‹ Leçons sur les épidémies et l'hygiène publique. Faites à la Faculté de Médecine de StrasbourgChapitre 20 sur 23 · QUATORZIÈME ET QUINZIÈME ESPÈCES · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME ET QUINZIÈME ESPÈCES

J)e V érjsipele ' et des jievres érysipélateuses.

§. 428. Voici un autre exanthème assez fréquent, tant comme maladie primitive que comme l’ombre d’autres maladies : dont nous eussions pu ne traiter que comme symptôme ou compagne de plusieurs fièvres graves, tant de celles dont nous avons parlé, que de celles qui feront le sujet des deux sections suivantes; mais que nous avons jugé nécessaire de considérer à part, parce que, ainsi qu’on le verra bientôt, il s’est montré à la suite de plusieurs épidémies, dont il a semblé a leurs historiens former le caractère essentiel.

L’érysipèle , que le vulgaire appelle encore la rose ou le violet , peut très-bien se définir tme pblegmasie superficielle de la peau ou des membranes, non circonscrite,' étendue en largeur, douée de mobilité ; d’une couleur de rouge vif, quelquefois foncé, souvent clair ou jaunâtre; d’une chaleur ardente, fort semblable aux produits des exutoires; disparaissant sous la pression pour reparaître ensuite; pouvant être idiopathique, accidentelle, ou symptomatique d’une affection générale , ce qui est le plus commun , et dans ce cas pouvant devenir charbonneuse ou gangréneuse.

D’abord , sensation incommode à la partie

qui doit être affectée, clialeur superficielle, prurit; bientôt douleur ardente, rougeur délayée de blanc et de jaune, resplendissante , sans tumeur ni dureté , se dissipant par la compression et revenant aussitôt après, produisant souvent des phljctènes, s’étendant facilement aux parties voisines, sujette à disparaître et à se porter avec célérité et à l’improviste sur des parties éloignées, même à l’intérieur, et réciproquement; inflammation incapable de produire une véritable suppuration, mais fournissant quelquefois une matière ichoreuse, propre à produire des ulcères et dont la desquamation de l’épiderme est la terminaison la plus ordinaire.

Cette maladie a pris chez les auteurs différens noms, suivant les parties du corps qu’elle occupe, ou suivant le symptôme le plus éminent par lequel elle s’est signalée. La face, le cou et les membres sont les parties quelle occupe le plus souvent; mais elle se plaît quelquefois à entourer le tronc comme une ceinture, une guirlande, et on l’a appelée alors zona ou zoster. Elle s’est étendue parfois sur to ut le corps, présentant, par la couleur et la douleur, les phénomènes de l’ignition, et elle a été nommée par les Grecs et les Romains {Hippocrate , Celse , Pline ^ Galien , etc.) feu sacré I feu persique par les Arabes, par Phases^ entre autres, qui avait eu l’occasion de l’observer dans les contrées de l’Orient, où elle est très- commune ; mal des ardens , feu de Saint~Antc)ine y par les auteurs d^i moyen âge.

cFaprès le symptôme principal et la dévotion qu’avaient les malades au saint que je viens de nommer.

§. 4^9- Le premier exemple qu’on lise des érysipèles épidémiques se trouve dans Hippo-' crate ^ décrit sous le nom pestUentleL

Pendant cette année, que le divin vieillard nous apprend avoir été entièrement australe , molle et humide , il y eut de fréquens érysipèles malins, qui enlevèrent beaucoup de monde, entremêlés de maux de gorge et à la langue , d’aphthes, de dartres rongeantes, de lièvres ardentes avec délire, d’ulcères à la bouche, d’enflures aux parties sexuelles, d’ophthalmies, de charbons, et de divers dérangemens des fonctions des organes de la digestion, etc., qui se terminaient par la mort. Chez plusieurs les érysipèles vinrent à la suite des blessures les plus légères; ils se montraient indifféremment sur toutes les parties, mais principalement h la tête chez les sexagénaires, et s’étendaient avec une elfrayante rapidité. Chez la plupart, l’exanthème se terminait par suppuration ; les chairs, les nerfs et les os étaient profondément lésés, et ces derniers même se désarticiilaient ; ce n’était pas du pus, mais une certaine pourriture d’où s’écoulaient beaucoup de liquides de différentes espèces. Ceux qui en furent attaqués à la tête perdirent les cheveux et la harhe, d’autres perdirent des articulations, et ces accidens' avaient lieu sans fièvre comme avec la fièvre. II était nécessaire que l’érysipèle sup-

purât • car les malades chez lesquels le mal parvint a cet état de maturité, furent sauvés pour la plupart, tandis qu’il en mourut beaucoup de ceux où il ne l’atteignit pas. Des diarrhées et des urines abondantes furent pareillement critiques. Les jeunes gens en souffrirent le plus, et lorsque le mal se portait aux parties sexuelles, il n’en était que plus dangereux. (Voyez la constitution en entier dans l’original. Hippoc. de morb. vulg., lib. 3^ sect, 2^ Status pest iléus. )

L’on sait par les chroniqueurs du temps, qu’il y eut une terrible épidémie du mal des ardens en Lorraine, en l’année ii5o, sous Louis YII, dans laquelle les malades étaient tourmentés par des douleurs atroces, dévorés et comme brûlés par une humeur ichoreuse, qui leur corrodait les pieds, les mains et quelquefois le visage, et en telle quantité que les places publL ques, les temples et les maisons des évêques étaient remplis de souffrans qui poussaient des hu rî e m e 11 s a ffr e u:^^ ,

Platçr 3. décrit, sous le nom de macula lata une maladie populaire de son temps, qui coin sistait en une tache d’abord petite , s’élargissant ensuite, paraissant, chez des sujets qui avaient été plusieurs jours langiiissans, sous le mamelon et à la région du cœur , quelquefois sur les mains et sur les parties les plus sensibles du corps, d’abord d’un rouge pâle, puisJivide, passant bientôt an noir {Opère, ^ tom. 2, p. 20), Tulpius a désigné sous Je nom de Ilerpes

dens prœcordia 3 une couronne de vésicules trèsrouges, d’une douleur excessive, d’une ardeur cuisante, qui devenaient blanclies, puis noires, placées à la région précordiale et dégénérant en ulcère rongeant {Obsen\ medicin, , lib. 5, cap. Z|4). Ces maux ont une grande analogie ave le zoster de Pline, qui consistait en une couronne pareille ou ceinture de quelques doigts de large, placée sur le nombril autour du corps, composée aussi de vésicules rouges très-rapprochées, contenant uûe humeur brûlante comme le feu, et se terminant promptement par la mort. Ils n’ont pas de moindres rapports avec la pustule maligne et avec la pourriture d’bôpital, dont nous parlerons à la section suivante , et tous ensemble présentent une idée de la malignité de l’humeur, qui donne lieu à l’inflammation érysipélateuse en général. Cette malignité se retrouve encore dans ce qu’on a nommé érysipèle phlegmoneiiæ , espèce dans laquelle le principe érysipélateux, se üxant plus profondément dans le tissu cellulaire, y détermine quelquefois une suppuration qui détache les tendons, les muscles et les ligamens, çt qui désorganise la partie, comme la chose est arrivée dans l’épidémie décrite par Hippocrate.

§, 45o. Sans doute l’érysipèle n’est quelquefois qu’un accident local; mais, dans les espèces dont il est question ici , il est rare que la lièvre ne précède pas de deux, trois à quatre jours l’apparition de l’exanthème. J. P. Franck rapporte aYoir observé à sa clinique de Pavie, que.

^iir vingt cas d’érysipèle, l’exantlièrie il avait paru dans douze que le deuxième ou le troisième jour depuis le commencement de la fièvre; dans six , le premier jour, au moment de l’entrée de la chaleur, et dans deux cas seulement avant la fièvre {Epitom., tome 5, §.281). JNotre pratique nous a fourni les mêmes faits ; d’où nous pouvons conclure que, si la phlegmasie cutanée primitive peut quelquefois donner la fièvre, le plus souvent^ et dans la proportion de deux à vingt, elle est occasionée par la fièvre. Très-souvent l’accès fébrile c[ui précède l’exanthème commence par un froid de quelques heures, eî il est rare qu’il n’y ait pas de frissons; suivent la chaleur et la céphalalgie, d’ordinaire assez intenses, ensuite la sueur au bout de vingtquatre heures : arrive successivement un nouveau frisson, qui commence le second jour, puis la chaleur et le mal de tête, tantôt continus tantôt entrecoupés de frissons; puis, sur le soir de ce second ou du troisème jour, les symptômes augmentent singulièrement, le malade éprouve du dégoût pour les alimens; bouche amère, nausées, vomituritions , même vomissemens, de l’inquiétude, de l’insomnie; et, si c’est un enfant^ il est assoupi ou il a des convulsions. Il y a soif, sécheresse de la langue, et le plus ordinairement constipation. Selon l’espèce de la fièvre, le pouls est dur, contracté et ïvé(j[uent {inflammatoire) ^ mou, plein et fréquent {gastrique) ^ faible et s’écartant peu du naturel pour la fréquence {nerveuse ou adjnamique)^ Cependant la partie

qui doit être frappée en éprouve les annonces par un sentiment de pesanteur, de chaleur, bientôt de prurit, puis comme d’une brûlure 5 il y a douleur derrièi^e les oreilles et le long des jugulaires, si c’est à la-tête que l’érysipèle doit se fixer; aux aisselles, si c’est aux bras; aux glandes inguinales, si c’est aux extrémités inférieures : bientôt se montre une tache de couleur rosée, qui, d’abord circulaire, s’élargit insensiblement.

Dans l’érysipèle de la tête, qui est le plus com~ mon, cette tache est d’abord fixée à une joue, d’où elle passe à l’autre , s’étend au front et successivement au cuir chevelu , avec enflure des parties voisines. Les paupières surtout paraissent comme œdématiées , et couvrent les yeux, qui sont rouges et enflammés; la lèvre supérieure et le nez participent à ce gonflement , d’où le passage de l’air se trouve intercepté : la rougeur, l’ardeur, la douleur s’étendent à l’oreille externe. En un mot, le deuxième ou le ' troisième jour de l’éruption, la tête entière a acquis une telle grosseur que le malade est méconnaissable^. ce n’est plus du rose, mais une rougeur foncée, qui fait le fond de ce m.asque, dont tous les points sont douloureux et font éprouver la même sensation que s’ils étaient composés de petites aiguilles. De là, chez les uns, un assoupissement profond,; un sommeil comme iétliargique ; chez les autres, un délire furieux. L’extension de l’érysipèle daxis Tintéri^ur de la bouche, dans l’arrière -hoiiche, les

fosses nasales et les organes de roreîîle externe 5 produit assez souvent la difficulté d’avaler, de parler, d’entendre et d’odorer, meme de respirer, si ce n’est la bouclie ouverte: il n’est pas rare de voir naître des vomissemens de matière verdâtre, effet sympathique de l’affection communiquée à l’estomac ; et lorsque l’érysipèle étendu sur le cuir chevelu s’est propagé à la nuque, au cou et à la conque auditive, tel est l’état de souffrance des malades, qu’il n’est plus de point sur lequel il leur soit possible de reposer la tête : d’où il est facile de comprendre quelesiége de la maladie à cette partie du corps est en général de tous le plus fâciieux et le plus dangereux. Quoiqu’en effet on ne doive jamais trop s’y lier , lorsque l’éruption se fait partout ailleurs, il n’en résulte ni d’aussi grands troubles, ni d’aussi grandes douleurs, à moins que l’érysipèle ne soit fixé à des endroits dont la peau esl mince et très- sensible, comme au scrotum, au prépuce et aux grandes lèvres, parties qui passent facilement à l’état gangréneux; ou qu’il ne s’agisse d’un érysipèle phlegmoneux, dont la suppuration ^est à craindre, comme nous l’avons dit plus haut.

La peau du malade est généralement sèche et contractée; mais, sur la partie frappée d’érysipèle, l’œil du médecin exercé voit naître de bonne heure de petites bulles, des vésicules ou même des phlyctènes, remplies d’une sérosité jaunâtre, quelquefois blanche, quelquefois rougeâtre, ordinairement âcre , brûlante : ces vési-

Cilles peuvent acquérir une grosseur démesurée, meme celle d’un œuf de poule (pemphigus) , ou prendre la forme des vessies occasionées par les cantharides ou par la brûlure. Cette humeur, lorsque les vessies ou pustules se rompent d’ellesmemes, peut se condenser par l’action de l’air et devenir croûte plus ou moins épaisse, blanche, brune, noirâtre, sous laquelle se forment des ulcères, sources de nouvelles inflammations et quelquefois de gangrène.

A l’opposé de plusieurs autres lièvres exanthématiques, il est rare, quand l’érysipèle est étendu, que la lièvre diminue; on la voit, au contraire, le plus souvent augmenter et devenir plus menaçante. En vain y a-t-ii sur un point diminution dans la rougeur, la douleur et la tumeur: l’érysipèle passe avec tous ses accidens dans la partie voisine, et de proche en proche sur tout le corps , excepté à la paume des mains et à la plante des pieds, comme je l’ai vu plusieurs fois chez des sujets très-disposés à cette maladie; ce qui donne de la continuité à la lièvre, ou plutôt ce qui en fait une succession non interrompue de rémissions et d’exacerbations. Enfin, suivant le degré d’intensité de l’exanthème , sur la fin du quatrième ou cinquième jour, depuis l’éruption, le sixième, septième, huitième et même douzième jour, la peau, qui jusqu’ici était restée très-sèche, ainsi que l’intérieur de la bouche, commence à se ramollir, et la maladie se juge par une sueur abondante pendant la nuit, par une hémor-

rliagie nasale, la diarrhée, des urines sédimen-^ teiises et la sueur en même temps. La crise (indice manifeste que le mal n’était pas une simple plilegmasie cutanée) est quelquefois précédée d’un mal-aise accompagné de frissons et d’un peu d’angoisse, qui dure quelques heures. Dès ce moment la fièvre et l’érjsipèle perdent de leur force, la peau s’affaisse et pâlit, l’épiderme tombe en écailles ou en poussière , et le corps reprend sa netteté dans l’espace de peu de joursj toutefois, à cause des attaques successives qui auront eu lieu , et qui font que, tandis que la desquamation s’opère d’une part, fin-' flammation commence ailleurs, le jugement définitif est souvent très-retardé et n’a lieu que le dix-septième ou le vingtième jour, et même plus tard , comme je pourrais en citer de nombreux exemples.

§. 4^1. La fièvre érysipélateuse est assez souvent inflammatoire (aSa), et dans ce cas la couleur de l’exanthème est d’un rouge plus foncé, la tumeur plus profonde et plus dure, la douleur plus lancinante , plus pongitive ; enfin , cette inflammation se rapproche davantage de la nature du phlegmon que de celle de la simple phlegmasie. Le pouls est plus plein, plus dur, plus rebondissant, et c’est plus particulièrement dans la saison du printemps qu’on a des occasions d’observer cette espèce. 11 s’y associe assez souvent des signes de gastricité, tels que langue sale, mauvais goût à la bouche , nausées, rapports nidoreux, teinte jaune de la

face et du blanc de l’œil, etc.; et pour-lors le pouls est plus mou , quoique assez souvent plus fréquent.

Mais la fièvre érysipélateuse épidémique la plus commune, que j’ai plus particulièrement en vue dans ce traité, est celle qui porte tous les caractères de l’adynamie ; celle où l’exanthème se présente au milieu d’un état de prostration des forces, de lipothymie, de délire, d’assoupissement , de stupeur, de soubresauts des tendons, de tremblemens, de convulsions et autres symptômes aîarmans, que le médecin juge étrangers à la gastricité autant qu’à la pléthore sanguine; et si l’efflorescence a lieu, elle ne tarde pas à prendre une couleur livide, à passer à la gangrène ou à se changer en ulcère rongeant. Assez so.uvent, alors, c’est moins à la peau que sur les organes intérieurs que l’exanthème Se fixe, comme si le défaut de forces ne permettait pas qu’il put parvenir jusqu’à l’en- Teloppe extérieure : déposé sur les tuniques du cerveau-, de la gorge, des poumons, de l’estomac, des intestins, du foie, de l’iitériis, il donne lieu à ces inflammations malignes , à ces fausses frénésies, angines, pleurésies, etc., considérées par les observateurs comme pestilentielles et dont nous avons déjà parlé, il serait absurde, parce que ce serait contre d’observation, de trouver de la contradiction entre un état de malignité et un état inflammatoire, et de nier qu’ils puissent exister ensemble : ils existent évidemment dans la peste, dans laquelle les pus-

tilles, les cliarbons et les bubons sont des accidens appartenant à rinflamination , et dans laquelle la saignée a quelquefois son utilité , comme elle en a dans plusieurs fièvres malignes d'Europe accompagnées d’exantbèmes. Il suffit seulement, pour s’entendre et pour bien opérer, de distinguer les intlammations et leurs différens degrés.

Les observations minutieuses auxquefles je me suis livré , tant sur les vivans que sur les morts, m’ont fait voir que bien souvent, quand l’exantbème affecte la face , la membrane muqueuse buccale s’enflamme aussi, et que cette inflammation s’accompagne de la douleur et de la cbaleur qui appartiennent à celle de la peau, se terminant aussi par une espèce de desquamation. Il n’est pas rare non plus de voir l’érysipèle, qui a commencé aux organes sexuels extérieurs, se propager sans interruption par le vagin jusqu’à l’utérus. Les autopsies confirment ensuite ce que lès symptômes avaient fait présumer : on voit que l’érysipèle a passé de l’urètre a la vessie, au vagin, à l’utérus, aux ovaires j on voit les méninges, les plèvres, l’œsopbage , le cœur lui-même et les gros vaisseaux, l’estomac, les intestins, le péritoine, etc., offrir à leur surface une rougeur de feu, sans épaisseur et sans dureté. Cbez une femme, déjà au treizième jour d’une fièvre érysipélateuse, l’exantbème quitta la face pour gagner les pieds ^ des pieds il se porta bientôt au bassin, puis de nouveau à la face, de là au ventre, du ventre

à un pied,* de cette partie aux côtes et aux poumons j enfin,' par une dernière et funeste attaque, au cerveau j et celui-ci était coloré comme nous venons de le dire. Chez une autre femme, a laquelle on venait d’enlever une mamelle squirreuse, qui avait été remplacée de suite par une rougeur érysipélateuse de tout le corps, à laquelle succéda une péripneumonie mortelle ; chez cette femme , disons-nous, la surface des poumons se montra d’un rouge vif, sans autre altération de ces organes que cette couleur et un épanchement séreux dans la cavité thorachique. Sans doute aussi l’érysipèle est parfois d’abord intérieur, et son apparition aux surfaces externes devient critique : c’est ce que l’on doit admettre lorsque, dans les épidémies dont nous parlons, on voit des transports au cerveau, des céphalites , des otites, des pleurésies, des péripneumonies, des gastrites , des entérites, etc., se juger heureusement dès l’instant qu’un érysipèle paraît sur la peau, ainsi que l’ont annoncé tous les maîtres de l’art, Hippocrate , Galien, Hoffmann, Boer-haace , Van - Swieten , Burserius , Tissot , J. P. Franck, etc. On pourrait meme dire, surtout en fait d’épidémies , que ce genre d’inflammation des viscères est plus fréquent que le phlegmoneux, et plus on se livrera à l’anatomie pathologique, concurremment avec l’observation clinique , plus cette assertion sera mise en évidence*.

§. 4^2. Nos études sur les causes occasionelles des épidémies nous apprennent, comme chose III, ;i3

certaine , que Térysipèle peut être produit par les causes occasionelles de toutes les fièvres qu’il accompagne , même des fièvres intermittentes , sans pouvoir dire positivement la raison pourquoi plutôt un érysipèle que des miliaires, des pétéchies, etc. 3 mais heureusement qu’en ceci, comme en toute autre chose, la connaissance du phénomène suffit au succès du traitement.

Les fièvres gastriques et la fièvre bilieuse sont principalement en possession de donner cet exanthème j et lorsque nous considérons qu’il est souvent la suite immédiate de l’ingestion de certains coquillages, de certains poissons et de leur foie surtout , ainsi que de plusieurs autres alimens tirés des deux règnes, on ne peut qu’admirer la facilité avec laquelle, sur les diverses surfaces du corps, à la tête surtout, il succède au trouble de l’estomac : ce qui justifie, jusqu’à un certain point , l’opinion , si généralement répandue, que l’érysipèle est occasioné par la .hile mise en mouvement par une cause quelconque. On ne saurait non plus révoquer en doute que cet exanthème tire souvent son origine de la mauvaise qualité des alimens et des boissons (voyez la section) , des vers, des poisons et des saburres quelconques, qui séjournent dans le canal digestif. L’heureuse guérison de la maladie par le moyen des vomitifs et des purgatifs prouve suffisamment , dans certains cas, cette connexion entre la cause et l’effet. Cependant l’amertume de la bouche , les nausées, les vomituritions, les vomissemens bilieux

meme et îa couleur jaunâtre de rérysipèle sont loin de pouvoir toujours suffire pour nous faire admettre ce caractère unique 5 et d’ailleurs, si la peau sympathise 'avec l’estomac, elle ne sympathise pas moins avec tous les autres viscères, avec le système nerveux et artériel, et meme avec le sang : d’où l’on voit combien sont éloignés de la vérité neux qui ne placent les causes occasipnelles de l’érysipèle que dans les alimens et dans les boissons propres à produire des saburres gastriques.

Nous avons décrit, dans le premier ordre de notre classification des épidémies (§§. i55 et suiv.), des maladies qui ont le plus grand rapport atec la fièvre érysipélateuse putride dont nous traitons ici; sans doute les grains avariés, malades, mélangés de substances vénéneuses et les eaux corrompues ont été et seront toujours très-propres à la produire; mais la maladie s’est montrée dans tant d’occasions où il n’avait nullement été question de ces causes pathogéniques, et dans des circonstances C|ui favorisaient les maladies catarrhales malignes dont il a été question jusqu’ici, que nous devons admettre aussi qu’un air chaud et humide ou froid et humide , et chargé de miasmes délétères, n’est pas moins propre à produire la fièvre érysipélateuse putride ou maligne que chacune de ces autres affections. Dans l’épidémie décrite par Hippocrate J ce père de l’art ne nous dit pas que ses malades eussent fait usage de mauvais alimens, d’un mauvais régime

(ce qu^il a soin de noter dans Toccasion); mais nous apprenons de lui que la constitution de Tair de toute l’année avait été molle, chaude et humide, constamment dominée par les vents du sud-ouest. Hippocrate a appelé cet état pes~ ^ tilentiel y non parce que c’était la peste, telle qu’on l’entend dans les temps préseiis , mais parce que c’était un temps dans lequel régnaient épidémiquement des maladies extrêmement graves {pessimœ y ou les plus mauvaises de toutes, Koipoç indiquant généralement chez les anciens Grecs quelque chose de très - pernicieux , de très-corrompu). Il est donc plus que vraisemblable que ces maladies étaient le fait d’un air humide et chaud, chargé de miasmes venus de quelque part : objet qui n’avait pas encore été saisi , non plus que la contagion , par la médecine d’alors , et que les maladies périodiques qui régnaient en même temps , mettent selon nous en toute évidence.

§. 453. Quel est le siège principal de l’érysipèle? Ne consiste -t- il qu’en une inflammation sympathique? Est -ce une simple maladie locale, ou bien cet exanthème est- il quelquefois une dépuration ? Quelle est la nature de cette inflammation?

Des diverses parties qui composent l’enveloppe cutanée, savoir, le chorion, le corps réticulaire, les papilles, les glandes sébacées et l’épiderme, la seconde , le réseau vasculaire ou système capillaire, siège en même temps de l’exhalation et de l’inhalation, paraît être en réalité celle

où s’établit de nécessité l’inflammation érysipélateuse, quoiqu’il faille convenir qii’ensuite toutes les autres y participent. Par là s’explique avec facilité la formation de l’érysipèle local, par suite de plaies, de fractures, de luxations, des onctions avec des corps gras devenus rances, de la piqûre d’insectes, d’orties, etc», accidens qui n’ont que des rapports de forme et de situation avec l’exanthème que j’ai en vue , à moins qu’il ne s’agisse de sujets attaqués d’un vice herpétique, cancéreux , scrophuleux, scorbutique ; cas dans lesquels l’érysipèle accidentel peut pareillement devenir très-grave. Il est aisé de concevoir que l’irritation qu’éprouvent les papilles nerveuses par l’application de l’une de ces causes , se communique au système capillaire, qui est immédiatement sous le domaine des nerfs , à tel point que des affections d’ame un peu graves , telles que la colère , ont quelquefois suffi pour produire l’érysipèle ; d’une autre part, le réseau capillaire est de tous les tissus membraneux le plus propre à faire participer tous les tissus de l’inflammation érysipélateuse , chaque fois que le liquide admis dans ces vaisseaux pourra y être retenu par le spasme ou par tel autre moyen de constriction capable de le soustraire à la circulation. D’une autre part encore, nul système de vaisseaux n’est plus propre que le capillaire à se colorer et à se décolorer avec une extrême promptitude , comme on le voit par l’effet subit et immédiat des passions : exemple de l’inconstance et de la versa-

tilité de Terysipèle, et, par analogie, nouvelle preuve de l’existence de son siège dans le réseau capillaire. ^

Cet exanthème n’est-il qu’une affection locale, une inflammation qui succède à celle de l’estomac, comme tous les érysipèles volans successifs ne seraient que des accidens qui succèdent à un accident primitif, ainsi que l’avait imaginé Marc- Antoine Petit de Lyon, et comme plusieurs autres l’ont répété après lui? Le cahier d’Avril 182 1 du Journal général de médecine (tom. 75, pag. 82 etsuiv.), a publié un Mémoire de MM. Conté elAmiel, de Toulouse, composé de dix observations d’érysipèles guéris par des vésicatoires appliqués sur l’inflammation meme, qui ont été recueillies dans le but de prouver la localisation de cette maladie. Les faits se sont passés au printeinj)s de 1817 et au commencement de 1818, époques où régnaient a Toulouse des affections catarrhales. Voici en substance l’histoire et le traitement de ces érysipèles. « Premier jour de la maladie, fièvre vers une heure de l’après-midi , qui revint le lendemain à la meme heure. Troisième jour, douleur tensive à la ]oiie, au bras ou à la cuisse, etc. (car ces érysipèles n’ont pas tous paru au meme endroit), avec tuméfaction vague, chaleur intense, rougeur vive, disparaissant sous la pression et reparaissant avec la cessation de celle-ci; langue muqueuse et sèche; dégoût, nul appétit, légère diarrhée; pouls fréquent , petit et dur, peau sèche et brûlante; soif, insomnie. Quatrième jour, même état. Pour tout

remède , diète absolue , limonade, et vésicatoire appliqué sur la partie la plus enflammée et laissé pendant une heure et demie. Le soir du meme jour, tension, douleur, rougeur moindres; retour peu après du même état morbide sur le nez et sur la joue opposée (dans l’érysipèle à la tête) ; nuit moins agitée , mais point de sommeil ; symptômes pourtant diminués. Cinquième jour y vésicatoire sur la nouvelle joue affectée; l’érysipèle a presque disparu ;'la peau est souple, la diarrhée se supprime; plus de soif; la langue est humide et dépouillée en partie; le pouls est moins fréquent, plus mou: retour de l’appétit et du sommeil. Siæième jour y quelques plilyctènes, oceasionées par le vésicatoire ; écailles qui se détachent : l’érysipèle disparaît entièrement ; il ne reste qu’un léger empâtement du tissu cellulaire, et les malades sont guéris le dixième jour.

Ces dix observations, que j’ai réduites à une seule, parce quelles se ressemblent toutes, à part le siège de l’exanthème , prouvent précisément tout le contraire de ce que les auteurs auraient voulu leur faire prouver. Comment ont -ils pu se refuser à voir que, si la phlegmasie cutanée avait été la cause de la lièvre, celle-ci aurait précédé la fièvre. On voit, au contraire, l’érysipèle précédé de perte de l’appétit, de dégoût,^ de langue muqueuse, de céphalalgie, de lassitude générale , de douleurs dans les membres , de fièvre plus ou moins forte , d’agitations , de vêvasserie , quelquefois de frissons et de syn-

copes; on voit ces symptômes persister jusqu’à la sortie de Texantlième, et cesser lorsque celuici a ëtë parfaitement ëtabli. (Mëmoire idem.) Or, loin de prouver la localitë de rërysipèle, ces observations ne dëmontrent-elles pas, i.” le consensus de la peau avec l’estomac et l’insuffisance des signes d’anorexie pour établir un ëtat positif de gastricitë ; 2.'’ que, dans les fièvres dont il a ëtë question , rexantlième a ëtë une crise , une expulsion de matière morbifique , que le vésicatoire a aidée, en bâtant le complément de l’éruption. Ces succès , mêlés de témérité et du pouvoir autocratique de la nature, ne veulent pas dire (et je m’attendais que le savant M. f^illermé, rapporteur du Mémoire, en aurait fait la remarque) que la saignée et les Vomitifs, même le quinquina, ne soient jamais nécessaires dans la fièvre érysipélateuse; moins encore qu’il convienne toujours d’appliquer le vésicatoire pour aider l’éruption, pratique que je me garderai bien de recommander: nous en concluons, au contraire , qu’il est des érysipèles par cause interne, dont la peau, comme les autres membranes, sont les aboulissans; qu’il en est de locaux, auxquels les vésicatoires, ainsi que tous les caustiques, sont adaptés , et qu’il en est qui accompagnent les plaies, dont le traitement est le même que celui de ces plaies.

Mais la succession des inflammations par sympathie suffit- elle pour expliquer les effets bons ou mauvais de l’éruption érysipélateuse ? Tous les jours nous avons sous nos yeux des personnes

sujettes depuis longues années à cette maladie, qui en souffrent une, deux, trois fois par an ; qui , avant que rériiption paraisse , languissent misérablement de toutes les manières , et qui éprouvent un mieux -être réel aussitôt quelle a paru. Ne doivent-ils cet allégement général qu’au changement temporaire des propriétés vitales d’une petite portion de l’enveloppe cutanée? Le sérum qui 'se dépose dans les vésicules, qui coule par leur ouverture, et l’épiderme qui tombe en écailles, ne sont-ils pour rien dans ce bien-être?

J’ai bien vu aussi la peau rougir à la suite de l’ingestion de certains alimens; mais, en vérité , c’est abuser des termes que d’appeler cette courte coloration du nom d’érysipèle dans le sens que nous lui donnons ici, à moins qu’il ne s’agisse de sujets cachectiques. Et alors même les graves suites de cette éruption ne démontrent-elles pas quelle est le résultat d’une portion du sang très -subtile et extrêmement âcre, que la circulation dépose dans le système capillaire pour être exhalée , et qui , ne l’étant pas , parce que les vaisseaux exhalans se trouvent crispés , y produit l’inflammation ? ou que ce sérum, étant réahsorbé par les capillaires veineux, est reporté dans le sang et déposé de nouveau dans une autre place, et ainsi successivement jusqu’à ce que la rupture de petits vaisseaux ou l’exhalation ait permis à cette excrétion morbifique d’être éliminée? L’on conçoit de là que cet effet peut avoir lieu tant dans les affec-

lions gastricfiies par mauvaise nourriture, qu’à la suite de l’absorption des miasmes, d’effluves putrides et de tous autres agens patbogéniques; et l’on conçoit encore comment l’ërysipèie peut quelquefois être critique, et comment d’autres fois il n’est qu’indicatif d’une maladie extrêmement maligne.

Relativement à la nature de cette inflammation, on ne saurait révoquer en doute qu’elle ne soit très- différente de l’inflammation ordinaire, et qu’on ne saurait ici qualifier ce phénomène de simple exaltation des propriétés mitales. En effet, sa présence sur la peau des liydropiques, des scorbutiques, desscropliuleux, des cancéreux et de tous les sujets impurs, n’est nullement tin signe d’augmentation de forces. Mais l’on peut dire, d’après l’observation, quelle consiste dans la turgescence des capillaires, occasionée par une sérosité âcre et sanguinolente qui s’y est déposée, qui irrite les nerfs et qui prépare leur destruction : aussi, les gangrènes par plaques de la tunique muqueuse des intestins appartiennent- elles toujours, selon moi, à l’inflammation érysipélateuse.

§. 4^4- médecins grecs avaient assigné '

comme cause prédisposante à cette forme de maladie , la constitution physique dans laquelle « les , narines fluent facilement, où l’œil est aisément irrité par la lumière et laisse couler des larmes âcres et salées 5 où les odontaîgies sont fréquentes j qui s’affaiblit facilement par la chaleur; où l’on éprouve souvent des frissonnemens, des picote-

mens, et des sueurs aussi promptes à se montrer qu’à se supprimer {Hippocr. de locis in homine et de morbis). Cette constitution, qui n’est autre chose que le tempérament faible et irritable, devait effectivement être une prédisposition dans le climat de la Grèce, comme j’ai vu quelle l’est dans les terres arides de la Basse-Provence; mais elle l’est beaucoup moins en Alsace. Ce que nous observons journellement dans tous les pays, c’est que, les femmes sont plus susceptibles de l’érysipèle que les hommes, sans doute à cause de l’ampleur, de la délicatesse de l’enveloppe cutanée, et de la grande étendue du système des vaisseaux capillaires, lequel prédomine évidemment dans ce sexe ; e.'’ qu’un tempérament pléthorique, irritable au moral comme au physique, avec lequel on fait abus de vin pur, de liqueurs spiritueiises, d’alimens épicés et salés, de substances acres, comme oignons, aulx, etc., est pareillement une prédisposition ; 5.^^ qu’il en est de meme de ce tempérament qu’on a nommé bilieux, où le corps est maigre, le teint jaunâtre; où les passions sont vives, et où il y a une grande disposition à la colère. Quoi qu’on en dise, ce tempérament existe, et les personnes qui en sont douées ont souvent des taches sur la peau, et dans leurs maladies elles sont sujettes à l’exanthème érysipélateux : c’est ce que je remarque habituellement, et pour toutes les saù sons, dans un service dont je suis chargé. Les cheveux rouges, et la peau blanche et tachetée, ne sont pas moins une prédisposition , et ces

choses sont héréditaires. 4-° Les diathèses cancéreuse, scrophuleuse , herpétique, syphilitique, scorbutique, rhumatique, disposent aussi à l’érysipèle, qui peut devenir très-grave, ce qui doit rendre circonspect pour l’application des exutoires. 5.^ Atteints de ces diathèses, tous les âges sont susceptibles de l’exanthème; autrement, c’est particulièrement l’âge viril.

Pour les saisons et les températures, ce sont le printemps et l’été , les climats chauds et secs, les longues sécheresses, les terres sablonneuses et calcaires, qui disposent le plus à l’érysipèle ; aussi Khasès et les autres médecins arabes en parlent- ils souvent. Ils le comparaient à une despumation y à une écume, suite de l’effervescence du sang, occasionée par la chaleur; et, selon moi, cette comparaison n’est pas tout-àfait absurde. Quant à l’exanthème qui suit ou accompagne les fièvres épidémiques, il ne suit aucune règle de prédisposition : ces fièvres, à dire vrai, commencent presque toujours à la fin de l’été ou en automne; mais, comme le mode érysipélateux est celui quelles affectent, tant comme résultat autocratique que comme effet des causes qui les ont produites , il en résulte que le sexe, l’âge, le tempérament (l’état cachectique à part), sont indifférens au développement de l’inflammation érysipélateuse , soit au dehors, soit au dedans.

§. 455. L’érysipèle, surtout celui de la face, mérite toujours la plus grande attention, queL que simple qu’il paraisse, et que sa cause occa*

sîonelle soit externe ou interne. Lorsque sa mar-» che est régulière, la fièvre érysipélateuse se termine (ce qui prouve bien, pour le dire en passant, qu’il y a une matière à éliminer) le 7, le 11, le 14, par des sueurs, des urines, avec un sédiment puriforme , ou par des selles , et elle ne présente par conséquent aucun danger ; mais quelquefois, au milieu des plus belles espérances, fexantbème disparaît tout à coup et sans qu’il soit possible d’en deviner la cause, plongeant le malade dans de nouvelles angoisses , des chaleurs, des vomituri tiens, une anxiété pire qu’auparavant. Si l’érysipèle reparaît à quelque endroit de la surface cutanée , il y a de suite de l’amendement j quelquefois pourtant, quand la fièvre est d’une nature grave, cette nouvelle apparition au dehors paraît n’étre qu’une extension du mal du dedans, et le danger ne diminue pas. D’autres fois, l’inflammation érysipélateuse s’est jetée sur le cerveau ou sur la poitrine, et le malade périt en peu d’heures, s’il n’est promptement secouru j encore ne réussit-on pas toujours à le sauver.

Quand le transport s’est fait au cerveau, le visage du malade a perdu sa boufiissure, il est allumé et ses yeux sont étincelans; il a des rêveries 5 il parle avec vivacité et émotion; son pouls est dur et vibratile, et il ne tarde pas à devenir frénétique. Si la poitrine est attaquée , l’oppression , l’angoisse , la chaleur sont inexprimables. L’exanthème peut aussi se porter sur la gorge et produire une esquiuancie promptement mortelle.

Le pronostic des fièvres malignes accompagnées d’érysipèle est toujours très- douteux , surtout lorsque l’intensité de la douleur, la nuance violette, la rougeur, les agitations, l’anxiété, annoncent la nature âcre et septique de la matière qui cause l’inflammation. Il en est de meme de l’érysipèle qui vient à la suite de l’usage d’alimens détériorés, comme nous l’avons vu ces années dernières par la pénurie et la détérioration des céréales. La gangrène qui suit de près l’inflammation, annonce suffisamment l’introduction d’un principe délétère dans toute l’économie. Cet exanthème n’est pas moins à craindre lorsqu’il s’ajoute à l’hydropisie , au scorbut, à l’ictère, etc., et qu’on voit survenir l’anxiété, le délire, l’inégalité des pulsations, l’assoupissement, les convulsions, les soubresauts des tendons, etc. La couleur livide, noirâtre, ou des stries couleur de flamme, qui s’élèvent en rayons sur une partie œdématiée, en présagent la gangrène et même le spliacèle. Il est rare que l’érysipèle proprement dit suppure, et quand cela arrive, c’est toujours une mauvaise suppuration, qui dégénère facilement en ulcère. Toutefois J. P. Franck a observé une épidémie de fièvres malignes érysipélateuses , où la suppuration était la crise principale, sans laquelle la maladie devenait mortelle.

Cet exanthème est, comme nous l’avons déjà dit, une maladie habituelle pour certains individus, chez lesquels son apparition devient un soulagement de diverses maladies chroniques.

ide l’astlime convulsif, par exemple, de douleurs dans les viscères ou dans les articulations , etc. Cest ordinairement au visage quil se porte, et toujours à la meme joue, ce qui fait que l’œil de ce côté en est à la lîn considérablement affecté. Cette éruption critique n’est pas même exempte alors de disparaître avec promptitude pour la moindre cause, ce qui doit rendre cette espèce de solution peu désirable.

§. /j.56. Il faut principalement avoir égard, par le traitement méthodique de l’érysipèle, à l’espèce de fièvre qui l’accompagne, au caractère de l’épidémie régnante, aux causes qui l’ont produite, et à la constitution du sujet. Il peut à peine être question ici de ces éruptions légères et passagères, où il n’y a que très-peu de fièvre, et où il suffit pour le traitement de mettre le malade au régime végétal, d’entretenir la transpiration , sans échauffer par des boissons délayantes, et la liberté des selles par des lavemens émolliensj de couvrir l’exanthème de linges secs, et de purger avec la crème de tartre sur la fin de la maladie. Nous supposons donc une fièvre inflammatoire violente, où le pouls est fort, plein, dur, embarrassé par la pléthore, surtout qu’il s’agisse d’un érysipèle à la face : dans ce cas, on ne doit pas hésiter de recourir à la saignée et même de la répéter, d’appliquer ensuite des sangsues ou des ventouses scarifiées au voisinage du lieu enflammé, si la chaleur et la douleur continuent à être très-vives j en même temps il faut songer que la guéxûson de cette

inflammation doit se faire en partie par une sorte de crise cutanëe, pour Faclièvement de laqiielle*^il faut ménager les forces vitales. Après la saignée on donne des lavemens, on abreuve le malade de boissons délayantes et nitrées, et l’on fait prendre des pédiluves d’eau tiède : si l’érysipèle de la face était violent et qu’il menaçât d’entraîner le cerveau en consensus , il serait meme nécessaire d’appliquer des sinapismes à la plante des pieds, moyen par lequel on a souvent réussi à attirer sur les jambes, au bout de quelques heures, un érysipèle qui couvrait le nez et les yeux. Quand l’intensité de l’inflammation et de la lièvre a diminué au moyen des émissions sanguines et des délayans, on ne doit pas hésiter à donner un purgatif salin dans une décoction de tamarin, et à le réitérer le surlendemain, les purgatifs étant un des meilleurs remèdes de l’érysipèle quand il occupe la tête.

La saignée est encore le moyen unique et spécifique auquel on doit recourir lors d’une prompte disparition, surtout si le sujet est jeune et pléthorique 5 car il faut calculer qu’avec le transport de la matière morbifique s’est aussi fait celui de l’inflammation , et qu’il s’est fait sur des tissus dépourvus d’épiderme, où l’on ne peut avoir d’espoir que dans la résolution. On s’aide en même temps du secours des pédiluves et des sinapismes, et l’on ajoute à la boisson du tartre stibié à doses brisées , pour stimuler le tube intestinal et entretenir la liberté des évacuations

àlvines, des urines et de la transpiration. On place des sangsues aux tempes, aux angles des mâchoires ou au cou; on pique même la jugulaire , ou Ton répète la saignée au bras et au pied, si le pouls continue à être dur et vibrant. J’ai appris par. mon expérience que les vomitifs sont ici contre-indiqués, et qu’on n’a de ressource ([lie dans les moyens dirigés contre l’inflammation.

Il faut moins de saignées dans l’érysipèle cjul occupe le tronc et les membres, cjue dans celui de la tête ^ c|ui est le plus dangereux à cause du voisinage du cerveau; toutefois ce n’en est pas moins partout une inflammation, et l’on doit se régler sur la douleur, la rougeur, l’éclat et l’étendue de l’exanthème.

Dans la complication si frécpiente de gastricité, annoncée dès le principe par la couleur jaune de la langue, des rapports nidoreux, l’altération de la couleur du visage et du blanc des yeux, etc, , les vomitifs et les purgatifs sont certainement d’excellens remèdes contre l’érysipèle. Toutefois cette complication ne saurait contre-indiquer la saignée que dans le cas où l’exantbème ne serait ni très-vif ni très-douloureux, qu’il y aurait plutôt chaleur âcre que doiileur, que la céphalalgie serait très-modérée, (jue le pouls serait mou, qii’enfin Ton ne remar- (|iierait aucune trace de fièvre inflammatoire» Ce n’est qu’à ces conditions cju’on peut oser, après une journée employée à donner des délayaiis , faire prendre un vomitif ou même

lin einéti-laxatif , sans craindre de faire rétrograder l’exantlième , accident qui peut très- Lien arriver lorsque, dans la combinaison de l’état biîieiix avec i’état inflammatoire, l’on n’a pas assez eu égard à ce dernier avant de donner l’émétique. On est assez souvent obligé de revenir plusieurs fois à ces évacuations avant d’avoir obtenu la terminaison complète de la maladie.

Le traitement de l’éiysipèle qui accompagne une fièvre putride ou maligne, est le même que celui de cette fièvre , et nous y renvoyons. Mais, lorsc[ue la douleur est considérable , qu’il y a crainte de gangrène, ou menace d’un accident interne par la rétrocession de l’exantlième ou la difficulté qu’il éprouve a se montrer au dehors, l’érysipèle ne devient-il pas un symptôme essentiel à considérer? La plupart des praticiens, et Franck lui-même, veulent alors qu’on aide la nature par l’administration des toniques et des cordiaux, par le quinquina, la racine d’angélique, de serpentaire de Virginie, parles vins généreux , par les vésicatoires, par l’opium seul ou uni à l’écorce du Pérou, à l’effet de calmer les douleurs. Mais n’est-il pas à craindre qu’on ne fasse par là que la médecine des apparences et non de la réalité? Je dois faire remarquer aux lecteurs et aux traducteurs sans critique, que riiomme célèbre que je viens de citer cublie 5 en nous conseillant indistinctement ce traitement bannal, qu’il avait dit plus haut , en parlant de la fièvre maligne érysipélateuse,

a avoir vu une femme âgée, qui, après quelques défaillances , avait été saisie d’un grand froid; puis chaleur, douleur de tête, toux, douleur à la gorge, avec érysipèle à cette partie; que le pouls était à peine fréquent, mais dur; la langue presque noire ; grande faiblesse et altération d’esprit. Quoiqu’elle fut' déjà au neuvième jour de la maladie, on tira du sang, qui devint couenneux ; et ce fut avec tant de succès, que la malade fut rendue à la santé le onzième jour , à la suite d’une abondante sueur. { Epitom. , tom. 5, §§. 284 et 290.)

En effet , comme nous le ferons voir plus spécialement à la section suivante , on ne prend que trop souvent quelques phénomènes de la fièvre putride pour la fièvre putride ellemême , et ce n’est que dans celle-ci que les prétendus antiseptiques conviennent ; et l’on ne doit jamais oublier que, quelle que soit la virulence de la matière qui produit l’érysipèle, cet exanthème n’en est pas moins une inflammation , qu’on est quelquefois obligé de combattre, malgré des indications en apparence contraires, par des émissions sanguines générales ou locales , suivant les circonstances, nonobstant l’âge du malade, si celui-ci est robuste et que le pouls indique par sa dureté l’état de tension et d’irritation de quelque membrane. Il en est de même des évacuans des premières voies, lesquels ne sauraient non plus être exclus par des symptômes de faiblesse, lorsqu’il y a des indices manifestes de gastricité.

Quoique ces moyens soient les principaux dans le traitement des fièvres érysipélateuses ^ il en est d’autres encore qui concourent puissamment à raclieminement des crises par lesquelles elles se terminent : tels sont, une diète plus ou moins sévère, suivant l’âge, l’état nerveux et le degré de force des malades ; des boissons copieuses, mucilagineuses et légèrement acidulées, prises à une température conforme à la cLaleur de la saison^ des bols camplirés et nitrés, donnés deux fois par jour, dans lesquels j’ai reconnu, par une longue expérience, la propriété de porter à la peau et aux urines, et de procurer un calme général. J’ai peine à voir l’utilité , dans une maladie oii se décèle évidemment une matière âcre quelconque, des préparations de sureau , de pavots , d’antimoine et d’autres prétendus diaphorétiques. J’ai vu qu’on pouvait faire une médecine trèssure sans tout cet appareil médicamenteux, qu’une vieille liabitude, qui entraîne les meilleurs esprits, fait encore figurer dans quelques ouvrages.

Dans tout érysipèle de la face bu de la tète, en général , il est nécessaire de donner à cette partie du corps et au tronc une position aussi xelevée que possible, en ayant soin cependant de les défendre de l’accès de l’air froid. Quant aux topiques à appliquer sur J’exantlième pour modérer la douleur, j’ai pour pratique de n’en mettre aucun , excepté des linges fins et usés , qu’on renouvelle de temps à autre , et ce dans

la persuasion où je suis que l’exantlième doit être respecté dans sa marche et ses terminaisons. Celse, et la plupart des écrivains qui sont venus ensuite , ont recommandé des topiques astringens et répercussifs • d’autres , des poudres absorbantesj d’autres, des corps grasj enfin, plusieurs, des linges trempés dans des décoctions émollientes. Ni les uns ni les autres n’ont été d’accord avec les descriptions qu’ils ont données de l’érysipèle, avec sa terminaison critique, ni avec la facilité qu’ils lui ont reconnue de disparaître pour se porter ailleurs quand on bouche les pores, quand on réduit en croûtes l’hunieur fournie par ses vésicules, ou que le refroidissement des décoctions fait rétrograder cette humeur. Je conviens cependant qu’il est des cas où le malade souffre tellement, qu’il est instant de le soulager, sous peine de voir paraître la gangrène ou disparaître d’érysipèle. Dans ces occurrences je n’ai rien trouvé de meilleur que des flanelles trempées dans une forte décoction de sureau, appliquées tièdes, et qu’il faut avoir soin de ne pas laisser refroidir. Tissot dit avoir réussi à apaiser par ce moyen les douleurs horribles du feu Saint-Antoine ou mal des ardens.

Quant à la méthode (§. 4^4) vésicatoire, proposée pour hâter l’apparition de l’érysipèle et en terminer plus promptement la durée , je n’ai aucune expérience là-dessus; j’avertirai néanmoins qu’il est à craindre dans quelques cas que l’éréthisme occasioné par ces topiques

ne repousse reriiption , au lieu de la provoquer, ou qu’il n’amène la gangrène : de sorte qu’il est infiniment plus sûr de renoncer à ces nouveautés, et de s’en fier aux procédés de la nature, aidés et surveillés par une raison exempte de toute témérité.

§. 457- L’érysipèle épidémique n’étant qu’un Symptôme ou un mode critique des maladies régnantes, les moyens de s’en préserver ou de le prévenir sont les mêmes que ceux qui ont été proposés, et ceux qui le seront à la fin de l’histoire de chacune de ces maladies.

L’érysipèle sporadique, et qui devient hahituel, mérite que nous en disions un mot, à cause des dangers qui l’accompagnent quelquefois. Il est bien vrai que cette éruption, une fois sortie, soulage singulièrement l’individu et le délivre pour un temps de bien des incommodités qu’il éprouvait : cependant ie médecin, dans ces sortes de maladies, doit faire attention que cette apparente dépuration, qui a lieu ordinairement tous les printemps et tous les automnes, et quelquefois périodiquement tous les mois, n’arrive guère qu’à des sujets nommés, à juste titre, par les anciens, cachectiques ^ à des femmes qui ont des suppressions, à des hommes hémorrhoïdaires, ou à des personnes dont le régime alimentaire est très-déréglé; qu’il en résulte assez souvent, quand l’exanthème se porte à la joue, la perte de l’oeil du même côté, et, quand c’est aux jambes, des ulcères rebelles à ces parties ou l’induration de la peau, qui subsistent toute la vie,

et qui sont peut-être Torigine d’une espèce d’élcpliantiasis si commun dans les pays chauds ; et ce indépendamment des risques que la mobilité de rexantlième fait courir. Il serait donc infiniment plus sage de la j)révenir, en rendant à la santé ces corps impurs ; en suppléant aux évacuations sanguines supprimées; en insistant sur un régime de vie mieux réglé , sur les inconvéniens des alimens gras et visqueux, des viandes noires, des aromates, des vins fumans, des boissons alcooliques, des passions vives, et surtout de la colère, de rambition et du chagrin qui la suit quand elle n’est pas satisfaite; en conseillant fusage du régime végétal, des fruits de chaque saison, des plantes chicoracées; en faisant tenir le ventre libre par Femploi fréquent de la crème de tartre ou de tel autre laxatif ; en mettant tous les printemps ces malades à fusage des sucs d’herbes et du petit-lait clarifié, et en les envoyant, sur la fin de fété, aux eaux minérales, tant pour se baigner, que pour prendre intérieuvenient celles qui sont purgatives et diurétiques. Plusieurs écrivains ajoutent à ces préceptes d’appliquer des exutoires, que je me garderai bien de recommander aussi, la peau des malades pour qui j’écris étant si irritable que la moindre égratignure fait naître cet érysipèle que nous voulions éviter

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