chapitre sont fort communes dans certains pays
plus rares dans d’autres, et par cela meme, lorsqu’elles apparaissent, leur véritable nature est plus aisément méconnue par les praticiens routiniers. Leur thérapeutique a été souvent un objet de controverse par suite des opinions pré- \ conçues sur la nécessité absolue de telle ou
telle médication: disputes funestes, qui rendent parfois plus onéreux qu’utile le présent que les dieux ont fait aux mortels de la médecine 1 Dans son Voyage médical en Italie, M. L, Valentin nous apprend , « qu’on traite très-rarement, à l’hôpital de la Trinité de Naples, les péripneumonies par la saignée , mais par de petites doses d’émétique en lavage, auquel on fait succéder la digitale pourprée et le nitre, et qu’on ne perdait, par ce procédé, qu’un malade sur quarante atteints de fluxions de poitrine (page 5o); qu’à Rome, où les fluxions de poitrine sont communes, on les traite par de nombreuses saignées, et que, sur cent de ces malades, on en perd environ vingt-cinq (pages 6o et 6i); qu’à Livourne, où elles ne sont pas moins fréquentes, des médecins français qui y sont établis, les regardant comme presque toujours catarrhales ou bilieuses, prescrivent rarement la saignée, et donnent, avec beaucoup de succès, les vomitifs, tandis cjiie les médecins indigènes ont, dans ces maladies, une pratique opposée (page 82)^ qu’à Bologne, on traite les péripneumonies par la saignée, les antiphlogistiques et quelques purgatifs à doses modérées, et que sur cent malades on en perd souvent
quinze; que, dans une conversation qu’il eut avec les médecins de cette ville ( où professe le contre - stimuliste Tomassini) sur le traù tement de cette maladie, ils avaient été singulièrement surpris d’apprendre de lui , M. V^alentin (ce qu’on trouve déjà consigné dans son Mémoire sur les fluxions de poitrine), qu’en à riiôpital militaire de JNancj^, sur cent dix-neuf malades de péripneumonie il n’en était mort que cinq, dont trois n’avaient pu recevoir d’assez prompts secours ; qu’à Marseille et à Nancy il n’avait fait saigner aucun malade atteint de celte affection ; qu’il n’avait employé que des vomitifs, et quelquefois seulement des ventouses scarifiées ou des sangsues, et que, pendant quatorze ans, pas un seul de ces malades n’avait succombé entre ses mains (pages io5 et 106); qu’à Venise, malgré les saignées, les évacuans et les débilitans, on estime à AÙngt sur cent la perte des malades atteints de fluxions de poitrine (page 124); qu’à riiôpital de Milan , on en perd communément de douze à quinze sur cent, et que le célèbre clief de la nouvelle doctrine italiemic (rival du célèbre chef de la nouvelle doctrine française)^ le docteur Rasori, lui avait dit, en présence du docteur Sacco ^ que, lorsqu’il était chargé de la clinique, la perte, par son traitement (qui consiste, ainsi que celui de ses disciples, MM. Tomassini, Brera , Borda , etc., à donner journellement, jusqu’au déclin de l’inflammation J des doses énormes d’émétique, III. 12
<juarante-huît grains, soixante-dix et au- delà ^ ainsi que des débilitans et sédatifs, tels que acide prussique, digitale, aconit, ciguë, etc.), cette perte, dis-je, n’était que de dix ou onze sur cent, chose contredite par le docteur OzanajTij qui avait suivi cette clinique, et qui prétend que la perte des péripneumoniques était de vingt-six sur cent, tandis qu’elle ne s’élevait qu’à neuf dans les salles ordinaires (pages iii, 121 et 142.)
Dans une lettre de M. P es chier , docteur en chirurgie à Genève, à M. Pictet, l’un des rédacteurs de la Bibliothèque universelle (du 19 Juin 1822; tome 20, page 142 et suivantes), ce chirurgien nous apprend que « pendant les cinq années consécutives qu’il a pratiqué la médecine dans cette partie du canton de Vaud qu’on nomme la Côte , les inflammations de poitrine sous forme de pleurésie et sous celle de péripneumonie ont été les maladies les plus fréquentes; qu’il y en a eu, entre autres, deux épidémies, où, tandis que ses confrères ont eu le malheur de perdre bon nombre de leurs malades en suivant les méthodes ordinaires, il avait eu la satisfaction de guérir tous les siens , sans exception , et cela en très -peu de temps y sans rechutes et sans accidens ; que, pour arriver à ce résultat inespéré, il n’a eu recours à aucune évacuation de sang, mais qu’il a employé de grandes doses de tartre émétique.
Toutes les fois donc que M. Peschier était
consulté pour un point de côté plus ou moins fort, fixe ou vague, avec ou sans fièvre, ancien ou récent, avec ou sans accidens, comme dyspnée, crachats ahondans ou rares, rouillés ou sanguinolens ^ insomnie, délire, petites escarres sur les lèvres ou sur la langue, face rouge, ou livide ou injectée j langue blanche, jaune, grise, rouge ou noire; haleine fétide; constipation, ou rarement diarrhée; asthénie ou prostration des forces, etc. (je ferai remarquer au lecteur que ce sont là tous les symptômes d’inflammation de poitrine du chirurgien de Genève); dans tous ces cas, disons-nous, « il s’empressait d’administrer, depuis six jusqu’à douze et quinze grains de tartre émétique, dans les vingt-quatre heures, dans une potion de six onces, prise par cuillerées à soupe de deux en deux heures, et accompagnée d’une tisane ordinairement laxative, dont le malade buvait une écuelle par heure. Il y avait ordinairement des vomissemens après la seconde et la troisième cuillerée; puis le médicament agissait par les selles, ou ne produisait aucun effet sensible, mais guérissait le malade à vue d’œil. Celui-ci disait que ce remède faisait I effet d’un velouté sur sa poitrine, et s’il restait accidentellement trois ou quatre heures sans en prendre, parce que la dose prescrite était épuisée, il sentait son mal redoubler, jusqu’à ce qu’il eût recommencé à y avoir recours. De hautes doses d’émétique produisaient moins dé vomissemens et étaient plus ellicaccs que de petites, etc*
M. le cliirurgien Peschier a soin de nous ïïvertir qu’il n’employait pas le tartre émétique d’une maniéré purement empirique : en effet, il ajoutait à sa potion « deux gros d'éther nitri-^ que, ou muriatique^ ou acétique, lorsqu’il y avait tendance à la transpiration j deux gros de teinture d'opium, s’il y avait beaucoup d’angoisse et d’insomnie; et un à deux gros de nitre , s’il y avait dysurie, clialeur sèche à la peau. ’’ J’épargnerai au lecteur le raisonnement par lequel l’auteur a été conduit, dit-il, à cette méthode immanquable , parce que c’est le même que celui des contra-stimulistes d’Italie et des imitateurs français dont nous allons parler.
Dans une séance, du mois de Juillet 1822, de l’Académie royale de médecine séant à Paris, M. Léveillé a lu un rapport sur un Mémoire de M. le docteur Arnaud, de Moulins, dans lequel il est question d’un grand nombre de péripneumonies et de pleurésies guéries par l’administration de l’émétique , sans avoir recours aux émissions sanguines. A l’appui de cette observation, M. Laennec a communiqué des faits d’hydrocéphale aigue et d’affections pulmonaires dans lesquelles il a administré douze grains d’émétique et plus dans le jour, avec le plus grand succès. Il ajoute, qu’il a fait des expériences comparatives sur un nombre égal de péripneumonies à peu près aussi intenses , et qu’il s’est convaincu que, dans celles traitées uniquement par des saignées soit locales soit générales, l’engorgement pulmonaire, appré-
ciabîe par le stéthoscope, persistait très-longtemps, tandis que, par l’administration de l’emétiqiie à haute dose, l’engorgement disparaissait au bout de peu de jours. M. Laennec pense que le tartre stibié, à cette dose, agit d’une manière spécifique et qu’il active puissamment l’absorption des vaisseaux. Dans une autre séance de la même Compagnie, du mois d’Octobre suivant, un M. Fontanelles 3 qui a pratiqué à Milan, communiqua aussi des observations favorables sur l’emploi de l’émétique à haute dose dans les affections inflammatoires de la poitrine. (Voyex Revue médicale, tome 8, page 4?d, et tome 9, page 334 ) Res Journaux de médecine ont depuis lors donné de nouvelles observations sur la pratique heureuse de la nouvelle méthode par des gens sans critique, qui, peu auparavant, auraient jeté contre elle les hauts cris.
Le plus grand reproche qu’on ait à faire à tous ces panégyristes exclusifs, c’est de ne pas nous avoir mis à même de juger de la réalité de leurs promesses par des descriptions exactes de toutes ces péripneumonies , traitées de tant de manières différentes et avec des succès si variés. Mais, après tant de siècles d’expérienée, peuton encore vaciller sur le traitement de cette maladie , lorsqu’elle est une inflammation franche (§, 258, D et suiv.); et ces cent dix-neuf malades de péripneumonie, traités en une seule année à i’iiôpital militaire de Nancy par M. le docteur Valentin^ sans le secours de la saignée, et ces fluxions de poitrine de M. Peschiery etc.,
n’indîqiient-- elles pas de ces épidémies, dont Stoll a si bien parlé et dont nous allons nous^ ôccuper, qui sont sans caractère inflammatoire?
§. 395. Il est, en effet, plusieurs douleurs de poitrine, plusieurs difficultés de respirer, même avec lièvre, qui n’exigent pas la saignée. 1.'' Il est certains sujets gras, pituiteux, à libre lâclie , déjà un peu avancés en âge (et j’en ai traité quelques- uns), qui, par une constitution de l’air froide et humide , ont les bronches remplies d’une pituite visqueuse qui les menace à chaque instant de suffocation, avec une lièvre peu active, toux, douleuy de côté, céphalalgie, vertiges, lassitude, urines troubles; pouls faible, accéléré, inégal; peu de soif; respiration stertoreuse, sans qu’il ait précédé aucune inflammation. Cette maladie, décrite par les anciens et les nosographes sous le nom de peripneiimonia notha , souvent insidieuse , admet rarement les émissions sanguines, même modérées; mais elle requiert l’administration de l’émétique , du hermès minéral, de la gomme ammoniaque dissoute dans l’oxymel scillitique, des boissons sudorifiques, des purgatifs et l’application des vésicatoires entre les épaules et sur la poitrine.
Il est évident par l’histoire des épidémies de prétendues pleurésies et fluxions de poitrine, qu’un grand nombre d’entre elles n’ont été que le symptôme d’affections du système digestif. De même que des saburres muqueuses, bilieuses , vermineuses, produisent des céphalalgies et des angines sympathiques : de même aussi on les
voit déterminer la toux, la dyspnée, l’anxiété, les douleurs de poitrine, et tout le simulacre d’affections idiopathiques de cet organe, sans préjudice de la complication de ces saburres avec une inflammation réelle 5 cortège de maux qui s’observe fréquemment dans les constitutions catarrhales. Un simple développement de gaz retenus dans les intestins par le spasme produit souvent, chez les hypocondriaques et les hystériques, des douleurs très-aiguës aux côtés ou aux épaules, accompagnées de toux; et il n’est pas rare, surtout durant le règne des fîè^ vres vermineuses, qu’une douleur pongitive au côté, même fixe, n’ait d’autre cause que des vers logés dans les intestins. Or, il est d’observation que les émissions sanguines sont ordinairement nuisibles dans ce genre de maladies.
5.^ Cette même histoire ne nous présente pas moins des épidémies de pleurésies et de péripneumonies malignes, c’est-à-dire, dont la cause, éminemment septique , agit promptement sur I0 système et surtout sur les organes respiratoires, et produit une prostration profonde en même temps que tous les symptômes d’une grave lésion pulmonaire : épidémies dont les funestes résultats ont été égaux à ceux de la peste, et dans lesquelles les saignées et les débilitans ont presque toujours été contraires.
4.'' Enfin, nous ne manquons pas non plus d’exemples où ces maladies n’ont été que le symptôme concomitant d’une fièvre d’accès, tierce ou double - tierce , disparaissant avec le
paroxîsme et reprenant avec lui ; n’exigeant donc alors que le traitement approprie à la fièvre et rarement la saignée, excepté dans les cas où nous avons dit (§. 217) que ce remède n’est pas moins applicable aux maladies périodiques.
§. 594. Les épidémies de péripneumonies et de pleurésies catarrhales ou gastro-pulmonaires sont les plus fréquentes, et l’on a occasion tous les ans d’en observer quelques exemples : les péripneumonies adynamiques sont très -heureusement, grâce aux progrès de la civilisation, devenues beaucoup plus rares ; mais elles se montrent néanmoins encore parfois, lorsque quelque accident ou quelque catastrophe donne naissance à des miasmes capables de les produire.
2'issot ^ dans deux lettres adressées à Zimmermann y et publiées à Lausanne, années iy65 et 1768, a décrit, sous le titre de Pleurésies et péripneumonies fausses ou bilieuses , trois épidémies de ce genre, qui ont régné dans ce canton aux années 1765, 1765 et 1766. La première était mêlée de quelque cliose d’inflammatoire et exigeait quelquefois la saignée, mais trèsmodéree. Dans les deux autres, et surtout dans la dernière, la complication d’inflammation était très-rare, dit ce praticien célèbre: la saignée était peu indiquée, les symptômes de gastricité dominaient, et le point essentiel était d’évacuer les premières voies par un vomitif, dès le commencement de la maladie, ce qui
emportait souvent en meme temps et le point et la fièvre; d’appliquer des vésicatoires, si ce premier remède ne suffisait pas, et de favoriser ensuite toutes les évacuations, surtout celles de la transpiration et des selles, par lesquelles la maladie se terminait. On peut voir plusieurs cas analogues dans la Médecine pratique de Maximilien Stoll, aux années 1776, 1777 et 1778, qui furent fécondes, à Vienne, en frénésies et pleurésies, tantôt inflammatoires, tantôt bilieuses et tantôt mixtes, et 011 cet illustre médecin a su tirer un parti si avantageux tantôt de la lancette et tantôt de l’émétique; plus souvent encore de ce dernier. Je n’insisterai pas sur d’autres faits pour une matière aussi connue aujourd’hui et où je ne ferais que me répéter, d’autant plus que je décrirai bientôt rapidement une épidémie que j’ai observée moi-méme, et qui portait les deux caractères d’affection gastrique et d’adynamie.
Vous avons d’abord dans cette seconde classe la trop fameuse péripneumonie appelée pestiférée par André Gallus et Fracastor , qui en ont conservé i’bistoire, et qui font commencer cette épidémie (laquelle, suivant eux, aurait fait le tour du globe) en 1848 : elle consistait en une flèvre maligne, accompagnée d’une oppression subite de la respiration , toux et crachement de sang, sous laquelle tous les sexes et tous les âges succombaient également, en trois jours, dans des angoisses inexprimables. Quand elle commença à diminuer d’intensité , il sortit des
tumeurs aux aines et aux aisseiîes, et alors, il y eut moins de mortalité. Elle était si contagieuse qu’on croyait qu’elle se communiquait par le simple regard : on en accusa les juifs, dont on fit un massacre épouvantable. {And. Galli , lih. fcLscicul. de peste. Ilieronjm. Fracastor , Ub. 3, cap. 6 J de contagios. morbis.) On peut, peut-être, en regarder comme une continuation les épidémies, décrites par JFierr ^ Sennert , etc. , des années i44d, i5io, i557 , i564, i58o et iSgi, lesquelles furent également fatales à un grand nombre d’hommes dans plusieurs contrées de la terre et qui recommençaient chaque année à l’équinoxe d’automne. La maladie s’annonçait par un profond besoin de dormir, par le mal de tête et une toux sèche j puis, vive douleur à la poitrine, dyspnée, langueur d’estomac , grande sécheresse à la bouche , etc. : symptômes qui duraient 'quatorze jours, avec une issue dilférente. Dans l’épidémie de i564, dont JFierr est l’historien, il y avait des pleurésies qu’il nomme perfides, parce qu’elles firent périr beaucoup de monde l’été et l’automne de cette année, dont l’hiver avait été très-froid. Le mal consistait en une fièvre continue de mauvais caractère , accompagnée d’un point de côté très-douloureux, mobile par l’application des topiques, faisant souvent métastase sur les poumons, annoncée par des crachats sanglans de diverses couleurs et donnant la mort le sixième jour. Le délire et la diarrhée étaient aussi des signes mortels. La saignée et les bé-
chiques ordinaires ny réussissaient pas, et l’on ne retira quelques succès que de la thériaque, des amers; et des cordiaux. ierr , lib. Observât, medicar. rarior. )
On trouve une succession de toux, de fausses pleurésies et péripneumonies dans le Recueil des constitutions épidémiques annexé aux OEuvres de Sydenham , dans les écrits de Erederic Hoffmann ^ et dans le Journal des Savans, depuis 1691 jusqu’à 1740. On y voit continuellement réunis à ces affections, appartenant en apparence uniquement à la poitrine, de grandes faiblesses, des menaces continuelles de suffoquer, et divers symptômes de fièvres d’une grande malignité ; elles étaient telles, au mois de Mai 1722 , à Verdun-sur-Garonne , que les malades périssaient en quatre jours , et que les magistrats des environs craignaient que la peste ne fut dans cette ville. (Journal des Savans, Juillet 1722.) En 1728, au rapport de Charles-- Frédéric Lœw , il y avait à Vienne en Autriche six mille malades d’une épidémie de ce genre.
A Ferrare et à Ravenne, où elle régnait aussi, neuf cent huit personnes en moururent dans une semaine du mois de Novembre, et les hahitans de ces villes étaient si épouvantés, qu’ils se sauvèrent à Bologne, 011 l’on ne voulut pas les fecevoir. Bologne, à son tour, eut, en 1750, par la même épidémie, vingt-six mille sept cent soixante -un décès; Vienne, huit mille quatre cent quatre-vingt-treize; Amsterdam, huit mille neuf cent onze; Brunsvic , douze cent trente-
trois; Dresde, dix- sept cent quarante. (CaroL Frider. Lœw ^ Histor. febr. catarrh, epidem. ^ ann. 172g et lySo.) Morgagnivdi^^ovie plusieurs faits calamiteux de ces épidémies qui survinrent à Padoue {de sed. et caiis. morh. , epist. 1 5), et Hoffmann à Berlin. {Oper. omn.^ tom. 2, sect. 1 et 2.)
Mais je passe de suite au dix-neuvième siècle, et je trouve un grand moyen de distinguer les inflammations de poitrine franches d’avec la péripneumonie maligne, dans les maladies suivantes : i.° dans celle dont ont été atteints les environs de Clairvaux, département di,i Jura, pendant l’hiver de i8o6, décrite par M. le docteur Guillou. Le théâtre de cette épidémie était un pays montueux, un sol ingrat et peu fertile, dont les hahitans sobres, mais doués de heaucoup de force et de vigueur, ne sont guère sujets qu’à des maladies inflammatoires, encore rendues présumables cette année -là par les vents du nord et du nord-nord-ouest qui avaient soufflé long-temps, par la neige qui avait été abondante, et par la rigueur et la durée du froid. Or, tout à coup il parut une maladie caractérisée par une affection douloureuse de la poitrine, point de côté ambulant, diOiculté de respirer, toux fréquente, crachement de sang pur ou de matière rosée; peu de fièvre, mais rougeur et chaleur à la figure; quelquefois des sueurs sans soulagement; intégrité des fonctions intellectuelles , mais perte absolue des forces musculaires; langue humectée et rouge; bouche peu amère; point d’appétit, point de
soif; constipation et très-grande difficulté de faire passer des lavemens ; urines limpides et quelquefois limoneuses, avec rétention cliez queJques vieillards; pouls peu fréquent, mais plus petit, moins développé que dans fétat naturel; sommeil fréquent, tranquille ou agité de rêves fatigans; couclier en supination; indifférence parfaite des malades sur leur état.
Les saignées, les délayans et le régime antiplilogistique dans toute sa rigueur, usités contre les maladies les plus fréquentes de ce pays, furent employés d’abord, comme contre une pleurésie vraie; mais l’on ne tarda pas à s’apercevoir qu’on ne faisait par là qu’augmenter la faiblesse et le nombre des morts, et l’on substitua à ce traitement le vin généreux , le quinquina , les amers indigènes , les vésicatoires : cbangement qui eut un si beureux succès que plusieurs malades entrèrent déjà en convalescence le septième jour. (Journal général de médecine, tome 41, page 568 etsuiv.) L’auteur ne donne pas de détails sur l’origine de cette maladie adynamique si opposée à la nature du pays, et nous tâcherons d’y suppléer par la suite.
J’ai traité une épidémie grave du même genre, durant mon séjour à Martigues, dans les mois lie Janvier, Février et Mars de l’année 1806 , mois qui furent féconds en affections catarrhales bénignes et îfi alignes, qui produisaient des suffocations, des fluxions de poitrine fausses, des léthargies, des douleurs articulaires
( igo )
et des flux hémorrhagiques. Les hahitans du cap Couronne, plateau élevé et découvert, en ont surtout beaucoup souffert , et toutes les femmes grosses ont avorté. Il y eut dans le commencement plusieurs morts, parce que les empiriques du voisinage, prenant la, maladie pour une péripneumonie inflammatoire , avaient pratiqué beaucoup de saignées. Des malades pour lesquels j’ai été appelé , le premier fut un patron-pécheur catallan, à Carro (hameau de la Couronne), que je trouvai gisant sans connaissance et dans un état léthargique. Il a été guéri par l’application de plusieurs vésicatoires et par des potions laxatives réitérées. Le second, jeune employé aux douanes, également à Carro, était au sixième jour de sa maladie, avec une forte fièvre, délire frénétique, visage et langue rouges, battement très-fort des artères temporales, respiration précipitée. Il fut de suite saigné au pied en ma présence, le lendemain émétisé, et il entra en convalescence le neuvième jour. Troisième malade, une jeune fille, également à Carro; fièvre, douleur au côté , crachement de sang, suffocation : je lui fis prendre, presque immédiatement, un émético - cathartique , qui fit beaucoup d’effet; le surlendemain elle était guérie. Quatrième malade, jeune fille, sur la hauteur, maison isolée; fièvre, suffocation , point de côté mobile , crachement de sang : é m é ti c O -c a t h a r ti qu e , P ni s P b t i O n P e c t O r a 1 e , a ve c le kermès minéral; guérie le septième jour. Cinquième malade, la femme du meunier de la
( igi )
Couronne, stérile; fîèyre vive; douleur fixe, profonde, à la poitrine; crachats sanguinolens; déjà au huitième jour de sa maladie: saignée du hras, puis potions laxatives; guérie le quatorzième jour. Sixième malade , une femme nommée Chrétienne , au neuvième mois de sa grossesse; lièvre vive, douleur au côté, crachats sanglans, toux, délire; déjà au huitième jour : potion émético-laxative immédiatement, et laxatifs répétés; narcotique chaque soir; boissons délayantes : elle accoucha avant terme le lendemain du vomitif, et fut rétablie le quatorzième jour. Septième malade, Isaheaii, hameau du Curé, enceinte de six mois; toux suffocante, lièvre vive, délire, crachats sanglans, point de côté; avortement le onzième jour, puis lièvre puerpérale ataxique et diarrhée : potions émétiiaxatives répétées, narcotiques, boissons adoucissantes; entrée en convalescence au dix-septième jour. Huitième malade , François Raimondon , extracteur de pierres ; lièvre vive , toux, suffocation, point de côté, crachats sanglans , etc.; déjà au douzième jour : potion émético-laxative, vésicatoire sur le côté, julep scillitique ; guéri au dix-septième jour. Neuvième malade, la femme Simon, grosse de huit mois; toux, suffocation extrême, lièvre vive, pouls fugitif; déjà au douzième jour de cet état: potion calmante; avortement dans la nuit et mort le lendemain. Dixième malade, la bellesœur de la précédente, aussi femme Simon, accouchée prématurément depuis trois joursf
toux , fièvre vive , sufFocation , crachats san* glans, point de côté; étant au dixième jour de la maladie : émético-laxatif répété; guérie. Onzième malade , une vieille femme au quartier de la Sainte -Terre ; memes symptômes que la précédente; potion émético - laxative ; guérie. Douzième malade, un homme au quartier des Bastides, malade depuis douze jours, avec fièvre, sueurs continuelles, point de côté, suffocation : potion émético-laxative; guéri. Treizième malade, un autre homme, au meme quartier, malade depuis douze jours, avec suffocation, douleur au côté, crachats qui étaient sanglans et qui sont arrêtés, grande faiblesse et sueur profuse : vésicatoire sur la poitrine, julep avec l’oxymel scillitique et le kermès minéral, ensuite potions purgatives ; guéri. Quatorzième malade , un jeune homme au quartier Saint- Julien , avec tous les symptômes de la pleurésie, ayant été saigné plusieurs fois par son chirurgien, et au huitième jour de la maladie: émético-laxatif répété; convalescent au quatorzième jour. Quinzième et seizième malades, deux bergers, le père elle fils, du quartier des Pierrettes, commune de Gignac , où la maladie a fait beaucoup de ravages : déjà malades, mais étant néanmoins à la garde du troupeau, malgré une grande faiblesse et une sueur profuse, ils sont pris l’iin et l’autre, dans les champs, d’une hémorrhagie par la bouche et par le fondement , qui les fait périr en onze heures. Ils moururent pendant que j’étais en route pour les visiter (la distance était de six
lieues). Dix-septième malade, une jeune fille du même quartier, atteinte de la maladie, avec liêmorrliagie nasale (elle n’êtaitpas réglée), fut traitée par un chirurgien du voisinage avec une forte décoction de coloquinte : le mal de poitrine et Thémorrliagie furent enlevés; maisil survint une forte dyssenterie avec marasme, dont je ne pus la guérir et dont elle mourut le vingt- quatrième jour. Dix- huitième malade , Gautier, hon lahoureur, de Saint-Mitre , avait tous les symptômes d’une violente pleurésie: son chirurgien voulant lui tirer du sang, je fus appelé en consultation; je lui fis prendre en ma présence un émélico-laxatif , et le malade fut entièrement rétabli, sans autre secours, le septième jour. Dix-nemdème malade, M. Simiot, autre riche propriétaire de cet endroit, âgé de soixante ans, avait une forte fièvre avec un. catarrhe sur la poitrine ; looch avec kermès minéral, vésicatoires : guéri.
Je n’extrairai pas d’autres noms de mon Journal; je dirai seulement que j’avais en même temps à traiter à l’hôpital des fièvres putrides et des hémorrhagies nasales, difficiles à arrêter, survenues après un gonflement des glandes et du tissu cellulaire de toute la tête.
5.^^ Une maladie analogue régnait en même temps à Marseille et à Toulouse; mais dans cette dernière ville elle parcourait ses périodes avec heaucoup plus de rapidité, en cinq ou six jours, et elle se terminait par des crises naturelles , savoir, la transpiration, l’expectoration, eti’hé- III. x5
morrîiagie nasale, souvent incomplète. Sur vingt malades à peine y en eut-il un qui eut besoin des secours de la médecine; au contraire, dans la contrée où je Fai vue, les sueurs et les liémorrhagies n’étaient que symptomatiques, et la nature seule était impuissante. La saignée ne convenait pas à Toulouse , et quelquefois pourtant elle était nécessaire : il en fut de meme dans la contrée où j’observai. (Rapport fait à la Société de médecine, etc., de Toulouse, sur l’épidémie catarrhale; séance du 5 Mars 1806. )
Dans le meme temps régnaient dans un climat bien opposé, dans le département des Ardennes (partie de la Champagne), les mêmes maladies, que M. Hennequin y médecin des épidémies à Charleville, le même que j’ai déjà cité plusieurs fois dans le 2.^ tome de ces Leçons, décrivit dans un mémoire inséré au cahier de Juillet 1825 du Journal général de la Société de médecine de Paris ( tom. 84, pag. 55 et suiv.). Cette épidémie, désignée sous le nom de péripneumonie gastro-adjnamique y régna dans les deux saisons du printemps de i8o5 et 1806, dans les communes de Monthois, Lyry, Montfauxelles, Marvaux, Fagnon, Rimagne, Montcornet, Séchéval, Braux, etc., faisant plusieurs victimes, notamment parmi les vieillards , les sujets d’un mauvais tempérament, cacochymes, chez les malades de la classe peu aisée, et elle jeta la terreur et l’alarme dans l’esprit de tous les habitans. Son invasion était prompte, comme dans
celle que j’ai observée, et la maladie se composait de trois principaux ordres de symptômes, savoir : de l’affection des bronches et des poumons, qui menaçait de suffocation; de la surcharge gastrique, et d’un état adjnamique, ou de la diminution très-nt) table de l’action vitale de tout le système. Nous allons présenter l’épidémie sous les deux divisions de péripneumonie gastrique et catarrhale, et de péripneumonie catarrhale-a dynamique.
§. 5g5. Péripneumonie catarrhale -gastrique. Elle commence souvent inopinément par des alternatives de frisson et de chaleur, et un sentiment de suffocation; points de côté pongitifs, ou plus ou moins sourds, mais se déplaçant facilement; toux plus ou moins fréquente, plus ou moins fatigante; crachats épais, glutineux, de différentes couleurs, quelquefois sanguinolens, jaunâtres, rendus avec peine; sentiment de pesanteur et de mal-aise aux environs de l’estomac; pouls moins dur, moins fort que dans la pleurésie et la péripneumonie franches, mais très-vîte; céphalalgie sus-orhitaire ; yeux étincelans , dont la conjonctive est parfois teinte en jaune; physionomie abattue, et coloration moins vive que dans l’inflammation , mais avec une légère teinte jaune; langue blanche , plate, dans certains cas colorée en rouge sur ses bords et à sa pointe , quelquefois jaune à la racine; bouche mauvaise, amère; nausées , vomituritions ; diarrhée , quelquefois accompagnée de vers, ou constipation opiniâtre;
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urines rares 5 jumenteuses, âcres; cliaieur considérable, mordicante; peau ordinairement trèssèche, quelquefois couverte de sueur qui ne soulage pas et qui fatigue ; grande faiblesse. Cette maladie cède , du septième au onzième jour, aux moyens convehables; mais, abandonnée à elle-même, ellepasse souvent à unvéritable engorgement pulmonaire, dans lequel le ^malade meurt de suffocation. On trouve alors, à l’ouverture des corps, les plèvres frappées d’infîammation érysipélateuse , les poumons injectés, et les membranes gastro -intestinales atteintes de la meme inflammation avec des taches de gangrène.
Pleurésie et péripneumonie adjnamiques. Elles commencent aussi très-souvent par un sentiment de suffocation, accompagné de frisson, d’horripilation , entremêlés de bouffées de chaleur, d’une grande prostration des forces; visage pâle, triste, décomposé; inquiétude, morosité, pressentimens fâcheux: suivent l’oppression , une grande difficulté de respirer, avec toux fréquente , laborieuse, sèche, ou amenant des crachats en petite quantité, séreux, teints de sang ou sanieiix. Le pouls quelquefois s’écarte peu du naturel; mais le plus souvent il est très-fréquent, petit, inégal , variable. Impossibilité aux malades de rester couchés, à cause de la gêne de la respiration, et cependant syncope et sueur froide quand ils sont assis; céphalalgie intense à l’occiput; assoupissement; vertiges; délire taciturne et parfois furieux; point de côté venu avant
OU avec la fièvre, extrêmement douloureux et ne souffrant pas le moindre contact; langue sèche, aride, tremblante, et quelquefois vomissement bilieux ou herbacé , quoique le malade ne se plaigne pas d’un aussi mauvais goût à la bouche que dans l’espèce précédente; selles souvent abondantes, involontaires; urines aqueuses ou troubles, noirâtres, sanguinolentes, d’une odeur lixivielie , furfuracées ; soubresauts des tendons; hoquet; sueurs visqueuses, souvent accompagnées de pétéchies ou de miliaires^ hémorrhagies intarissables par le nez, la bouche, l’anus elles autres ouvertures. Quelquefois la douleur de côté est fugace et la difficulté de respirer est moindre : mais le malade est fatigué d’une soif qu’il ne peut éteindre; il tombe fréquemment en syncope, et sa bouche se recouvre d’apbtbes gangréneuses. Quand la maladie doit être mortelle, les extrémités se refroidissent, l’oppression augmente , et le malade expire dans un sommeil léthargique, quelquefois dans les convulsions. C’est surtout dans cette variété que les avortemens sont fréquens, lorsqu’elle tombe sur des femmes grosses.
La première espèce peut être compliquée d’un état inflammatoire, et il faudrait bien se garder de conclure pour la nature bilieuse d’après la seule couleur jaune et verdâtre des crachats ; car cette couleur ne suppose pas toujours, uniquement et nécessairement, la présence de la bile. La constitution du sujet, la coloration en rouge, plus ou moins vif et
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ardent, des bords et de la pointe de la langue, ainsi que la contraction de cet organe, et diverses autres circonstances concomitantes, servent à juger de la complication inflammatoire. Dans la seconde espèce il peut y avoir cornj^lication de saburres gastriques j ce à quoi il faut alors avoir égard, et ce dont on juge par les indices assez saiîians de cette complication.
§. 596. Les causes occasionelles de ces épidémies sont encore à la vérité un sujet de contestation, et plusieurs savans médecins, tout en convenant que ces causes étaient dans l’atmosphère , ont préféré avouer leur ignorance sur leur nature. Un pareil parti est pourtant peu propre à avancer rbygiène publique j et le cadre indicatif où nous les avons placées avec plusieurs autres , me paraît infiniment propice à cet avancement.
Presque toujours, aux époques des diverses épidémies que nous avons mentionnées, il a soufflé des vents chauds et humides de l’est et du sud, et mon thermomètre marquait vingtquatre degrés Réaumur dans les premiers jours d’ Avril de l’année 1806. Chose remarquable, le 14 de ce mois, à quatre heures et demie après midi, le vent passa brusquement au nord-nord-ouest, le thermomètre descendit à vingt-un degrés, et depuis lors la constitution catarrhale dont j’ai parlé ci-devant, cessa entièrement, Ayant été appelé le lendemain à Saint-Mitre pour une pleurésie, je fus très-surpris de la trouver entièrement inflammatoire,
et pendant le reste du mois je n’eus à traiter à riiôpital que des maladies de ce genre. Voilà donc déjà un point obtenu, mais qui ne suffit pas ; poursuivons. Dans l’épidémie du canton de Martigues, qui avait commencé le i5 Janvier (temps où souffla constamment le vent chaud et humide du sud-ouest), il n’y eut d’abord, quoique le vent fut général, que quelques maisons de pêcheurs du littoral de la Méditerranée qui fussent affectées, quelques batteries gardes- côtes, depuis le fort de Bouc jusqu’à Carry, et quelques pêcheurs qui en avaient été ‘pris même en pleine mer. Du littoral la maladie s’étendit insensiblement dans les terres sèches et arides de cette contrée, à quatre, à cinq lieues de distance, avec cette particularité, quelle se propageait du sud-ouest au sud-est et au nord-est, laissant intacts les points latéraux qui n’étaient pas dans cette direction ; • car , dans la ville même de Martigues, les habitans ne furent pas atteints de cette épidémie, excepté à riiôpital, où arrivèrent plusieurs marins, canonniers gardes-côtes, douaniers et autres, qui l’avaient contractée sur les bords de la mer : de même, à Marignane, Vitrolles et autres lieux, qui étaient pareillement hors de la direction susdésignée et où j’étais fréquemment appelé, l’épidémie ne parut pas. On a donc les plus grands motifs de croire qu’une portion d’atmosphère coulant en vent du sud-ouest, dans la direction décrite, était le véhicule de miasmes palhogéniques qui n’avaient pas leur origine
sur le littoral de la mer, lequel est pierreux et sablonneux, et très-sâin; d’ailleurs on ne pourrait expliquer, par l’infection du littoral, comment des pêclieurs ont ëtë atteints en pleine mer, accidens que j’ai vu arriver plusieurs fois, même pour d’autres maladies fëbriles : reste donc que ces miasmes avaient ëtë puisës dans d’autres rivages, d’oii ils ont ëtë transportës à des distances plus ou moins ëloignëes. Ces miasmes ont pu être ou de nature marécageuse, ou de nature putride, c’est-à-dire, ëlevës, dans ce dernier cas, d’un cimetière, d’une voirie ou de tout autre foyer analogue j et l’un et l’autre de ces principes ont du se trouver dans l’ëpidëmie du canton de Martigues, ce que je préjuge avec d’autant plus de fondement, qu’il y eut en même temps beaucoup de lièvres putrides à l’bôpital parmi les douaniers, les canonniers et les marins, qui y furent amenés du littoral.
Je suis porté à admettre la même cause pour l’épidémie de Clairvaux (§. 594). J’ignore si la maladie s’était déjà montrée à quelque autre endroit et si elle a passé plus loin; mais quand je considère que le département du Jura confine avec celui de l’Ain, et qu’ils ont l’un et l’autre, dans le plat pays, des étangs et des marécages immenses , dont les émanations se portent quelquefois très-loin et occasionnent de graves maladies dans des lieux placés sous le vent, je dis qu’il n’est pas impossible que l’épidémie de Clairvaux ait eu une semblable origine.
D’autres faits se présentent directement pour
appuyer cette présomption : i.° l’observation, que je fais tous les ans et que j’ai encore faite cette année (1825), de la fréquence des fausses pleurésies et péripneumonies lors du dégel dans les villes, la glace renfermant en même temps plusieurs immondices; 2.^ les épizooties de péripneumonie dite gangréneuse parmi les bêtes bovines, et je viens d’en traiter une dans l’arrondissement de Wissembourg, laquelle m’a prouvé, par des recberches exactes, que le mauvais air et le fumier bon renouvelé des étables en étaient la principale cause occasionelle. Toutes ces considérations réunies deviennent ^ ce me semble, dans des cjuestions de ce genre, qui ne peuvent se décider autrement, une démonstration que les effluves putrides peuvent, dans toutes les saisons, donner naissance à des pleurésies et à des péripneumonies malignes ; et, par analogie, qu’on ne peut attribuer à aucune autre cause qu’à des miasmes transportés, ces suffocations promptement mortelles, ces hémorrhagies qui se continuent jusqu’à extinction, ces défaillances, ces sueurs colliquatives, ces gangrènes et autres fléaux, siu* lesquels nous reviendrons encore , dont l’apparition est souvent intercalaire, c’est-à-dire, proportionnée à la diligence ou à la négligence c|ii’on a mise dans les soins de salubrité publique, et peut-être au temps nécessaire pour l’incubation des miasmes. La connaissance de ces faits est d’un haut intérêt pour nous mettre en garde contre l’admission de traitemens uniformes
dans toutes les maladies d’une meme apparence. Quant a la propriété contagieuse de ces maladies, quoiqu’on n’en puisse nier la possibilité dans certaines circonstances, je n’ai pas eu encore l’occasion de la trouver , dans notre espèce, aussi évidente que l’avaient annoncé les auteurs du moyen âge.
Dans l’histoire de son épidémie , M. Henne- (juin en attribue la cause à l’irrégularité des saisons depuis plusieurs années, à l’état constamment liumide de l’air depuis plus d’un an, â riiumidité des habitations, aux passions tristes, à la disette et à la mauvaise qualité des alimens. Il y ajoute la combinaison des altérations résultantes des localités, et il fait remarquer que les communes de Lyry, Montfauxelîes, etc., sont entourées de marais , produisant souvent des exhalaisons délétères. Mais il ne voit pas en quoi la position topographique de Monthois aurait pu contribuer à la formation de la maladie; et il n’en connaît ici d’autre cause que les suites des chagrins, de la disette et des fatigues excessives. En admettant, comme je crois qu’on doit le faire, le transport des miasmes , ce médecin, comme tout autre, n’aura plus la même peine, et l’on ne sera plus obligé de recourir à des causes générales, que l’on ne doit tout au plus considérer ici que comme prédisposantes.
§. 397. Pour ce qui concerne ces causes, on peut avec raison regarder comme telles, l’humidité long -temps soutenue de l’atmosphère,
soit froide, soit cliaiide, laquelle, comme nous l’avons déjà fait remarquer, gonfle et relâche tous nos tissus, de manière à offrir plus de prise et de surface aux èlémens pathogéniques j des habitations humides et mal-saines; la disette ou une mauvaise nourriture. Quant aux personnes les plus exposées, il n’est pas sans vraisemblance, 1.^ que l’état morbide des premières voies est une prédisposition aux pleurésies et péripneumonies gastriques; 2.° qu’il est des individus d’une constitution que les anciens avaient nommée cachectique , et que je rends par l’expression de doués de peu de vitalité , chez lesquels toutes les maladies, nonobstant leurs causes, tendent à la putridité , et pour qui , par conséquent, un simple catarrhe peut devenir une affection très-grave. Les pauvres, en effet, et tous ceux dont le corps a été usé par des privations et de grandes fatigues, fournissent le plus de ces maladies; tandis que les sujets sains et se servant d’un bon régime, les évitent plus facilement, ou en sont moins violemment affectés. S.'’ C’est probablement par la même raison que l’épidémie s’empare prescjue toujours des femmes enceintes, quel que soit leur tempérament; car dans cet état, où la ligne perpendiculaire des organes respiratoires est diminuée et où toutes les forces semblent accumulées à l’utérus, la femme présente encore un grand développement de tous les tissus muqueux et lymphatiques, ce qui la rend très-disposée à recevoir toutes les impressions. 4-'' Par la même raison encore,
à l’inverse des maladies inflammatoires auxquelles les plus robustes sont le plus exposes, la prédisposition est au contraire le partage des plus faibles dans le cas actuel; et relativement aux sexes et aux âges, il y a plus de malades parmi les femmes que parmi les hommes , parmi les adolescens et les vieillards que dans les autres âges de la vie.
§. 5g8. Le^siége primitif de la maladie, celui sur lequel agissent d’abord les molécules patliogéniqiies, me paraît différer un peu dans les deux espèces, gastrique et adynamique : quoique dans la pleurésie et la péripneumonie gastriques les membranes pulmonaires ne soient pas sans altération, cependant le siège primitif du mal paraît être dans les premières voies , d’où résulte un orgasme général et surtout dans la circulation pulmonaire. I.a toux, la dyspnée, l’anxiété , le point de côté avec fièvre , etc. , ont souvent été vus n’avoir d’autres racines que dans les saburres bilieuses, vermineuses, pituiteuses, de l’appareil gastro-intestinal; l’hémoptysie même n’a, dans bien des cas, point d’autre origine , et n’admet pour sa guérison d’autre médicament que l’émétique : connaissance qu’on obtient par les indices d’un état saburral , par la chaleur âcre de la peau, par la considération de la bonne conformation de la poitrine, et de la non-habitude de cracher le sang. De cette seule source naissent plus d’une fois des tumeurs douloureuses aux articulations, aux testicules, aux glandes parotides^
maxillaires, tonsillaires, aux glandes du cou, à la thyroïde, à celles des aisselles, des aines, etc. Certes, des lésions qui n’étaient d’abord que symptomatiques ) deviendront ensuite idiopathiques, et pourront nous fournir, à l’ouverture des corps, tous les caractères et toutes les suites de l’inflammation, mais qu’on aurait prévenus par un bon traitement employé à temps.
Dans la seconde espèce , quoique les voies gastriques et pulmonaires doivent aussi être frappées primitivement , la manière d’agir est cependant différente. Il a pu y avoir un excitement irritatoire dans le premier cas ; il y a ici, au contraire, un affaissement, une diminution de vitalité, comme le fait voir la comparaison des deux espèces (§. Sg/f) : de là l’absence, dans cette dernière, d’une véritable inflammation, excepté durant le cours de la réaction, lorsqu’elle peut avoir lieu, et les caractères de la lièvre putride reconnus durant la vie et tracés sur le cadavre. En outre, le siège du mal est, dans cette espèce, plus profond* il est dans le sang, aussi bien que dans les tissus, comme nous le voyons dans la lièvre putride : ce qui fait que la guérison est plus incertaine et se fait attendre plus long- temps. Le sang qu’on tire dans la pleurésie bilieuse, peut quelquefois être couenneux , quoique recouvert d’une teinte jaune : ici, ce liquide n’a point de cohérence, il est dissous, il n’offre pas de caillot, ou, s’il en offre, on n’y remarque que très-peu de fibrine; le sang, dans cette maladie, est donc altéré
dans sa composition. L’ouverture du corps de ceux qui ont succombe à îa première maladie, négligée ou mal traitée, présente souvent dans la poitrine des traces d’une véritable inflammation, des adbérences, des fausses-membranes ; tandis que, dans la seconde espèce, on trouve, surtout postérieurement, le poumon hépatisé en rouge brun, injecté, dégénéré, mais peu dur et sans fausse-membrane. L’estomac et les intestins, les membranes même du cerveau et d’autres viscères, sont pareillement injectés par plaques , mais sans présenter les caractères trancliés de l’inflammation.
Ce n’est pas notre affaire de répondre à la question, pourquoi tantôt des angines et tantôt des pleurésies dans ces épidémies d’une cause si identique, notre but n’étant que de décrire ce qui est. Nous dirons seulement qu’il n’est pas rare de voir des angines tonsiilaires, et surtout trachéales, ouvrir cette scène de maux, et passer ensuite à la poitrine, comme , réciproquement, les affections vraies ou symptomatiques de cet organe se changer en angine suffocante.
S- ^99- Qtdd nous soit permis de le dire , si nous en jugeons par les résultats de notre pratique, qui, grâce au ciel, a été plus souvent heureuse que malbeureuse, les pleurésies et les péripneumonies gastriques peuvent peut-être toujours permettre un pronostic favorable, si on les entreprend de bonne heure et par la méthode appropriée. La sueur et la diarrhée en sont les crises les plus fréquentes, et cette der-
nière, qui est presque toujours un symptôme fâcheux dans les inflammations franches de poitrine, est ici, très-souvent, une solution naturelle, qui nous apprend ce que nous devons faire. Toutefois, cet espoir est moins certain quand il s’agit d’une femme enceinte , à cause du danger de l’avortement. Dans cette espèce, aussi bien que dans l’autre, c’est un bon signe quand la douleur abandonne le côté pour se porter à la clavicule, à l’épaule ou ailleurs, et qu’en meme temps l’on respire avec plus de facilité : dans les cas contraires, c’est un mauvais signe. En général , on ubserve plus souvent dans ces fausses inflammations que dans les véritables, de ces sortes de paralysies de poumon où la douleur cesse tout à coup, où le malade semble moins gêné dans sa respiration , où le pouls parait devenu plus mou, et dans lesquelles les médecins inexpérimentés se félicitent déjà d’un succès qu’une mort inattendue ne tarde pas à leur enlever.
La pleurésie et la péripneumonie adynamiques offrent beaucoup moins d’espoir , et leur pronostic suit celui de la fièvre putride qu’elles accompagnent. On voit quelquefois d’heureux cbangemens dans l’état du malade, à la suite de petits boutons ulcérés autour des lèvres, d’un exantlième miliaire sorti avec une sueur abondante et fétide, de tumeurs abcédées dans quelque membre , de pustules âcres et piquantes sorties à divers endroits du corps, et surtout de l’apparition d’un érysipèle à une
partie quelconque de la peau , pourvu qu’il soit fixe et qu’il ne rétrocède pas.
Ce sont des signes funestes dans toutes les espèces d’affections aiguës de poitrine, vraies ou primitivement symptomatiques, que d’avoir la respiration courte et accélérée, de gémir à chaque expiration , d’avoir de plus en plus le visage enflé, pâle, livide j de tousser très-sec, ou de ne rendre . que des crachats verdâtresd’étre dans la stupeur ou dans le délire, nonobstant les évacuations j d’étre couvert à chaque instant d’une sueur visqueuse, principalement lorsqu’elle ne se montre qu’au front, au cou et à la poitrine ; d’étre agité continuellement dans le lit, de n’y trouver aucune bonne place, et d’étre constamment entraîné vers les pieds; d’avoir sans cesse l’idée de sa destruction ; de tomber fréquemment en syncope; d’avoir les bras engourdis, les mains œdématiées, avec la respiration toujours plus stertoreuse, etc.
§. dois le dire, en priant qu’on ne
pense pas que c’est par haine pour une opinion quelconque : nous savons que plusieurs personnes attaquées des maladies dont nous traitons ici, sont mortes rapidement à la suite de l’application pure et simple de nombreuses sangsues autour de la poitrine. Ce qui ne veut pas dire que l’émission sanguine n’y soit jamais indiquée : il est, au contraire, extrêmement nuisible de se laisser conduire dans les épidémies de ce genre par les opinions vulgaires, qui regardent, d’après quelques expériences, la saignée
comme absoltiment mortelle, et il ne Test pas moins de la pratiquer toujours, à cause qu’on a à faire à une maladie de poitrine. Je suis tombé moi-méme dans ce second piège, au comniencement de l’épidémie que j’ai décrite, et dont je ne connaissais pas encore le caractère. Le premier malade que j’eus à en traiter, avant d’être appelé au cap Couronne , fut une messagère assez vigoureuse, arrivant de Marseille, enceinte de sept mois, qui fut portée à l’bôpital de Martigues, atteinte d’un point de côté très-aigu, avec crachement abondant de sang pur et une grande suffocation. Je la fis saigner deux fois, mais avec modération, parce que je n’observai pas dans le pouls cette dureté permanente qui se fait sentir dans la pleurésie vraie, et que le point de côté n’était pas fixe : loin de se calmer, la suffocation augmenta, l’avortement s’en suivit, et ensuite la mort le neuvième jour. Je restai indécis si tout autre traitement aurait pu sauver cette femme, vu que le prince des médecins a déjà signalé le danger que courent les femmes enceintes attaquées de maladies aiguës. Toutefois cette mort ne fît que confirmer par la suite , dans le public, l’aversion qu’on avait contre la saignée ; et pourtant je n’ai pas craint de la faire pratiquer devant moi sur le jeune douanier dont j’ai parlé, et ensuite sur une femme très-forte, âgée de soixante ans, pour laquelle je fus appelé au huitième jour de la maladie , présentant , le premier, les symptômes les plus violens d’une araclinitis, et la seconde, ceux d’une péripneu- < III. . 14
monie vraie. Ils ont du, en majeure partie, leur salut à la saignee. On a vu cependant que j’en ai très-peu fait usage, et que le plus grand nombre de mes malades a guéri sans ce moyen. On ne s’en servira au surplus qu’avec modération , lorsmême qu’on la croira bien indiquée, d’après l’observation générale, que V inflammation n est dans ces épidémies quune circonstance accessoire.
Le vomitif est , au contraire , le premier moyen auquel on doit recourir, lorsqu’il n’y a aucun indice certain de complication inflammatoire. J’ai coutume de donner une solution de deux grains de tartre stibié et de trois onces de manne, dans six onces d’eau, y ajoutant même quelquefois deux gros de sulfate de soude ou de magnésie, cliez les gens de la campagne éloignés de ma résidence 5 mais, cbez ceux que je puis visiter chaque jour, je donne l’émétique seul, lequel a souvent sufti. Il faut quelquefois y revenir; et s’il ne purge j^as, on donne le soir un lavement, et le lendemain matin un laxatif combiné, suivant l’occurrence, avec des vermifuges. Quand le malade a été ainsi purgé, on abandonne le reste à la nature : seulement on applique un vésicatoire sur le point douloureux, s’il persiste, et l’on donne des boissons délayantes pour entretenir la moitéur, laquelle met fin à la maladie. Le dégoût des alimens dure assez long-temps dans la convalescence: c’estpourquoi il est nécessaire alors de donner des amers, et principalement l’écorce du Pérou en décoction, d’autant plus qu’il n’est jias rare que la conti-
imite passe au type périodique. Voici un nouvel exemple, entre plusieurs autres, de la bonté de cette méthode. Au mois de Février 1825, un élève du collège royal de Strasbourg, âgé de seize à dix -sept ans, ruiné par une mauvaise habitude dont je suis parvenu à le guérir, fut pris d’une de ces fausses péripneumonies les plus graves, crachant du sang en abondance, et avec un point des plus douloureux, etc. De tous cotés l’on me suggérait de me mettre à la mode et d’appliquer les sangsues ; mais je connaissais et mon malade, qui m’était très-attaché, et sa maladie : on fut surpris de mon obstination, et on le fut bien davantage le lendemain quand on vit tout ce cortège de symptômes alarmans avoir disparu sous les effets d’un grain de tartre stibié.
En général, c’est une règle, mais qui a aussi ses exceptions, de s’abstenir de la saignée dans la pleurésie et la péripneumonie rnalignes, Botal, Baillou et Forestus n’ont pas craint de la pratiquer , et sans doute quelquefois avec succès. C’est que , i.'’ il faut se garder de prendre l’oppression des forces pour le manque absolu de celles-ci, et avoir toujours présent à l’esprit, ce sur quoi nous avons déjà beaucoup insisté, qu’une grande inflammation peut se présenter sous l’apparence de la malignité; que, comme la guérison de toute maladie produite par un élément septique ne peut s’opérer que par le secours de la réaction, celle-ci, dans des sujets jeunes et pléthoriques, et dans des affections
pulmonaires, peut passer les bornes au point d'aggraver et de faire dégénérer la maladie. Il pourra donc alors être utile, être nécessaire, de pratiquer une saignée dans les premiers jours de la maladie, mais avec beaucoup de précaution, en la présence du médecin qui Ta prescrite, et il sera fort rare qu’on doive la réitérer. Dans la plupart des cas il pourra suffire, pour obvier à la douleur de poitrine et à l’anxiété , de faire sur cet organe une application de sangsues ou de ventouses scarifiées. Au surplus, l’emploi de l’émétique n’en est pas moins le premier remède à employer, dès le commencement, dans la péripneumonie adynamique ; et lors même qu’il ne serait pas nécessité par la présence des saburres, je le crois encore utile par la secovisse qu’il imprime à tout le système gastro -pulmonaire stupéfié , aux ganglions nerveux de l’abdomen, et par l’augmentation de transpiration qui est la suite de ses premières opérations.
Après avoir obvié à ces complications, tout ce qui reste à faire dans l’état adynamique , consiste à établir de tous les côtés des révulsifs et des dérivatifs, et à relever les forces tant par l’application des vésicatoires, que par l’administration des excitans, des cordiaux et des toniques. A cause de leur effet plus durable, les vésicatoires l’emportent dans ces maladies sur les autres exutoires : on les applique d’abord aux jambes, comme révulsifs, successivement aux cuisses, ensuite à la poitrine j ce qu’il faut tîommencer dès les premiers jours. L’infusion
de la racine de serpentaire de Virginie dans une boisson oxymellëe, le yinaigre camphré, l’acétate d’ammoniaque, etc., peuvent être employés comme excitans, mais avec discrétion: comme cordial, le vin généreux, soit pur, soit combiné avec la thériaque et l’esprit volatil de corne de cerf, la tisane d’orge oxymellée, les loochs ou les juleps dans lesquels entre le kermès minéral , sont utiles pour favoriser l’expectoration et la transpiration. Enfin , sur la fin de la maladie , l’écorce du Pérou trouve sa place comme tonique, et l’on remédie d’ailleurs aux épiphénomènes comme nous le dirons au chapitre de la fièvre putride.
Dans l’épidémie du canton de Monthois, M. Hennequin et un autre médecin ont employé avec succès le traitement dont je viens de parler, et ils ont reconnu que la saignée, loin de réussir, y fut presque toujours nuisible, surtout lorsqu’on la renouvelait. Cette unanimité de succès par la méthode exposée, dans tous les climats,, Dehàen etMaæimilien Stoll jusqu’à nous, est le garant le plus sur de sa certitude , et la réponse la plus formelle aux insinuations du rapporteur du mémoire de M. Hennequin , qui s’est montré peu praticien en disant que, puisque les malades guérissaient également par des méthodes opposées , c’était à la nature seule qu’ils en étaient redevables j et à celles du rédacteur du Journal, qui, imperturbable sur son cheval de bataille, n’en a pas moins voulu ajouter une note contre cet émétique si abhorré , et
en faveur de Tirritation et des sangsues. (Voyez la fin de ce mémoire, Journal général de médecine, tome 84, page 76.)
§. 4^1- Toujours, me dira-t-on, la même cause, à laquelle je fais produire mille effets différens! Eh ouiî avec l’attraction et la répulsion nous rendons pareillement une raison suffisante du plus grand nombre des phénomènes de la nature; et cette simplicité forme le véritable triomphe de l’esprit humain. Par là nous parvenons réellement à démontrer de quel degré de perfectionnement est encore susceptible l’hygiène publique, de combien de maladies nous pourrions encore nous garantir. N’estil pas vrai, en effet, qu’il est prouvé par des exemples journaliers qu’en quittant un pays où régnent des angines, des pleurésies, etc., l’on se met parfaitement à l’abri de la maladie, quoique la constitution de l’air soit égale, en apparence, dans la nouvelle contrée que l’on va habiter. Ce n’est donc pas sans raison que nous disons qu’il y a des miasmes répandus dans un espace circonscrit, et venus du dehors, puisque peu auparavant cet espace était parfaitement salubre; et ce n’est pas sans raison que les anciens élevaient des murailles ou des bois sacrés entre des lieux originairement niai -sains et ceux qui ne l’étaient pas : de là découle Futilité de reconnaître que la maladie est produite par des mias? mes à l’origine desquels on peut remonter, dont on peut tarir la source;, si on le veut forte^ ;iïie»t, et qu’on peut du moins détourner (§, ibi).
jusqu’à ce que cette source soit tarie. Quant à ceux qui ne peuvent fuir, qui doivent même vivre au milieu des miasmes, ils doivent purifier l’air de leurs appartemens par des fumigations minérales; exposer souvent au soleil leurs matelas, renouveler leurs paillasses, et dans des habitations'basses coucber sur des lits élevés; vivre sobrement; user de temps à autre de vomitifs, pour évacuer les saburres gastriques, s’il s’en est formé; prendre tous les jours quelques tasses de café, s’ils en ont le moyen, ou du moins d’infusions de sauge , de camomille ou de marube ; éviter de prendre l’air avant et après le coucber du soleil, etc.
Les femmes grosses surtout ont les plus grandes précautions à prendre, puisque ce sont elles qui courent le plus de danger. On leur conseillera donc de sortir le moins possible de leurs maisons pendant toute la durée de l’épidémie, d’éviter les grandes fatigues et tout ce qui pourrait leur occasioner des émotions désagréables. Il faudra être très -attentif à entretenir l’état sain des voies digestives, à évacuer les saburres par de doux laxatifs, suivis le soir d’un hypnotique pour apaiser les troubles et prévenir la diarrhée, si l’on avait quelque crainte à cet égard. S’il n’y a qu’un état de langueur dans la digestion, l’on se trouvera fort bien d’une infusion à froid d’écorce du Pérou et d’oranges amères dans l’eau de fontaine ou de rivière , dont on administi^e une à deux tasses tous les matins.
La pleurésie et la péripneumonie adjnamiques exigent les memes précautions que la fièvre putride. Il est d’ailleurs prudent de se conduirè comme si la maladie était décidément contagieuse, caractère que ce genre d’affection de poitrine peut prendre , ainsi que le démontre un exemple que nous avons l'apporté à la première section , chapitre de la contagion (§. 54).