‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 26 sur 120 · DE L ACIDE CARBONIQUE · texte numérisé non relu

DE L ACIDE CARBONIQUE

au point de se réduire à une question de solubilité.

Mais, Messieurs, il faut tenir compte de tous les éléments accessibles du phénomène : le sang qui arrive dans le poumon est du sang veineux, par conséquent du sang déjà chargé d’acide carbonique. En traversant le poumon, il n’absorbe pas simplement les gaz qu’il y rencontre : il exhale encore une certaine proportion de celui qu’il contenait et le fait n’offre déjà plus la simplicité d’une dissolution; c’est un échange. Or, pour que cet échange ait lieu, il faut que le gaz sortant et le gaz entrant soient do nature différente ; et la présence dans le gaz entrant d’une proportion notable d’acide carbonique le rapproche trop de la nature du gaz sortant pour que l’échange n’en soit pas rendu beaucoup plus difficile.

Si l’influence de la vie d’une part et de l’autre le phénomène de dissolution des gaz dans le sang, dont les lois physiologiques ne sont pas connues, n’étaient susceptibles de compliquer cette question en y introduisant des éléments nouveaux, on pourrait dire que l’acide carbonique dans un milieu respiré empêche l’oxygène d’entrer dans le sang, non pas seulement par sa tendance à entrer à sa place en raison de sa solubilité, mais bien plutôt en empêchant l’acide carbonique qui est dans le sang d’en sortir, et en mettant ainsi à l’hématose un obstacle qui, bien qu’il conduise au même résultat, offre un mécanisme différent.

Nous nous expliquons ainsi un résultat qui d’abord nous avait quelque peu surpris. Dans les expériences sur des animaux que nous laissions périr dans des mi-

lieux confiDés ou viciés, mais non vénéneux, nous avions vu, en changeant les conditions, que les proportions d'oxygène restées dans la cloche où les animaux avaient succombé pouvaient varier, de 3, 5 à 39 pour 100, tandis que la proportion d’acide carbonique ne pouvait pas s’élever au delà des limites assez rapprochées de 12 à 18 pour 100. Il ressortait clairement de ces faits que dans ces expériences la mort était déterminée bien plus par la présence de l’acide carbonique que par la privation d’oxygène. Ce que l’on sait d’ailleurs des propriétés de l’acide carbonique permet de conclure de ce qui précède qu'à un moment donné il met un obstacle complet à l’absorption du gaz vital.

Le mécanisme par lequel je viens de vous expliquer la nature de cet obstacle est d’accord avec tous les faits observés, et rend parfaitement compte de leur contradiction apparente. Je ne doute cependant pas que, lorsque ces faits seront étudiés de plus près, et en grand nombre, dans des conditions plus variées et dans un autre esprit, on n’arrive, dans les théories de l’asphyxie, à tenir compte des éléments physiologiques que j’indiquais tout à l’heure, à savoir de la nature de la dissolution du gaz dans le sang et du mécanisme de leur échange. Ces éléments doivent laisser aux causes physiques du phénomène une large part dans l’asphyxie ou tout au moins ils viendront, dans une foule de cas, en modifier les résultats généraux d’une manière plus ou moins sensible.

Ces résultats seront du reste étudiés de nouveau à propos de l’empoisonnement par la vapeur de charbon.

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dans lequel nous verrons l’acide carbonique jouer un rôle important,

La conclusion générale à tirer de tous les faits qui précèdent, si les expériences que nous nous proposons de faire doivent en confirmer les résultats, serait que dans une atmosphère suffisamment chargée d’acide carbonique, un animal meurt par privation d’oxygène, quelle que soit d’ailleurs la quantité de ce dernier gaz que renferme l’atmosphère.

L’exemple des phases diverses qu’a parcourues cette question est éminemment propre. Messieurs, à vous montrer combien sont compliqués les actes de la vie ; vous sentirez par là que le physiologiste et le médecin sont sur un terrain obscur où l’esprit doit redoubler d’efforts en raison de la complexité des objets qu’il embrasse, et vous comprendrez combien il peut être aidé en empruntant aux données plus simples de la physique et de la chimie des explications dont ces sciences toutefois sout loin de lui offrir tous les éléments complets.

L’acide carbonique exerce encore sur l’organisme une influence d’une autre nature, une influence topique, sur laquelle je crois utile d’appeler votre attention, parce qu’elle a été invoquée pour expliquer les effets dont nous venons de rendre compte par des considérations d’un autre ordre.

Et d’abord, lorsqu’il est absorbé, l’acide carbonique ne saurait exercer sur l’économie comme acide aucune action qui serait liée essentiellement à ses propriétés acides et irritantes. En arrivant dans le sang, li-

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quide constamment alcalin, l’acide carbonique se change en carbonate ou reste dissous, et dès lors ne saurait agir comme acide carbonique pur ; de plus, l’innocuité dont nous avons vu suivre son administration démontre que les carbonates qu’il forme, ou que le gaz lui-même à l’état de dissolution, sont parfaitement inertes.

M. Herpin (de Metz) a signalé comme premier effet de l’acide carbonique employé en bain ou comme topique, une sensation de chaleur douce et agréable à laquelle succède un fourmillement particulier et, plus tard, une sorte d’ardeur comparable à celle d’un sinapisme qui commence à agir. La peau devient rouge, une transpiration abondante se montre dans les parties exposées à l’action du gaz ; la sécrétion urinaire est considérablement augmentée.

Lorsque le séjour dans l’acide carbonique se prolonge, il arrive de la surexcitation : le pouls est plein, vif et accéléré ; la chaleur devient brûlante ; il y a turgescence et rubéfaction de la peau, céphalalgie, oppression, etc.

Prolongé pendant plusieurs heures, lebain du gaz carbonique détermine un état de stupeur comme de paralysie ; le sang veineux prend une couleur trèsnoire.

Lorsqu’on l’a pris dans des conditions convenables, le bain d’acide carbonique rend plus léger, plus dispos et plus éveillé pendant quelques heures. 11 agit énergiquement sur les systèmes vasculaire et nerveux ; nous vous avons dit déjà qu’il augmentait la chaleur

DE l’acide carbonique.

et la transpiration ; M. Herpin signale ce gaz comme rappelant aussi les flux sanguins habituels qui ont été accidentellement supprimés, spécialement les hémorrhoïdes et surtout la menstruation qu’il rend plus abondante, et dont il fait avancer les époques.

Dans un voyage qu’il a fait à la Nouvelle-Grenade, M. Boussingault est entré dans les galeries d’exploitation à ciel ouvert d’un gisement de soufre. Il y éprouva une chaleur suffocante et un picotement très-vif dans les yeux. Y étant retourné une heure après, pour chercher un thermomètre qu’il y avait laissé, il reconnut que ce thermomètre, dans un milieu dont il avait, d’après ses sensations, estimé la température à 40® environ, marquait seulement 10®, 5. Une analyse de l’air de ces galeries faite sur place a donné pour sa composition :

Acide carbonique 9S

Air, environ 5

Acide sulfurique traces.

Les ouvriers qui exploitaient ce gisement ont assuré à M. Boussingault qu’ils flnissaient, pour la plupart, par éprouver un affaiblissement de la vue qui, chez quelques-uns, amenait une cécité complète.

L’action topique de l’acide carbonique est donc celle d’un stimulant local dont les effets prolongés sont irritants et peuvent déterminer une réaction générale vive.

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