‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 72 sur 120 · SUR LES MUSCLES ET LES NERFS · texte numérisé non relu

SUR LES MUSCLES ET LES NERFS

cœur; il bat en dehors de l’action nerveuse, qui semblerait n’agir que pour l’arrêter. Ce qui fait que, quoique le curare paralyse tous les nerfs moteurs, le cœur continue néanmoins h battre. Willis, et d’autres après lui, avaient dit que le cœur n’est pas sous l’influence des nerfs; parce qu’ils avaient vu qu’en coupant le pneumogastrique ou le grand sympathique, la mort n’avait pas lieu par arrêt du cœur.

11 semble y avoir quelque chose d’anormal dans ces rapports, avec le système nerveux, du cœur considéré comme organe du mouvement ; un fait en dehors des idées reçues et qui a toujours préoccupé les physiologistes. On a regardé dans ces derniers temps le grand sympathique comme le nerf moteur actif du cœur, et le pneumogastrique comme arrêtant ses mouvements.

Cette hypothèse serait inexacte; car, sous l’influence du curare, l’action du grand sympathique est anéantie, et cependant le cœur continue à se contracter. Toutefois le sympathique est paralysé plus tard que le nerf de la vie animale, et c’est ainsi que les nerfs moteurs des membres sont d’abord paralysés avant ceux du thorax. Ceux du cœur le sont plus tard encore.

Voici, Messieurs, comment j’ai pu avoir la démonstration de la paralysie du nerf grand sympathique par le curare.

En coupant chez des lapins le filet qui se rend à la tête, j’avais développé dans cette partie une élévation de température bien sensible à la main et au thermomètre. Or, cet çffet ne s’obtient plus chez un animal

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ompoisoDoé par le curare. L’excitation du filet de la glande sous-maxillaire ne produit pas non plus l’écoulement de la salive.

D’autres substances, établissant toujours une séparation bien nette entre le cœur et les autres organes musculaires, agissent d’une façon inverse et détruisent la contractilité du cœur sans empêcher celle des autres muscles. Physiologiquement donc, le cœur ne serait pas un muscle ordinaire. Récemment M. Â. Moreau a communiqué à la Société de biologie, sur ce phénomène anciennement connu de l’arrêt du cœur sous l’intlueuce de certains poisons , des expériences intéressantes. 11 a vu que beaucoup de sels métalliques, notamment le sulfate de cuivre et les sels de mercure , sont dans ce cas.

Ces effets peuvent être encore produits par une substance dont je tiens à vous montrer l’effet, parce qu’elle a été signalée comme existant normalement dans l’économie animale : c’est le sulfocyanure de potassium.

Nous empoisonnons une grenouille en plaçant une solution assez concentrée de ce sel sous la peau du dos ; chez cttte grenouille, dont nous mettons le cœur à découvert, vous verrez que les contractions du cœur auront cessé, tandis qu’elles continueront chez cetteautre grenouille empoisonnée avant la leçon avec du curare.

Je vous indique le sulfocyanure de potassium, parce qu’on a signalé sa présence comme très-fréquente dans la salive normale. Treviranus, il y a vingt-cinq ou trente ans, Gmelin, Tiedemann depuis, ont appelé l’attention sur ce fait. On constate la présence du sulfocyanure

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de potassium dans la salive, par l’addition du perchlorure de fer qui y détermine une coloration rouge qu’on ne rencontre pas dans la salive, mixte de tous les sujets. Eberle a donné la présence du sulfocyanure dans la salive comme cause de ,1a rage. On, n’a pas pu isoler le sulfocyanure, bien que la réaction ait été obtenue et qu’on ait même pu avec ce moyen le doser. On s’est demandé comment une substance aussi toxique que le sulfocyanure de potassium pouvait exister dans la salive sans produire d’accidents, et on hésiterait, à l’admettre tant qu’une réaction, physiologique n’aurait pas démontré que c’est bien ce corps que désigne la coloration rouge delà salive, ,

Le cœur de la grenouille que nous avons tuée en lui injectant sous la peau une dissolution de sulfocyanure de potassium, est maintenant complètement arrêté. L’action^des nerfs est conservée, car leur excitation galvanique détermine des mouvements dans les muscles. , . '

Avec une dose faible du poison, des mouvements volontaires pourraient encore être observés après l’arrêt du cœur. C’est le contraire pour le curare; le cœur agit encore quand les mouvements volontaires ont cessé.

Ces phénomènes remarquables , que nous ont présentés le curare et le sulfocyanure , permettent aujourd’hui de résoudre d’une façon satisfaisante une question de physiologie qui, depuis Haller, était toujours restée en discussion .

Haller pensait, avec raison, que les muscles possèdent une contractilité propre que met seulement

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