COMME . MÉDICAMENT
que nous avions donné h des animaux ces deux substances mélangées en diverses proportions, les animaux sont toujours morts. Et ils ont succombé plus rapidement que lorsque la strychnine ou le curare étaient administrés seuls ; mais jamais ils n’ont eu de convulsions, même lorsqu’une faible proportion de curare était associée à une quantité relativement considérable de strychnine.' On peut donc neutraliser le symptôme, mais c’est tout ce qu’on peut faire. L’inefficacité de son action montre que, dans l’empoisonnement par la strychnine, la mort n’est pas causée par le tétanos seul.
Le curare employé dans le tétanos ferait cesser les convulsions. 11 ne guérirait pas pour cela.
Il faut une grande attention lorsqu’on étudie les effets des contre-poisons physiologiques, et la suppression du symptôme peut très-bien induire en erreur.
Il y a quelques années, M. Paul Thénard fit ici des expériences sur les contre-poisons de l’acide prussique : on pensa à essayer l’éther.
On mit alors de l’acide prussique anhydre dans la bouche d’animaux éthérisés; l’intoxication fut très-notablement retardée et affaiblie : l’expérience paraissait devoir conduire à cette conclusion, que l’éther était un contre-poison de l’acide prussique. 11 n’en est rien, cependant ; il n’y avait eu dans cette expérience qu’un retard apporté dans l’absorption, comme on put s’en convaincre en introduisant le poison dans un vaisseau : les effets de l’intoxication apparaissaient alors avec leur promptitude et leur intensité habituelles.
Chez les animaux éthérisés qu’on empoisonnait en-
CÜRARE.
suite par l'acide prussique, il n’y avait ni cris ni convul- . siens; mais ils succombaient tout aussi bien, malgré leur insensibilité.
Je vais, en terminant, vous rendre compte des expériences qui sont ici sous vos yeux.
Voici la sangsue qu’il y a cinq jours j’empoisonnai avec du curare pendant la leçon. Ainsi que je vous l’avais alors indiqué, elle a conservé la propriété de se contracter sous l’influence des excitants du système musculaire.
Voici maintenant une éponge imbibée d’une solution de curare. On y a mis germer des graines de cresson alénois qui s’y développent fort bien.
Ici est une sensitive, sur laquelle nous avons prouvé l’inexactitude des faits avancés par Salvator Gilius. Nous l’avons, en effet, arrosée avec une dissolution de curare, piquée avec des pointes qui avaient été trempées dans le poison. Elle n’a cependant rien perdu de son excitabilité et est toujours le siège des mêmes mouvements lorsqu’on vient à la toucher.
Je dois encore vous dire. Messieurs, qu’il y a un instant nous avons voulu vous montrer que l’injection d’une dose modérée de curare dans l’estomac chez un lapin était inoffensive, tandis qu’elle produisait l’empoisonnement, injectée dans le rectum. Deux lapins furent soumis chacun à l’une de ces opérations, et, contrairement à ce que je vous avais annoncé, le lapin qui avait reçu le curare dans le rectum n’en a nullement souffert, tandis que l’autre a été tué rapidement.
SON. ABSORPTION
Or, Messieurs, un fait qui s’est produit une fois se 'reproduira toujours dans des circonstances identiques. Les conditions de l’expérimentation n’étaient donc pas celles que nous avions annoncées, et le résultat auquel nous étions arrivé ne pouvait rien avoir d’exceptionnel ; le mot exception n’a aucun sens dans le langage scientifique.
' On a fait l’autopsie du lapin mort, et nous pouvons -voir que sa mort tenait à ce que la sonde était entrée dans la trachée au lieu de l'œsophage ; l’autre a échappé : par un effet de défécation il a expulsé la plus grande partie du poison.
A ce propos, il est bon de savoir que la pénétration des sondes dans la trachée est beaucoup plus facile chez le lapin que chez le chien. On connaît cette recette des cuisinières qui tuent les lapins en leur faisant avaler une cuillerée d'eau-de-vie ou de vinaigre. Ces lapins périssent alors précisément parce que le liquide s’est engagé dans les voies aériennes. Lorsqu’on veut introduire la sonde dans l’œsophage sans pénétrer dans la trachée chez le lapin, il faut en 'môme temps attirer avec deux doigts le larynx en avant en même temps qu’on introduit la sonde, et on la sent alors passer dans l’œsophage derrière le larynx.
On a aussitôt répété l’expérience sur deux autres lapins. Et vous voyez que celui qui a reçu le poison dans l’estomac vit encore et que l’autre est mort. Ce dernier avait déjà subi une petite opération : je lui avais coupé d’un côté le filet cervical du grand sympathique; mais c’est là une opération tout à fait sans
CÜRARE. i '
influence sur les actions que nous avons à considérer.
Vous savez que, lorsque l’on coupe le filet cervical du grand sympathique, l’oreille du côté correspondant devient le siège d’une élévation de température qui, l’hiver, peut être de 8 ou 10 d^rés au-dessus de la température de l’autre oreille.
Nous avions aujourd’hui répété l’expérience pour faire voir que l’élé, quand la température des deux oreilles est assez élevée, la section du grand sympathique ne peut montrer une différence de température entre les deux côtés de la tête que par un abaissement artificiel de température qui agit surtout sur le côté qui est resté intact.
Le côté de la tête où le grand sympathique a été coupé n’offre, du reste, rien de bien remarquable à considérer. On a observé les phénomènes de calorification s’éteindre peu à peu. La pupille rétrécie de ce côté se dilate vers la mort, quoique après celle-ci on remarque que la pupille reste plus rétrécie. Mais j’ai observé le même fait sur des lapins, aussi opérés, et qui n’étaient pas morts par le curare.
Nous avions injecté dans le rectum du lapin qui est mort deux centimètres cubes de notre solution concentrée, cela a agi suffisamment pour l’empoisonner. Nous avons injecté ensuite la même quantité dans l’estomac de cet autre lapin qui vit encore.