‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 78 sur 120 · EMPOISONNEMENT · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT

ordre plus élevé dans la série animale. En même temps, la ténacité de leur existence, la lenteur avec laquelle s’accomplissent et meurent la plupart de leurs fonctions, nous plaçaient dans des conditions très-favorables pour en étudier la disparition.

Les expériences que nous avons faites eussent été impossibles sur des oiseaux ; chez eux, la perte d’un des attributs de l’innervation eût promptement causé l’anéantissement complet de la fonction, dont la destruction rapide n’eût permis h l’observateur d’arrêter son attention sur aucune des phases en particulier. La physiologie comparée du système nerveux est toutefois assez avancée pour permettre d’affirmer que, chez les reptiles, les phénomènes élémentaires sont les mêmes, à l'intensité près.

Nous avons voulu voir si ces propriétés physiologiques élémentaires des tissus étaient générales et se retrouvaient dans toute la série, si on les rencontrait chez les animaux inférieurs. A priori, il y avait tout lieu de le supposer.

Lorsqu’on empoisonne une sangsue par le curare introduit sous la peau dans une piqûre, on n’observe d’abord rien d'anormal, l’animal continue à se mouvoir ; mais bientôt la sangsue s’arrête, s’accroche au vase, reste immobile appliquée contre sa paroi. Elle ne paraît cependant pas morte, mais on ne la voit se livrer à aucun mouvement en apparence volontaire. Si on l’abandonne en cet état, elle ne se recouvre pas, comme les sangsues mortes, d’un mucus épais; elle n’entre pas en décomposition ; l’excitation galvanique

d'animaux vertébrés.

la fait remuer très-évidemment, comme vous pouvez le voir sur une sangsue que nous avons empoisonnée par le curare il y a environ une heure.

Toutes les fonctions de la vie de relation sont abolies ; la circulation continue cependant, les fibres musculaires ont conservé leurs propriétés. 11 est remarquable, entre autres actes qui continuent à s’effectuer, que des glandes situées sur les côtés du corps, glandes qui donnent un mucus visqueux, continuent à sécréter d’autant plus abondamment qu’on les excite davantage.

Si cette sangsue n’a pas été complètement empoisonnée, elle reviendra au bout de quinze ou vingt jours de cette existence, de laquelle semblent avoir complètement disparu les phénomènes de la vie de relation. Que celle qui est sous vos yeux doive ou non survivre plus tard, je vous la montrerai, dans la prochaine leçon, telle que vous la voyez aujourd’hui.

Cette autre sangsue a été tuée en lui injectant, par une piqûre faite à la peau, un peu de sulfocyanure de potassium. Ici, la mort a été rapide et complète. Au bout de quelques instants de reptation, tous les mouvements se sont arrêtés, la sangsue s’est recouverte d’une couche de mucus qui montrait qu’elle était bien morte. On ne peut, sous l’influence galvanique, déterminer chez elle aucun mouvement musculaire. Vous la voyez contournée et contractée, insensible aux excitations de la pince électrique.

Une troisième a été empoisonnée avec la strychnine. Nous étions curieux de voir si cette sangsue présenterait les convulsions qu’on observe chez les

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