‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 52 sur 120 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

7 ail 18S6.

SOMMAIRE : Curare. — Poison des flèches. — Ses effets connus. — Historique î W. Raleigh. — D’Acunjaetd’Artieda. — Salvator Gilius. — J. J. Hartslnck. — Bartholomeo de Las Casas. — Bancroft. — Scbreber. — Depa'w. Hartius. — De HumboldL — Richard Scbonibargk. — Ch. Watterton. — Clapperton. — Bousslngault etRoulin. — Goudot. — Fr. de Castelnau. Weddel. — Incertitude sur la nature de ce poison.

Messieurs,

Nous allons aujourd’hui changer, non la direction, mais le sujet de nos études. Notre hut, en commençant l’examen des actions toxiques, n’était pas, comme vous le savez, de les aborder toutes, mais seulement de passer en revue quelques-unes des plus dissemblables. C’est surtout de cette manière que le sujet «levait offrir un intérêt physiologique suffisant , en s’attachant à scruter le mécanisme varié des effets que produisent les poisons.

Nous avons vu que l’oxyde de carbone agit sur le sang. Le curare, que nous allons examiner aujourd’hui , substance d’une nature essentiellement différente, nous offrira, dans le mécanisme de son action, ‘ des phénomènes sans aucune analogie avec ceux dont nous avons été témoins jusqu’ici.

Le curare, désigné sous les noms variés de Woorara, Woorari, Wourari, Wooraru, Wurali, Wourali, Urari, Ourary, Voorara, Ourary, est une drogue assez rare

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dont l’action singulière s’est toujours présentée avec un cortège de merveilleux.

C’est de cette préparation que se servent certaines peuplades sauvages de l’Amérique du Sud pour empoisonner leurs flèches. Aussi l’a-t-on aussi nommée poison des flèches. Aujourd’hui on désigne généralement en Europe ce poison sous le nom de curare , que nous lui conserverons.

De fout temps, le curare a été caractérisé par la plus remarquable de ses propriétés, celle d’être un poison violent, quand on l’introduit dans une plaie, tandis qu’il est innocent quand on l’ingère dans le canal intestinal.

Avant d’aller plus loin, je veux vous rendre témoins de ce fait :

Voici un oiseau dans la cuisse duquel nous faisons pénétrer une goutte de dissolution de curare : vous le voyez tomber au bout de quelques secondes. 11 s’affaisse sans convulsions et meurt.

Avec une seringue dont la canule se termine en fer de lance, nous injectons de la même dissolution dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un lapin. La vitalité de cet animal est moins active que celle de l’oiseau : au bout de quatre minutes, vous le voyez cependant s’affaisser et bientôt succomber; toujours sans le moindre mouvement convulsif, sans pousser un cri.

Enfin, chez ce second lapin, nous allons, au moyen d’une sonde, injecter la substance dans l’estomac. Le poison, directement introduit dans le canal intestinal, y restera sans effet.

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Je voulais, avant toute considération sur ce point, vous rendre témoins de ses effets regardés comme caractéristique innocuité , lorsqu’on l’introduit dans le tube digestif; intoxication rapide par la voie de l’inoculation , et dans ce cas mort trèsprompte sans cri, sans convulsion.

Sous vos yeux sont des paquets de flèches empoisonnées, qui m’ont été communiquées par M. l’amiral du Petit-Thouars. Les unes sont des flèches de guerre, les autres sont employées pour lâchasse. En général, on se sert pour lâchasse de flèches dont le dard est mobile (fig. 14), ou bien d’autres dont l’extrémité en bois de fer offre une série de renflements et de rétrécissements. Lorsqu’une de ces dernières flèches frappe un animal, le poids de la flèche, joint à l’effort que fait cet animal pour fuir, brise le dard au niveau de l’un des rétrécissements; la flèche, rendue aiguë , peut ainsi facilement servir de nouveau.

La flèche de chasse représentée ici (fig. 14,E) nous a été donnée par M. le docteur Pouget. Elle vient de l’Amérique du Sud.

Les flèches de guerre sont un peu différentes : l’extrémité acérée des unes est taillée dans des os d’animaux (fig. 14, L, K); en voici dont la Fig. U. pointe est formée d’une lame de silex (fig. 14, B, B) et d’autres dont l’extrémité est taillée dans du bois très-dur (fig. 14 et 15, I, H, G, E, M). Enfin dans ces autres flèches apportées de la Polynésie (D, C, fig. 15) vous pouvez voir qu’autour de la flèche en bois

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de fer sont fixées, en sens inverse, des épines qui empêchent de retirer le trait de la blessure. Comme on ne connaît pas de contre-poison à opposer aux effets du curare, ces dernières flèches, ne pouvant être arrachées, causent nécessairement la mort du blessé.

Si maintenant nous nous demandions quelle est la nature du poison qui nous occupe et que nous consultions à ce sujet les récits des voyageurs, nous nous trouvons en présence des histoires les plus extraordinaires, des assertions les plus contradictoires. Chaque auteur a recueilli une version ou donué, comme les ayant constatés, des résultats qu’on ne saurait toujours accepter. Tous ces renseignements ont été rassemblés parM. J. Muller, dans l’article Wborara d’un dictionnaire encyclopédique allemand.

Le curare est connu depuis la découverte de la Guyane par Walter Raleigh, en 1595. C’est lui qui le premier apporta en Europe ce poison, sous le nom de Ourari, sur des flèches empoisonnées. Il en est fait ensuite mention dans la description des voyages des P. d'Âcunja et d’Artieda, en f639, qui voyagèrent sur le fleuve des Amazones.

Salvator Gilius, dans son Voyage à la Guyane, rappelle que les Otlomachis, peuplade indienne, envoient, avec une sarbacane, une flèche longue d’une palme dont la pointe est trempée dans un poison si fort, que l’animal meurt aussitôt, quand la flèche a pénétré dans le sang, même au-dessous de l’épiderme. Il dit que ce poison, nommé curare, est préparé d’un fruit qui s’appelle le picedo. Alonzo Martinez do

CODM DE MÉD. — T. I.

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Espinaz, porte-arquebuse de Philippe III, cite un poison de flèches que fabriquaient les Espagnols avec les racines de l’ellébore. Le suc concentré au soleil produisait, d’après cet auteur, les mêmes effets que nous avons vus déterminés par le curare. D’après Jl-J. Hartsinck, les naturels de la Guyane, qui s’en servent pour empoisonner leurs flèches, en éprouvent

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