CHAPITRE Vil
ONiZIÊMÉ, DOUZIÈME ET TREIZIÈME ESPÈCES.
Des fies^res épidémiques des femmes en couches^
§. 4^5. Les maladies dont nous venons dé nous occuper, m’ont naturellement conduit à parler des risques que courént les accouchées durant le règne des constitutions morbides. Nous avons Vu, dans le pénultième chapitre, les femmes grosses singulièrement disposées à avorter et à périr dans les affections catarrhales qui attaquent les organes de la respiration, et, dans le précédent, les accouchées fort sujettes à une éruption miliaire le plus souvent d’un fâcheux pronostic. Ces deux états de la femme sont donc des états particuliers qui méritent les plus grandes considérations. Quoique fonctions spéciales, assignées a ce sexe, la grossesse et raccouchement n’en sont pas moins une doui.
leur continuelle, une disposition aux maladies.
Il est rare surtout que les accouchées échappent aux épidémies, à tel point que leur situation paraît être réellement une condition favorable pour recevoir Télément fébrile des salles d’hôpital, lors même que les causes ne sont pas suffisantes pour que tout le monde en soit affecté; ce qui fait que les hôpitaux, les mieux tenus même, ceux des grandes capitales, sont si souvent funestes aux femmes en couche. Disons encore qu’il y a même des années où elles sont sujettes à des sortes d’épidémies qu’elles éprouvent il l’exclusion de tous autres individus; que les maladies aiguës acquièrent chez elles une gravité qu’elles n’ont point de leur nature ; et qu’enfin presque toutes les fièvres des accouchées prennent une intensité pernicieuse, une marche désordonnée, un caractère nerveux et typhoïde, qui déconcertent à chaque instant le praticien, et qui se mettent entièrement hors de la ligne des crises et des jours critiques. Or, un état qui ne ressemble à aucun autre, qui a ses phénomènes particuliers, qui dénature le type ordinaire des maladies et laisse voir après ^ la mort des lésions spéciales, méritait d’avoir un nom , et nous avons adopté celui qui lui a déjà été donné par quelques observateurs, de piierpéralité ; non que cet état soit décidément par lui -même une maladie, mais parce qu’il modifie toutes les maladies inflammatoires, gastriques, putrides, etc., que la femme en couche peut avoir.
J’ajouterai (et l’experience m’a prouvé que ce point est essentiel) qu’à côté de cette manière insolite d’exister il faut placer, comme fléaux peut-être supérieurs aux maux naturels, les préjugés des femmes, qui s’emparent des soins qu’exigent les accouchées comme d’un domaine qui leur est exclusif; les complaisances et l’adulation qui, dans les rangs un peu élevés, entourent la nouvelle mère, et l’ignorance de la plupart des açcouciieurs et des accoucheuses, souvent étrangers aux liiniières de la médecine philosophique, quand on les sort du mécanisme des accouchemens. Ces entraves ont été bien signalées par l’un des plus beaux génies de l’école de Montpellier , l’illustre de Saunages ^ lorsqu’il dit : Hic morbus periculo^issimiis est , et medendi methodus œgre ab adstajitibiis admit^ titur {Nosolog. method., cl. 5, ord. i, gen. i5, spec. '^)'., et Sennert avait aussi fait la meme remarque {Pract. med., lib, 4)- Mes lecteurs, à qui je donne cet avis, sauront vraisemblablement en profiter, tenir ferme contre les gens du monde, quelle que soit leur autorité, qui veulent se mêler de médecine, et se retirer lorsqu’il leur est devenu impossible de faire le bien.
Je me suis déja“ occupé de ce sujet dans un Mémoire inséré dans un des premiers numéros du Journal complémentaire du Dictionnaire des' sciences médicales; j’j ai encore médité depuis, et le résultat de mes laborieuses analyses a été de me fournir tréis espèces d’état
îïioi'l)ide des femmes en couches, spasmodique ^ inflammatoire et gastro-adynamique.
§. 4^- Nous commençons à avoir une preuve de rinfluence de la puerpëralité pour aggraver les maladies régnantes, dans plusieurs observa-* dons comparatives, insérées dans les oeuvres du père de la médecine. Hippocrate (dans ses cons-* titutions de trois années observées à Tharse)^ nous donne l’bistoire de plusieurs femmes en couches attaquées de fièvres, dont la marche est évidemment différent^ de celle des maladies qui régnaient chez les autres individus , et qui se jugeaient le plus ordinairement en bien ou en mal au quatorzième jour. Ainsi, Fépouse de Philin , ayant accouché heureusement d’une fille, est prise, au quatorzième jour, de la fièvre régnante avec frisson, et meurt le vingtième j celle (ÏÉpicrate tombe malade le surlendemain de raccouchement d’un fils, éprouve une crise le vingt - septième jour, rechute le trente - unième, a des vomissemens bilieux le quarantième, et n’est parfaitement libérée qu’au quatre-vingtième jour. Celle de Dromiade avait accouché d’une fille, depuis deux jours : tout allait bien, lorsqu’elle est prise d’une fièvre violente avec froid; elle meurt le huitième jour au matin avec des convulsions. La femme qui demeurait au septentrion ^ après avoir accouché d’une fille , les lochies n’ayant pas bien coulé, prend la fièvre le troisième jour, avec frissons, * délire, diarrhée, urines aqueuses; elle est trèsmal jusqu’au vingt -septième jour. La fièvre
cesse, le ventre se resserre; il y a douleur à la hanche droite; la fièvre reparaît bientôt; apparence de mieux au quarantième jour; la toux se déclare; tantôt bien, tantôt mal, jusqu’au soixantième; la fièvre devient plus aiguë; la voix manque, puis reparaît; selles 'bilieuses; urines noires et claires; assoupissement j délire; retour à la raison, insomnie, esprit colère et inquiet; mort le quatre-vingtième jour. (J’ai observé un cas parfaitement semblable à la clinique de notre Faculté). A Cysique, la femme qui s’était délivrée, avec difficulté , de deux jumelles, avec très-peu de lochies, fut promptement atteinte d’une forte fièvre, qui commença par des frissons, insomnie, troubles, délire, dé^ jections bilieuses, urines noires, perte de la parole au seizième jour, et mort le lendemain dans la frénésie , etc. Ces histoires sont extraites du I.®"" et du III.® livre des Maladies populaires, et les livres II, IV, VI, V, YII, en fournissent encore d’autres. L’auteur ne parie d’aucun traitement, ce qui nous donne seulement la marche de la maladie livrée à elle -meme ; mais nous allons voir dans une médecine plus active et en apparence plus perfectionnée, dans une histoire de plusieurs épidémies, des scènes plus étendues et plus affligeantes , des tentatives de guérison par diverses méthodes, des recherches étiologiques par la fouille dans les cadavres, et des divisions d’opinions qui prouvent l’obscurité dont s’enveloppe le sujet.
§. 41 5. i."" Nous commencerons par l’épidémie