NEUVIÈME ET DIXIÈME ESPÈCES
De la suette et des miliaires épidémiques.
§. 402. Il serait utile, tant aux hommes vulgaires qui pratiquent l’art de guérir , qu’au public en général, de lire ce chapitre, pour atténuer cette confiance excessive et superstitieuse qu’ils ont dans la sueur, cause du changement de plusieurs indispositions en maladies graves et de la perte d’un grand nombre d’hommes; afin qu’on sût que, si la sueur peut être quelquefois une crise (§. 117), de même que la diarrhée et les urines, avec lesquelles elle a une grande analogie, elle est, comme ces excrétions, parfois et très-souvent, le symptôme d’une maladie, ou la maladie elle -même. Ceux qui ne font que la médecine des symptômes, concevront difficilement que le quinquina soit un bon remède contre le rhumatisme, et pourtant combien nen ai-je pas dissipés avec cette écorce,
laquelle arrête promptement les sueurs ! D’autres médecins, qui ne voient que des maladies locales, n’apprendront pas moins dans ce chapitre à généraliser davantage des idées jusqu’alors trèsbornées.
Le vaste ensemble de la peau humaine n’est pas seulement une enveloppe de tous les organes sous-jacens, mais il est lui-même un organe très-vivant, et exerçant des fonctions physiologiques et pathologiques qui fixent, avec le plus vif intérêt, toute l’attention des véritables observateurs. En contact perpétuel d’une part avec les corps ambians; de l’autre, participant à tous les états de bien-être ou de mal-être des enveloppes internes, qui n’en sont qu’une continuation, la peau est tantôt un émonctoire passif des matériaux excrétés par les viscères , et tantôt elle est elle-même un organe sécrétoire et excrétoire. Cette vapeur insensible, son premier et principal ouvrage, qui porte le nom de transpiration, dont la suspension, comme l’augmentation, donne lieu à des maladies, devient quelquefois, par son exubérance et sa concentration (état dans lequel elle est connue sous le nom de sueur), lé symptômé d’une affection très-grave, sporadique, endémique et épidémique; comme, dans d’autres occasions, elle est une évacuation critique et salutaire.
Combien n’est-il pas important de distinguer ces deux conditions de la sueur, de critique et de symptomatique ! ce qui d’ailleurs n’est pas très-malaisé, puisque la première n’a lieu qu’à
la fin d^ine maladie ou d’un paroxisme, et que la seconde marche avec elle dès son commencement. Le rhumatisme et la goutte en sont souvent accompagnes, au préjudice des malades, loin qu’ils en soient soulagés. Les lésions organiques ont, vers l’époque de leur fatale terminaison , des sueurs pour compagnes inséparables, lesquelles achèvent d’énerver les malades, mais beaucoup moins que celles dont je vais parler, parce qu’elles ne sont que nocturnes. Lorsqu’au contraire la sueur est le symptôme principal d’une maladie très-aiguë, comme le sont les épidémies, sujet de ce chapitre, et qu’elle coule sans interruption, le malade se sent défaillir à tout moment ; il exhale continuellement une portion de sa vie, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement épuisée, ce qui n’est pas long. L’on connaît le marasme dans lequel tombent ceux qui sont attaqués de diabètes; mais il y a ici un assez long intervalle entre la première fonte et le dernier degré d’amaigrissement. Dans la suette, au contraire, le passage à ce degré est extrêmement prompt, et il est facile de s’en rendre raison en jetant les yeux sur la vaste étendue de l’organe j)ar lequel s’échappent toutes les humeurs fondues et liquéfiées ; mode rapide de destruction, connu des anciens, qui l’ont décrit sous le nom à^elodes, et que les modernes, satisfaits d’un symptôme spécifique, ont rangé dans la classe des flux (/?rojluvià)^ sous la dénomination ô^ephidrosis.
Mais ce qui ne mérite pas moins d’attentious
ce qui se trouve entièrement lie avec cet état morbide de la peau; ce qui, peut-être, est beaucoup plus fréquent qu’on ne pense, mais qu’on ne voit pas toujours, parce qu’on n’j regarde pas d’assez près (quoique le toucher puisse suppléer les yeux), négligence que je me suis reprochée à moi-même: c’est Y éruption miliaire, éruption dont se recouvre, dans certaines circonstances , cette peau déjà macérée par la sueur, qu’on remarque souvent dans toutes les épidémies catarrhales; qui accompagne fréquemment les fièvres putrides et malignes, surtout chez les accouchées; qu’on peut produire, il est vrai, à volonté par le régime chaud, mais qui aussi, il faut bien le dire, en est quelquefois indépendante ; plus commune , endémique même, dans les contrées humides, mais qui ne se montre pas moins, lors de certaines épidémies, dans les lieux secs et élevés, et dans les temps secs; exanthème quelquefois critique, comme tous les autres , le plus souvent symptomatique, parfois essentiel et alors indice d’un très-grand danger. J’ai traité plusieurs fois le pemphigus, l’urtiaire et l’érysipèle, et je ne les ai pas vus accompagnés de sueurs profuses , comme le millet : l’état de la peau est par conséquent différent dans ces premières maladies, ce qui m’a engagé à faire une seule et même étude de la suette et des fièvres miliaires, endémiques et épidémiques.
§. 4^3. A. La première description que nous . ayons de ces épidémies, est celle de la fameuse
éphémère maligne britannique ou sueur anglaise y successivement aussi nommée sueur des Picards. Elle nous a été laissée par Cajus Britannicus , médecin contemporain de cette épidémie, laquelle éclata dans la Grande-Bretagne en i486, d’où, suivant Tauteur, elle se répandit dans toute l’Europe, manifestant encore un reste d’existence en France en i53o. Son principal symptôme consistait en des sueurs qui épuisaient en très-peu de temps. Elle commençait par une horripilation ou parla sensation d’un vent qui couraitpar lesmembres, suivie de chaleurs, puis de sueurs continues et très-fétides, accompagnées d’une grande prostration de forces, d’inquiétude, d’anxiété, de crainte, de désespoir, de défaillances, d’ardeur d’entrailles, de vertiges, de céphalée, d’assoupissement, de convulsions, de palpitations: ces dernières ont meme subsisté pendant toute la vie chez plusieurs de ceux qui se rétablirent de la maladie. Le pouls était fréquent, inégal, et les sueurs coulaient avec une telle profusion que plusieurs perdirent la vie le premier jour, d’autres le troisième, le cinquième, et pour le plus tard le septième jour. Elle a été désignée par Méad et par d’autres auteurs sous le nom de peste, quoiqu’il n’y eut ni bubons ni charbons. La Picardie, province voisine de la mer de la Grande-Bretagne, paraît avoir beaucoup souffert, et à diverses reprises, de cette maladie toujours considérée comme une peste. M. Tran- ^ noj y médecin d’Amiens , 'après s’étre plaint de ce que les médecins de ce pays n’en ont laissé
aucune description, dit que pourtant les registres de , l’ancien college de médecine d’Amiens rapportent qu’il a existé, en différens temps, dans cette ville et dans ses environs , des malaladies qualifiées de contagieuses, que l’on ne nomme pas, et contre lesquelles on a pris des moyens' de précaution, tels que d’établir des lazarets, etc. (Traité élémentaire des maladies épidémiques, pag. 22g.) Mais l’érudition de ce médecin ne paraît pas fort étendue , et nous apprenons, au contraire, des historiens des épidémies, Astruc , Lepecq de la Clôture , Saillant j, etc., que la suette s’est montrée plusieurs fois sous ce nom en Picardie j que dans l’été de 1718, qui fut extrêmement chaud, elle s’y était fort répandue, ainsi que dans l’Artois, jusqu’en 1725 y qu’il régnait en même temps dans ces deux provinces beaucoup de fièvres intermittentes et de coqueluches, et que ces cinq années avaient été plutôt chaudes que froides.
B. La mêm.e suette de Picardie , qui fut décrite par Bellot y en 1718, s’y montra encore en 1752 , et s’étendit successivement dans la Brie, à Bordeaux et dans les Landes : on la voit de nouveau, en 1740, exercer ses ravages à Beauvais, où les erreurs des médecins de cette ville furent d’un grand préjudice à leurs concitoyens, jusqu’à ce que M. Boyer , doyen de la Faculté de médecine de Paris, y eut été envoyé par le roi, et y eut publié une instruction qui eut les plus grands succès. Une pareille épidémie frappa la généralité de Paris en 1762,
époq[ue où le même M. Boyer publia pour la seconde fois son instruction, qui n’j produisit pas de moindres fruits qu’à Beauvais. Enfin, pour la Picardie, la même maladie a encore êtê décrite en 177^ par M. Tessier, et en 1791 par MM. Poissonnier , Andry et Jean Roi. Chaque fois il y avait eu aussi une grande mortalité parmi les femmes en couches. (Voyez ! Sennert et Forestus ; le Journal de médecine de Vandermonde, Avril 1760; Allioni, Tractat. de miliar. origine; Observations sur la fièvre miliaire épidémique, etc., Alexis Pujol, tom. , 5, pag. 261 , etc.) I
C. Le célèbre médecin de Castres, que je viens de nommer, a décrit sous le titre d’Observations sur la fièvre miliaire épidémique qui régna dans le‘ Languedoc et les provinces limitrophes durant le printemps de 1782 (mémoire qui a obtenu un prix d’émulation de la part de l’ancienne Société royale de médecine), une I épidémie qui fut d’autant plus désastreuse que | ces sortes de maladies sont rares dans nos pro- j vinces méridionales. Au rapport qu’en fit à i’au- [] leur le célèbre Fouquet , de Alontpellier, à son | retour de Toulouse, où il avait été envoyé par le | Gouvernement, il résultait du relevé de la mor- I talité qui eut lieu dans tous les pays où la ma- | ladie régna, que le nombre des morts s’éleva à îj plus de trente mille dans trois à quatre mois.
Quoique Pujol ne donne à l’épidémie que le nom de fièvre miliaire, il est évident, en rassemblant, comme je vais le faire, tous les carac-
tères de la maladie pour en former une description régulière (ce qui manque dans la dissertation), que c’était effectivement une suette , ainsi qu’on la nommait, accompagnée quelquefois ou suivie d’une éruption miliaire.
« La maladie s’annonçait par une’ grande faiblesse et une tendance à la sueur, qui ne tardait pas à devenir considérable j il y avait visage coloré, douleur de tête , des nausées, des serremens, des pesanteurs d’estomac, souvent de la cardialgie : chez tous les sujets, même ceux qui n’avaient qu’une fièvre très-légère, la langue était chargée, dès le premier jour, d’un limon épais et grisâtre; l’iialeine était puante, et pour peu que l’affection fut grave, ils ne manquaient pas de rendre, dans le cours de la maladie, par le bas et même quelquefois par le haut, des matières graisseuses, épaisses, noires, d’une odeur fétide, qui devenaient ensuite vertes et porracées, souvent accompagnées de vers lombrics. Quelquefois même, pendant le fort des sueurs, il se manifestait des douleurs vives et fixes dans les membres ou aux côtés de la poitrine ; il survenait des toux quinteuses, des dysuries et des rétentions d’urine fort douloureuses. Les urines, d’ailleurs, étaient bourbeuses.
« Au milieu de ces sueurs il s’élevait du corps des malades une vapeur qui obscurcissait la lumière d’une bougie; ce n’était pas à raison de son épaisseur et de son opacité, mais à raison de ses propriétés méphitiques : elle répandait une odeur suffocante qui repoussait les assis-
tans du lit des malades, et dont ceux-ci étaient infectés eux-mêmes. Au bout de quelques jours, il survenait des hémorrhagies qui n avaient rien de critique. Celle des narines était fort commune et souvent avantageuse, à moins quelle ne fût excessive; il en a été de même de celle de futérus, chez les personnes du sexe dontfâge les rendait sujettes à l’évacuation menstruelle.
L’éruption miliaire ne parut jamais la première; mais elle fut toujours précédée de quelques jours par des sueurs abondantes, qui aggravaient d’autant plus l’état du malade qu’elles étaient provoquées et entretenues par un régime échauffant. Dans des expériences comparatives faites à dessein , les malades qu’on tint propres et qu’on empêcha de suer, n’eurent point d’éruption, tandis que les autres en eurent de très-fortes. On put en distinguer quatre espèces, qui se ressemblaient pourtant en ce qu’elles avaient toutes une couleur rouge et animée, et qu’elles étaient accompagnées de démangeaisons vives et cuisantes. Première espèce^ formée par de gros boutons et même par des plaques larges, élevées et érysipélateuses, purpura urticata; c’était la plus bénigne, et elle a eu lieu quelquefois sans aucun symptôme fébrile. Deuxième espèce: plaques composées de très-petits boutons, rapprochés et confluens ; moins bénigne que la précédente. Troisième espèce : petits boutons renflés et demi-sphériques, dont la grosseur variait depuis la graine de moutarde jusqu’au maïs, ayant une pointe qui blanchissait avant de se dessé-
€lier, et dont les plus gros ne tardaient pas à se recouvrir d’une vésicule puriforme', et quelquefois d’une plilyctène grisâtre et demi -transparente, rouge et enflammée à la base; cette éruption était la plus commune, se montrait sur tout le corps et principalement sur le tronc, et s’entremêlait avecdes autres. Quatrième espèce, semblable à de larges piqûres de puces, d’une rougeur vive , portant vers leur centre un boulon miliaire et grisâtre, presque imperceptible, excepté à la loupe; cette espèce était la plus mauvaise et la compagne ordinaire des fièvres violentes. D’ailleurs, toutes ces éruptions avaient cela de commun, quelles étaient toujours précédées d’un picotement très-incommode, et que les malades même qui ne devaient pas en avoir, ne laissaient pas que de ressentir à la peau ces mêmes picotemens, et d’éprouver ensuite, pendant plusieurs jours, des démangeaisons.
« Un ictère léger s’emparait assez souvent de ces malades; ils étaient surtout sujets à l’inflammation du foie et d’autres viscères; mais, ce qui les faisait périr avec promptitude , c’était un ruptus violent qui se faisait sur le cerveau avec une vitesse incroyable, produisant une affection soporeuse, qui enlevait les malades en fort peu. d’heures, contre toute attente et malgré tous les secours. Les éruptions , bien loin d’avoir disparu ou pâli, étaient, au contraire, si on en , excepte les derniers instans, très-rouges et trèsanimées : preuve certaine que ces éruptions étaient plutôt l’effet que la crise de la maladie, m. i5
et que la rentrée de la miliaire ne contribuait en aucune manière à la production de ces accidens inopinés. Ils avaient particulièrement lieu chez les malades dont on cherchait à favoriser les sueurs en tenant fermés les lits et les chambres, auxquels on faisait garder les premiers linges pendant quatre jours de suite , et qui étaient abreuvés de médicamens incendiaires. Ceux, au contraire, que l’on traitait par une méthode rafraîchissante, étaient bientôt guéris , et avaient trhs-rarement des éruptions.
« Chose bien remarquable : à Alet (petite ville près de Perpignan), tandis que, d’une part, des médecins éclairés firent lever de leur lit, à la meme heure, pour les garantir des sueurs, quatre-vingts malades, qui ont tous été guéris en un jour, dans d’autres quartiers de la ville et à la campagne tout était porté à un autre extrême 3 les amis et les parens veillaient avec soin sur ce que le pauvre patient restât exactement couvert, et que l’air des lits ne pût point se renouveler; il arrivait même qu’on renchérissait sur les précautions ordonnées par les gens de l’art. Ce fut dans cette classe que la mortalité fut extraordinaire; et loin d’en entrevoir et d’en tarir la cause , la terreur s’était tellement emparée des esprits, qu’on déménageait les malades du moment qu’on les croyait expirés, et qu’on les portait en terre sans cérémonies, ce qui fut cause que plusieurs furent ensevelis vivans. Le curé de Chalabre, traité comme mort, ne dut son salut qu’à ce que l’une
(les femmes chargées de l’ensevelir s’aperçut qu’il remuait un doigt 3 et un paysan de Lasguerde, traité de meme et porté déjà à la sépulture, qu’à ce qu’ayant, selon î’iisage du pays, le visage découvert, un vent frais qui vint à souffler, le ranima tout à coup.
àc Ceux chez lesquels la maladie avait été légère et qu’on empêcha de suer , avaient , en général, une convalescence très- courte; il leur restait cependant à tous une grande faiblesse dans les jambes, que le temps seul pouvait dissiper: elle était surtout très-grande chez ceux qui avaient été traités empiriquement, et leurs forces , totalement épuisées , tardaient beaucoup à se rétablir.
On voit par ccs détails, extrêmement délayés dans le Mémoire de M. Pujol , que cet auteur était en contradiction avec lui-même , en nommant fièvre miliaire une maladie 011 il avait reconnu lui-même que la miliaire n’était que l’effet des sueurs forcées.
D. Dans la séance du 2 Octobre 1821 de la Société de médecine de Paris, il a été lu un Mémoire, sous le titre d’Aperçu historique d’une suette qui a régné épidémiquement dans les départemens de l’Oise et de Seine et Oise (qu’on sait appartenir à l’ancienne Picardie), depuis la fin d’Avril jusqu’au commencement de Septembre 1821, observée par MM. Ballj et François (les mêmes qui sont partis peu de temps après pour Barcelonne). « Cette suette, disent les auteurs, n’avait point de prodromes cons-
tans : quelquefois son invasion était subite ; mais; d’ordinaire on éprouvait, pendant deux à trois jours, une lassitude^ un brisement des membres, de l’anorexie, des nausées, une céphalalgie susorbitaire , quelquefois de légers vertiges ou des horripilations, presque jamais de véritables frissons. Quelques malades avaient des douleurs locales assez vives, qui simuJ aient le rhumatisme; et l’augmentation de tous ces symptômes constituait l’invasion, époque où les malades se mettaient au lit. La boucbe était pâteuse, quelquefois amère; la langue pâle, comme aplatie, un peu muqueuse, état quelle conservait jusqu’à la convalescence.
« Bientôt le malade était inondé d’une sueur grasse, fétide, d’une odeur particulière, qui fatiguait le patient autant que les assistans, qui s’attachait fortement aux babils, et dont il se trouvait soulagé. Durant ce temps, le mouvement du pouls était plutôt ralenti que fébrile.
(( Au troisième jour, resserrement spasmodique de l’estomac et sentiment d’étouffement, qui fatiguaient et alarmaient singulièrement le malade. Cet état était assez souvent accompagné d’émission de vents par le haut, durait plusieurs heures et revenait à différentes reprises : en meme temps il se faisait une éruption boutonneuse, qui commençait d’abord autour du cou, s’étendait aux épaules, sur les clavicules, la poitrine, les bras, surtout aux poignets , plus rarement à la face et aux extrémités inférieures. Ces boutons étaient cordeur-de-rose, un peu coiii-
ques, offrant une pointe brillante, et se trouvaient entremêlés d’un grand noinbre d’autres , pleins d’un liquide séreux, transparent , qui blanchissait et s’épaississait bientôt. L’éruption était précédée et accompagnée d’un picotement fort incommode, d’un sentiment d’ustion qui se promenait sur la peau et tourmentait beaucoup les malades.
« Vers le cinquième jour, nouvelle tourmente: les sueurs qui, dès le troisième, étaient moins abondantes, s’arrêtaient; les spasmes, l’éîouffement reparaissaient, *et un nouveau travail semblait s’annoncer; l’éruption se complétait: bientôt après, les boutons s’affaissaient , leur base pâlissait; tout s’améliorait. Le septième, la desquarnmation commençait et le malade entrait en convalescence.
« Du 5 au 7 , les malades se plaignaient de faiblesse extrême et désiraient des alimens : on leur donnait quelques cuillerées de vin. Du reste, point de soif, point d’assoupissement; les urines coulaient facilement et étaient claires. Il y avait constipation jusqu’au septième jour. La respiration était toujours libre; les malades se coucbaient liorizontalement eji sans avoir besoin d’oreillers; la poitrine, enfin, n’offrait le signe d’aucune lésion.
(c Telle fut la marche régulière delà maladie; mais on y a remarqué , ainsi que cela s’est vu dans d’autres épidémies, quelque chose de particulier , d’insidieux dans sa manière de se répandre dans les lieux iiouvellement infectés. Il
ne tombait d’abord que deux a trois personnes: leur maladie était bénigne, et l’épidémie semblait s’arrêter là, puisque l’on n’entendait plus parler d’invasion pendant quinze et même vingt jours; puis, tout à coup, elle se montrait avec férocité, attaquant à la fois un grand nombre de sujets avec une marclie plus rapide, des symptômes plus intenses , foudroyant quelquefois en peu d’heures ses victimes. Cette première fureur apaisée, la suette reprenait un caractère tel de bénignité, que bon nombre de malades n’avaient pas besoin de s’aliter, et que, terminant son cours avec lenteur, la maladie se prolongeait même au-delà du septième jour, époque de sa terminaison régulière. (Voyez le rapport dans le Journal général de médecine, tom. 77, pag. 204 etsuiv. )
§. 4^4- JEriiption miliaire essentielle et indépendante des sueurs, miliaire blanche des Allemands {purpura, alba)^ pour la distinguer de la miliaire rouge, plus commune {purpura riibra): petits boutons dont l’éruption commence toujours aux environs du sternum, contenant une lymphe claire, transparente et vraiment cristalline ; accompagnés d’un état d’anxiété douloureuse et spasmodique , et le plus souvent d’une lièvre très- insidieuse.
J’ai hésité à admettre cette miliaire essentielle ; mais on l’a observée plusieurs fois d’une manière sporadique, et rien ne s’oppose à ce qu’on la rencontre aussi dans les épidémies de miliaire rouge accompagnant la suette. Il ne
serait pas extraordinaire que dans certains pays la peau des liabitans fut sujette à l’une comme à l’autre espèce, ainsi c|ue cela s’observe en Alsace et dans plusieurs vallées du Piémont; ce qui a donné lieu à l’ouvrage eæ professa du savant Allioni, publié vers la fin du dix-liuitième siècle et fortement critiqué dans le temps. Burséri a fait les memes observations dans les plaines de la Lombardie, et a justifié les opinions du professeur de Turin. Un autre praticien italien, le àociewr J etnina, de Parme, s’est cru pareillement en droit, dans les premières années de ce dix-neuvième siècle, de décrire, comme fièvre essentielle sui generis , douée d’une propriété contagieuse, une fièvre miliaire portant, dans son pays, les caractères sui va ns c sueur abondante, universelle, très-désagréable par sa puanteur ; sensation inexprimable de resserrement à la région précordiale; goût salé à la bcuclie; sensibilité excessive à la peau et desquamation dans la convalescence ; souvent mort prompte et inattendue ; décomposition putride trèsprompte et chaleur long-temps conservée dans les cadavres ; susceptibilité de reprendre la miliaire plusieurs fois de suite et de la recevoir par contagion.
La miliaire rouge et blanche a été observée et décrite en Alsace, en 1754 et 1755, par J. G. Saltzmann ^ et par MM. Schahl et Hessert ^ à l’occasion d’une épidémie qui s’en manifesta à Roslieim, dans les mois d’Avril et de Mai de l’année 1812. J’en ai moi -même observé une
autre a Dorlislieim , où je fus envoyé par l’autorité supérieure dans le mois de Juillet 1820. Je reconnus immédiatement tous les signes caractéristiques de cette maladie : sueur profnse et d’une odeur très- désagréable ; prostration extrême des forces; pesanteur d’estomac ; langue pâle; pouls lent ou irrégulier; éruption sur la poitrine de petits boutons blancs et rouges, etc. Il avait déjà péri plusieurs personnes lors de mon arrivée, mais, je dois le dire, plutôt du mauvais traitement employé que de la maladie. Sur environ quarante malades que j’ai visités un grand nombre m’ont dit avoir déjà eu la même maladie cinq à six fois. Peu de temps après, dans les mois de Janvier et de Février 1821, je retrouvai la miliaire à Benfeld, à l’occasion d’une épidémie de scarlatine que je fus chargé d’examiner. Il régnait un vent de sudouest, et le temps était chaud et humide. Les plaques de scarlatine étaient entremêlées de grains de millet, et quelques malades n’eurent que le mal de gorge avec une éruption miliaire sur la poitrine, sans scarlatine : au surplus, cette éruption accompagne, dans ce pays, toutes les maladies éruptives , et fort souvent les fièvres d’accès, sans aucune fâcheuse conséquence.
Nous nous croyons fondés, d’après ces considérations, à établir, i.'’ que, comme la sueur quelle accompagne, l’éruption miliaire est quelquefois critique, ainsi que nous pourrions en citer des exemples, ce qui arrive quand elle ne se fait qu’au septième jour et au-delà; 2.“ quelle
est le plus souvent symptomatique , paraissant dès le premier ou le deuxième jour d’une maladie fébrile, et se conduisant comme les pétéchies et aiitres exanthèmes; 5."^ qu’effectivement dans quelques épidémies, ou, indépendamment de toute épidémie, par une disposition particulière des malades, il peut y avoir une miliaire blanche, cristalline, idiopathique, le plus souvent dangereuse; mais que ces cas sont rares, et qu’on doit se garder d’imiter certains médecins, que je connais, qui voient des miliaires partout, d’en croire la sortie nécessaire, et de se conduire en conséquence; 4* qu’il est des pays où les miliaires sont endémiques, et des sujets qui sont, pour ainsi dire, abonnés avec cette éruption, de manière qu’elle paraît dans toutes les affections catarrhales les plus simples et dans toutes les maladies, sans être ni un bon ni un mauvais signe; qu’on peut la provoquer à volonté, et la faire passer, par un mauvais traitement, d’une éruption indifférente à un exanthème redoutahle.
§. 4o5. Nous devons récapituler maintenant les principaux symptômes de ces singulières maladies,pour qu’on puisse aussitôt les reconnaître.
Suette simple, du moins en apparence : tristesse, humeur somhre, mal-aise, anorexie, inquiétude, faiblesse, précédant l’invasion; enfin, augmentation de ces symptômes, défaillance, puis sueur subite et excessive, particulièrement du tronc, du cou et de la tête, d’une odeur plus ou moins ingrate, d’une saveur salée et
nauséabonde, d’abord très- liquide , successivement plus visqueuse , teignant quelquefois Je linge en jaune, en vert ou en bleu; chaleur augmentée à la poitrine, diminuée aux extrémités inférieures; respiration précipitée, palpitations; pouls accéléré, inégal, quelquefois audessous de sa fréquence ordinaire; yeux éteints, visage pâle; langue blanche, plate, quelquefois froide ; soif vive tant qu’il n’y a pas de délire. Vers la nuit (car c’est ordinairement après midi que l’invasion éclate), la sueur coule avec plus ,de profusion; le malade se sent anéanti, il rêvasse continuellement; douleur vive à la tête et aux membres; terreur de la mort; quelquefois vomissemens, délire, convulsions, anxiété, agitation vague; refroidissement complet des extrémités; sueur visqueuse ; apparition et disparition successives d’un exanthème miliaire ou pétéchial , et terminaison plus ou moins prompte par la mort ou par le retour à la santé. Dans le premier cas, prompte décomposition du corps ; et dans le second , convalescence longue, pâleur du visage, mobilité nerveuse et palpitations , qui subsistent longtemps.
Suette avec miliaires. On doit nécessairement distinguer dans cette éruption celle qui n’est pour ainsi dire que l’accompagnement d’une maladie quelconque, d’avec celle qui, étant le symptôme d’une maladie grave, peut être considérée, quant au sort du malade (ce qui est le principal), comme un exanthème essentiel.
Dans les afifections catarrhales simples, comme nous l’avons déjà dit, dans les fièvres muqueuses, dans la fièvre gastrique vermineuse, dans la fièvre putride , dans toutes les maladies des femmes grosses et accouchées, cette éruption peut se montrer, mais avec une issue différente.
Frissons vagues, la nuit, entremêlés de chaleurs; dégoût des alimens, nausées, faiblesse, lassitude, jambes chancelantes, tristesse; langue couverte d’un enduit blanchâtre, mêlé parfois d’une teinte jaune; pouls faible; peau moite: tels sont les avant-coureurs communs, que l’exanthènie ait lieu ou qu’il n’ait pas lieu, qu’il doive accompagner un mal léger^ou une terrible fièvre ; mais on ne tarde pas à entrer dans la route.
Les miliaires, comme les pétéchies, se montrent quelquefois dès le premier ou le second jour d’une fièvre putride ou maligne, sans autre symptôme concomitant que des horripilations, des angoisses, et une grande prostration : elles sont alors l’indice d’un grand danger. Quand elles ne font qu’accompagner une maladie moins grave, ou quelles sont provoquées par un régime chaud, les miliaires sortent sans jour fixe, et quelquefois sans aucune autre sensation que celle d’un picotement; toutefois il est plus commun de les voir précédées d’une pesanteur au creux de l’estomac, d’une douleur sourde, gravative à la poitrine, de douleurs aux membres, comme rhumatismales , de frissons suivis de chaleur, d’un sentiment de faiblesse, de prurit
jnsnpportaLle, puis d’une grande sueur, au milieu de laquelle se fait l’éruption.
La première apparition des boutons a lieu d’abord au cou, puis à la poitrine, surtout aux mamelles et à leurs environs; après, à la face antérieure des bras, ensuite à leur face intérieure ; de là au dos, et successivement par tout le corps, à l’exception du visage. Les parties sont en même temps un peu tuméfiées, et il en sort une sueur vaporeuse, très- abondante , d’une odeur aigre ou de paille pourrie, plus ou moins fétide, suivant la nature de la maladie, et que l’on emporte avec soi quand on a resté quelque temps auprès des malades. La sueur n’empêche pas un picotement et un prurit considérables, qui subsistent jusqu’à ce que l’éruption soit complétée. Les boutons, ouplutôtles grains, sont ordinairement rouges dans le commencement, et quelquefois transparens. Ils sont souvent d’un blanc mat dans les fièvres d’un mauvais caractère. Ils deviennent vésiculaires à leur sommet, et se remplissent d’une iiameur séreuse, diaphane ou lymphatique , lactescente ou purulente. Ils disparaissent assez souvent spontanément, principalement lorsqu’on découvre le malade, pour reparaître de nouveau, ce que j’ai vu se répéter cinq à six fois de suite chez le même sujet. Si l’éruption est régulière, et quelle ne disparaisse pas, les grains se sèchent au bout de trois à quatre jours; mais ils durent qu elquefois long-temps , et assez souvent il en reparaît de nouveaux. On les distingue, comme
nous l’avons dit, d’après leur forme, leur couleur, leur nombre et leur arrangement, en miliaire rouge et blanche, en cristalline, aqueuse, lactée, purulente, petite, lenticulaire, discrète, confluente. La miliaire rouge est la moins redoutée, et son apparition, comme sa disparition, est sans conséquence, quand la maladie qu’elle accompagne, est d’une nature bénigne; quand, d’ailleurs, le pays prédispose le malade à cet exanthème.
La marche, le caractère et les symptômes des miliaires, qui sont, pour ainsi dire, essentielles, sont très-dilTérens quant à la gravité et au danger qui les accompagnent; et déjà la période d’invasion nous les présente comme très-redoutables. Aux phénomènes dont il vient d’être question s’ajoutent souvent, à cette période, des douleurs cruelles de dents, d’oreilles, de poitrine, des membres, des doigts, du tronc, surtout des lombes; un sentiment de crainte, de terreur, d’inquiétude; des rêves eflrayans; une forte oppression, des mouvemens involontaires, une langueur extrême; des suppressions d’urine, et la crudité de ce liquide quand on en rend. Chez les accouchées, les lochies et le lait se suppriment également; les sueurs sont plus abondantes, plus visqueuses, plus fétides, et il n’est pas rare de voir s’établir en même temps une diarrhée de la même nature. L’érup^ tion se fait quelquefois dès les premiers jours, mais plus ordinairement, dans cette espèce, au troisième ou quatrième jour dè la maladie,
accompagnée de crampes et de mouvemens convulsifs : alors , si la marche de l’exantlième est régulière et qu’il soit abondant, très -prononcé, il se met du calme dans les symptômes, les sueurs et la diarrhée vont en diminuant, et les lochies reparaissent. L’exanthème se soutenant jusqu’à sa dessiccation, la peau des vésicules miliaires tombe enfin en écailles , du quatrième au septième jour de leur apparition, laissant à la peau une plus grande sensibilité, ou une stupeur, qui donne lieu, comme après la scarlatine, à la formation de l’anasarque durant la convalescence. Voilà ce qui peut arriver de plus heureux à ces malades : mais il n’est que trop commun, dans la miliaire blanche, de ne voir diminuer ni les sueurs ni la diarrhée, ni les autres symptômes, ni reparaître les lochies, nonobstant l’apparition de l’exanthème : on voit assez souvent celles-ci, après avoir à peine paru, disparaître et reparaître, sans que la marche de la maladie en soit changée; ou bien, s’il y a eu^ du mieux , ce n’est qu’une courte rémission, bientôt suivie d’un nouveau redoublement du soubresaut des tendons, d’un état de stupeur des mains et des pieds, du délire, de songes sinistres, d’inquiétude, de tristesse, d’oj)pression. Les sueurs sont supprimées , mais la peau est devenue sèche, ardente et douloureuse ; la langue cesse d’être molle , et devient cornée et tremblotante; les vésicules miliaires s’affaissent ; le pouls est très-vîte , inégal et contracté ; les urines qui, lors de l’éruption, avaient repris leur cou-
leur naturelle, redeviennent crues. Dans cet état des choses on voit quelquefois les malades s’éteindre tout à coup au milieu des convulsions ou du coma ; d’autres fois on Espère encore un répit. A la sécheresse de la peau succèdent une nouvelle sueur fétide et une nouvelle éruption, ou une diarrhée également fétide. Vain espoir! le malade est trop épuisé, et il n’en succombe pas moins, quoiqu’un peu plus tard.
Il est impossible de méconnaître à ces traits la fièvre nerveuse, c’est-à-dire, un véritable typhus accompagné d’une éruption particulière: comme dans d’autres circonstances, il s’accompagne de pétéchies. Inextricable mode des maladies! Ces miliaires si effrayantes, d’un résultat si douteux quand elles apparaissent les premiers jours, deviennent critiques et sauvent les malades quand c’est le onzième, le douzième, quinzième jour, et même plus tard, comme on en a des exemples; de même avec les pétéchies: en sorte que le typhus miliaire, comme le typhus pétéchial , n’est réellement redoutable que quand ces exanthèmes se montrent dans les premiers jours.
§. Nous croyons , d’après toutes nos
recherches, que la place que nous avons assignée à ces maladies dans cette section, relatif* vement à leur cause occasionelie , est trèslégitime; que cette cause tient à des miavSmes, ou transportés par les vents, ou élevés dans les lieux même de l’épidémie. Il nous a paru avoir saisi la nature sur le fait , quant au premier
mode d’infection , en la personne d’un marin attaqué d’une suette au moment meme où il débarquait de son bâtiment, après avoir tenu la mer; et la mer, par elle-même, ne contient rien d’infect. Nous en parlerons au paragraphe du traitement. Quant au second mode, les sueurs profuses qui accompagnent souvent les lièvres des pays marécageux, celles de l’île de Walcberen, par exemple, et des plaines du Mantouan, justifient sufiisamment la puissance d’une semblable cause.
Suivant les conjectures de Méad, la fameuse suette de 14S6 aurait été portée de Rhodes, assiégée par les Turcs, en France, d’où les soldats de Henri VII, roi d’Angleterre, l’auraient transportée dans le pays de Galles et dans le restant de l’Angleterre, où elle fut très-meurtrière, ce qui lui a fait donner par cet auteur, et par ^struc , qui l’a copié, le nom de peste mitigée. Sennert et Fores tus en attribuèrent la cause à une grande corruption de l’air , dont ils avouent pourtant ne pouvoir rendre aucune raison. Rien n’empêcbe que la fièvre des camps ne se soit jointe à la suette; mais ce n’était certainement pas la peste , puisqu’il n’y eut ni bubons ni charbons, et que les fréquentes répétitions de cette maladie , pendant quarante-cinq ans, auraient entièrement dépeuplé le pays, si c’eût été la vraie peste, dans un temps surtout où l’on prenait si peu de précautions. L’historien et le contemporain de cette épidémie, Cajus Britannicus , était allé
plus directement au but, en affirmant quelle avait été produite par les effluves d’un vaste marais qui commençait à se dessécher, toujours couvert de nuages épais, portés au loin par les vents; et certes, l’on n’a pas de peine à admettre cette cause, quand op considère que l’Angleterre et les provinces de France en face de cette île étaient à cette époque remplies de marais et de landes incultes, dont on voit encore grand nombre sur la lisière mai^time de la Flandre, de l’Artois et de la Picardie. A plus forte raison a-t-on dû trouver très- ridicules les efforts faits plus récemment (1809) par le docteur Willan, pour attribuer l’origine de la suette à quelque maladie ou dépravation dans le blé, ou à quelques plantes nuisibles qui croissaient dans le blé en certains lieux. Non-seulement les symptômes de l’épliémère britannique étaient entièrement différens de ceux de la raplianie et de l’ergotisme (§. î52 et suiv.); mais encore il lui a été objecté que cette maladie, qui s’est manifestée dans l’armée du comte de Richmond, sous Henri VII, lorsqu’il débarqua à Milford-Hoven , en 1486, et qui a reparu dans les années i5o6, 1607 , i5a8 et i55i, ne s’est jamais trouvée en rapport avec la disette et les maladies du blé, puisque les historiens ne mentionnent rien de pareil. (Annales de littérature médicale étrangère, tome g. Décembre 180g.)
Suette ou miliaire^ unies ou séparées- Je ii’liésite donc pas de leur attribuer une cause miasma- III. 16
tique, qu’elles soient sporadiques ou épidémiques. La Picardie, par exemple, contrée où elles sont le plus fréquentes, présente à cet égard toutes les conditions favorables : vents d’ouest dominans; sol inégal, entrecoupé de beaucoup de petites rivières et de ruisseaux; voisinage de la mer; nombreux marais, produisant beaucoup de brumes; villages misérables, boueux, remplis de mares, composés de chaumières basses, construites la plupart en terre, avec un rez-decbaussée au-dessous du sol, très-peu spacieux, où vivent, entassés pêle-mêle, grand nombre
d’individus sales et mal nourris Voilà ce que
j’ai vu encore dans les automnes de 1821 et 182^, après une révolution politique , entreprise , disaiton, pour améliorer le sort du peuple ! Les vallées du Piémont et de la Lombardie, où j’ai observé les miliaires, sont, à peu de chose près, dans le même cas. Au surplus, la nature des maladies endémiques suffit pour parler en faveur de cette cause : ainsi nous apprenons de M. Trannoj y que dans le département de la Somme ce sont des fièvres intermittentes, gastriques , muqueuses, souvent accompagnées de miliaires adynamiques, nerveuses; des paralysies, des catarrhes pulmonaires, des diarrhées, des bydropisies, la goutte et autres affections analogues. La température de ce département est presque habituellement froide et humide.
La température de la vallée de l’Alsace inférieure est beaucoup moins froide, mais l’air n’y est pas moins humide. Cherchant la cause des
sueurs et des miliaires qui y régnent fréquemment, nous ne la trouverons pas dans la misère des habitans; car leur sort est infiniment meilleur que celui de la plupart des provinces de France, à cause de la fertilité du sol, de la division des terres et des progrès de l’agricuF ture. Les gens de la campagne y sont mieux logés , mieux vêtus et mieux nourris. Mais les villages n’y sont pas non plus pavés ; ils sont environnés de routoirs 5 chaque maison a sa mare pour le fumier, et ils ont presque tous, au milieu de leur enceinte, à côté de l’église, un cimetière étroit et encombré, ainsi qu’un étang formé des eaux pluviales et des égouts de tout le village, destiné soit à l’abreuvage des animaux, soit à éteindre les incendies, et dont les eaux croupissantes répandent, en été et en automne, une mauvaise odeur. Les vents d’ouest et de sud-ouest sont les dominans, et c’est quand ces derniers soufflent que les miliaires paraissent. Les paysans d’Alsace aiment singulièrement la chaleur , et craignent le froid plus que tout autre peuple de ma connaissance. Dans une chambre au rez-de-chaussée, appartement de prédilection, et bien chauffé par un poêle, couche toute la famille dans des lits de plumes recouverts par des plumeaux. Ils recourent à des boissons échauffantes dans leurs moindres indispositions, et leurs guérisseurs de confiance flattent toujours leurs goûts à cet égard, de même que leur préjugé qu’il faut absolument qu’ils aient la miliaire et que la miliaire sorte.
Tels je les ai vus dans les épidémies où j’ai été envoyé, tels étaient ceux chez lesquels la sueur et la miliaire étaient les plus abondantes; tandis , que les personnes plus éclairées, qui logeaient au large dans des appartemens aérés, en étaient préservées et se portaient bien.
Certains détails topographiques un peu étendus sont toujours nécessaires à la tête d’un rapport sur une épidémie, et je regrette beaucoup de ne pas les trouver dans celui de la maladie des départemens de l’Oise et de Seine-et- Oise. Ses auteurs nous apprennent seulement « que son point de départ connu a été le village de la Cbapelle-Saint-Pierre , situé au nordouest du vaste plateau sur lequel elle a étendu ses ravages; que ce plateau, de dix lieues de diamètre, est élevé de quinze pieds au-dessus du niveau de l’Oise; qu’il est découvert et trèssec, sillonné par de petites vallées engorges qui courent en sens divers et sont arrosées par de petites rivières ; que ce plateau est environné d’un rebord de collines boisées, qui paraît avoir été la limite de l’épidémie. Précédemment ils nous avaient dit que, « du point où elle s’était développée par des circonstances difficilement appréciables d’une manière positive, elle avait passé dans les communes environnantes, comme portée sur l’aile des vents et lancée sur une commune, passant au-dessus d’une autre quelle épargnait complètement. C’est tout ce que nous apprenons de son origine ; et si elle n’a pas été produite par des causes locales, il
est permis de croire que les causes patliogéniques ont effectivement été transportées par quelque vent sur ce plateau de la Chapelle^ Saint-Pierre, et quelles ont été arretées par les bois qui en forment la limite.
Enfin cette lacune a été remplie plus tard par M. le docteur Boyer dans un ouvrage intitulé, Histoire de l’épidémie d’une suette miliaire qui a régné en 1821 dans les départemens de l’Oise et de Seine-et-Oise (Paris, 1822), et où l’auteur est entré dans d’assez grands détails de statistique, auxquels il a même ajouté une carte gé^nérale du théâtre de l’épidémie , et une carte spéciale du bourg de Mello, où la maladie a eu son siège principal.
L’auteur déduit la première origine de l’épidémie de l’Oise des vapeurs exhalées en quantité variable des marais de la vallée du Thésin et des vallées voisines, qui, selon lui, auraient produit primitivement des gastro- entérites qui peuvent avoir été propagées ensuite par la contagion. (Histoire de l’épidémie d’une suette, etc., page 576.)
Les observations de M. Piijol, relativement à l’épidémie du Languedoc (§. con-
firment plus encore la vérité de ce que nous venons d’avancer. « Il avait régné pendant tout le mois de Septembre 1781, à Castelnaudaiy , une fièvre bilieuse pourprée , accompagnée de très-grandes sueurs, qui ne cessa pas de se montrer sporadiquement durant l’automne et l’hiver suivans. Il V avait même temps., dans tous les
pays qui bordent le canal du Languedoc, une ëpidëmie de fièvres rémittentes et intermittentes pernicieuses, qui s’étendit sur les villes de Narbonne et de Carcassonne , maladies d’ailleurs endémiques toutes les automnes dans les contrées qu’arrose le canal. Le lit du canal est nettoyé superficiellement, tous les étés, par l’enlèvement de la vase surabondante que des eaux peu limpides y déposent continuellement et qu’on abandonne sur ses bords, et tous les trois ou quatre ans on le nettoie avec plus d’exacti-
profondeur.
« Or, précisément ce travail en grand avait eu lieu dans le cours de l’été de 1781 , qui avait été très -chaud jusqu’au milieu de Septembre. L’air était chargé , jusfju’à dix lieues de distance du canal, d’une odeur désagréable dont les voyageurs étaient affectés. Les maladies et la mortalité avaient été très-grandes parmi les ouvriers, et la ville de Castelnaudary , auprès de laquelle le canal forme un bassin immense qui lui sert de port, en avait beaucoup souffert. Cette ville, en effet, après avoir essuyé, l’automne et l’hiver, les m.aladies nommées ci-dessus, fut ensuite, au mois d’Avril suivant, le foyer principal de l’épidémie de fièvre miliaire , dont elle eut le plus à souffrir, et qui, ayant été arretée par le froid de fhiver, avait été renouvelée par l’arrivée des chaleurs printannières et s’était répandue ensuite dans toute la province, meme sur les terrains élevés et montueux, à mesure que l’atmosphère y acquérait le meme degré de chaleur
tilde et à une plus grande
par suite du transport des émanations putrides sur le souffle des vents.
« Il est digne de remarque que, pendant tout le temps que l’air fut frais et que le vent souffla du nord, la maladie fut bénigne, et il tomba par jour peu de malades; mais au 24 Mai, le sud-est ayant soufflé jusqu’au 3o, la cbaleur subite qu’il développa rendit la maladie plus grave, et fît qu’à Castres, pendant chacun de ces six jours, il tomba plus de cent malades par jour. ” (Observations sur la fièvre miliaire, etc.,pag, 269 — 5i2.)
§. 4<^7- M. le docteur François a été porté à attribuer à la contagion les inégalités de l’épidémie qu’il a décrite (§. 4o3, D.). « Il est prouvé, dit- il, que quatre à cinq villages ne furent infectés qu’au retour de ceux de leurs babitans qui avaient été à la foire d’un autre village, où l’épidémie sévissait avec fureur et où ils avaient séjourné long-temps. La marche de la maladie était insidieuse, irrégulière, d’abord bénigne, et semblant s’arrêter à quelques sujets, puis tout à coup se montrant avec férocité et attaquant à la fois un grand nombre de sujets. L’auteur, continuant, dit « que la contagion de la suette paraît avoir peu d’activité, et besoin de circonstances favorables pour son développement; que bien des gens vivent dans la même chambre que les malades, sans le devenir eux -mêmes; qu’on a d’ailleurs l’exemple des médecins, lesquels h’ont pas contracté la maladie, tandis qu’elle a attaqué tel ou tel individu aui. avait
seulement assisté à une foire ou au convoi d’un parent, d’un ami, mort de la maladie. ” Je ne sais jusqu’à quel point ces assertions peuvent suffire pour prouver la contagion dans le sens le plus strict qu’on donne aujourd’hui à cette propriété , car les étrangers arrivés dans une foire peuvent aussi bien être infectés par la cause générale répandue dans l’air, que par la communication des personnes, et, tout aussi bien que par la contagion, on peut expliquer la progression de l’épidémie , sa manifestation dans de nouveaux villages et ses irrégularités, par la marche des miasmes et les bouffées successives, plus ou moins rapprochées, plus ou moins fortes et plus ou moins chargées , des vents ou courans d’air qui transportent ces miasmes.
M. Pujol rapporte (Mémoire cité, pag. 274), que plusieurs médecins, en raisonnant d’après la marche successive que suivait l’épidémie du Languedoc, crurent qu’elle ne marchait que par contagion j mais que leur raisonnement était très-faux, puisque les voyageurs ne cessaient d’aller dans les villes où régnait l’épidémie et d’en revenir sains, et que les premiers malades de Castres furent tous des citoyens qui n’étaient pas sortis de leurs foyers. Les suettes et les miliaires que j’ai observées, ne m’ont pas paru non plus avoir rien de contagieux. Toutefois, si l’on considère que la contagion peut naître dans toutes les réunions d’hommes malades entassés dans des lieux resserrés et mal -propres, plus encore si l’on a égard à la fièvre nerveuse ou
tjpîlode qu’accompagne la miliaire regardée comme essentielle, on conviendra qu’il est plus que possible que ces maladies soient quelquefois contagieuses,et qu’il est prudent, lorsqu’elles présentent des phénomènes graves, d’avoir égard à cette possibilité.
§. 408. L’histoire du rapport sous lequel on a considéré ces maladies chaque fois qu’elles ^e sont présentées, est une nouvelle preuve de ce que nous avons déjà dit, qu’il n’est rien de plus dangereux que de s’arrêter à une seule idée. Dans l’épidémie des départemens de l’Oise et de Seine - et - Oise, quelques médecins, préve^ nus par d’anciennes traditions , ou abusés par la prétendue doctrine physiologique, et croyant voir une diathèse inflammatoire bien décidée de l’estomac et d’autres organes dans la contraction et l’angoisse précordiale, eurent recours à des émissions sanguines, même inconsidérées, qui eurent souvent un effet funeste, et qui toujours rendirent les convalescences plus longues et plus pénibles. Les applications de sangsues au creux de l’estomac, dans l’intention de dissiper le spasme qu’on éprouvait à cette partie , étaient au contraire un moyen sur de rappeler ce spasme chaque fois qu’on renouvelait cette application (Rapport cité). Dans plusieurs anciennes épidémies de la Picardie et dans celle du Languedoc, l’on forçait, comme on a vu, les sueurs, et l’on provoquait la sortie des miliaires, qu’on regardait comme un acte dépura toire. Telle est encore da manière de
voir, en Alsace, parmi les praticiens qui n^oublient rien et n’apprennent rien. Lorsque j’arrivai à Dorlislieim, je trouvai les malades accablés de couvertures, traités par un régime échauffant, du vin, du quinquina, de l’antimoine diaphoré tique ou du kermès à hautes doses, et plusieurs affligés d’ulcères à la poiv* Irine, occasionés par l’application de la pommade antimoniale Ôl Auteur ieth , très en vogue .dans le pays, le tout dans l’intention d’exciter encore plus la sueur (qui était pourtant déjà bien abondante et bien fétide) et de forcer les miliaires à sortir. Je vis le corps d’une pauvre femme , qui avait expiré le matin par cette méthode, déjà tout enflé et entrant en décomposition putride ; et l’on me conduisit chez un charpentier, jeune et robuste , fort aimé dans la commune , dont la poitrine et l’épigastre étaient couverts de plaques gangréneuses provoquées par cette même pommade Auteur ieth , gorgé de quinquina et d’antiseptiques, qui était dans un délire furieux, et qui expira le lendemain. Je laisse ici le lecteur à ses propres réflexions. Au surplus, rien de nouveau en ceci: l’histoire de la médecine m’apprend que les malades de l’Allemagne ont toujours péri par les excès d’une méthode, et ceux de la France par les excès d’une autre. Bosquillou nous dit tranquillement, dans ses notes sur Cullen , que la saignée est indiquée dans la suette et la fièvre miliaire (Elémens de médecine pratique, §. 714» €tsuiv.)j et nous apprenons de M. Trannoy ,
( sSi )
que la femme d’un droguiste d’Amiens, attaquée de la suette avec miliaire, fut en i8i6, et en peu de temps, victime de cette pratique (Traité élémentaire des maladies épidémiques, p, :25o).
Chacun connaît ces sueurs d’expression qui sont occasionées par la violence de l’inflammation d’un organe quelconque interne ou externe, meme des ligamens des muscles et des tendons, et l’on saura les distinguer, pour peu d’attention qu’on y mette et qu’on veuille être sanspréjugés, de celles de nos épidémies actuelles, où la lenteur et la faiblesse du pouls, du moins dans les commencemens de la maladie, le relâchement, la pâleur et la mollesse de la langue, l’irrégularité et la presque-suspension de la plupart des fonctions indiquent suflisamment l’action d’une cause affaiblissante.
Dans la nécessité où nous sommes, pour exercer la médecine avec succès, d’assigner le siège et la cause prochaine des maladies, nous ne craignons pas d’avancer qu’ici sont très-évidemment ^affectés, i.° les muqueuses du système digestif, ainsi que l’annoncent les signes de saburre quelles présentent souvent ^ 2.^" tout le tissu de la peau; 5."^ le sang; 4*'^ l^s nerfs, et plus particulièrement les nerfs gastriques : d’où résultent, d’une part, un état de spasme, de constriction, d’angoisse aux régions précordiale et épigastrique; de l’autre, le relâchement vasculaire, musculaire, cutané: ce qui produit, qu’on me passe la comparaison, l’effet que le physicien exerce par la compression sur le mercure,
en le faisant passer à travers une peau de cliamôis dans la cloche pneumatique. La sérosité du sang, en effet, paraît exprimée violemment de toute part par le spasme, et passer à travers les tégumens relâchés, sous la forme de sueur et d’éruption colliquatives. Ainsi nous voyons se produire, par le spasme épigastrique, ces goutelettes de sueur dont se couvrent la poitrine et l’estomac des personnes attaquées de cardialgie.
Le spasme seul peut donner lieu à i’inflammation, surtout chez les sujets jeunes ouvigou-r reux, et il faut convenir que l’autopsie a souvent montré cet état dans les membranes de l’encéphale, dans la miliaire blanche ou cristalline, nonobstant la persistance de l’exanthème; ce qui rend raison des symptômes d’ataxie et d’adynamie qui accompagnent cette espèce : elle coïncide aussi quelquefois avec l’inflammation des intestins et du péritoine. Enfin, on voit les miliaires effet ou complication d’un état gastrique, muqueux, bilieux ou vermineux ; et ces considérations réunies ne peuvent que nous conduire à la découverte du traitement qui convient aux circonstances.
On a essayé , mais en vain , de propager la miliaire par l’inoculation, et il en résulte, tant de ce fait que des précédens, que , lorsque cette maladie est contagieuse, c’est plutôt par la fièvre que cette éruption accompagne, que par l’éruption elle-même; 2.° que la miliaire se montre tous les ans d’une manière
endëmique dans certains pays, et plusieurs fois chez le meme sujet - S."" quelle est quelquefois critique dans toutes les maladies, même dans la péripneumonie - 4-^ qwe ce n’est souvent qu’une simple éruption cutanée , chronique, sans fièvre^ qui démange comme la gale, qui se sèche et tombe en poussière pour revenir. Cette éruption se montre quelquefois tout simplement à l’occasion des vers, de sahurres gastriques , de la présence de certains poisons dans l’estomac, et on la voit assez fréquemment remplacer les flueurs blanches lorsque cet écoulement se supprime. Enfin, il a déjà été dit qu’on peut produire la miliaire à volonté par un régime échauffant. Toutes ces circonstances éloignent conséquemment la miliaire du caractère d’exanthème essentiel; à part, peut-être, quelques circonstances d’idiosyncrasie qui appartiennent à la miliaire blanche (§. 4^4)-
S’il est absurde, dans des fièvres épidémiques, de les circonscrire aux enveloppes cutanées, il ne le serait pas moins de refuser à celles-ci de participer à l’altération générale, surtout relativement à leur force de cohésion et de résistance. Il est conforme à nos connaissances anatomico^ physiologiques de voir ces sueurs profuses fournies par les extrémités béantes des vaisseaux capillaires, et les miliaires être le résultat du gonflement des papilles de la peau. Le pemphigus, que je considère comme une miliaire de la grosse espèce, et qui, lorsqu’il est^aigu, constitue une maladie qu’on a nommée fièvre vési-
culaîre i paraît avoir la même origine, lorsqu’il accompagne une fièvre nerveuse, ainsi que J. P, Franck et M. le docteur Gilibert de Lyon en nnt recueilli des exemples : il ne sort pas sans avoir produit auparavant une chaleur ignée et des douleurs intolérables, qui cessent après l’éruption et la rupture des vessies; il est même aussi parfois la crise de maladies inflammatoires les plus graves et de certaines névroses. Il n’est pas moins conforme aux faits d’admettre le transport des matières âcres, d’une nature spéciale, de l’intérieur du corps sur la peau, pour y produire des vessies de diverses grosseur, forme et couleurs, comme on en voit résulter de l’application à l’extérieur des topiques appelés épispastiques. On aurait peine à nier la réalité de ce transport, même en ne voulant admettre que ce qui est démontré par l’anatomie pathologique ; car l’autopsie a démontré plusieurs fois , dans les viscères des personnes mortes pendant l’éruption, lorsqu’elle n’avait pu s’achever, des hydatides miliaires attachées aux^ membranes séreuses et muqueuses , de même qu’on le voit dans les pétéchies et les autres exanthèmes.
§. 409* On ne saurait disconvenir que la suette et les épidémies de fièvre miliaire ne soient plus communes dans les pays du Nord de l’Europe et dans les provinces septentrionales de la France, que dans les régions plus méridionales. Dans ses Mémoires et Observations de médecine, publiés en 1766, Leroi, célèbre
professeur de Montpellier, dit expressément, page 46, en parlant delà miliaire : « cette fièvre nous est encore étrangère, ainsi qu’à plusieurs autres provinces méridionales de l’Europe, etc. et Pujol n’en avait pas non plus observé jusqu’en 1782. Je veux parler des épidémies; car la miliaire blanche sporadique, quoique rare, y a été vue quelquefois, et je l’ai observée moimême à Martigues. L’épidémie du Languedoc, qui en a été d’autant plus terrible, a prouvé qu’une pareille génération n’est impossible nulle part, et qu’on peut s’attendre à voir naître toute sorte de maux dans les pays de fièvres à périodes et où la police sanitaire est négligée.
On peut regarder, parmi les choses hors de nous, tant comme causes occasionelles que prédisposantes, les vents du sud-ouest, une atmosphère chaude et humide, l’habitation au niveau du sol et près des eaux stagnantes, l’entassement des individus dans un même local, la mal-propreté, la surcharge de couvertures, une nourriture grossière et visqueuse, comme lard, porc frais, choux, navets, pommes de terre, avec boisson habituelle de bière ou d’une eau fade et peu vive.
Pour ce qui regarde les prédispositions personnelles, l’âge adulte et le sexe féminin sont ceux qui présentent le plus de malades ; mais il ne faut pas penser que les autres âges en soient exempts, puisque j’en ai traité dans les deux sexes, depuis l’âge de dix ans jusqu’à celui de soixante, et qvie M. Pujol parle d’enfans de six mois , de
deux ans, de quatre ans , etc. , qui ont été atteints de l’épidémie. Les constitutions muqueuses, les tempéramens pMegmatiques, lourds, doués de peu d’énergie et de vivacité , paraissent être préférés. Cajus Britannicus nous apprend que , lors de l’épidémie de la suette qu’il a décrite , la maladie s’attachait particulièrement aux personnes grasses , oisives et bien nourries, épargnant la classe laborieuse et pauvre, ou du moins lui faisant beaucoup moins de mal ; et que ni les Ecossais, quoique contigus à l’Angleterre, ni les membres de la légation française li’en furent atteints. Cette remarque suffit nonseulement pour faire voir qu’on n’avait pas à faire à la vraie peste, mais encore elle est trèssignificative pour l’étude des prédispositions ^ car, si je considère la vie active et frugale des Ecossais de ce temps-là, la force et la vivacité des Français comparativement à celles des Anglais, et que j’associe ces faits à tant d’autres considérations, je trouve facilement la raison de la supériorité des résistances chez un peuple comparativement à un autre. Les affections tristes de Famé , la crainte , la terreur qu’inspire l’épidémie, en même temps qu’elles sont funestes aux malades, sont aussi des causes puissamment prédisposantes.
Dans les deux sexes, les femmes, par leur constitution muqueuse, sont très -évidemment plus sujettes aux miliaires, et nous avons déjà dit que celles-ci se substituent quelquefois aux ffueurs blanches vSupprimées ou interrompues.
Màis c^est particulièrement lorsqu’elles sont en couche quelles y sont le plus exposées, à cause du rapport si constant, dans toute la vie de la femme, entre la peau et l’utérus. On ne saurait révoquer en doute que la grande sensibilité qui succède à l’accouchement , que la suppression des lochies et de la sécrétion du lait, ne soient une disposition à l’éruption miliaire, qui est très -souvent d’un mauvais augure dans cette circonstance.
Mais pourquoi chaque pays a-t-il, pour ainsi dire, son exanthème, dont chaque fièvre épidémique se revêt avec opiniâtreté, quelles que soient les conditions de l’air, du régime et du traitement? Nous, qui avons beaucoup voyagé, nous avons vu diverses contrées ayant chacune son lot de boutons psoriques, de pourpre, de pétéchies , d’érysipèle , de millet, paraissant à la moindre indisposition, et devenant endémh épidémiques dans les maladies populaires, quoi qu’on fasse pour les éviter. Peut- on admettre un ferment particulier à chaque air, à chaque sol, pour chacune de ces éruptions? Gela me parait oiseux et ridicule, et je ne saurais penser que la nature ait tant multiplié les causes de maladies. Ne devons- nous pas plutôt attribuer cette singularité à cette aptitude, qui est le partage de tous nos organes , dont j’ai parlé au chapitre de la prédisposition et ailleurs, de reprendre avec facilité, au renouvellement des causes oçcasionelles, une maladie cjuils ont eue déjà? La peau est à cet égard, comme à tout m. 1 7
autre, égale à Toeil, à la luette, aux poumons, etc. ; et si Ton ne perd pas de vue ses correspondances directes avec tout le système gastro-» pulmonaire, génital -urinaire , etc., on comprendra que, lorsqu’elle a reçu une première impression, rien ne s’oppose à ce quelle en reçoive toujours de nouvelles et de la meme manière. Nous ignorons l’époque où chacune d’elles a commencé dans les diverses contrées, et où elles ont frappé les premiers observateurs; mais, une fois établies, rien n’a empêché qu’elles ne se soient plusieurs fois renouvelées. Cette disposition, comme celle des autres organes à toute autre maladie, a passé dans les germes, dans la génération^ puis l’amour du merveilleux a fait regarder comme propre au climat, ce qui est inhérent aux individus, ce qu’ils apporteraient partout ailleurs. C’est pourquoi je vois tous les jours des gens qui ont à tout moment, etpour la moindre cause, deà érysipèles, des taches sur la peau, des pustules miliaires, etc. , et je m’en inquiète peu; l’événement justifie ma confiance, et ces observations, qui ne peuvent être que le fruit de l’expérience , doivent être connues des jeunes médecins praticiens.
§. 4io- Le pronostic des maladies dont les sueurs profuses forment le symptôme principal, est toujours douteux, si l’on ne parvient promptement à les modérer, puis à les arrêter; car elles deviennent véritablement coliiquatives , c’est-àdire qu’elles tarissent toutes les forces, au point que le malade perd de plus en plus le sentiment
de l’existence. Le danger est d’autant plus grand, que le sujet a été plus long-temps dans un état de langueur avant de garder le lit, et si les extrémités se refroidissent, tandis que le tronc est brûlant et que les battemens du cœur sont précipités et irréguliers.
Les sueurs copieuses, suivies d’une éruption miliaire peu abondante, sont peu à craindre, si lors de l’éruption le malade se trouve mieux, sauf le picotement qui en est inséparable; s’il n’a aucune inquiétude sur son sort, s’il n’éprouve que de la faiblesse et le besoin de se nourrir, et ^i d’ailleurs toutes les fonctions s’exécutent avec régularité, tandis que l’éruption suit son cours ordinaire. Toutefois il faut toujours rester en observation, même lorsque la maladie paraît le plus bénigne : car il arrive quelquefois tout à coup que la langue cesse d’être blanche et rougit sur ses bords; que les yeux, qui étaient languissans, deviennent brillans; que le pouls devient très -vif, que le malade est pris d’une loquacité extraordinaire; et l’on a alors à craindre le délire, les convulsions et la mort.
C’est, en principe, plutôt de la fièvre qu’accompagne l’éruption, que de l’éruption ellemême, qu’on doit former son pronostic : cependant l’exantbème est encore très-significatif par lui-même , et l’on a raison de s’inquiéter, s’il s’annonce dès les premiers jours, s’il ne se laisse qu’entrevoir, s’il disparaît, s’il est pâle; si sa sortie abondante, loin de calmer tous les symptômes, accompagne leur renouvellement; si,
solis là présénce de réruption, il manifeste nne diarrhée immodérée et très -fétide; si le malade s’inquiète beaucoup et qu’il vive dans des terreurs continuelles. 11 est juste d’ajouter à ces dangers produits par l’apparition des miliaires, les accidens consécutifs, lors même que l’éruption s’est bien terminée, et qui sont les mêmes que pour la rougeoie et la scarlatine.
La crainte que l’apparition de cet exanthème inspire chez les accouchées, n’est pas une crainte vaine : elles sont presque toujours menacées alors d’une lièvre nerveuse grave, ou d’une péritonite. Cependant ce pronostic peut avoir quelques exceptions heureuses, et c’est dans les pays où l’éruption miliaire est familière dans toutes les maladies et par conséquent moins significative. Ainsi , un praticien distingué de cette ville me rapportait dernièrement , en parlant de cette maladie , qu’il venait d’être appelé à la campagne pour une femme qui avait été aux champs peu de jours après ses Couches, et chez laquelle, les lochies et le lait s’étant supprimés , il en était résulté une éruption miliaire blanche et rouge , pour laquelle elle était tenue chaudement dans un lit , abreuvée de boissons médicamenteuses* très- échauffantes , qui avaient singulièrement aggravé son état; qu’il s’était contenté de faire renouveler l’air de la chambre, de diminuer le nombre des plumeaux et des couvertures, de défendre les médicamens échauffans et de prescrire des boissons délayantes , et cela avec un
tel succès que les lochies et le lait s’ètaient rétablis et que la malade avait été promptement rendue à la santé.
§. 41 1- Dans répidémie de Beauvais de les médecins de cette ville, loin d’arrêter les sueurs, les provoquaient par tous les moyens possibles, en empêchant le renouvellement de l’air , le changement de linge , et en donnant les divers antiseptiques usités dans ces temps-là, La maladie y fit de grands ravages, jusqu’à l’arrivée du doyen de la Faculté de Paris, M. Boyer ^ qui prescrivit, au contraire, „ de ne pas écouter les sueurs ni les éruptions, qu’il déclare symptomatiques et être le plus souvent le fruit d’une mauvaise curation ; d’en venir à la saignée et aux évacuans des premières voies, etc. Dans celle du Languedoc, les médecins de Castelnau^ dary et d’autres lieux suivirent également l’ancienne route, jusqu’à ce que les médecins de Toulouse, réunis à M. Fouquet, ayant reconnu leur erreur, publièrent une instruction dans le sens de celle du professeur de Paris, Dès -lors on fit changer de linge à tous les malades, on leur fit quitter le lit, on les émétisa, on les saigna au besoin et on les purgea j on eut toujours soin de tenir portes et fenêtres ouvertes, sans égard aux sueurs ni à la miliaire; et l’on fut étonné de voir combien la maladie devint bénigne, Passant même d’un extrême à l’autre , plusieurs médecins, et M. Pujol lui -même, profitèrent d’un vent du nord très -froid pour y exposer leurs malades, sans qu’il en mésarrivât. Cette
conduite serait-elle toujours prudente , toujours aussi heureuse? et ne pourrait-on pas lui appliquer aussi ce que djit l’auteur que je viens de nommer, à propos de la méthode échauffante, malgré l’autorité de Sjdenham dont il s’appuie : qu’zY est quelquefois heureuæ pour les malades de se trouver livrés à euæ - mêmes , plutôt que d'être assujettis à la discrétion et auæ soins trop officieuæ d'un médecin peu réféchi ou impar~> faitemcnt instruit ?
Les auteurs du Rapport, mentionné plusieurs fois, de l’épidémie du département de l’Oise , disent « que le plus grand nombre des médecins qui ont été appelés pour son traitement, ayant reconnu positivement le génie asthénique , se sont bornés à une médecine expectante; qu’ils ont fait beaucoup en ne faisant presque rien , et que leur pratique a été constamment heureuse; que leur traitement a consisté à prescrire, dès que les malades se mettaient au lit, du bouillon de veau, et une décoction d’orge et de chiendent miellée; à administrer un vomitif, quand l’état saburral était bien prononcé (ce qui déjà n’est plus expectant) ; à calmer l’angoisse qui précédait l’éruption, au moyen d’un lavement chargé d’un peu de savon, d’une potion antispasmodique éthérée, de fomentations émollientes sur l’estomac , et de sinapismes aux extrémités inférieures ; à donner quelques cuillerées de vin du cinquième au septième jour, et à joindre une pincée de ffeiirs de camomille à leur tisane pour les ranimer; enfin, à les purger après le septième jour.
Certainement une semblable médication est la seule à pratiquer quand la maladie est bénigne; mais le principe de l’expectation, qu’on voudrait faire prévaloir ici, serait, étant admis dans tous les cas , tout aussi dangereux qu’une autre médication exclusivement active. J’estime, avec les plus habiles praticiens, que le traitement doit être principalement basé sur l’état des forces et sur l’espèce de fièvre qui accompagne les sueurs et les miliaires ; que leur présence ne doit pas empêcher d’employer les évacuans des premières voies, si la gastricité est évidente, ni même, après avoir eu égard à la nature adynamique de l’épidémie, de pratiquer des émissions sanguines s’il se présente des symptômes d’inflammation dans quelque viscère principal.
Il est, à n’en pas douter, plusieurs cas où l’on doit plutôt insister sur un régime rafraîchissant; mais il en est d’autres où la faiblesse et l’état nerveux ne permettent pas de rejeter une chaleur modérée, les toniques et les cordiaux, malgré la présence des sueurs et la crainte quelles inspirent. On doit surtout se régler , ce me semble, en fait d’éruption miliaire, d’après la considération de sa nature critique ou simplement symptomatique , et ce n’est que dans la première de ces conditions qu’on doit la favoriser, en provoquer et en suppléer, s’il est possible, le complément : d’où il résulte qu’il ne s’agit pas ici d’une maladie simple où l’on peut, comme dans une affection gastrique ou dans
une inflammation, faire la médecine ‘d priori^ et où l’on n’a qu’une seule indication à remplir ; mais que l’état des malades fait naître des idées complexes, où le tact médical doit choisir avec promptitude ce qui convient le mieux à la circonstance.
A tout événement, il est des soins généraux, indispensables, et dont l’omission est toujours funeste, quelles que soient la maladie et la médication : c’est d’aérer, mais avec précaution, les appartemensj de faire changer de linge aux malades, et de leur donner du linge propre, bien sec, non du linge porté, comme le vulgaire le veut quelquefois; d’empêcher qu’on ne les écrase sous de nombreuses couvertures; de soutenir leur courage et leurs espérances, d’autant plus qu’ils sont ordinairement très-découragés; de ne laisser autour deux que les gens nécessaires pour les soigner; d’empêcher surtout qu’ils ne reçoivent aucune mauvaise nouvelle, imprudence d’où l’on voit souvent résulter tout à coup des convulsions, le délire et même la mort. A dire vrai, la mise en pratique de ces conseils trouve souvent plus d’opposition dans les campagnes, que l’administration des remèdes les plus coûteux et les plus désagréables; ce qui fait la fortune des empiriques, toujours prêts à flatter les préjugés populaires : c’est pourquoi les médecins, qui ne l’ignorent pas, doivent d’autant plus tenir une main ferme à leur exécution.
Lorsque, comme dans l’épidémie que j’ai observée à Dorlisheim, et comme il paraît que la
cliose s’est passée chez plusieurs malades du département de l’Oise, les symptômes sont trèsmodérés, et que la maladie paraît plutôt appartenir aux simples affections catarrhales , les soins dont je viens de parler, auxquels on joint les délayans, les potions antispasmodiques, composées d’eaux de menthe, de camomille, de fleurs d’oranger et dç quelques gouttes de liqueur anodine, suffisent dans les premiers jours. Si le malade se sent défaillir, comme il arrive fréquemment depuis le quatrième et le cinquième jour, et que le pouls soit lent, faible, rapide, on donne des bouillons un peu substantiels et quelques cuillerées de bon vin. Si le malade devient loquace, que ses yeux et sa face s’animent, que ses artères carotides et temporales battent avec force, et que le pouls acquière beaucoup de vivacité , on ne doit pas hésiter d’ouvrir la veine et d’appliquer des sangsu.?s au cou et aux tempes, en même temps qu’on lui fait prendre un bain de jambes sinapisé. Si les dégoûts, les nausées, l’état de la langue et autres indices annoncent l’existence de saburres gastriques , on ne doit pas hésiter non plus, dans quelque temps que ce soit de la maladie, sur l’administration d’un vomitif. Lorsque les sueurs ont disparu, et que l’éruption s’est desséchée, on donne un laxatif et un vermifuge, si le défaut d’appétit et l’état des premières voies en présentent la nécessité ; sinon on passe de suite à l’usage dés amers, indiqué pendant toute la convalescence, qui est quelquefois de quinze à vingt jours, durant les-
quels il faut interdire aux malades toii-t travail des champs. Le quinquina est assez souvent l’amer qu’on doit choisir, à cause de la facilité qu’ont ces maladies de dégénérer en lièvres d’accès. Je puis affirmer avoir vu cesser les décès, et des épidémies qu’on disait graves se changer en indispositions légères, dès que cette méthode simple eut remplacé la médication violente et douloureuse a laquelle étaient soumis les pauvres pa tiens.
Mais les sueurs, comme les miliaires, étant le symptôme d’une lièvre putride ou maligne, il faut recourir au traitement que nous exposerons en parlant de ces lièvres. Il peut même arriver des cas imprévus, subits et extraordinaires, qui exigent un jugement prompt et des moyens thérapeutiques tout aussi extraordinaires : tel fut, par exemple, le cas suivant. Dans la nuit du 21 Juillet 1807, le thermomètre étant à vingt-cinq degrés, et pendant mon séjour à Martigues, je fus appelé à la hâte pour porter secours à un ancien capitaine marin , nommé Giniés , âgé de soixante ans, homme robuste, qui était revenu le soir de la pêche du thon. Je le trouvai défaillant, les extrémités supérieures et inférieures roides et comme gelées, le pouls vermiculaire et fugace, la tête et le tronc couverts d’une sueur qui coulait depuis plusieurs heures à grosses gouttes. Etonné moimême de cet état surv^enu si rapidement, et craL gnant que les remèdes internes n’eussent pas un effet assez prompt, je lis couvrir la poitrine et
le Tentre, qui étaient brùlans, de serviettes trempées dans l’eau de puits, eau saumatre dans ce pays, plus froide que l’eau commune; je lis, au contraire, cliaufler les extrémités et appliquer des vésicatoires aux jamÎ3es. Je prescrivis en meme temps une potion cordiale, composée de vin chaud et de laudanum liquide, ce dernier à forte dose, à prendre par’ cuillerées de quart d’heure en quart d’heure. Le 22, plus de sueur, chaleur égale, pouls fébrile et développé : guéri le 27. Cet homme se portait encore bien, à la fin de 1810, à mon départ de Martigues. J’avais regardé cet état comme une éphémère typliode(il y avait alors quelques typhus) , pareille à la suette britannique; j’avais cherché à provoquer une réaction, et je m’étais conduit enfin d’après la théorie (§. 4^8) exposée dans ce chapitre.
Les fièvres pernicieuses diaphorétiques ne peuvent être guéries que par le quinquina , nonobstant toutes les contre-indications apparentes. Dans une épidémie de ces fièvres, au mois de Mai 1798, dans la province de Mantoiie, à Bozzolo , je courus risque de perdre le commis aux entrées de l’hôpital , nommé Dufay , en retardant l’administration du fébrifuge, à cause qu’il avait le visage jaune et des obstructions. J’insistai fort inutilement sur les apéritifs et les fomentations, la fièvre n’en devenait que plus pernicieuse : le malade avait froid et chaud en même temps, et dès le commencement du paroxisme il était trempé d’une sueur
si fétide que je ne pouvais tenir dans sa chambre une demi-seconde, détournant la tête pour lui tâter le pouls, et si abondante qu’il lui fallait changer plusieurs fois de chemises en trèspeu de temps, et à laquelle s’était jointe une diarrhée bilieuse avec ténesme, dont le malade, presque toujours dans un état léthargique, ne s’apercevait pas. Je fus assez heureux pour pouvoir faire prendre le quinquina en substance et à grandes doses, qui fit cesser les sueurs, la diarrhée, la fièvre, et qui sauva mon malade. Mais, dans d’autres circonstances , soit dans le Mantouan, soit à Martigues, j’ai craint souvent de n’étre pas arrivé à temps pour employer le fébrifuge, tant la sueur était abondante, tant elle augmentait au moindre mouvement du malade, tant celui-ci était anéanti dans ses forces physiques et morales, menaçant à chaque instant de défaillir : c’est pourquoi je me suis vu obligé de faire poudrer tout le corps et de l’asperger d’eau froide, pour mettre des bornes a cet écoulement, et donner le temps aux alimens et aux médicamens de rendre aux vaisseaux et à la peau leur énergie convenable; pratique dont je n’ai jamais eu lieu de me repentir.
§. 412, Les causes occasionelles de ces maladies étant les memes que celles des précédentes et des suivantes, elles exigent les mêmes mesures hygiéniques pour les prévenir, et il serait fastidieux d’en faire une nouvelle énumération. Cependant, ayant donné un exemple d’épidémie occasionée par le curage intempestif d’un
canal de navigation (§. 4^5, C.), nous éprouvons le besoin, en ce moment où les système^ de canalisation sont en si grande faveur, d’exprimer le vœu qu’on fasse marcher de front le soin de la conservation des hommes avec les intérêts du commerce, dans l’établissement des réglemens concernant les précautions à prendre V lors de l’entretien et du nettoiement des dilFérens canaux. (§§. 18,61 etsuiv.)