‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 28 sur 120 · DE L OZONE · texte numérisé non relu

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été complètement détruites par l’ozone contenu dans le flacon de 60 litres.

Les expériences instituées pour étudier les effets physiologiques de l’ozone sont surtout dues à M. Schœnbein. Voici les principaux résultats auxquels ont conduit ses observations : lorsqu’on met des animaux dans l’air ou dans l’oxygène ozonisés, on voit leur respiration s’accélérer. Des mucosités sortent par leurs narines, ils finissent enfin par succomber avec tous les signes d’une inflammation violente des bronches, inflammation qui peut se constater à l’autopsie. Un chien ayant été mis pendant une heure dans une cloche où on faisait passer de l’ozone succomba avec ces accidents; et cependant M. Schœnbein évalue à 2 milligrammes seulement la quantité d’ozone inspirée par cet animal, à l’autopsie duquel les poumons présentaient une vive rougeur et tous les signes d’une phlegmasie très-aiguë de la muqueuse respiratoire.

M. de la Rive, qui a aussi expérimenté sur l’ozone, m’a dit qu’on ne saurait mieux comparer l’action de l’ozone qu’à celle du chlore ; que le résultat constant était de produire de l’éternument, du coryza et une bronchite. C’est par cette action qu’on s’explique la relation qu’on a tenté d’établir entre sa présence dans l’air et les épidémies de grippe. 11 faut pour cela que l’ozone soit en excès dans l’air. C’est, diton, ce qui a lieu lorsque le vent venant du nord, pendant l’hiver, la décomposition des matières organiques est suspendue; ce corps, ne rencontrant plus les influences qui pourraient le détruire, s’accumule dans

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l’atmosphère et devient dès lors une cause d’irritation pour l’appareil respiratoire.

Toutes ces recherches, Messieurs, ne nous font juger que de l’action topique de l’ozone, des effets irritants que cette substance, comme le chlore, produit par son contact avec les voies respiratoires.

Il était intéressant de savoir si, introduit directement dans le sang, l’oxygène ozonisé exerçait sur l’économie des effets différents. Tout à l’heure nous en avons, avec une seringue de verre, injecté 1 2 centimètres cubes environ dans la 'veine jugulaire d’un chien qui n’a pas paru en souffrir. Pour nous rendre compte de l’action directe sur le sang, nous avons alors agité dans deux tubes du sang avec de l’oxygène ozonisé dans l’un, avec de l’oxygène légèrement chloré dans l’autre. Dans les deux cas le sang est devenu aussi manifestement rutilant que si on l’eût agité dans l’oxygène pur.

Le mélange direct n’exerce donc pas sur le sang d’action appréciable à la vue. Des petites quantités d’ozone ou de chlore se combinent avec certains éléments du sang et par suite se détruisent et perdent ainsi toutes les propriétés qui en faisaient des topiques irritants. En supposant que ces corps soient absorbés, ils se transforment nécessairement dans le sang, car leur existence est incompatible avec le contact de la matière organique.

Cet état particulier de l’oxygène ne pouvant, en raison de cette instabilité, rien ajouter aux propriétés physiologiques de l’air vital,, perd beaucoup de son

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intérêt pour nous. Dans l’économie il arrive pour l’ozone ce qui arrive pour les substances qui se combinent avec les matières organiques ou qui, étant détruites par elles, ne permettent, parmi les effets primitifs qu’elles seraient capables de produire, que de juger des effets locaux.

Il y a des circonstances dans l’organisme, dans lesquelles l’oxygène prend en se fixant sur la matière organique des propriétés plus actives, qui sembleraient le rapprocher de l’ozone. C’est ainsi que les circonstances dans lesquelles l’essence de térébenthine fixe l’oxygène peuvent le modifier de telle façon qu’il présente des réactions analogues à celles de l’ozone. Voici un flacon d’essence de térébenthine qu’on a placé au soleil pendant une heure environ en l’agitant de temps en temps. Dans cet autre flacon est la même essence qui est restée en repos et à l’ombre. Si nous mettons les deux essences en présence d’une certaine quantité d’indigo et que nous favorisions la réaction par une chaleur même peu élevée, vous voyez l’essence du second flacon rester sans action sur l’indigo qui est décoloré par celle provenant du flacon agité au soleil.

Vous connaissez l’action de l’essence de térébenthine sur l’organisme ; elle produit une irritation locale sur le tube intestinal, une chaleur vive dans l’estomac et un sentiment d’ardeur générale ; cette action se porte aussi sur le système circulatoire et sur les reins dont elle active et modifie la sécrétion. On l’a employée dans les névralgies, dans les catarrhes vésicaux et dans

les paralysies partielles où l’on a cru remarquer une chaleur plus vive produite dans la partie paralysée.

Eh bien, on a étudié comparativement les effets de la thérébenthine ordinaire et de la térébenthine ozonisée, et M. Schœnbein prétend que les effets thérapeutiques et physiologiques de cette dernière sont bien plus prononcés.

D’autres substances médicamenteuses seraient-elles susceptibles d’être ainsi modifiées? Ce serait un fait curieux à établir.

On a admis qu’il se passait dans le sang quelque chose d’analogue à ce phénomène, qui n’est ni une dissolution ni une combinaison de l’oxygène, mais cet état en quelque sorte intermédiaire est encore non défini. On sait toutefois que le sang dissout une proportion considérable d’oxygène et que le sérum ne possède pas au même degré cette propriété dissolvante, qu’il faut surtout rapporter aux globules. Nous vous avons déjà dit qu’il n’y avait pas là une dissolution ordinaire de l’oxygène, puisque, contrairement aux dissolutions qui se font moins abondantes quand la température s’élève, on voit celle-ci augmenter avec la température, pour disparaître ensuite, quand celle-ci a atteint un certain degré d’élévation. On a cru voir dans l’action des globules quelque chose d’analogue à ce qui se passe pour l’essence de térébenthine, et l’on a admis que les globules du sang condensaient l’oxygène et développaient en lui des propriétés plus actives.

Rien ne démontre d’une manière directe l’exactitude de cette proposition ; on peut toutefois avancer

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que le phénomène qui se produit dans ce cas n’offre aucune analogie avec les effets déterminés par l’ozone.

Des expériences nouvelles jetteront, sans doute, un jour nouveau sur la question de l’influence physiologique de l’ozone. Les faits observés jusqu’ici ne permettent que de constater son influence irritante locale. Quant à la liaison qui existerait entre ses variations et les productions des épidémies, elle n’a encore donné lieu qu’à un petit nombre d’observations, dont les résultats offrent un certain intérêt. Je vous ai déjà dit que Schœnbein attribue à l’excès d’ozone dans l’air la production des épidémies de grippe. 11 a aussi signalé la coïncidence qui existerait entre les épidémies de choléra et l’absence de l’ozone qui permettrait aux miasmes de se développer et favoriserait ainsi les maladies septiques ; plusieurs expérimentateurs ont obtenu des résultats qui tendraient à confirmer cette vue. Ainsi, M. Th. Boeckel, dont les observations ont été faites pendant les épidémies de choléra de 1854 et 1855 à Strasbourg, signale une l'elation intime entre le développement de l’épidémie et la diminution ou la disparition de l’ozone. Ainsi, M. Wolf, directeur de l’observatoire de Bonn, a donné des observations dans le même sens. Une récente communication de M. Pouriau signale la coïncidence, dans le département de l’Aisne, de la diminution de l’ozone avec l’apparition des fièvres pernicieuses.

D’autres observateurs sont toutefois arrivés à des conclusions contraires. La Société de médecine de Kœnigsberg a conclu de ses observations qu’il n’y

avait pas de rapports entre la quantité d'ozone et le développement du choléra. De semblables résultats ont aussi été donnés par les médecins de l’Académie de Vienne. Aujourd’hui, la constatation de l’état ozonométrique de l’air au moyen du papier amidonné et imprégné d’une solution faible d’iodure de potassium, fait partie des observations météorologiques habituelles. On a déjà reconnu par ces observations que dans les habitations, dans les villes, dans les endroits où des matières organiques sont réunies en grande quantité ou abandonnées à la décomposition spontanée, l’ozone disparaît.

Il était intére.ssant d’étudier les variations de l’ozone dans leurs rapports avec les autres circonstances météorologiques. MM. de Bérigny et Richard, qui ont publié les observations recueillies par eux à Versailles, pendant le mois d’août 1855, sont arrivés, pour cette période très-restreinte, il est vrai, à établir des rapprochements curieux.

Ils ont vu : 1® que, lorsque la température s’élève, l’ozone diminue ;

2® Que, lorsque la force élastique de la vapeur et l’humidité relative augmentent, l’ozoue suit la même progression ;

3® Que, fréquemment, plus le degré de sérénité du ciel est faible, plus celui de l'ozone est considérable.

Si l’on rapproche ces conclusions de celles publiées par M. Quetelet, sur l’électricité atmosphérique, on aura une raison de plus, après toutes celles que nous avons déjà indiquées, de regarder les phénomènes

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électriques comme jouant le rôle le plus important dans la production de l’ozone.

Voici, d’après M. Quetelet, les rapports qui existeraient entre l’état électrique de l’atmosphère et les autres conditions météorologiques.

1 ° La courbe des variations électriques a une marche à peu près inverse de celle des températures de l’air.

2® Cette même courbe est en relation à peu près directe avec la marche de l’état hygrométrique.

3° Enfin la différence entre le maximum et le minimum de l’électricité est, en général, beaucoup plus sensible par les temps sereins que par les temps couverts.

Cette espèce de coïncidence entre la courbe de l’ozone et celle de l’état électrique serait un fait bien intéressant à établir par des recherches plus étendues. D’ailleurs, tout ce qui touche à cette question n’est encore qu’indiqué, et il y a sans doute là un curieux sujet d’études.

Messieurs, les considérations qui ont fait l’objet de nos quatre dernières leçons n’étaient qu’une introduction destinée à fixer l’influence des conditions générales dans lesquelles se trouve placé l’organisme. Dans la prochaine séance, nous aborderons l’étude des gaz toxiques.

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