‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 27 sur 120 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Il AVRIL 18S6.

SOMMAIRE: Nature de l’ozone. — Ses propriétés chimiques. — Mode de préparation de l’ozone. — Ses effets physiologiques. — Ses relations arec les diverses conditions météorologiques .

Messieurs,

Dans les dernières leçons nous avons étudié la part d’action qui devait être faite à la diminution et à l’augmentation de la proportion d’oxygène dans un milieu destiné à entretenir la respiration. Vous n’avez pas oublié comment cette étude nous a conduit, malgré l’innocuité propre de l’acide carbonique, à lui faire une large part dans le phénomène de l’asphyxie par une atmosphère confinée ou viciée. De nouvelles expériences faites depuis la dernière leçon nous ont confirmé dans les idées par lesquelles nous vous avons expliqué les effets produits par l’acide carbonique, idées sur lesquelles nous n’avons par conséquent pas à revenir aujourd’hui, parce que nous aurons à nous en occuper à propos de l’asphyxie par la vapeur de charbon.

Mais il nous reste encore à continuer, au point de vue de ce cours, l’histoire physiologique du milieu vital. Nous nous occuperons des effets de l’ozone, principe particulier qui existe dans l’air et auquel on a accordé, dans ces derniers temps, une influence physiologique et pathologique considérable.

DE l’ozone.

L'ozone est une substance dont la présence dans l’air atmosphérique n’a été signalée que depuis peu. C’est en 1839 que M. Schœnbein communiqua à l'Académie de Munich les résultats de ses premières expériences. La nature de l’ozone a été un objet de discussion, et diverses opinions ont été émises à ce sujet. Pour quelques chimistes, c’est un suroxyde d’hydrogène ; d’autres ont admis que, sous certaines influences, qui sont précisément celles qui président à la formation de l’ozone, de l’acide azoteux se formait dans l’air, et que l’ozone n’était que de l’acide azoteux ; d’autres, prenant un moyen terme, ont admis que c’était un mélange de suroxyde d’hydrogène et d’acide azoteux. On croit généralement aujourd’hui que l’ozone n’est autre chose que l’oxygène dans un état différent de celui sous lequel il était connu jusqu’ici; en d’autrestermes, que l’ozone et l’oxygène sont deux états isomères d’un même corps, capable de se transformer l’un en l’autre de ces états dans des circonstances données.

Avant d’être fixé sur sa nature, on a constaté quelques-unes des réactions de l’ozone, réactions qui lui firent reconnaître des propriétés oxydantes très-énergiques.

Lorsqu’on place dans un milieu renfermant de l’ozone un papier amidonné, trempé dans une solution étendue d’iodure de potassium, l’ozone met de l’iode en liberté et le papier bleuit, comme vous pouvez ici en être témoins. On a donc, dans ce papier amidonné et trempé dans l’iodure de potassium, un réactif de l’ozone qui, dans certaines circonstances, en fait recon-

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naître la présence dans l’air. Notons toutefois que certains corps qui jouissent de propriétés oxydantes énergiques partagent avec l’ozone la propriété de bleuir ce papier qu’on a appelé papier ozonométrique ; le chlore et les combinaisons oxygénées de l’azote sont dans ce cas.

On a vu que l’ozone se produisait dans l’atmosphère sous l'influence de l’électricité , pendant certains orages. Son odeur est spéciale et lui a valu son nom. Cette odeur, qui ne peut guère être comparée à aucune des odeurs généralement connues, rappelle celle qui se fait sentir dans une pièce où l’on développe de l’électricité par frottement.

MM. Becquerel et Frémy ont montré que dans un tube plein d’oxygène on pouvait produire de l’ozone en y faisant passer des étincelles électriques. De même que la chaleur peut agir sur le soufre et modifier nonseulement ses caractères physiques, mais encore ses propriétés chimiques ; de même que la lumière agit sur le chlore et développe à un haut degré son affinité pour l’hydrogène qu’on trouve moindre lorsqu’il a été préparé à l’obscurité; ainsi l’électricité semble agir sur l’oxygène. A l’état ordinaire, l’oxygène ne bleuit pas le réactif de Schœnbein, c’est-à-dire ne met pas en liberté l’iode combiné ; il ne se combine pas directement avec les métaux des dernières séries, non plus qu’avec l’azote. Dans l’ozone, qui paraît être de l’oxygène modifié par l’électricité, les propriétés oxydantes sont développées à un bien plus haut degré. Nous vous avons indiqué son action sur le papier ioduré ; il se

combine encore directement avec l’argent et l’azote, etc. Cette aptitude à se combiner avec l’azote peut apporter même quelque confusion dans l’appréciation des résultats obtenus avec le papier de Schœnbein, parce que, dans l’air, la production de l’ozone détermine la formation d’acide hypoazotique qui agit sur le papier réactif de la même manière que l’ozone. Cette cause d’erreur disparaîtrait cependant s’il pouvait être établi que ce composé azoté ne se produit dans l’atmosphère que sous l’influence de l’ozone, ou, au moins, dans les mêmes circonstances que ce dernier corps, ce qui n’est pas impossible. Mais cela empêcherait toujours d’admettre que l’ozone pût exister à l’état de liberté dans l’air ; de sorte qu’on pourrait conserver de l’oxygène ozonisé, mais non de l’air ozonisé.

M. Schœnbein pense que l’apparition dans l’air d’une proportion un peu élevée de l’ozone coïncide toujours avec la production des épidémies de grippe.

Pour se procurer de l’ozone, on peut recourir au procédé de MM. Becquerel et Frémy, qui font passer dans l'oxygène des étincelles électriques produites au moyen de l’appareil de Rhumkorff. Il est important, dans la pratique de ce procédé, de ne pas placer sur la cuve à mercure la cloche qui renferme l’oxygène à ozoniser parce qu’à mesure de sa production, l’oxygène ozonisé oxyderait le mercure et l’on reconnaîtrait son absorption à ce que le mercure monterait dans la cloche.

Un autre procédé consiste à préparer de l’oxy-

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