‹ Leçons sur les épidémies et l'hygiène publique. Faites à la Faculté de Médecine de StrasbourgChapitre 13 sur 23 · III. lO · texte numérisé non relu

III. lO

il est dans iin état de stupidité ; il a des nausées continuelles , une soif intense qu’il n’ose satisfaire; ou bien, l’encépliale étant lésé, il n’éprouve pas le besoin de boire, quoique sa bouche soit brûlante, sèche et aride. L’intérieur de cette cavité n’a quelquefois présenté a mon observation qu’une continuité d’escarres livides, avec une puanteur horrible. A cette époque on voit se succéder avec rapidité le hoquet, les convulsions, les soubresauts des tendons, la respiration stertoreuse, le froid des extrémités, les urines et les selles rendues involontairement : les malades ont, par le nez, la bouche, les oreilles et les autres ouvertures , des hémorrhagies qu’on ne peut arrêter et qui amènent une mort prompte. Elle a souvent lieu le quatrième, le sixième, le huitième, le dixième jour. L’ouverture des corps fait voir, dans ces cas si funestes, la gangrène occupant aussi bien les viscères digestifs que ceux qui servent à la respiration. Du reste, lorsque les malades ne succombent pas, ils languissent long - temps , et leur convalescence est longue et difficile. Tels sont les caractères par lesquels on distinguera toujours l’angine gangréneuse d’avec les autres espèces.

§. 585. Les premiers renseignemens qui arrivèrent à la préfecture de la Meuse sur l’angine épidémique de cette contrée, lui parvinrent de Haudainville, arrondissement de Verdun, où cette maladie commença dès les derniers jours du mois d’Octobre 1822. Les symptômes en

étaient d’abord des' maux de ventre, d’où s’en suivaient des vomissemens continuels, puis des gonflemens considérables à chaque côté de la gorge, et les premiers malades succombèrent dans deux à trois jours, ayant le corps bleuâtre et couvert de boutons pareils à ceux qu’on appelle vulgairement pourpre. Successivement il se manifesta une éruption semblable à celle de la scarlatine, compliquée de miliaires rouges, avec une grande gêne dans la déglutition et la respiration, et en même temps beaucoup de vers. La terminaison fatale^vait le plus généralement lieu aux quatrième, sixième et liuitième jours, et, chez ceux qui guérissaient, la convalescence ne s’annonçait que vers le douzième. La maladie s’étant répandue dans les antres arrondissemens , et ayant passé successivement des lieux bas où elle avait pris naissance jusque sur les liauteiirs, elle se montra assez généralement sous les formes suivantes ; Fièvre catarrliaie continue, avec inflammation aiguë des amygdales, et une éruption miliaire générale; des accidens nerveux intenses chez quelques malades, des rémissions manifestes cliez quelques-uns, et des symptômes de strangulation chez tous ceux qui succombaient. Il y eut grand nombre d’infiltrations générales, des abcès aux oreilles et aux environs du cou, et il resta à plusieurs convaiescens de la surdité et un état convulsif. Des fièvres rémittentes et intermittentes se mêlèrent à cette affection. Tous les, âges y furent soumis, tant les adultes que les

enfans, mais spécialement les premiers. Les femmes enceintes et en couche en furent spécialement affectées et plusieurs y succombèrent.

D’après le rapport de M. le docteur Dufour y médecin des épidémies de l’arrondissement de Bar-le-Duc, la maladie s’y montra au mois de Février 1825. Elle était ordinairement composée, chez les enfans , de l’inllammation tonsiliaire et de l’éruption miiiaire, et chez les adultes, de la fièvre et de l’affection tonsillaire, plus rarement de l’éruption miiiaire : quelquefois ces phénomènes paraissaient incomplètement, disparaissaient, et la fièvre continuait plusieurs jours. Le soir et pendant la nuit il y avait des exacerbations violentes, pendant lesquelles tous les symptômes augmentaient d’intensité. Dans quelques cas très-rares, la fièvre eut le type rémittent et intermittent, et les malades alors n’avaient la miiiaire ou l’angine que pendant les accès. Lorsque ia fièvre était d’nne nature simple et bénigne, les deux symptômes inflammatoires disparaissaient spontanément, f’angine par résolution, et la miîiaiie par desquaiiiaîion. Quelquefois l’angine se terminait par des abcès dans les amygdales, ou dans le tissu cellulaire des environs du pharynx et du voile du palais. Quelques malades eurent de l’assoupissement , des hémorrhagies nasales, du délire, des soubresauts dans les membres pendant les redoublemens de la nuit. Dans d’autres cas, où la maladie avait réellement un caractère malin et putride, on voyait l’angine se terminer par

gangrène, la miliaire par délitescence , et la moi t survenir promptement. Cela est meme arrivé quelquefois dès le premier accès, au milieu du délire, de convulsions, d’iiémorrliagies passives, et d’une sorte de clioléra-morbus.

Voici une observation que m’a remise M. le docteur Champion, cité ci-dessus, et suivie de l’autopsie cadavérique. Un enfant de dix ans et demi, d’une santé robuste, se plaint, le 28 Janvier 1825, en revenant de l’école, d’un mal de tétej il se coucbe et délire toute la nuit. Le 29, calme; léger mal à la gorge. Le 5o, le mal de gorge est augmenté; le 5i, idem. L’enfant ne paraissait pas souffrir; il éprouvait seulement de la répugnance à boire, parce que, quand il buvait, sa respiration était génée. Du 5 au 6 Février suivant il refusa tout-à-fait la boisson, il s’écbajDpait de son lit, si on voulait l’y forcer, après s’étre emporté avec violence. A sept heures du soir, son refus fut absolu ; les boissons semblaient lui faire borreur. A neuf heures, délire; il saute hors du lit pour chercher de l’air, et à onze heures il expire suffoqué. Le traitement avait consisté dans l’application de quinze sangsues au cou, en pédiluves, fumigations avec la vapeur de l’eau de sureau, et eau d’orge pour boisson. Autopsie cadavérique faite douze heures après la mort : amygdales tuméfiées et en contact l’une avec l’autre; luette dans l’état naturel; la muqueuse qui revêt la base du crâne et les premières vertèbres, était engorgée, épaissie de près de six

lignes; elle se décliirait, ainsi que les amygdales, comme si elles avaient été réduites en putrilage; cette portion de membrane contenait du pus, et son aspect était grisâtre ; la langue était rétractée et épaissie; toutes ces membranes enfin étaient tuméfiées et s’opposaient au passage de l’air. Les viscères de la poitrine et du bas-ventre parurent dans l’état normal.

Cette épidémie fut désignée dans les comméncemens, par M. le docteur Madin ^ médecin des épidémies de rarrondissement de Verdun, sous le nom de fièvre muquease mésentérique j, et successivement, par d’autres médecins, sous celui de fièvre miliaire avec angine.

§. 584. Déjà le rédacteur du Journal des savans, en rendant compte de la relation, faite parM. Chomels de l’angine gangréneuse de 1747? avait objecté à cet auteur que sa théorie des variations des saisons était bien faible pour rendre raison d’une épidémie aussi grave, puisque l’on éprouvait souvent les memes constitutions atmosphériques sans éprouver les memes maladies; et cette objection, dont la justesse frappera tout le monde, justifie d’elle -même la classe où nous avons placé ces maladies, et la qualité miasmatique et infectante d’un air chaud et humide, ou froid et humide, auquel nous les attribuons. Nous en avons une preuve directe en ce que l’angine gangréneuse n’est pas rare, à Paris et dans toutes les grandes villes (indépendamment des épidémies), parmi les enfans des pauvres, vivant dans des rues étroites et sales.

dans des cliambres mal -propres , placées audessus ou au voisinage des égouts, c’est-à-dire, partout où il se développe des vapeurs septiques : or, ce que l’infection locale peut produire directement, les matériaux de cette même infection, transportés par les vents, peuvent l’occasioner ailleurs. La contagion, une fois que la première cause a agi , peut ensuite propager rapidement la maladie; et M. Guersent , cité plus liant, est lui-même forcé de convenir que, bien évidemment, cette affection est assez souvent contagieuse. Les faits démontrent en effet, ainsi qu’il a déjà été dit plusieurs fois, qu’une maladie occasionée par l’infection peut produire dans les organes un cliangement pathologique tel qu’il en naisse des élémens propres à propager la même affection; en sorte qu’une contagion spéciale, jointe à la continuation de l’infection, en même temps quelle propage la maladie, frappe de préférence les organes avec lesquels les élémens contagieux ont une sorte d’affinité d’origine.

L’on objecte, il est vrai, qu’il ne suffit pas, pour admettre la contagion, qu’après qu’un individu a été frappé dans une maison, dans une rue, tous les autres habitans de cette rue, de cette maison, prennent successivement la maladie, puisque la même cause, l’infection, a très-bien pu les saisir les uns après les autres, aussi bien que le premier malade. L’auteur de la relation de l’épidémie de Gordon a paru , dans deux endroits de son Mémoire, présu-

mer aussi un caractère contagieux dans l’angine avec miliaire, dont la complication a le plus influe sur les malheurs de cette épidémie. Une commission qui avait été nommée à Carcassonne pour le meme sujet, n’a pas partagé cette opinion, et les rapporteurs de ce Mémoire à la société de la Faculté de médecine, abondant dans le sens de cette commissionT^ont dit « qu’ils croyaient que les observations sur lesquelles M. Majen-^ appuie sa présomption, ne sont pas assez multipliées et ne portent pas un caractère d’évidence qui puisse dissiper les doutes à cet égard. ” Mais l’on sait à quoi s’en tenir sur ces commissions, qui ne voient une maladie que très-rapidement, et dont la vanité tend assez souvent a ne pas partager l’avis des praticiens locaux, qui exposent à chaque instant leur vie auprès des malades ; et quant aux opinions particulières des rapporteurs, l’on sait assez qu’ils devaient être difficiles, inaccessibles même en croyances utiles, mais vulgaires, sous peine de perdre quelques rayons de cette gloire attachée à des paradoxes. JNe voulant point perdre notre temps à les combattre, et désirant ménager celui de nos lecteurs, nous dirons seulement que nous admettons cette contagion, 1.^ d’après la propagation successive dont nous venons de parler; par la considération de l’odeur fade et nauséabonde qui s’exhale des aphthes, laquelle est la même dans toutes les contagions, et laquelle doit certainement ajouter plus d’activité aux autres élémens qui infectent

une quantité donnée d’air j 5.*^ par la certitude que nous avons obtenue, que des boeufs voyageurs, infectés de cette maladie, Font communiquée à d’autres bœufs parfaitement sains, dans les étables où ils ont été reçus et où il ne régnait encore aucune maladie. Or, pourquoi les mêmes accidens ne pourraient-ils pas se manifester dans notre espèce ? Disons pourtant qu’on s’exposerait à de graves erreurs, si l’on considérait toujours les miasmes comme cause nécessaire et unique de l’angine gangréneuse. L’on a vu dans son histoire quelle a été souvent unie à la scar- ^ latine. Nous l’avons observée dans des temps secs, où il ne pouvait être question de miasme, mais où la scarlatine régnait épidémiqiiement^ nous avons vu Fangine suppléer cet exanthème, et fort souvent d’une manière funeste aux malades. Il faudra donc être attentif à cette contingence, et lier alors ses idées sur Fangine avec celles sur la lièvre scarlatine, dont nous traiterons spécialement dans notre sixième ordre, des cpidéjiiies par contagion.

La plupart des médecins du département de la Meuse attribuèrent la cause de l’épidémie que j’ai décrite à la constitution froide et humide de l’air qui a régné presque constamment dans ce département (dont le sol est composé de montagnes et de vallées, parsemées de forêts et arrosées de plusieurs rivières) depuis le mois d’Octobre KS22 et pendant presque toute l’année 1825. Mais il est évident que cette explication n’est pas siilFisante, et Finspection des lieux où

la maladie a commencé et où elle a sévi avec le plus de force, prouve assez que finlluence marécageuse et putride a beaucoup contribué a sa malignité. A Haudainville, par exemple, commune où elle s’est d’abord manifestée, l’auteur du Rapport observe que ce village est situé dans un fond; qu’il est traversé par un ruisseau, à proximité de la Meuse, et contigu à une prairie qui est constamment marécageuse. Auzécourt , autre village, où elle s’est manifestée plus tard, est pareillement situé dans un fond; borné au midi par une colline assez élevée; avoisiné au nord par une prairie presque entièrement recouverte d’eau en automne, en biver et au printemps; entouré de chemins comparables à des marais et presque impraticables: à quoi il faut ajouter les mares, les masses d’eaux stagnantes, et les fumiers dont le village est encombré. Il est à remarquer que les villages situés sur la colline, au voisinage d’Auzécourt, tels que Villers-aux-Vents et Noyers, n’eurent la maladie que beaucoup tard. A Bar-le-

Duc , l’angine s’est particulièrement montrée, dans les lieux bas qui avoisinent le canal fourni par rOrnain et le ruisseau appelé le Napbtbon, dans lesquels on jette toutes les immondices, parmi la classe ouvrière, pauvre, mal logée et mal nourrie, d’où elle a passé dans d’autres quartiers et dans les classes les plus aisées. Il y eut particulièrement beaucoup de malades et beaucoup de victimes dans les faubourgs de Vie! et de Couchot, rues boueuses et luimides.

dont les liaLitans, la plupart ouvriers des manufactures et filatures de coton, sont d’ailleurs soumis à toutes les causes d’insalubrité par leur logement, leur nourriture, leur habillement, leur manière de vivre et leur profession. Les lieux élevés n’ont été frappés que très - tardivement ; et, par exemple, le village de Bebone, à peu de distance de Bar, mais situé sur une colline, ne l’a été qu’en Septembre, à l’époque où je me trouvais dans celte ville. Pendant que je tenais le Jury du département du Pas-de-Calais, j’ai appris que l’angine gangréneuse et suffocante a pareillement régné, durant l’été de 1825, dans les villages marécageux et tourbeux qui avoisinent Montreuil -sur - Mer , ville \le ce département. Les malades de tout âge , et surtout les enfans , périssaient suffoqués , ayant l’intérieur du gosier d’un rouge foncé, tapissé d’apbtbes grisâtres, et leur corps devenait bleu après la mort, comme dans l’arrondissement de Verdun. J’ajouterai que tous les vétérinaires du département de la Meuse sont convenus que l’épizootie du gros bétail avait pris naissance, après les grandes cbaleurs de 1822, dans des pâturages bimiides et marécageux, d’où elle s’était ensuite propagée plus loin.

La contagion a été marquée à Bar-le-Duc , surtout pour les enfans, même dans l’état de simplicité de la maladie , mais principalement quand la fièvre avait le caractère typhoïde, putride ou malin j alors elle l’était aussi pour les adultes. On a vu des ouvriers arrivant ma-

lades des filatures, qui sont nombreuses dans cette ville, communiquer leur maladie à leur famille qui avait joui d’une bonne santé jusqu’alors. D’ailleurs , quand on considère que les villages situés sur les lieux élevés étaient pareillement exposés à l’influence de l’air froid et humide, et que cependant ils n’ont eu la maladie que très-longtemps après ceux des vallées, on est bien forcé de convenir, ou qu’ils l’ont gagnée par contagion , ou quelle leur a été apportée par des vents chargés d’effluves pathogéniques.

§. 585. Quoique les organes de l’arrièrebouche soient ceux qui sont le plus affectés, nous sommes loin pourtant de regarder la maladie comme locale, excepté dans quelques cas particuliers et très-simples où l’on ne remarque pas de fièvre. Il est évident, d’après les préludes de la maladie indiquant une incubation (§§. 582 et 585), et d’après les symptômes de prostration des forces et d’altération des fonctions, quelle est générale; que les miasmes ont agi sur toute la membrane pneumo-gastro-intestinaie, d’où l’angine aphtheuse s’est manifestée secondairement, et d’où se fait quelquefois une éruption cutanée ou une diaphorèse, par suite de la sympathie de la j)Gau avec les membranes intérieures: éruption intérieure d’autant plus forte, que celle de la peau est moindre, ou qu’elle est nulle. Cette éruption cutanée peut être aussi bien considérée comme critique que comme symptomatique, puisque la manifestation, soit d’un

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exantlième, soit des sueurs, est absolument nécessaire pour rentière guérison de la maladie principale, qui est Fangine.

Il est, ce me semble, légitime' de penser que la nature des miasmes en question a un caractère septique; qu’ils changent le mode de vitalité des surfaces sur lesquelles ils se déposent; qu’ils J produisent une excitation morbide, de laquelle naissent des épaississemens de tissu, des fauSes-membranes, ou des excrétions pultacées; qu’ils déterminent un travail de réaction , par lequel ils sont éliminés avec les débris des surfaces qu’ils ont corrompues. Ce travail peut produire par accident, cliez les sujets forts, une véritable inflammation; mais le plus ordinairement ce n’est qu’un érysipèle. C’est ce qui a fait dire à plusieurs auteurs anciens et modernes , que la gorge est souvent attaquée d’une inflammation gangréneuse, quoiqu’il n’ait précédé aucune inflammation complète ; et Morgagnl lui -même a partagé cette opinion. Pringle et Âzenhoff', qui connurent ces fausses inflammations, et qui les attribuaient à des miasmes malins, voulaient qu’on les combattit par les sudorifiques modérés, tels que le camphre uni au nitre ; et BaglUn , qui les avait aussi observées, par les amers, tels que la décoction de gentiane et de scabieuse. Quelques-uns même ont pensé qu’il convenait quelquefois de provoquer une véritable inflammation, en faisant humer aux malades de l’alcali volatil. Il est de fait cependant que, si l’on examine le malade

avant la formation de Fescarre, on observe une véritable rougeur, une plilegmasie de l’espèce érysipélateuse, c’est-à-dire de celle dont nous avons parlé avec plus de détails sous le nom (ï ardeur (§. 118).

§. 586. Les personnes d’un tempérament muqueux ou Ijmpliatique sont celles qui sont le plus exposées à contracter l’angine gangréneuse j car, de leur nature déjà, elles sont très -sujettes à avoir des aplitlies dans toutes leurs indispositions. Il semble que les miasmes trouvent, chez ces individus, plus de facilité à se fixer dans les muqueuses, que chez ceux d’une constitution sèclie , oii ils sont probablement digérés et annulés par les puissances digestives. Aussi les enfans forment-ils toujours le plus grand nombre des malades; après ceuxci les adolescens, jusqu’à la vingtième année, et depuis cet âge les cas sont beaucoup plus rares. Parmi les sexes, même dans l’enfance, il y a toujours plus de jeunes filles attaquées,’ et la même prédilection existe également quand la maladie s’étend sur les adultes : les femmes enceintes et les accoucbées y sont principalement très-exposées. Pour les professions, ce sont les individus renfermés et les ouvriers attachés à des métiers sédentaires, agglomérés, vivant dans un air liumide , qui sont le plus vite atteints par ces épidémies. Celles-ci sont plus communes dans les pays gras, dans les plaines fertiles, dans les vallons, que dans les lieux secs, peu arrosés, peu fumés, peu fertiles, que

sur les collines pierreuses et les montagnes, où on les observe rarement; plus communes aussi et plus graves dans les bourgs, les gros villages, les villes, où l’on néglige les soins de la propreté, que dans les liameaux et les campagnes très -exposées aux vents. Pour les saisons, c’est au printemps et en automne, dans cette dernière saison surtout, qu’on a constamment vu commencer ces épidémies.

§. 587. Ce que l’on a le plus à redouter dans l’angine gangréneuse, comme dans toutes les autres, c’est la métastase sur le poumon ou sur le cerveau, de laquelle on voit périr plusieurs malades dès le quatrième et même le deuxième jour, dans un état de suffocation : c’est ce qui a fait dire à tous les médecins, dès la plus liante antiquité, que, plus la gorge était enflée en dehors, moins il y avait à redouter pour le dedans, et ^>ice versa. Cela ne peut toutefois s’entendre que d’un plilegmon avec abcès qui se manifesterait aux parties extérieures du cou; car, dans l’angine gangréneuse, l’on voit périr plusieurs malades avec une enflure œdémateuse du cou, des glandes parotides , maxillaires et même tbyroïdes, qui favorise la strangulation loin de la prévenir. Ce point est très-essentiel à noter dans la pratique.

L’ulcère tonsillaire qui ne suppure pas, qui ne prend pas une couleur noire, qui n’exliale pas une mauvaise odeur, qui n’est accompagné ni d’une forte lièvre, ni de difficulté de respirer, ni d’œdème, n’est pas dangereux. Des es-

carres qui se détaclient faciiemeni au moyeu des gargarismes et autres médicamens peu actifs portes dans la hoiiclie, et qui ne se renouvellent pas, sont peu à redouter: il en est tout autre-' ment des escarres qui s étendent sans cesse, qui résistent a tous les moyens et qui reparaissent aussitôt après qu’on est parvenu a les faire tomber. Toutefois la nature a souvent des ressources, et j’ai vu, non sans admiration, dans la rue de l’Eglise, à Martigues, une femme de dix-liuit ans se rétablir après avoir rendu, pendant quinze jours, de larges morceaux noirs et fétides de toute la membrane buccale, après avoir eu les lèvres et les joues ulcérées par riiumeur qui découlait sans cesse des narines, en sorte que cette pauvre femme, mère de trois petits enfans, était hideuse, repoussante et méconnaissable. J’ai appris auprès d’elle combien les membranes muqueuses se renouvellent facilement.

La respiration gênée, rare, sublime, qui se fait par les narines, dont on voit les ailes se dilater ; la régurgitation par le meme lieu des boissons et des médicamens ; la crainte fréquente d’être suffoqué ; le passage de l’enflure d’une parotide a l’autre; un sentiment de brûlure a l’intérieur, tandis que l’extérieur est froid; des syncopes continuelles, des hémorrhagies, la prostration qui va en augmentant, sont des signes des plus funestes.

Aetius ( Tetrabl. , cap. 466), qui a vu régner cette angine populairement, rapporte que des

malades , par la longue durée des ulcères , avaient eu des cicatrices qui leur avaient ré“ tréci le passage de l’air et l’isthme du gosier, de manière que leur voix se rapprochait de celle du chien, et que les boissons, ainsi que les alimens, étaient refoulées vers le nez. Séverin dit avoir vu une demoiselle qui , ayant échappé à la maladie, est morte de consomption, par cette cause, quarante jours après la guérison. Il faut donc ajouter la possibilité de ce danger à celle de l’ulcération des intestins, dont nous avons déjà parlé, par suite de la déglutition des matières âcres qui découlent des fosses nasales et de l’arrièredjouclie.

Le rétablissement, avons -nous déjà dit, est très -lent et les récidives sont faciles. Si l’on se néglige dans la convalescence, surtout si l’on s’expose trop tôt au froid , il survient divers accidens, tous plus ou moins fâcheux, tels que de l’oppression, de la toux, des enflures œdémateuses, la suppression des urines, de la langueur, du dégoût, de l’indifférence pour les alimens; des abcès purulens à diverses parties du corps, qui soulagent, il est vrai, mais qui suppurent long- temps.

A Bar -le -Duc , d’après le rapport de M. le docteur Dufour et des autres médecins, la . convalescence a été courte dans la plupart des cas simples; mais chez les sujets scrophuleux, qui sont extrêmement nombreux dans ce pays, il survenait ordinairement au déclin de la maladie un engorgement des glandes du cou (le- III. î i

quel se terminait quelquefois par résolution , mais le plus souvent par suppuration) et une induration très- difficiles à faire cesser. On y a également observé d’autres suites , mais plus rares, telles que la surdité, l’œdème des extrémités inférieures et la lièvre lente.

§. 588. Si la force et le tempérament des individus , l’espèce d’organes affectés et l’état d’irritation de ces organes méritent des égards dans le traitement des épidémies, la nature de la cause pathogénique n’en mérite pas moins, surtout quand elle appartient aux substances septiques. C’est ici le cas de faire attention à cette cause, puisqu’elle ne produit pas une véritable inflammation, mais qu’elle donne plutôt lieu à une lièvre putride ou maligne, qui se juge par une sorte de crise; que cependant elle n’exclut pas toujours la saignée, quoiqu’elle ne cède pas exclusivement à ce remède , comme les inflammations franches, et que, le plus souvent, elle ne la demande pas.

Séverin et Thomas Bartholin , considérant la maladie en question comme l’effet d’une matière putride, subtile, en petite quantité, qui à agi principalement sur le cerveau, et se dirigeant d’après l’opinion de Galien ^ que les évacuans des premières voies ont la propriété de séparer les mauvais sucs d'avec les bons ^ prescrivent de commencer par faire vomir avec Veau bénite de Pudand ( tartre émétique dissous dans l’eau de chardon bénit), afin de jJrocurer une grande secousse; deux jours après, de saigner direc-

tement à la jugulaire, puis de faire suer par l’administration du bëzoard ou de l’antimoine diap liorë tique ; d’entretenir la liberté du ventre par des cijstères j d’appliquer des > ventouses, d’abord comme révulsives, ensuite comme dérivatives ; des sinapismes sur la poitrine et derrière les oreilles; de scarifier les ulcères et de les toucher avec un baume dont l’orpiment faisait le principal ingrédient, comme dans le collyre de Lanfranc. Séçerin fait mention de trois enfans qui avaient été sauvés, comme par miracle, par la saignée à la jugulaire. Laforest {Forestus) ^ qui traitait et qui décrivait une épb démie semblable , à peu près dans le meme temps, employait aussi la saignée, mais en avouant qu’elle était ordinairement funeste, lorsqu’elle n’était pas bien indiquée. Il avait observé qu’il se faisait souvent chez les enfans un transport d’humeurs afjueuses sur le pharynx, qui pouvait leS suffoquer, et au’on prévenait par l’administration d’un doux vomitif. T'issot n’épargnait pas. non plus la saignée, qu’il dit néanmoins n’avoir pas toujours réussi , et il mettait sa confiance dans le kermès minéral et les vésicatoires. L’auteur de la relation de l’épidémie de Gordon fait la critique des vomitifs, et montre une grande prédilection pour les émissions sanguines et le régime antiphlogistique.

Je pense que, d’après l’iiistorique de la maladie, on. doit déjà être convaincu qu’on ne saurait, dans tous les cas, lui appliquer un trai-

iement uniforme; qu’il serait, par exemple, souvent nuisible de faire vomir avant d’avoir saigné', comme il le serait également de verser le sang dans toutes les circonstances, d’autant plus que j’estime qu’il s’agit ici d’une cure dont la nature fait les principaux frais et où il suffit de l’aider. Il est sans doute impossible de prévoir tous les cas , et c’est au praticien à donner la préférence à l’un ou à l’autre de ces moyens , qui sont les principaux , suivant que l’inflammation de la gorge est plus pure, ou qu’on a des signes manifestes de gastricité prédominante.

Comme il faut se presser de se décider promptement, la saignée du bras aura la priorité chez les sujets adultes, lorsqu’on est appelé dès le principe de la maladie, où l’on observe une grande chaleur, tumeur et rougeur resplendissante à la gorge, pouls dur et plein, et, surtout, chez un malade robuste et pléthorique; toutefois avec prudence et modération, à cause de la nature affaiblissante de l’élément pathogénique. Chez les enfans on se contentera des saignées locales par les sangsues ou par les ventouses scarifiées, appliquées au cou ou à l’angle des mâchoires. La saignée sert ici de préparation à l’administration de l’émétique, toujours indiquée, mais principalement quand il y a des signes non équivoques de saburres dans l’estomac.

Il faut, au contraire, renoncer à la saignée, quand on a à traiter des individus débiles, épuisés; lorsqu’on est appelé plus tard, et qu’iLy a

déjà des taches gangréneuses avec un pouls faible. Dans ces circonstances les vomitifs conservent plus long-temps l’utilité de leur indication, tant pour évacuer des saburres réelles, que pour débarrasser festomac des matières âcres constamment avalées, et qui exigent meme, par la crainte qu’elles ne soient descendues dans les intestins, l’emploi des lavemens ou de légers laxatifs, avec la précaution d’apaiser, le soir, par un anodin, le trouble qu’ils auraient pu causer et l’excitation vicieuse qui donnerait lieu à la diarrhée. Mais, en outre, les émétiques antimoniaux exercent une action directe sur l’ensemble de la maladie , dont nous avons vu. que le siège primitif est dans les membranes muqueuses : en provoquant un ébranlement dans tout l’ensemble de ce système, la cause morbifique est déplacée, les crises se préparent avec plus de promptitude, et la peau, relâchée, cou-/ verte d’une douce moiteur, s’apprête à en recevoir les résultats. Certes, l’enduit blanc de la langue est loin d’être un indice de la saburre stomacale; mais ce n’est pas moins faire preuve d’inexpérience, que de le regarder, lorsqu’il est accompagné de la rougeur des bords de cet organe, comme un des caractères de l’état inflammatoire catarrhal qui contre-indique l’émétique : les succès incontestables que Maæimilien Stoll Si obtenus, prouvent, en effet, qu’il est des constitutions épidémiques oii ce remède suffit pour dissiper des symptômes qui paraissent appartenir à l’inflammation, et nous en fourni-

rons de noiiTeaux exemples dans les chapitres suivans.

Les évacuans, tant du système sanguin que des xoies digestives, sont déplacés, lorsque la débilité est déjà très-grande, soit par suite des progrès de la maladie, soit par la nature trèsseptique de l’élément patliogénique, comme cela avait lieu dans plusieurs des cas décrits par Fothergill ; et lorsque les malades éprouvent à tout moment des convulsions, des évanouissemens, des hémorrhagies, il ne peut plus s’agir alors que de relever et de conserver les forces par l’administration des fortifîans, des cordiaux, des astringens et des opiacés, capables de modérer la diarrhée et de mettre un frein à l’agitation générale. Le quinquina, sous toutes les formes, et combiné avec un vin généreux, est ici très-utile; et, d’ailleurs, on le trouvera presque toujours avantageux sur la fin de la maladie et dans la convalescence. Le musc, le camphre, la valériane, la serpentaire, etc., ne sont pas moins indiqués. Les vésicatoires volans(sans entretenir la suppuration) n’opèrent pas moins un très-grand bien à cette époque de la maladie; je les ai vus agir comme antispasmodiques, et produire sur des peaux très-sèches une détente générale avec une douce moiteur : on les applique d’abord aux jambes, puis aux cuisses, puis à l’épigastre, aux bras, au cou, à la nuque, derrière les oreilles, en ayant soin de les faire saupoudrer de camphre. Je puis affirmer qu’ils ne sont nullement remplacés par les sinapismes.

Les ventouses sèclies ne sont pas non plus à dédaigner. Nulle part je n’avais vu leur emploi encore aussi frequent qu’à Strasbourg: je lésai essayées aussi, à cause du bien qu’on en disait, et elles m’ont servi effectivement quelquefois à déplacer des spasmes et des douleurs. On les applique d’abord loin de la partie et l’on s’en rapproche successivement. Les vessies d’eau bouillante et les exutoires de carbonate d’ammoniaque sont des niaiseries auprès de ces remèdes. Enfin, on applique des fomentations chaudes, aromatiques, partout où la sécheresse de la peau indique le besoin de relâcher et d’attiver.

Des gargarismes de décoction d’orge oxymellée sont très-utiles, lorsque le malade peut ou sait en faire usage. Pour amollir et faire tomber les croûtes, on emploie avec avantage les vapeurs de la décoction d’un mélange de camomille avec du vinaigre camphré, et quand elles sont tombées, on recourt aux gargarismes adoucissans, aux injections dans la bouche des mêmes substances, ou à des lotions avec un pinceau mollet, quand les malades ne peuvent se gargariser eux-mêmes. Van-Swieten se servait d’une forte décoction de quinquina combiné avec les émolliens, pour faire tomber les escarres, pratique qui est souvent très-utile. La teinture spiritueuse de la même écorce, avec le miel et l’acide muriatique, appliquée avec un pinceau, peut produire le même effet, et est préférable au collyre de Lanfranc. Mais on doit toujours

se rappeler que c’est la nature qui détache les escarres, et que souvent on risque de contrarier ce travail en portant dans Tarrièrehouclie des corps irritans; aussi ne saurais-je approuver la pratique très - ancienne, souvent fâcheuse dans, les plaies extérieures, d’inciser et de scariiier les ulcères et les escarres. Chomel rapporte que, « dans les épidémies de 1747 et 1748, on employait, dès les trois premiers jours, la saignée et l’émétique, ensuite les vésicatoires et le camphre, à la dose de vingt-cincj grains par jour (pratique qui eut beaucoup de succès); qu’il fallait laisser à la nature le soin de séparer l’escarre gangréneuse, et se contenter de lui donner les forces nécessaires pour faire heureusement cette opération; et que les scarifications et les incisions ne firent qu’augmenter le mal, tant à Saint-Cyr qu’à Paris. L’on a poussé trèsanciennement la témérité jusqu’à porter un bouton de feu dans le fond du palais; pratique condamnée par Arétée^ qui disait que par là on détruisait l’isthme du palais, qu’on dérangeait la déglutition et qu’on favorisait le passage des alimens par les fosses nasales. Ce grand médecin aurait pu ajouter que ces cautérisa teurs d’alors, comme ceux d’aujourd’hui, ne connaissaient que des maladies locales, et qu’ils ignoraient les points les plus importans de la physiologie pathologique.

Dans le département de la Meuse, les opinions de plusieurs médecins furent partagées §ur le traitement : le plus grand nombre ne

voulait que celui dit antiphlogistique, dont les sangsues faisaient la hase, et quelques autres avaient recours, dans presque tous les cas, au quinquina. Les uns et les autres auraient eu raison, si ces moyens avaient toujours été appliqués suivant les espèces. Il n’y avait aucun doute que l’état inflammatoire de la gorge , effet de l’air froid, humide et âpre, particulier à ce pays, et que j’ai encore ressenti moi-même, ne fut le plus général; mais, d’une autre part, les rémissions marquées et les intermissions, le mélange des fièvres d’accès avec l’épidémie, le caractère typhoïde et adynamique que prenait souvent l’angine, exigeaient, dans ces cas-là, l’emploi des fortilîans et des cordiaux. Ainsi, un très-grand nombre de malades a guéri avec le traitement suivant : dans l’état de simplicité , boissons délayantes, repos, douce chaleur, décoction d’orge miellée et de feuilles de ronces pour gargarisme; on favorisait l’éruption, si elle languissait, par l’usage des infusions de fleurs de tilleul, de bourrache, de sureau, d’oranger. Dans l’embarras gastrique , on avait recours au tartre stibié, lequel avait le double avantage d’évacuer les saburres des premières voies, les glaires qui engouaient la gorge, et de porter à la peau. Dans l’inflammation intense des amygdales, la difficulté de la déglutition, et lorsqu’il y avait des signes de congestion au cerveau, céphalalgie violente, délire la nuit, on pratiquait avec avantage la saignée, ou on appliquait des sangsues autour du cou, le premiei"' moyen

chez les adultes, le second sur les enfans, et plus ou moins, selon le degré du mal. On mettait aussi en usage les pédiluves, les lavemens, les cataplasmes autour du cou. Mais, dans les cas d’adynamm et de malignité, il fallait avoir recours à des potions composées avec le quinquina et le camphre, à des lavemens camphrés, aux vésicatoires, aux sinapismes; et dans les cas oii Ton soupçonnait rinflammation du cerveau, on pratiquait la saignée du pied, ou l’on mettait un grand noiîihre de sangsues au cou. Dans les cas où la fièvre avait le type rémittent ou intermittent, et lorsque les exacerbations nocturnes étaient très- violentes , on retira d’assez grands avantages du sirop et du vin de quinquina , du sulfate de kinine , pour les enfans ; du quinquina en substance, du vin de Séguin, du musc et du camphre, pour les adultes. Je terminerai par deux observations qui m’ont été fournies par M. le docteur Champiori , et qui indiquent le traitement nécessaire dans ces deux variétés d’angine.

Une demoiselle, âgée de vingt-huit ans, habitait un village situé sur la hauteur au nordest de Bar-le-Duc , après un léger mal de gorge qui parut tous les soirs, pendant huit jours, et qui disparaissait le matin , se réveille le matin du a5 Avril i8a5, étant à l’époque de ses règles, qui coulaient peu cette fois, avec une grande douleur à la gorge, un mal -aise général, des douleurs contusives dans les reins et les membres inférieurs ; état qui continue le 26, qui

augmente le 27 avec une grande ardeur à l’arrière-bouche j tuméfaction, des amygdales; déglutition difficile pour les liquides, impossible poi^r les solides. Quatre sangsues sont appliquées au côté du cou, et les piqûres fournissent du sang abondamment pendant trois heures. Le soir et la nuit, délire, pendant lequel la ma* lade chante constamment et à voix aussi haute qu’elle le peut. Cessation du délire le 28 au matin , mais continuation des symptômes de l’angine. Moindre délire le soir et la nuit, mais idées tristes et sombres. Le 29, administration d’un demi-grain d’émétique, qui donne lieu à deux-vomissemens; potion d’extraits de quinquina et d’opium, et boissons délayantes. Le soir et la nuit, délire violent, chant d’église; langage mystique et prophétique ; hémorrhagie nasale, d’un sang noir, diffluent. Le 5o au matin, jour où M. Champion fut appelé, soubresauts dans les tendons ; pouls mou , faible , fuyant sous les doigts; peau couverte d’une moiteur visqueuse ; membres froids et chaleur brûlante à l’intérieur; face pâle et les yeux ternes; délire paisible et réponses brusques ; membrane muqueuse du palais d’un rouge pourpre; amygdales et voile du palais tuméfiés, recouverts d’une fausse-membrane adhérente, s’étendant à la partie supérieure du pharynx; déglutition des liquides très-difficile, ceux-ci passant souvent par les fosses nasales. Gargarisme composé de parties égales de miel, d’eau-de-vie, de vinaigre et d’un peu de muriate de soude, porté souvent

jusqu’au fond de rarrière-bouclie à l’aide d’im pinceau, et vin pur et généreux pour boisson j liniment volatil camphré autour du cou; potion composée avec l’extrait de quinquina, de camphre et de vin ; deux larges sinapismes aux jambes et deux vésicatoires aux bras. Le délire est moindre que dans la nuit précédente, mais plus violent que dans la pénultième. Le premier Mai, diminution de la douleur à la gorge, déglutition plus facile ; la malade répond auii questions qui lui sont adressées. Le pouls est relevé et plus fréquent, mais quelquefois irrégulier; les soubresauts existent encore; la chaleur est plus généralement répandue. Plusieurs fausses-membranes se détachent, laissant des places très-rouges, ulcérées , saignantes et douloureuses. Accablement tout le jour; délire la nuit, mais moindre encore que celui de la veille. Memes prescriptions, plus trois bouillons dans le jour. Le 2 Mai, amendement général; beaucoup d’escarres se détachent encore. Enfin , entrée en convalescence le 6, mais la malade reste long-temps faible et très-pâle.

Dans deux autres cas, au contraire, où il s’agissait de jeunes gens très- vigoureux, ayant la déglutition et la respiration gênées par la tuméfaction des organes de l’arrière - bouche , qui étaient très-rouges déjà au quatrième jour delà maladie, M. Champion triompha du mal par une saignée du pied et du bras, l’application des sangsues, despédiluves et des maniluves irritans.

§. 389. Nul doute que 5 dans le cas d’obstruo

tîoïl (les fosses nasales et des organes de l’arrièrebouche par la tuméfaction et l’épaississement des membranes muc|ueuses, il ne soit indiqué de faire passer par les narines une sonde de gomme élastique de gros calibre, pour l’introduction de l’air et des boissons. C’est aussi le cas depra tiquer la trachéotomie, déjà recommandée ^SiY Aétius et Paul d’Egine, pour prévenir une suffocation cjui est imminente. Si nous avons dit que cette opération est inutile dans le croup, à cause que la fausse- membrane s’étend jusqu© dans les bronches, il n’en est pas de meme ici, où l’obstacle ne se trouve placé qu’au-dessus et aux environs de la glotte.

§. 5go. Le régime {victus ratio) ^ point trop souvent négligé par les auteurs , est une des parties les plus essentielles du traitement. Les anciens ne permettaient que l’eau miellée, et ne passaient que très-insensiblement à la tisane d’orge un peu épaisse, parce qu’ils avaient observé qu’une nourriture solide , ou meme liquide, un peu substantielle, aggravait le mal et occasionait des récidives. On ne doit donc donner aux malades que des bouillons légers, tant que la lièvre persiste. L’on a d’ailleurs des exemples de personnes attaquées d’angines, qui ont guéri sans autre remède que de s’abstenir pendant plusieurs jours de tout aliment; et Séverin l’atteste, comme témoin oculaire, d’une fille âgée de onze ans , qui , dans l’épidémie qu’il a décrite, ayant eu les voies de la déglulition entièrement bouchées, fut entièrement

rétaLlIe sans aucun médicament après une abstinence complète de plus de huit jours. Alexandre Beneâict avait déjà fait une pareille observation {lib. 7, de curand. morh. , cap. 19).

Les suites de cette angine, lorsqu’on l’a négligée, exigent souvent l’emploi de nouveaux vésicatoires, de boissons légèrement diapborétiques, telles que Tinfusion de fleurs de sureau et de tilleul; l’usage, à doses très-brisées, des antimoniaux, surtout du kermès minéral, et quelquefois meme une petite saignée générale ou locale, accompagnée de l’emploi des émolliens, suivant la nature du sujet elles circonstances dans lesquelles il s’est trouvé.

§. 5g 1. L’angine aplitlieuse ou gangréneuse étant d’abord un produit de l’infection, soit locale, soit transportée par les vents, il ne serait pas absolument impossible de s’en garantir tant par les soins de propreté et un bon choix des lieux d’habitation, que par les précautions contre la direction des vents qui transportent les miasmes (que j’ai indiquées dans l’un des chapitres de ma première section, §§. 18, 19, etc.). Quant à ceux à qui il n’est pas possible de prendre ces précautions, peut-être se trouveraient-ils bien, pour diminuer l’état de faiblesse et d’irritabilité des membranes des voies digestives et aériennes, qui est une prédisposition aux angines, de se gargariser plusieurs fois par jour avec de l’eau froide contenant un peu de vinaigre , ou avec une légère dissolution, d’alun, ou une décoction de quinquina, d’é-

corce (le cliéne, o.u de telle autre subslanee astringente. Du reste , ces (épidémies ayant une grande analogie avec celles des fièvres putrides, Ton doit engager l’autorité publique à mettre en vigueur toutes les mesures de salubrité et de soulagement envers les classes peu fortunées, dont il a déjà été plusieurs fois question dans cet ouvrage.

J’ai avancé que cette maladie pouvait être contagieuse j mais, cette idée put- elle n’étre qu’une présomption, les précautions à prendre dans la suppositie=^n de sa réalité sont toujours non -seulement utiles, mais encore (pour me servir des expressions de MM. les rapporteurs du Mémoire de M. Majenc) « essentielles à adopter dans toutes les maladies éruptives, adynamiques et putrides, qui répandent par cela même autour des malades beaucoup d’émanations fétides et insalubres, dont s’imprègnent aussi leurs linges et leurs couvertures. La ventilation, la propreté et l’exclusion de toutes les personnes inutiles, sont toujours des mesures sages et utiles à la conservation du malade luimême.

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