‹ Leçons sur les épidémies et l'hygiène publique. Faites à la Faculté de Médecine de StrasbourgChapitre 12 sur 23 · CINQUIÈME ET SIXIÈME ESPÈCES · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ET SIXIÈME ESPÈCES

De V angine dite gangréneuse épidémique.

§. 58o. Les organes de la déglutition et de la respiration étant dans un contact perpétuel -avec l’air, ils sont nécessairement les premiers qui en reçoivent les atteintes lorsqu’il est vicié. Aussi est-il souvent question de l’angine dans les OEuvres di Hippocrate ^ et devons-nous déjà à Arétée et à Aétius d’excellentes descriptions de l’angine gangréneuse. L’on a vu dans notre première section que l’insalubrité des lieux, telle que nous la présente l’bistoire du moyen âge, rendait permanentes toutes les espèces quelconques d’épidémies, au nombre desquelles les angines sont souvent nommées et placées parmi les maladies pestilentielles qui faisaient le tour du globe. Des détails sur toutes ces épidémies seraient extrêmement fastidieux , et nous nous

contenterons de parler de quelques-unes, à dater du seizième siècle, temps où les médecins ont recommencé à mettre plus d’exactitude dans leurs observations.

Tf^ierr , un des hommes les plus distingués de cet âge , fait l’histoire d’une épidémie de ce genre qui fut éminemment aiguë et qui régna le long de la partie inférieure du Rhin, en i564- Elle commença en hiver par des tumeurs aux glandes du cou, qui n’avaient rien de dangereux : ces tumeurs furent remplacées dans les deux saisons suivantes par des angines qui naissaient promptement et qui se terminaient de meme, s’alinonçant par des frissons, le vomissement, la tuméfaction de la langue , et obstruant bientôt le commencement de l’oesophage et le larynx, de manière à empêcher la déglutition et à produire une prompte suffocation. La durée de la maladie n’était souvent que d’un seul jour; quelquefois elle s’étendait jusqu’au quatrième, et très-rarement jusqu’au septième. Dans la plupart des sujets elle n’a été accompagnée d’aucun exanthème au dehors , excepté, chez quelques-uns, d’un érysipèle sur le cou. On y observait souvent des métastasesfunestes au cerveau, à l’épine dorsale, à la poitrine, d’où résultaient la frénésie, des pleurésies et des pneumonies fausses, des douleurs d’épine insupportables, qui étaient promptement mortelles. Les adultes furent frappés de la maladie aussi bien que les enfans, et il en guérit un plus petit nombre. Les saignées et les purgatifs

y furent très-'iiuisibles, et l’on n’obtint quelques succès que des yentouses sèches et des fortifîans. W^ierr dit que cette angine était contagieuse, et il en déduit l’origine d’une constitution morbide, chaude et humide de l’air, qui avait déjà produit, en Autriche', en France, en. Angleterre et le long de la partie supérieure du Rhin , plusieurs maladies extrêmement fâcheuses, telles que des avortemens, des lièvres vermineuses , des douleurs articulaires , des petites véroles et des rougeoles de mauvaise nature, etc. (Voyez Schenckius , in Observât, medicin. TVierri, lib. 6.)

Une semblable épidémie, notée comme décidément gangréneuse et qui fut extrêmement meurtrière, a ravagé le royaume de JXaples en 1619, et elle s’y maintint pendant vingt-deux ans, suivant Marc-Aurèle Sés^erin , qui en a donné une description détaillée sous le nom de pedanchone maligna, et qui nous apprend qu’elle régnait depuis quelque temps en Espagne, oh Fonséca et Tamaia l’avaient décrite sous le nom de garotillos, d’où elle avait passé à Malte, en Sardaigne, en Sicile, à Otrante, dans la Fouille , la Calabre , et successivement à Naples. Cet auteur verbeux, ayant trouvé une grande ressemblance entre cette angine et l’espèce qvLAjétée a dépeinte avec des couleurs si vives, a cru devoir employer les mêmes expressions, enrichies de commentaires, savoir : « UE cères larges, sordides, à la luette et aux amygdales, ayant des bords d’un rouge de feu et im III. 9

fond gras , lardacé j sécrétant une humeur épaisse, blanchâtre, livide, noirâtre, fétide ^ s’étendant de proche en proche, tantôt sur la langue, qui devient très-grosse, tantôt dans les fosses nasales; détruisant les os fragiles de cette cavité, et déterminant des accidens typhoïdes; tantôt descendant dans les voies de la respiration, et produisant une prompte suffocation , par laquelle la plupart périssaient ; dégénérant en croûtes ou escarres, qui tombaient et se renouvelaient : face pâle ou livide; douleur et cha- î leur mordicantes; respiration difïicile; fièvre aiguë; soif ardente, et pourtant refus de boissons par la difficulté d’avaler; avidité d’inspirer ' l’air frais ; voix rauque et éteinte ; hoquet ; | prostration des forces, et mort inopinée. Les ; enfans au-dessous de l’âge de douze ans furent plus | particulièrement atteints; plusieurs furent sauvéspar une abondante excrétion, parles narines, | d’une matière puriforme , accompagnée ou i suivie d’épistaxis. Les vomitifs, les purgatifs, les ; ventouses, les scarifications des amygdales, et ; quelquefois la saignée de la jugulaire ou des ranines, sont les remèdes recommandés par notre auteur, auquel se joint Thomas Bartholin, dans une apologie de l’écrit du médecin napolitain. Séverin nomme cette angine pestilentielle, à cause de ses différences d’avec l’angine inflammatoire, et il la dit très-contagieuse par le souffle. Les idées de relativement à la

peste, sont fort singulières; il en fait trois es- : pèces, qu’il qualifie comme il suit, d’après j

Théophraste : Fane provenant du sel arsenical^ qui est la peste ordinaire; la seconde, venant du sel Qgertin, ou orpiment, cause des pleurésies pestilentielles; la troisième, venant du sel uitriolique, ou prunelle, développé par les ciialeurs, et cause de l’angine actuelle. Toutefois l’auteur ne nous laisse pas ignorer que la constitution de l’air avait été long-temps chaude et humide ^ que l’angine gangréneuse avait frappé l’espèce bovine avant d’attaquer les hommes, et qu’à l’inclémence des saisons s’étaient jointes la guerre et la famine, qui avaient désolé les provinces. Mais le temps n’était pas encore venu de reconnaître les véritables causes des épidémies. (Voyez Therapeut. Neapol. M. Àur. Severini, dé Pedanchon. maligna. NeapoL , i655.)

Je pourrais ajouter plusieurs autres épidémies d’angines dont j’ai pris connaissance dans les ouvrages dlAmatus, de Forestus et àe Sennert ; ce ne seraient que des répétitions, et je passe rapidement au dix-huitième siècle. Dès l’année nous avons une relation d’un mal de gorge accompagné d’aphthes, faite par Kételaer , qui nous apprend qu’elle désolait la Zélande, que la saignée et les purgatifs y nuisaient beaucoup , et qu’il fallait employer des fortilians. Mais la meilleure description que nous ayons d’une de ces épidémies , est celle de Jean Fothergill , relativement à l’angine gangréneuse de Londres, qui a été très-meurtrière dans cette ville l’automne et l’hiver de 174? ^ 174^* Vux symptômes pathognomoniques de ce genre de ma-

îadie, tels que nous venons de voir que Séverin les avait observés à Naples, s’ajoutait ici que, i.° les glandes parotides devenaient quelquefois enflées, dures, douloureuses, et qu’une tumeur œdémateuse considérable se répandait sur le cou et jusque sur la poitrine; qu’ordinairement, au second jour de la maladie, le visage, le cou, la poitrine et les mains, s’enflaient sensiblement et prenaient une couleur érysipélateuse , se couvrant ensuite d’une grande quantité de petites taches d’un rouge foncé , à l’apparition desquelles cessaient le vomissement et la diarrhée, qui existaient souvent au commencement de la maladie; 5.^ qu’au lieu d’étre utiles, les hémorrhagies par le nez, par la bouche et quelquefois par les oreilles , occasionaient promptement la mort. La saignée, le régime antiphlogistique et les purgatifs y furent nuisibles. On sauva, au contraire, plusieurs malades par les toniques et les cordiaux , surtout avec le vin mêlé dans les panades et les tisanes. Fothergillsi regardé cette épidémie comme occasionée par des miasmes putrides et se communiquant de proche en proche par l’air qui sortait de la bouche des malades. (Description d’un mal de gorge, etc., par Jean Fothergill traduite par M. de la Chapelle. Paris, 1749O Le Journal des Savans (années 1747, 174^, 1749 et 1760) nous fournit des renseignemens précieux sur plusieurs épidémies du genre de celle-ci, qui se montrèrent ces années-là sur plusieurs points de l’Europe. Il contient entre

autres une dissertation historique, publiée par Chomel y s\xY \e msl de gorge gangréneux qui régna épidémiquement à Rouen, à Paris, parmi les élèves de la maison royale de Saint-Cyr et du collège de Louis-le-Grand , et dans plusieurs autres endroits de la France, pendant les années ] 747 et 174^ ? lesquelles furent chaudes, humides et très-variables. « La maladie commençait par un simple alongement de la luette, avec une légère chaleur à la gorge et un peu de gonflement à la langue, et apparition sur l’une ou l’autre amygdale d’une tache blanche ou cendrée, qui devenait bientôt un ulcère, s’étendant en tout sens sur la luette , la membrane pituitaire , le pharynx, l’oesophage, quelquefois même (d’après les ouvertures des cadavres) sur l’estomac, les intestins, le larynx, la trachée-: artère et les poumons. Il découlait de ces ulcères une sanie âcre et fétide; et, ce qu’il y eut d’extraordinaire, c’est que l’appétit subsistait et que les malades mangeaient jusqu’à la mort. La maladie n’attaqua d’abord que les enfans; puis elle passa aux adultes, dont plusieurs, même d’un âge assez avancé, y succombèrent.^^ On la traitait par la saignée, l’émétique, les vésicatoires et le camphre. L’auteur la déclare trè^-contagieuse. (Journal des Savans, Mai 1749 ) Nous avons déjà dit plus haut, en parlant du croup, que la même épidémie avait été observée à Crémone par le docteur Ghisi ^ et que l’esquinancie gangréneuse formait la première espèce de sa description. Cet auteur y ajoute la remarque, « qu’il y avait quelque

(iH) ' t

ressemblance entre cette maladie et Fépizootie I qui régnait en meme temps parmi les bœufs en Italie; que le siège de Tune et de fautre était dans les voies de la respiration ; mais que la | contagion était beaucoup plus prononcée dans | la maladie des bœufs. |j

llssot a décrit, dans son Avis au peuple, sous le nom de Mal de gorge ulcéré ^ une épidémie j d’angine qui éclata dans la ville de Lausanne j et ses environs, au printemps de l’année 1761 , j, et qui se présenta sous deux espèces : la pre- . mière, sous celle d’angine ordinaire, cédait facilement au traitement antiphlogistique; et la se- I conde, qui fut commune aux enfans et aux ; adultes, attaquant surtout les premiers depuis l’âge d’un an, meme au-dessous, jusqu’à celui de douze ou treize, caractérisée par des symptômes de faiblesse, une chaleur âcre, sèche, une grande inquiétude, gêne de la respiration, rougeur et gonflement peu considérables de la luette, des amygdales et du fond dii palais, et ulcération à ces parties. Cette angine fut accompagnée, chez presque tous les enfans et un très -grand nombre d’adultes, du premier au sixième jour, de la sortie de taches ressemblant assez à la rougeole, mais d’une couleur moins vive et sans aucune élévation ; chez quelquesuns, d’un véritable pourpre, chez d’autres d’une miliaire blanche : éruptions qui soulageaient beaucoup le malade, qui duraient l’espacç de quatre à cinq jours, et se terminaient souvent par des sueurs. Tous les malades, qu’ils eussent

OU non cette éruption, éprouvèrent sur la fin de la maladie une desquamation générale de l’épiderme , qui tombait par grandes écailles : la convalescence était longue et pénible. Tissot a employé, chez les adultes, la saignée et les rafraîchissans ; mais il dit qu’ils réussissaient beaucoup moins que dans la première espèce: les vomitifs lui ont paru le plus généralement convenir, et, chez les enfans, les vésicatoires. (Avis au peuple, tome page i3i et suiv.)

Je trouve que de cette épidémie on peut en rapprocher une autre qui a régné en 1818, pendant cinq mois, dans l’arrondissement de Gordon , département du Lot, à la suite d’un été très-variable, chaud et humide, qui a particulièrement affecté les ouvriers et les élèves du Séminaire de la ville de Montfaucon : elle a été décrite par M. Mayenc , et il en a été fait rapport dans une séance de la Société établie dans le sein de la Faculté de médecine de Paris (Bulletin n.^ 6 de cette Société, année 1819). L’auteur divise les maladies qui ont été observées dans cette constitution épidémique en neuf classes; savoir :« angine tonsillaire simple sans fièvre; angine tonsillaire simple avec fièvre symptomatique ; angine pharyngienne simple; angine laryngée simple; angine laryngée formant croup dans les enfans; angine compliquée avec fièvre miliaire, indépendante de l’angine, suivant l’auteur; fièvre catarrhale miliaire, compliquée ou non avec l’angine et simplement inflammatoire ; fièvre catarrhale miliaire avec caractère adynamique,

divisée elle-méme en deux variétés : Tune, fièvre catarrhale miliaire , inflammatoire dans so'n déJ3iit et dégénérant ensuite en fièvre a dynamique; et fièvre catarrhale miliaire, ayant, dès le début, le caractère adynamique. De ce luxe de divisions, parfaitement inutile et qui aurait pu être évité en décrivant simplement l’épidémie avec ses variétés, comme Font fait les auteurs que nous avons cités, nous n’extrairons que l’angine avec éruption de miliaires, d’autant plus qu’elle a été la plus fâcheuse et accompagnée d’aphthes.

(( La tonsillaire a été l’espèce qui s’est compliquée d’éruption miliaire, précédée, comme d’ordinaire, d’une forte céphalalgie et d’une douleur sternale, avec difficulté de respirer, qui disparaissaient quand l’éruption commençait. Cette éruption, qu’on ne pouvait confondre ni avec Férysipèle ni avec la scarlatine, couvrait tout le corps, excepté le cou et la face, était composée de boutons, ou petits et vésiculaires, ou rugueux, distribués par plaques inégales, avec les intervalles rouges et tuméfiés. Cette tuméfaction s’étendait vers le sixième jour aux membres thorachiques et abdominaux, et alors les boutons rugueux disparaissaient. Le septième, les boutons vésiculeux disparaissaientàleur tour, et les jours suivans la desquamation s’établissait. Les aphthes disparaissaient aussi avec l’éruption, et la langue éprouvait une sorte de desquamation qui la rendait quelque temps sensible et douloureuse. L’hémorrhagie nasale y a été

quelquefois critique le cinquième jour; quelquefois aussi, il s est fait une métastase sur le testicule droit, avec cessation immédiate des symptômes de Fangine. Dans les cas d’adynamie, qui furent très-fréquens, la céphalalgie était remplacée par un délire tranquille; l’anxiété précordiale, qui précède l’éruption miliaire, était très-grande; celle-ci avait lieu dès le second jour avec une couleur violacée, entremêlée de points noirs, et disparaissait promptement; ou bien elle n’avait pas lieu, et l’on voyait à sa place Farrière-bouclie et le pharynx tuméfiés, livides, empêcbantla déglutition avec les extrémités œdémateuses. Loin d’étre critique, de faire cesser le délire, Fhémorrliagie nasale était ici un signe funeste, et la mort arrivait du quatrième au dixième jour. La solution heureuse n’eut jamais lieu avant le neuvième, et il fallut souvent l’attendre jusqu’au trentième.

L’auteur ne s’est astreint à aucun traitement exclusif, et il parait s’étre dirigé suivant les différences et conformément aux indications. Il s’élève contre Fabus qu’on a fait des émétiques, des diaphorétiqiies chauds et des vésicatoires; et sa prédilection semblerait s’étre portée vers les saignées et le traitement antiphlogistique, du moins autant que j’ai j)u en juger parla relation peu détaillée et en même temps peu instructive de MM. les rapporteurs.

Enfin, je puis également rapporter aux maladies ci-dessus une épidémie très-meurtrière d’angine, compliquée de pourpre et de miliaire,

qui a régné dans tout le département de la ' Meuse, depuis le mois de Novembre 1822 jusqu’à la fin de Septembre 1825 (époque où je présidais le Jury médical à Bar-le-Duc), et dont M. le docteur Champion un de mes collègues, | m’a encore fait voir un exemple. J’ai pris à , cet égard les plus amples renseignemens , non- ' seulement auprès de cet habile médecin , et près de M. le docteur Moreau, autre membre du Jury médical , mais encore auprès de M. le docteur Dufour , médecin des épidémies j et M. le Préfet a bien voulu me communiquer les rapports officiels qui lui étaient parvenus des I divers points du département. J’entrerai par la suite dans d’assez grands détails sur cette épidé- ' mie, qui s’est aussi présentée sous deux variétés, l’inflammatoire et l’adynamique 5 et sa ressemblance avec les précédentes est d’autant plus grande, qu’en meme temps, et précédemment, il a pareillement régné une épizootie de péripneumonie gangréneuse parmi les bétes bovines, , dont j’ai lu la description officielle, tracée par , les savans artistes vétérinaires du département susnommé. L’on m’avait dit que l’épidémie i s’était étendue dans toute la Champagne , mais les renseignemens que je pris successivement t à Châîons et à Reims, me prouvèrent qu’elle | s’était bornée à ce département. I

Je me suis beaucoup appliqué aux recherches J de ce genre, pour démontrer, 1.^ que l’essence | et l’origine de ces angines a souvent été d’une 1 nature catarrhale ^ 2.*" pour faire voir que l’an-

gine dite gangréneuse peut naître et mardi er tantôt seule et indépendamment d’aucun exanthème, tantôt accompagnée d’un exanthème ; que c’est par conséc[uent à tort que quelques auteurs, et entre autres J. P. Franck {Ëpitome ^ lib. 2, Cjnanche , §. i7Ô) , ont voulu que cette espèce ne fut jamais que symptomatique; 3.° que, cependant, elle a souvent été un précurseur de la scarlatine, et cpielquefois aussi une complication du pourpre, de la miliaire, de l’érysipèle et d’autres exanthèmes; 4-^? enfin, que les évacuations sanguines n’y ont pas toujours été utiles, et qu’il ne saurait y être adapté aucune médication exclusive.

§. 58 î. Devons-nous conserver l’épithète de gangréneuses à ces angines, ou nous ranger de l’avis de M. Guersent ^ inéàQcïïi de i’iiopital des - enfans à Paris, et auteur du mot Angine gangréneuse du nouveau Dictionnaire de médecine, qui assure n’avoir vu que deux fois l’angine gangréneuse, proprement dite, où il y ait réellement eu gangrène des amygdales ou des parties environnantes ; qui pense que tout ce que Huocham , Fothergill et autres auteurs ont décrit sous ce nom , appartenait à d’autres espèces, et qui ne conçoit la gangrène qu’à la suite d’une inflammation très-intense des parties de l’arrière-hoLiche ou d’un érysipèle malin de ces parties, affection très-commune» chez les porcs et qui n’est pas rare dans notre espèee?

Les recherches attentives d’anatomie pathologique auxquelles on se livre de nos jours,

ont fait rapprocher, jusqu’à un certain point, l’angine ëpidémique du croup (§. SyS), et l’ont fait considérer comme appartenant à une modification morbide des membranes muqueuses de la bouche et de l’arrière-bouche, qui peut se présenter sous deux formes. La première , nommée couenneiise ou pseudo-membraneuse, consiste en plaques irrégulières, jaunâtres, d’un aspect lardacé, qu’on voit se développer avec une extrême rapidité sur les amygdales et le pharynx 5 presque toujours aussi sur le larynx, pouvant alors constituer le croup, dont M. Bretonneau, médecin à Tours, rapporte avoir vu périr plus de cinquante malades dans une épidémie d’angine qui affligeait cette ville. La seconde sorte se nomme pultacée ou caséiforme , et se montre sous la forme d’un enduit ou d’une bouillie qui recouvre les parties enflammées et qui se borne ordinairement au pharynx. C’est à cette dernière que nos auteurs actuels rapportent la plupart des angines gangréneuses des anciens, laquelle, disent-ils, se montre toujours accompagnée de la scarlatine ou de la miliaire, et dont l’enduit a été pris improprement pour des escarres ou des ulcères.

J’avoue de bonne foi n’avoir rien pu découvrir dans cette analyse subtile, quoique trèslouable, qui soit propre à éclairer l’étiologie de l’angine épidémique, non plus qu’à en avancer le traitement curatif et préservatif. La gangrène, sans doute, n’a pas toujours été là; mais l’on a

dû voir dans les histoires precedentes , que rafFection de rarrière-bouche a quelquefois été accompagnée de taches noires et de tous les symptômes dhine profonde adynamie. L’angine couenneuse existe certainement parmi quelques sujets atteints de l’épidémie, et l’on doit y faire attention, parce qu’elle peut faire modifier le traitement. Quant à la pultacée , je ne vois pas d’inconvénient a continuer la dénomination &aphthes à la production caséiforme; j’en vois, au contraire, un très-grand à ne considérer que d’une manière locale une maladie qui dépend d’une affection générale. De meme ,' quoiqu’il soit vrai que ces angines sont très-souvent liées à un exanthème, il est vrai aussi quelles en sont souvent indépendantes. Nous croyons, par conséquent, beaucoup plus utile à la pratique de décrire d’abord la maladie telle quelle est, sans division , et de signaler ensuite les variétés quelle peut présenter.

§. 38a. Dans cette maladie, comme dans la plupart des épidémies un peu graves, ceux qui doivent en être affectés éprouvent déjà depuis plusieurs jours, sans raison manifeste, un état de tristesse, de lassitude, de faiblesse, de malaise, d’inquiétude, de dégoût pour les alimens, de somnolence, des vertiges et des étourdissemens. Enfin, l’invasion se déclare par un frisson fébrile , même quelquefois par un froid assez intense, remplacés par la chaleur, à laquelle succèdent de nouveaux frissons, jusqu’à ce que la chaleur l’emporte entièrement: alors, céphalal-

gie frontale très-aiguë, chaleur à ]a gorge, tension du cou, inquiétude augmentée, nausées, vomissemens continuels ou diarrhée; visage rouge; yeux enflammés, troubles, larmoyans; prostration des forces et insomnie. Bientôt après le malade se plaint de la sensation d’un poids et d’uU resserrement à la gorge, ou d’une chaleur âcre avec déchirement, qui gêne la déglutition; la langue est blanche, humide, couverte de mucus et rouge sur ses bords. Dès le lendemain, en examinant l’intérieur de la bouche, on volt le palais et son voile, la luette, les amygdales, et jusqu’où la vue peut se porter, teints d’un rouge éclatant, avec une légère enflure; voix rauque. et augmentation de la douleur pour avaler. Cette teinte rouge ne tarde pas à se recouvrir d’un enduit blanc, qui s’étend de proche en proche, même sur la hase de la langue, qui s’en trouve couverte comme d’une peau épaisse; sur cet enduit s’élèvent des taches cendrées, entourées d’un bord rouge, d’abord superficielles, successivement plus profondes, dont le premier siège est ordinairement aux angles supérieurs des amygdales ou à ces angles mêmes , répandant une odeur fade et désagréable. Ce gonflement, cette sécrétion morbide et ces taches s’étendent et occupent peu à peu toute la membrane muqueuse, buccale, celle des fosses nasales, du larynx, de l’oesophage, et même de l’estomac. Les malades se plaignent d’un goût putride dans le gosier et d’une odeur semblable dans le nez. Le mal allant en augmentant, les taches ou ulcères

deviennent souvent livides, noirs; alors toute douleur cesse et la déglutition devient presque entièrement libre. L’intérieur des narines ne présente pas moins une couleur rouge foncée, ou même livide, et il en découle une sanie fluide, très- corrosive, qui ronge les parties sur lesquelles elle s’arrête quelque temps : quelquefois aussi, surtout chez les enfans, les bords intérieurs des narines se garnissent de pustules pleines d’une sérosité très-âcre, qui produit des ulcères aux angles de la bouche et aux joues, lorsqu’elle vient à les toucher. Avalée par les enfans ou par ceux qui ne savent pas cracher, ou entraînée avec les boissons et les alimens, cette sanie va irriter l’estomac et les intestins , y produire de cruelles douleurs, des ulcères, et, par suite, la diarrhée, à laquelle les malades succombent misérablement au bout de quelques semaines, après avoir échappé à la première maladie; ou, si cette matière pénètre dans la trachée-artère, elle occasionne une toux convulsive continuelle et des suffocations répétées.

Il n’est pas rare de voir naître en même temps des tumeurs dures au cou, aux parotides, aux glandes maxillaires, qui s’étendent quelquefois jusque sur la poitrine : ces tumeurs, ainsi que la douleur, gênant la respiration , ne sont pas ce qui incommode le moins les malades; et, soit par la compression qu’en éprouvent les vaisseaux du cou, soit par suite de la métastase, il y a communément avec ces enflures délire ou assoupissement

V Si Tangine doit être accompagnée d’un exaji« thème, c'est ordinairement le second jour de la maladie qu’il commence à paraître: si ce doit être un érysipèle, le visage, le nez, la poitrine, les mains, et jusqu’aux extrémités des doigts, s’enflent sensiblement et prennent une couleur érysipélateuse ; cette enflure est suivie de l’éruption d’une grande quantité de petites vésicules ou de taches d’un rouge foncé , qui dégénèrent quelquefois en ulcères gangréneux et produisent des escarres livides. Si c’est la scarlatine ou une éruption analogue,' c’est une ébullition qui ressemble assez à la rougeole, mais d’une couleur moins vive et sans aucune élévation, qui commence au visage, ensuite au^bras, puis passe aux jambes, aux cuisses, au corps, et se retire peu à peu, au bout de deux ou trois jours, dans le même ordre quelle avait observé en paraissant. Si c’est l’éruption miliaire, après des accidens assez graves, au lieu de la face et du cou, elle se montre d’abord à la poitrine, et se termine par la desquamation, .souvent aussi par des sueurs. Ordinairement, dès la sortie de ï’exantbème, les malades se trouvent mieux; le vomissement et la diarrhée disparaissent.

Une chose digne de remarque dans l’angine avec éruption à la peau, c’est que ceux qui n’ont pas cette éruption, et c’est souvent le cas des adultes, ne peuvent guérir que par des sueurs abondantes, qui ont lieu sur la fin et qui, au commencement de la maladie, sont inutiles et même nuisibles. On voit, à la vérité, des sujets

débarrasses du mal de gorge , sans éruption et sans sueurs, mais qui restent dans un état d’angoisse et d’inquiétude, avec un pouls petit et fréquent, jusqu’à ce que, par l’emploi de quelque boisson ^sudorifique , ils éprouvent une éruption ou des sueurs qui les rendent à la santé.

Les redoublemens de la lièvre sont assez irrégU'» liers; néanmoins, ordinairement, tous les symptômes augmentent d’intensité à l’approche de la nuit : il y a même assez souvent alors du délire, et sur le matin survient une rémission avec une légère sueur, qui procure, pendant une heure ou deux, un soulagement qui est bientôt remplacé par un nouveau paroxisme. Le pouls est très-fréquent , donnant communément cent vingt pulsations par minute; irrégulier, petit : il est quelquefois mou, quelquefois plein, même dur, surtout chez les adultes, mais sans avoir jamais cette force qu’on lui remarque dans l’angine inflammatoire. Si cependant cette circonstance engage à tirer du sang, non-seulement le malade en est moins promptement soulagé, mais le sang tiré est dissous ou présente une pellicule jaune. Les urines ne sont pas enflammées comme dans les autres maux de gorge, mais elles sont souvent rendues trop rarement. La toux et l’oppression, sans expectoration, comme dans les angines ordinaires, sont des symptômes assez fréquens. La faiblesse augmente par les progrès de la maladie : le malade tombe fréquemment en syncope; il soupire; il est assoupi sans pouvoir dormir;

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