VINGT-SIXIÈME LEÇON
SOMMAIRE : iDDoealté des chaire d’animaux enywisonnés. — Tranefugion du eang d’animaux empoieonnëa à des animaux sains. — Du mécanisme de la mort dans l’empoisonnement par le curare, par le snlfocyanore de potassium et la strychnine.
Messieurs,
Nous vous avons dit que le curare pouvait agir dans l’intestin lorsqu’il y était introduit à haute dose, avec moins d’énergie cependant que lorsqu’il est absorbé par une plaie ou injecté dans le tissu cellulaire. 11 semblerait que cela dût modifier l’opinion reçue que le curare est un venin qui n’est pas absorbé par l’estomac et faire revenir sur l’idée qu’on peut manger sans inconvénient les animaux empoisonnés avec cette substance. On le regarde comme un venin, et c’est à ce litre qu’on prétend qu’il peut être impunément ingéré dans l’estomac. Or je crois cette manière de voir inexacte, et que les viandes d’animaux empoisonnés par d’autres poisons sont dans le même cas, quoique je pense que la prudence doive faire proscrire l’usage de ces viandes. Nous avons donné à manger, à des chiens, des lapins qui avaient été empoisonnés avec de la strychnine, avec de la nicotine, sans que ces chiens* en aient éprouvé le moindre dérangement.
Si toutefois on empoisonnait un animal avec une quantité de strychnine, de nicotine ou d’acide prussique plus que suffisante pour donner la mort, et si
CBAIRS EMPOISONNÉES.
l’on faisait ensuite manger à un autre animal plus petit les intestins du premier dans lesquels serait resté l’excès du poison, on conçoit qu’il devrait périr. Les choses ne diffèrent pas alors de l’empoisonnement direct .
Mais, en donnant la chair, on ne produit pas d’accident, car le poison qui se trouvait dans le sang y est en quantité beaucoup trop faible. Il est à noter, enfin, qu’une grande partie du sang est perdue, ce qui contribue encore à l’innocuité de la chair de l’animal empoisonné.
En empoisonnant avec de la nicotine et de la strychnine en excès des lézards et des grenouilles, leurs intestins donnés à des poules tuaient celles-ci; mais leur chair ne l’eût pas fait.
Dans le but de résoudre expérimentalement cette question, j’ai souvent essayé d’empoisonner des animaux par transfusion ; mettant le bout supérieur de la carotide coupée d’un animal sain en communication avec le bout inférieur de la carotide d’un animal empoisonné. Or, dans ces expériences, les effets toxiques ne se sont jamais manifestés que chez un seul des animaux : chez celui qui avait été primitivement empoi sonné.
Si j’insiste sur un sujet qui semble pouvoir être jugé à première vue, c’est que je tiens à vous montrer qu’il n’est pas besoin de recourir au merveilleux pour expliquer une innocuité sur laquelle les récits des voyageurs insistent comme si elle présentait une particularité singulière.
Nous vous avons signalé l’asphyxie comme consé-
ASPHYXIE PAR lÆ CURARE. 283'
quence de la paralysie des nerfs moteurs à la suite de ! l’empoisonnement par le curare. Quelques observations qu’on nous a faites depuis la dernière leçon nous font craindre de. ne pas nous être suffisamment expliqué à ce sujet et d’avoir laissé quelques-uns d’entre • vous sous cette idée, que le curare était un poison asphyxiant, qu’il tuait par le poumon. i
Depuis Bichat on veut toujours, pour expliquer' la mort, en localiser le mécanisme; en voulant trop expliquer, on n’explique rien : car, lorsqu’une influence quelconque tue en empêchant la respiration, dire que l’animal meurt par le poumon, n'explique pas pourquoi on meurt quand on cesse de respirer. J’ai voulu dire que le curare, agissant de façon à arrêter les nerfs moteurs, paralysait le jeu des poumons et faisait mourir en empêchant la respiration. Or il est une foule^ de manières d’arrêter la respiration : le curare y ar-' rive en arrêtant l’action des nerfs moteurs respiratoires. Ce n’est pas là une action comparable à celle de l’oxyde de carbone qui agit sur le sang. La preuve qu’il en est ainsi, et que c’est bien la cessation de la respiration qui amène la mort, c’est que chez les ani-' maux où celte fonction est peu active, chez les grenouilles par exemple, l’action du curare ne détruit pas la vie quand elle n’est pas prolongée au delà d’une li-' mite assez étendue. Nous avons vu des grenouilles empoisonnées par le curare, et laissées pour mortes, revenir au bout de plusieurs jours. M. Vulpian a vu également le même phénomène avoir lieu. On peut favoriser le ressuscitement des grenouilles en leur insufflant de