare en poudre, introduit dans l’intérieur d’une plaie avec de la poudre de tannin, conserve son action toxique. L’iode dissous dans l’iodure de potassium ne détruit pas l’action du curare, quand même les deux solutions, après un mélange préalable, ont été évaporées et le résidu introduit dans le tissu sous-cutané.

» 7. La présence du curare peut être facilement découverte par les réactions de la curarine. Ces réactions sont à peu près les mômes que pour la strychnine, mais elles sont encore plus constantes que pour ce dernier alcaloïde. L’acide sulfurique avec le chromate de potasse ou avec le ferrocyanure de potassium, ou avec le peroxyde de plomb puce, donne des colorations rouges très-belles. L’essai galvanique est aussi très-sensible et donne, comme avec la strychnine, la coloration rouge de la solution acide de la curarine à lame de platine de l’anode. »

Tous les faits contenus dans la note de M. Peltkan viennent exactement confirmer les résultats semblables que nous avions précédemment constatés et qui se trouvent consignés dans nos leçons. Toutefois, nous ferons une remarque générale, parce qu’elle se rattache à une question de principe. On pourrait peul-

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