‹ Leçons sur les épidémies et l'hygiène publique. Faites à la Faculté de Médecine de StrasbourgChapitre 21 sur 23 · PREMIÈRE ET DEUXIÈME ESPÈCES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ET DEUXIÈME ESPÈCES

De la fèi^re putride vraie et fausse,

§. 458. Infecter, c’est, au physique, changer l’état de santé, de bien-être, en celui de maladie, de mal-étre ; comme, au moral, c’est inoculer des vices dans une ame innocente auparavant. Et que sont autre chose, me dira-t-on à juste titre, les causes des maladies considérées jusqu’ici, à part celles du troisième ordre, sinon des causes infectantes? Mais, dans un siècle et , dans une profession où l’on se plaît singulièrement à poser questions sur questions et à re-. mettre tout en problème, il est nécessaire, pour faire passer quelque chose d’utile , d’avoir l’air d’obéir au torrent; et puisqu’il s’agit beaucoup aujourd’hui d’infection^ nous devons essayer de fixer sur ce mot, comme sur tous les autres auxquels chaque âge attache de nouvelles idées, l’acception principale qui lui est propre, afin de ne pas exposer la santé publique.

f*^ous déclarons donc entendre par maladies

par infection , celles qui naissent d’un foyer particulier, tout près de produire son effet; dont les émanations sont presque toujours sensibles et occasionnent des sensations désagréables, et (pourrait- on dire) qui sont toujours le résultat des décompositions animales formant la première des sept classes de ma toxicologie , savoir , celle des poisons septiques. Le domaine de ces causes de maladie et de destruction est immense et le plus étendu de tous : il est facile d’en juger quand on considère qu’il renferme dans son enceinte, les cimetières, les boucheries, les voieries , les cloaques et fosses d’aisance, les eaux à fumiers qui entourent toutes les habitations champêtres; les engrais eux-mémes, répandus dans les champs, lors de leur décomposition; les boues des rues, et les rues dépavées, etc.; un grand nombre de professions dont les dépouilles des animaux forment le matériel, dont les émanations constituent l’enveloppe habituelle des ouvriers, et sur lesquelles on lit des détails très-instructifs dans l’utile Traité des maladies des artisans de Ramazzini^ reproduit par M. Pâtissier. De plusieurs faits qui y sont relatés concernant les vidangeurs et autres ouvriers de ce genre , l’on en vient à la conclusion que divers accidens, attribués à la simple suspension de la respiration (improprement nommée asphjæie)^ sont dus à l’action délétère des gaz ou vapeurs sur le système sensitif; que ces vapeurs sont absorbées; quelles ne produisent souvent l’asphyxie qu’après que

ïe sujet a été transporté au grand air; que Todeur infecte qui s’exhale de son corps, est capable de produire des accidens chez ceux qui lui portent des secours ; et qu’enlîn , après la mort de ces malheureux, qui est ordinairement très -prompte, les phénomènes cadavériques, tant sur le sang que sur les solides , sont absolument les memes qu’après la mort par les fièvres putrides ordinaires : en sorte que ces asphjæies peuvent être considérées comme des fièvres putrides extrêmement aiguës. 3."^ Beaucoup d’alimens et des eaux corrompues sont, comme nous l’avons déjà dit et comme nous le verrons encore, de véritables poisons sejitiques, introduits dans nos viscères. 4-'' Enfin, l’on peut et l’on doit mettre au nombre des causes puissantes de fièvre putride, comme du scorbut, les santés affaiblies, dépravées par le long usage d’habitations, d’atmosphère, d’alimens et de boissons insalubres, par des travaux excessifs, par des peines, des chagrins, des craintes, des terreurs, des soucis, l’ennui, les jirivations de consolation et de bonheur intellectuel , ce qui rend la maladie dont nous nous occupons si commune parmi le peuple. ?

Indépendamment de leur fréquence, l’ordre des maladies que nous allons considérer, se signale, i.^par divers phénomènes physiologiques et pathologiques qui leur sont propres; 2.° par tme ressemblance apparente avec des maladies des ordres précédons , ce qui occasionne la perte du plus grand nombre des malades. Les phéno-

mènes propres consistent spécialement dans C3 travail vital d’une nature pour ainsi dire en démence, qui réagit contre la septicité; qui produit de nouveaux tissus, de nouvelles liumeurs (§• ^7)> nous avons déjà signalés dans le scorbut, que nous rencontrerons dans la pourriture d’iiôpital, etc., et que nous allons retrouver dans la fièvre putride proprement dite : iis consistent encore dans ces sécrétions d’enduits noirâtres, depuis la bouclie jusqu’à l’estomac, qu’on a beau enlever sur la langue, les lèvres, les gencives et les dents, et qui ne cessent de se reproduire ; véritable mélanose ^ qu’on aperçoit encore dans le vomissement noir des malades attaqués de la lièvre jaune.

On est surtout dans l’habitude de confondre la lièvre putride essentielle avec les lièvres occasionées par l’état inflammatoire, mécomiii, des principaux viscères, et surtout de l’estomac et des intestins. Parvenues à un certain terme, ces maladies produisent également la sécheresse et le ton rembruni dç la langue et des autres parties de la bouche. Elles donnent lieu aussi sympathiquement à plusieurs autres phénomènes, que les ignorans attribuent à la lièvre putride ; mais ce n’est pas là. la vraie Jièere putride : dans celle-ci l’adynamie se manifeste naturellement dès le principe; au contraire, dans la lièvre putride , factice ou secondaire , les malades conservent, pendant long- temps encore, assez de force, même pour se lever. C’est par où j’entends justifier la division de ce chapitre en

étude de la fièvre putride avec adynamie, et en considération de cette fièvre sans adynamie, ou de la gastro-entérite des modernes.

§. 459. Les anciens ont désigné l’état dont nous nous occupons sous le nom de fièvre putride des premières voies, et de fièvre putride des secondes voies : la première de ces fièvres, qui n’est qu’une simple gastrique, a continué jusqu’à nos jours à être le champ de bataille de tous les médicastres. Cet état a été appelé yynocAwv, synoque putride, par quelques modernes; gastrique nerveuse par Franck ^ fièvre a dynamique par M. Pinel 'y gastro-entérite par M. Broussais, qui a confondu l’apparence avec la réalité, etc. : dénominations diverses, qui n’expriment les unes qu’une erreur, les autres qu’un symptôme , qu’un accident , ou qu’une idée systématique à laquelle on voudrait rattacher toute la médecine. Au milieu de ces divergences, j’ai préféré conserver à l’état pathologique dont je traite ici le nom de fièvre putride , parce que, tel qu’il est, et que je le décrirai d’après nature, il présente réellement un commencement de putridité, de décomposition des forces vitales, qui donne à la maladie un caractère sui generis indélébile; tandis que l’adynamie, par exemple, appartient à un grand nombre de maladies , et que plusieurs d’entre elles n’ont d’analogie avec la véritable fièvre putidde que vers le milieu de leur cours, ou meme vers leur terminaison funeste.

Qu’on parcoure toutes les contrées de la terre,

et qu’on s’informe dans chaque ville, chaque village, chaque hameau, on trouvera que cette lièvre est des plus communes; qu’elle est celle par laquelle périssent la plupart des hahitans des campagnes, surtout dans les régions les plus fertiles et les mieux cultivées, ce dont nous tâcherons de donner la raison ; celle qui règne le plus souvent épidémiquement sous le nom de lièvre carcérale, nosocomiale, des camps, des 'vaisseauæ , etc., principalement sur la lin de l’automne et en hiver, se mélangeant avec des symptômes nerveux, et nommée alors putride maligne et successivement adjnami-ataæique ; désignée encore, par plusieurs écrivains qui ont servi dans les armées, sous le nom général de tjphus. Ces deux maladies pourtant, la lièvre putride, et le typhus, ont des symptômes parfaitement distincts, une issue et des propriétés de communication différentes, et qui exigent Lien des modifications dans leur traitement respectif.

Il est, de plus, des contrées dans lesquelles la lièvre putride peut être considérée comme endémique, où elle est connue par ses ravages depuis des siècles, et où elle paraît ne quitter un canton que pour se reproduire dans un autre : tels sont, par exemple, en France, les départemens du Pas-de-Calais, du Nord, et ceux limitrophes, ou les anciennes provinces d’Artois et de la Flandre française. Les apparences inflammatoires, la chaleur mordicante de la peau, le délire, les symptômes gastriques et vermineux,

gui Font accompagnée à diverses époques, lui ont fait donner, dès i5ao, 1664? 17&7 et 1764, par les médecins du pays, les noms de lièvre ardente putride, de lièvre bilieuse-vermineuseputride , par les médecins de Lille : celui de lièvre putride-maligne-vermineusè et pétéchiale, à foccasion d’une épidémie de la ville d’Aire, en 1782; nom qui lui fut encore donné par la suite, à Foccasion d’une épidémie dans l’arrondissement de Béthune (Précis de la statisticjue médicale du département du Pas-de-Calais , par MM. les docteurs Desmarquoj et Butor ; Boulogne, 1807). L’on voit, par une description de cette lièvre, insérée dans ce mémoire de 1807, et comparée tant avec celle des maladies précédentes qu’avec les memes maladies que j’ai observées en Italie, à ]Nice, à Marseille, à Martiaues, sur les bords de la Saône et en Alsace, quelles se présentent partout avec les memes caractères, et que les dilférens noms qu’on a donnés à la lièvre putride appartiennent aux divers phénomènes qui Font accompagnée. Je vais donner, suivant mon usage, quelques exemples de ces épidémies.

§. 44^- Premier eæemple. Epidémie d’Aire , désignée ci-dessus. Elle commença, à la lin du mois de Septembre 1782, dans un quartier de cette ville (que j’ai visitée en Octobre 1825), s’étendit dans le reste de la ville et dans la campagne, et continua jusqu’au mois de Juillet de l’année suivante. Elle débutait par un accablement général, un état d’angoisse, un abattement

et un sentiment de lassitude extrêmes; des liorrîpiJations ou frissons vagues dans toute l’IiaLitude du eorps; des douleurs de tête lancinantes, tantôt au front, tantôt à roccipiit; des douleurs vagues dans le cou, le dos, les lombes et les articulations; dégoût absolu pour les bouillons de viande et tout ce qui y avait rapport; langue humide, enduite d’un limon blanc- jaunâtre ; salive gluante visqueuse; pouls peu éloigné de l’état naturel, et chez quelques-uns embarrassé, dur et concentré ; urines naturelles. Deuocième période. Vers le cinquième ou le sixième jour, pouls fréquent, quoique ordinairement petit et serré ; nausées , vomissemens ; ventre resserré chez les uns, déjections liquides chez les autres, jaunes, verdâtres, fétides; sentiment émoussé, délire sourd ou assoupissement comateux; peau sèche, ou, de temps à autre, petites sueurs qui ne soulagent pas; urines rares, claires et hautes en couleur; vers les sixième, septième, huitième et neuvième jours de la maladie, et quelquefois plus tard, éruption sur le cou, la poitrine, le ventre, le bras et les jambes, de pustules miliaires rouges ou blanches, ou de taches pourprées, plus ou moins foncées en couleur et assez souvent noirâtres; chez les jeunes gens, hémorrhagies du nez; chez les femmes, hémorrhagies utérines; la plupart rendaient des vers, tantôt vivans et tantôt morts, quelques-uns par la bouche ; pouls faible, petit et déprimé; redoublement de la fièvre le soir, et nuits toujours plus orageuses l’une que l’autre. Troisième pé-

riode. Langue sèclie, gercée et tremLîante ; ma« jades liébétés et dans un abattement extrême ; impossibilité d’articuler ; déjections alvines et émission de l’urine inyolontaires; sortie devers par l’anus , souventmortset à demi pourris; pouls faible et déprimé dans les uns, relevé et redondant dans les autres, et, quand il y avait des vers, ses batteniens étaient si précipités qu’on avait peine à en distinguer lc5 intervalles; ventre météorlsé : alors suppression des urines et des selles, douleur à la région suspubienne, baleine fétide. A cette époque extrême de la maladie, sentiment aboli, assoupissement léthargique continuel ou délire frénétique; soubresauts des tendons; état convulsif des muscles de la face, de ceux des mâcboires, de tout le corps; yeux hagards et larmoyans; respiration entrecoupée et sanglotante; commencement de parotides chez quelques-uns, et de gangrène à la région du sacrum et des fesses chez la plupart. Le visage tiré, livide, plombé; les yeux ternes et abattus; la bouche constamment ouverte et la respiration précipitée faisaientprésager une mortpi ochaine.

La durée ordinaire delà maladie était de trois septénaires; quelques malades cependant périrent dans les commencemens avant le septième jour, et chez quelques autres cette durée s’étendit bien au-delà du vingt -unième. Les crises (par les sueurs, les urines et les selles) avaient lieu dans le courant du second septénaire, et surtout le onzième et le quatorzième jours. L’éruption miliaire était quelquefois critique,

lôrsqii’ëiîe se montrait dans le courant du second septénaire , et avant le septième jour elle était un mauvais signe. De six malades de M. Desinarquùj 3 qui avaient eu une éruption miliaire blanclie, cristalline, avec des taches pétéchiales dans les intervalles, quatre, à qui elle était arrivée le quatorzième jour, lui durent leur guérison ; et deux autres, en qui elle s’était montrée avant le septième, succomhèrent. Une dame eut le corps parsemé de grandes taches pétéchiales, qui ont dégénéré en de petites escarres gangréneuses qui se sont détachées par écailles; la maladie s’est néanmoins terminée heureusement le dix-sep'tième jour. Cette épidémie paraît avoir été très-meurtrière, puisque, dans une ferme, de douze malades sept y ont succomhé (Mémoire sur la lièvre putride maligne de la ville d’Aire, etc.; Lille 1785). Elle paraît aussi n’avoir pas été exempte de conta^ gion, quoique cela ne soit pas spécifié.

Deuxième exemple. Une maladie des plus cruelles, connue sous le nom bizarre de la rose épidémique (§. 402), ravagea pendant les années 1792 et 1795 , époque de la première invasion du territoire français par les troupes priissienneSjle département de la Meuse et plusieurs districts des départemens circonvoisins : réunion terrible des maux occasionés par la guerre, par une constitution molle et humide de l’air, et par toutes les causes d’infection, qui affligeait déjà depuis long-temps le pays de Luxembourg, -oii on lui avait donné le nom de peste , et que 111, 25

le docteur Harmatid- Montgarnj a qualifiée de maladie éruptive, catarrhale simple, putride maligne et maligne pestilentielle , dans un rap-^ port et instruction dressés et publiés par ordre de l’autorité* Voici quels en étaient le caractère^ les symptômes et la marclie.

Première période ou avant-coureurs Perte de î’appétit, ennui, tristesse, insomnie, tintemens d’oreilles, légers vertiges, ivresse momentanée ou saisîssemens ; tension légère et douloureuse à l’épigastre, s’étendant ensuite par tout le ventre; prostration générale des forces, et douleurs profondes, plus ou moins aiguës et brûlantes, à la tête et autour des reins. Deuæième période ou invasion: frisson, qui reparaît plusieurs fois dans le jour; pouls petit, fréquent, déprimé, rarement plein et dur; peau brûlante, sans être sèche, même quelquefois moite; bouche pâteuse, nauséeuse; langue d’un rouge vif; visage rouge, exalté; yeux allumés, surtout le soir; toux catarrhale; oppression de poitrine; défaillances fréquentes; anxiétés précordiales; vomissemens d’une bile verdâtre, tellement âcre, que la gorge et la région épigastrique en éprouvent de la douleur; diarrhée avec ténesme et coliques autour du nombril , comme dans la dyssenterie, et fréquente expulsion de vers, ainsi que de concrétions muqueuses en grumeaux grisâtres. Les vomissemens et la diarrhée cessaient au bout de deux à trois jours, et les alternatives de chaud et de froid devenaient extrêmement fréquentes dans le cours de la

|oiirïiée; les urines étaient en meme temps tr èsclaires et aqueuses. Troisième période : vers le cinquième ou sixième Jour, quelquefois plus tôt, et souvent plus tard, réruption de la rose s’annoncait au milieu des moiteurs ou des sueurs. Ici on appelait vaguement de ce nom une éruption de miliaire (§. 35a), discrète , ou confluente, maculée (érysipélateuse), ou vésiculaire, ou de pétéchies et de taches pourprées; ou bien, à la place de ces éruptions, une fluxion érysipélateuse, ou simplement un gonflement des glandes, des mâchoires, du cou, ou des aisselles, ou des aines, et ces exanthèmes étaieîit tantôt simples, tantôt réunis plusieurs ensemble chez le meme malade : plus tôt ils paraissaient, plus il y avait de danger, et vice versa. La miliaire s’établissait particulièrement à la poitrine, au cou, au bas-ventre, aux fesses et aux bras; il y en avait de discrète, de confluente, de cristalline (celle-ci presque toujours mortelle). L’éruption durait pendant sept jours, accompagnée de vives démangeaisons, et se continuait meme jusqu’à la mort. Chez quelques malades elle consistait en pétéchies, que l’auteur distingue en simples et en pourprées : les premières d’un rouge vif, semblables à des piqûres de puces ou de cousins, ou d’orties, disséminées par faisceaux, particulièrement au visage, au cou, aux seins, aux aines et aux parties naturelles, et disparaissant au bout de vingt-quatre heures, à moins qu’elles ne se changeassent en érysipèle. Les secondes étaient d’un rouge plus obscur ou

d^im jatine livide, paraissant et disparaissaâl pendant plusieurs jours, et fournissant un mauvais pronostic. L’enflure des glandes, que Fauteur appelle des bubons, avait souvent une couleur jaune livide, et devenait un signe mortel lorsqu’elle s’aifaissait promptement.

Le caractère fébrile qui accompagnait ces exanlbèmes, était différent. Chez quelques malades on observait une turgescence inflammatoire j le pouls était élevé, plein et fréquent; les yeux étaient ardenSj la peau sèche et la chaleur insupportable; beaucoup de soif; langue d’un rouge vif ou pourpre; urines ardentes^ rares; douleurs aiguës et lancinantes dans l’intérieur de la bouche, surtout au voile du palais^ aux joues et aux amygdales, avec ulcères; redoublemens très -sensibles matin et soir. Chez d’autres, et c’était le plus grand nombre, le pouls devenait faible vers le milieu de la seconde période, très-vîte et mou; langue d’abord limoneuse, puis rembrunie, puis noire et épaisse; yeux éteints; visage changeant souvent de couleur; peau moite et chaleur tempérée; sueurs reparaissant de temps en temps; selles extrêmement fétides. Plus tard , et à la troisième période ^ hémorrhagies plus ou moins considérables par la bouche, par le nez, par les oreilles, par les yeux, par le fondement et par l’utérus: ce sang était fétide et noir, et on le voyait s’échapper par transsudation à travers les pores, ou par de légères érosions, surtout à la membrane pituitaire j d’où il sortait le plus ordinairement. Enfin j.

dans une troisième classe de malades, paimsi ceux que rèpidëmie frappa avec le plus de violence, les symptômes suivans se faisaient remarquer dès les commencemens; savoir : surdité, perte de la vue , cliangement ou abolition de la voix, engourdissement , stupeur, aberration des idées ou assoupissement léthargique; douleur pongitive très-aiguè entre les deux yeux; sécheresse, douleur et rugosité de la langue; enflure et meme paralysie de quelques membres; mal de gorge ; oppression de poitrine, et quelquefois même péripneumonie; tuméfaction des glandes , météorisme , suppression des urines; coliques violentes, bouffissures du visage ou emphysème de quelques autres parties du corps, etc. Les malades étaient souvent en danger jusqu’au quarantième jour, et l’épidémie fut surtout funeste aux sujets les plus vigoureux. L’auteur l’a regardée comme contagieuse. (Précis médical et curatif des malatlies éruptives, etc.; imprimé à Verdun, Juin 1793.)

Troisième eæemple. Une épidémie de fièvres putrides et de dyssenteries s’est manifestée dès les premiers jours de Janvier 17945 ^ con-

tinué jusqu’à la fin d’Avril, à l’iiopital militaire de Marseille consacré aux fiévreux, dont j’étais pour -lors médecin en chef La saison de l’automne avait été froide et liuinide, ce qui continuait encore, Ces deux maladies firent beaucoup de victimes dans les commencemens (eu Niçôse), et sur sept cent vingt-six malades que je traitai pendant ce mois, il y eut soixante-

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dix mort5, presgiie tous de ces deux maladies. Les infirmiers et les chirurgiens en furent en grande partie victimes, et moi-méme, ayant porté la main à un petit bouton que j’avais au menton, tandis que j’aidais à disséquer un cadavre, il me vint aussitôt un furoncle, avec engorgement de la glande maxillaire, le mal de tête et la fièvre, ce qui pourtant ne m’empêcha pas de continuer mon service.

Cette fièvre présentait au commencement tous les caractères du sjnochus de Cullen; savoir: apparence inflammatoire dans ses deux premières périodes, et phénomènes typhoïdes dans la troisième ( Voy. Sjnops. nosoL niethod., class. 1 ^ gen. /^/), ce qui varia ensuite beaucoup. Après des prodromes semblables à ceux des deux premiers exemples, les malades arrivaient en général avec des symptômes de gastricité plus ou moins prononcés, et tous avec des signes d’engorgement des poumons et du cerveau. Il régnait en même temps des fièvres catarrhales qui eussent pu donner le change : mais on était bientôt désabusé par l’état d’abattement et de stupeur des ipalades, la croûte fuligineuse dont se recouvraient la langue et les lèvres, la vitesse, la mollesse et l’irrégularité du pouls, le météorisme du bas-ventre, la l'areté des urines, les plaques gangréneuses qui s’établissaient à divers endroits du corps, la fétidité de l’haleine et des selles, rendues involontairement dans les derniers jours qui précédaient la mort; enfin, par la prompte décomposition des cadavres. Dans le moi^ de

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Pluviôse, durant lequel il entra à riiopital quatre cent vingt-quatre malades, presque tous de lièvre putride, dont trente-deux succombèrent: à ces premiers symptômes s’ajoutèrent d’autres plus effrayans , et qui ne s’étaient pas encore niom très; savoir : un délire frénétique fort impétueux, qui portait les malades à sortir du lit, pendant le jour et durant la nuit, et à causer divers désordres (jui forçaient de les attacber avec des liens très -forts, car iis brisaient ceux qui étaient trop faibles; l’autre symptôme était un tremblement continuel. De mes trente^ deux morts, la plupart appartinrent à ceux qui s’étaient levés pendant la nuit, et il n’en échappa que quatre de ceux qui eurent le tremblement En Ventôse je reçus cinq cent cinquante malades, dont trente succombèrent; dix-sept seulement de la lièvre régnante, quoiqu’elle dominât parmi les maladies, ce que j’attribuai, soit à ce qu’elle s’était beaucoup adoucie, soit, peutêtre, à ce que j’avais perfectionné ma méthode de traitement II y eut dans ce mois beaucoup .de rechutes de malades qui avaient été guéris dans le précédent, ce qui me détermina à faire les plus grands efforts pour obtenir un hôpital de convalescens , établissement qui fut éminemment utile. Pendant ce mois, comme dans le précédent et le suivant, quelques typhus ou vraies lièvres malignes se présentèrent. Les malades paraissaient au premier abord n’avoir aucun mal; le pouls et la respiration étaient bons: mais le mal se décelait par un délire obscur, une

apaîîile invincible, une imbécillité complète, un collapsus de toutes les forces vitales, jusqu’à rester baignés dans leurs excrémens sans s’en douter; un pouls peu différent de i’état ordinaire jusqu’à la fin. La maladie durait jusqu’à vingt-cinq jours. En Germinal (Mars et Avril), où le temps fut constamment cliaud et bumid,e, les malades attaqués de cette fièvre et du délire frénétique furent généralement mal, et sur cent j’en perdis trente -six.

La durée de la première maladie, qui était la dominante , s’étendait jusqu’au vingtième et vingt -quatrième jour, soit que sa terminaison fut heureuse ou malheureuse ; plusieurs malades moururent néanmoins avant cette époque, au douzième ou treizième jour. Tout compensé, pendant les quatre mois quelle a régné j’ai perdu environ douze malades sur cent. Sa crise ordinaire était par les selles; mais cette crise n’était salutaire que quand elle avait lieu du treizième au dix- septième jour: plus tard, le venis-e restait météorisé , et le malade mourait avec des évacuations énormes et très -fétides. La grande gêne de la respiration, les yeux loirges, égarés et larmoyans, étaient des signes extrêmement funestes. Je n’ai observé ni éruptions, ni taches pétéchiales ; mais quelques malades ont été sauvés parla gangrène. J’ai noté parmi eux un soldat nommé Ponson, auquel survint, le doun ziènie jour de sa maladie, à trois heures et trois quarts de l’après-midi, une enflure gangréneuse subite à la mamelle droite. J’arrivais à i’hôpitai

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presqu’aii même moment, et voyant la mamelle très-volumineuse et noire comme mon chapeau, je fis aussitôt, quoique le malade fut dans un grand état de faiblesse , pratiquer une incision cruciale jusqu’au vif, ce qui obligea de couper à la profondeur d’un travers de doigt, et la plaie fut couverte de plumasseaux enduits d’onguent de styrax et de compresses trempées dans l’eaude-vie camphrée. Les plaies des vésicatoires étaient dans le même état, et je les fis traiter de même. J’ordonnai pour l’intérieur du bon vin et du bon quinquina à haute dose. Mon malade était déjà mieux deux jours après, et il entra en pleine convalescence le vingt-deuxième jour.

Les convalescences étaient pénibles, sujettes aux rechutes, à l’œdème, même à î’hydrothorax et à riiydropisie ascite, dont quelques malades moururent II resta aussi chez plusieurs convalescens une inflammation lente des poumons, d’abord méconnue, dont quelques-uns moururent par la suite subitement avec du pus dans la poitrine.

Voici le résultat de l’ouverture de plus de cinquante cadavres pour la première maladie. Chez quelques sujets, vaisseaux du cerveau gorgés de sang, et chez tous, poumons très- engorgés et d’un rouge violet; péricarde distendu par de la sérosité, et presque toujours d’une couleur azurée ; cœur généralement flasque , et ses cavités droites contenant assez souvent un sang noir et décomposé : point d’ailleurs de traces de véritable inflammation, Le bas-ventre était

constamment métëorisé ; mais , chose digne de remarque , et que j’ai revue plusieurs fois depuis , j’ai toujours trouvé les intestins vides d’air, ou n’en contenant qu’une très-petite quantité : l’air était renfermé d’ abord entre les muscles de l’ahdomen et le péritoine, ensuite entre cette membrane et les intestins. Cet air avait une odeur fade. J’en remplis une cloche, et j’y plongeai une lumière, qui s’éteignit aussitôt* d’où je conclus que c’était du gaz azote. Le foie et la rate étaient parfois aussi engorgés et présem taient une couleur azurée. L’estomac et les intestins se sont toujours trouvés dans l’état sain.

L’autopsie de deux corps de ceux qui mou-rurent de la fièvre maligne , ne présenta rien de remarquable ni à la poitrine ni dans l’abdomen. La tête n’a pas été ouverte. L’un des convaîescens tombés dans l’hydropisie, étant mort subitement après avoir déjeuné de bon appétit , j’en fis ouvrir les trois cavités : elles étaient inondées de sérosité j il en sortit environ trois verres de la cavité du crâne, quand celuici fut ouvert, et le cerveau fut trouvé ramolli et comme macéré. (Extrait d’un rapport envoyé aux inspecteurs des hôpitaux militaires, le 2 JCloréal an IV.)

Quatrième exemple. M. le docteur Bompard a décrit, sous le titre de fièvre adynamique, une épidémie qui a commencé à se manifester, au mois de Novembre 1814, ù l’hôpital militaire d’Epinal, qui s’est ensuite répandue dans la ville, et qui a duré pendant six mois, avec les symp^

tomes suivans. Prodromes : perte d^appétit, dégoût, lassitude dans les membres, nausëes et parfois vomissemens. Invasion : frisson suivi de chaleur; céphalalgie; léger âélire ; bouciie amère , pâteuse ; langue couverte d’un enduit jaunâtre ; nausées ; vomissemens ; soif intense chez les uns , nulle chez d’autres; douleur à l’épigastre ; déjections aivines ah^ondantes ; urines rares, troubles, déposant un sédiment hriqueté, parfois noir ; respiration génée chez les uns , libre chez d’autres; pouls faible, déprimé, quelquefois irrégulier; douleurs dans les membres; peau sèche, aride, couverte de pétéchies dès le second ou troisième jour, rarement plus tard. Deuxième période : du quatrième au cinquième, ou du cinquième au sixième jour, frissonfugace, rêvasseries, délire, prostration des forces, décubitus sur le dos; face tantôt décolorée, tantôt animée ; langue et dents fuligineuses ; selles abondantes et fétides; urines rares, exhalant une odeur particulière; respiration gênée; pouls très-faible et irrégulier. Troisième période : du quatorzième au quinzième jour, à moins d’un jugement favorable, déglutition gênée, quelquefois impossible; larmoiement involontaire; soubresauts dans les tendons; carphologie; état comateux; face décomposée; prostration extrême ; gangrène aux plaies des vésicatoires ; selles des plus abondantes et des plus fétides. L’auteur a joint à cette description sept observations, où l’on voit trois malades guéris du quatorzième au dix-septième jour, un quatrième

guéri au quatrième jour par de fortes doses de quinquina, et ayant présenté des accès de fièvre pernicieuse frénétique; les trois autres sujets morts du septième au neuvième jour. Il n’est question que d’une seule autopsie cadavé^ riqiie, celle d’une infirmière forte et bien constituée, morte le neuvième jour, après avoir pris l’émétique et diæ-huit gros cT acétate d’ammoniaque. On n’observa rien de particulier ni dans la tête ni dans l’abdomen; mais les poumons étaient affectés d’une indammation érysipélateuse et couverts d’une matière de couleur tirant sur le gris. On perdait à l’hôpital les deui^ vingtièmes de ces malades. Les corps étaient décomposés dans l’espace de quelques heures. L’auteur regarde cette maladie comme conta-? gieuse. (Description de la fièvre adynamique, etc.; Paris, i8i5.)

Cinquième exemple , fourni par M. le docteur Parent-du-Châtelet. «En 1818, V Arthur, bâti-? ment de commerce , fut chargé à Rouen de l’espèce d’engrais connu sous le nom de poudrette , et dirigé ensuite sur la Pointe-à-Pitre à la Guadeloupe. Mais, dans la traversée, une maladie s’étant déclarée sur les gens de féquir page, la moitié a péri et le reste arriva à sa destination dans un état de santé déplorable, La même cause parut avoir agi sur les gens chargés de transporter la cargaison à terre; car ils éprouvèrent tous des accidens plus ou moins graves, qui furent portés chez quelques-uns à un haut degré d’intensité,’^ Tels étaient les seuU

tenseîgnemens qa’on eut de ce fait, lorsque le médecin nommé ci-dessiis parvint très4ieii^ rensement à Téclaircir, en lui comparant un fait semblable qui venait de se présenter à son observation. Un petit bâtiment de cabotage, arrivé à Nantes le a 5 Mai 1821, avait été chargé à I^a Rochelle, quinze jours auparavant, de poudrette parfaitement sèche lorsqu’elle fut embarquée- il n’avait pas plu pendant la traversée 5 et la température extérieure avait été plutôt basse qu’élevée. Tous ceux qui montaient le petit bâtiment, 'au nombre de cinq, jouissaient de la plus parfaite santé en quittant La Rochelle. Trois jours après ils ressentirent un léger mal de tête, qui fît graduellement des progrès; bientôt iis perdirent l’appétit; la langue devint blanche, et ils furent tourmentés par dus envies de vomir fréquentes; plusieurs même vomirent de la bile: â ces accidens se joignirent une courbature générale, et une douleur très-vive dans les membres et les articulations; enfin, de la fièvre avec tous les symptômes de celle dite adynamiqiie.

Un homme et un enfant furent de plus aifectés d’une diarrhée très-forte, qui durait encore lorsque M. Parent les vit. Ce médecin étant descendu dans la cale, déjà à moitié vide, de ce petit bâtiment, bien que toutes les écoutilles en fussent ouvertes depuis le matin , la température lui en sembla être de trente-huit à quarante degrés Réaumur,et celle de l’air extérieur n’était que de seize. Il s’élevait de ce qui restait

encore de poiidrette dans le fond du bâtiiiieilt une vapeur assez forte pour empéclier de distinguer les objets placés à cinq ou six pieds de distance. L’odeur de cette vapeur n’était pas celle des matières fécales; elle était plutôt fade, énervante et nauséabonde : on y reconnaissait, au milieu d’une multitude d’odeurs différentes, celle de l’ammoniaque et celle de l’hydrogène sulfuré, mais faiblement; enfin, la matière Savait qu’un très-faible degré d’bumidité. Malgré donc les circonstances favorables dont nous avons parlé plus haut, la fermentation, la chaleur et différens gaz se développèrent assez dans cette petite cargaison pour incommoder gravement l’équipage. Or si , dans l’espace de quinze jours, cette altération a pu avoir lieu, qu’on se figure celle qui a du se développer dans la cargaison de Y Arthur, qui , prise à la voirie de Montfaucon, fut chargée sans précaution dans un bâteau plat, sur le quai d’Orsay, à Paris, pendant qu’il pleuvait beaucoup; puis, arrivée à Piouen, fut entassée ainsi mouillée dans la cale de Y Arthur , et se trouva exposée pendant plus d’un mois aux cbaieurs brûlantes du tropique : qu’on se figure en meme temps, par comparaison, les terribles effets qui ont dû en résulter sur l’équipage de ce vaisseau. (JoiirnaJ général de médecine, tom. 79, pag. 61 ; Avril 1822.)

Siæièrne exemple. Divers auteurs ont décrit la même maladie sous les noms de fièvres bilieuses putrides , de fièvres gastro- adjnamiques ; car la diversité de ses causes, quoique tendant toutes

au meme résultat, peut produire des symptômes dlfférens. M. Lemercier , médecin des épidémies à Mayenne , dont j’ai déjà parlé plusieurs fois dans le volume précédent, m’a envoyé, sous ces lieux noms, la description d’une épidémie analogue qu’il a observée et traitée dans les hameaux des Clauseries et des Guitonnois, dans son arrondissement , aux mois de Février, Mars et Avril 182a , mois où la température fut douce, mais très-humide. Elle avait commencé spontanément au hameau des Clauseries, où plusieurs personnes de la meme maison étaient tombées malades spontanément et étaient mortes, et d’où, dit l’auteur, la contagion n’avait pas tardé à gagner les gens du voisinage. Sur trente-huit individus qui demeuraient dans ce hameau , seize furent attaqués, dont douze succombèrent. De là, la maladie fut portée à celui des Guittonnois (séparé du précédent hameau par des prairies) par une ouvrière qui la communiqua aux personnes qui lui donnèrent des soins, au nombre de sept, et celles-ci la transportèrent dans d’autres maisons. Dix-huit individus, dont quatre étaient morts, avaient été atteints dans ce dernier endroit, lorsque M. Lemercier y fut envoyé par l’administration. Les symptômes de la maladie étaientles suivans. « Pre'ù/de.y; lassitudes inusitées dans tous les membres j douleurs aux jointures et aux lombes, tension et resserrement à la région épigastrique ; tête lourde et brûlante; perte de l’appétit; bouche amère et pâteuse, langue jaunâtre, nausées, soif, envies de

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Tomir, inquiétudes vagues, agiiatioî^s î cëpdrl^ dant ]es malades ne gardent pas encore le lit.

« Invasion et marche de la maladie. Au bout de quatre à cinq jours, frisson entre les épaules; horripilations; grande anxiété à l’épigastre; céphalalgie frontale très-intense ; yeux larmoyans; joues animées et teintes d’un jaune verdâtre autour du nez et des lèvres; langue recouverte d’un enduit jaune, limoneux, qui se reproduit toujours, et elle ne tarde pas à devenir sèche a sa partie moyenne ; grande amertume à la bouche, et vomissemens d’une bile âcre qui laisse dans la gorge un sentiment pénible; tension et douleur à l’épigastre et à l’hypocondre droit, surtout au toucher ; ventre le plus souvent paresseux ; d’autres fois selles fréquentes, bilieuses et fétides; urines rares, rouges, épaisses, cuisantes, sans sédiment; respiration accélérée et pénible; pouls fréquent, mais mou; surface du corps sèche et brûlante ; soif et agitation continuelles.

« Au bout de quelques jours, frisson tous les soirs, qui commence par le cou, se prolongeant aux épaules, descendant le long des lombes et, se répandant par tout le corps; légère rémission le matin, où le front et la poitrine se couvrent de sueur, quelquefois seulement vers quatre à cinq heures du soir; la langue se sèche de toute part, devient brune à son milieu et se colle à sa partie inférieure ; désir ardent de boissons froides ; céphalalgie très- augmentée ; toute la peau est jaune, rude et brûlante ; léger épis-

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tülîs, qui, loin Je soulager, s’accompagne dé l’augmentation de tous les symptômes et d’un état de stupéfaction.

„ Vers le dixième ou onzième jour la tête est moins douloureuse, mais beaucoup plus lourde j la ligure perd son expression et devient immobile ; yeux ternes, gonflés, couverts de cliassiej ouïe dure; langue noirâtre, sèclie, tremblante et comme brûlée ; dents et gencives recouvertes du meme enduit; bouche toujours entrouverte et desséchée, ainsi que les fosses nasales, d’autres fois totalement serrée à ne laisser rien pénétrer; lèvres agitées par de légers mouvemens spasmodiques; articulation difficile et de Jiiots sans suite; impossibilité de rester assis sur le lit ; tremblement et agitation des mains; ventre météorisé et douleurs augmentées à l’épigastre , dont le médecin s’aperçoit, parce que les malades sé plaignent et portent la main sur cette partie pour en détourner ce qui la touche ; selles involontaires, très-fréquentes, liquides, verdâtres, extrêmement fétides; urines épaisses, de plus en plus rares; immobilité de la poitrine et de tout le corps, excepté clés mains, qui sont toujours agitées : successivement, s’il n’y avait pas de Fa-’ mendemenî, les malades entraient dans un déliré continuel, perdaient tout sentiment, avaient le dos, les fesses, la poitrine et les bras couverts de pourpre; il leur sortait des parotides, et ils succombaient du dix-Iiiiitième au dix-neuvième jour. Peu de temps après la mort, tout le corps U renaît une teinte brune.

a Des signes de coction s’annoncaient du dixneiiYième au vingt-septième jour, quand la terminaison devait être heureuse, par une transpiration qui couvrait tout le corps, ou par les urines qui, jusque-là rares, devenaient très-abondantes : les rémissions sont plus longues et plus régulièresj la langue commence à se dépouiller* la figure cesse d’étre jaune et les yeux s’animent; le pouls est moins fréquent et plus fort, la respiration plus libre; le sommeil ramène le calme des idées, etc.; enfin, tous les symptômes disparaissent entièrement du trente - cinquième au quarantième jour, époque de l’entrée en pleine convalescence.

« Sur trente -quatre malades on en a perdu quinze, et les récidives ont été fréquentes.

La jaunisse , qui paraissait de très -bonne * heure, est un symptôme digne de remarque dans cette épidémie : il en résulte que la coloration en jaune, non plus que les vomissemens bilieux, ne peuvent pas fournir le caractère d’un ordre particulierde maladies, ni être considérés comme ayant pour cause nécessaire une haute température; en effet, durant les trois mois que cette maladie a régné, le maximum de la chaleur a été de trois à quatre degrés au-dessus de la glace, et le thermomètre est souvent descendu à deux degrés au-dessous. Il n’est pas moins inconséquent d’attribuer ces maladies à l’usage de la viande; car ces malheureux paysans de la Mayenne n’en usent pas, et ceux qui ont été frappés de i’épidémie ne s’étaient nourris que de pain y

de bouilîie d’orge et de sa rrasîîi, de pommes dd terre et de choux, et n’avaient que de l’eau pour boisson. Ils vivaient au milieu des fumiers et des mares, couchaient sur de la paille, plusieurs ensemble dans la même chambre; et ces êlêmens d’infection avaient conspiré avec des substances alimentaires peu nutritives et peu toni^ ques pour la première formation de la maladie.

§. 44^- résulte de ces exemples, auxquels il est facile d’en ajouter mille autres: qu’il

existe effectivement un état de l’économie que la prostration des forces, la douleur des me m-* bres, les hémorrhagies, la fétidité des excrétions^ la tendance à la gangrène et la prompte décomposition des cadavres ont fait a juste titre appeler putride; que, comme nous l’avons fait remarquer ailleurs (§§. 252 etsuiv.), un état analogue peut se montrer dans la seconde et la troisième période des maladies inflammatoires méconnues; 5.° que la fièvre putride proprement dite ne se montre pas toujours simple, ni de la même manière , surtout dans les épidémies , où elle se masque quelquefois sous la forme de catarrhale, de péripneiimonique, de gastrique, de putride maligne ou ataxique , tantôt accompagnée d’exanthèmes et tantôt sans exanthèmes. Elle vaut la peine que nous nous y arrêtions ; et, sans revenir sur son caractère épidémique dont nous avons assez parlé, nous allons la décrire simple, franche, isolée, telle que nous concevons et c[u’existe la fièvre putride que nous appelons vraie; après quoi nous décriron®

l’autre état , que nous nommons fièvre putride fausse.

%. 442. La première espèce s’annonce, plus souvent plusieurs jours d’avance, par un abattement inusité , une pesanteur de tête, des douleurs aux reins et aux genoux, surtout par un sentiment de brisement au milieu des cuisses, comme si l’on y avait reçu un coup ; par laboucbe mauvaise le matin, peu d’appétit, un sommeil inquiet et qui ne répare pas ^ le soir, par une augmentation de mal-aise, un sentiment de froid, quelquefois seulement une augmentation de chaleur sans frisson; quelquefois aussi l’on n’éprouve, pour tout prodrome, qu’un mal de tête considérable, qui dure plusieurs jours et qui se fait principalement sentir aux deux régions orbitaire et occipitale. Quand le mal doit être très-grave et passer l’état de fièvre maligne, c’est-à-dire, de fièvre où le danger est plus grand que les symptômes ne l’indiquent , le malade n’éprouve souvent , pendant plusieurs jours, pour tout prodrome, qu’un abattement , d’esprit et de corps considérable , un assoupissement insolite, une indifférence pour les alimens et pour les affaires, avec une altération dans les traits du visage et surtout dans les yeux.

Survient ensuite tout à coup , dans l’aprèsmidi ou sur le soir, un frisson suivi d’une chaleur âcre et sèche , accompagné d’une céphalalgie très-violente, de nausées continuelles, de rapports nidoreux , quelquefois de vomissemens, d’une soif inextinguible. Cet état dure plusieurs

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îieures , souvent toute la nuit , et diminue vers le matin , ëpoque d’une rémission réelle , mais où le malade est très-abattu. La fièvre continue ainsi pendant toute la durée de la maladie, avec un redoublement l’après-midi ou vers le soir, mais le plus souvent à des heures irrégulières. Ces redoubiemens sont plus forts de deux jours l’iin, et, indépendamment de ces exacerbations réglées chez tous les malades, il y en a encore de petites dans la journée chez quelques-uns. Le pouls , qui a été petit et vite pendant le frisson, s’élève durant la chaleur i et est souvent très-fort, sans être pourtant extrêmement fréquent et sans avoir la même dureté que dans les maladies inflammatoires , à moins d’une complication de ce genre , ce qui arrive queL quefois. Sa fréquence diminue durant la rémission, et, quoiqu’un nouveau frisson ne soit pas toujours sensible dans les exacerbations suivantes , cependant on peut l’annoncer par la dépression et la vitesse du pouls, qui se renouvellent. La langue est humide, ordinairement blanche, molle et aplatie, plus ou moins sale, ainsi que les dents. La peau reste le plus souvent sèche; quelquefois il y a de petites sueurs qui ne soulagent pas. Quelquefois, et surtout lorsqu’il y a complication de gastricité, le malade se plaint d’une douleur et d’un gonflement à l’épigastre; mais, dans la plupart des cas, il a le ventre plat, souple , indolent, pendant les cinq , six, sept premiers jours : quelques-uns sont constipés; d’autres rendent fréquemment et sans

douleurs, sans efforts, *de petites selles, qui ne sont encore ni glaireuses, ni sanguinolentes, ni fétides. Déjà l’iirine commence à être rare, et sa couleur, sa quantité et sa consistance varient singulièrement. Le visage pâlit au commencement de l’exacerbation , devient ensuite vultueux (rouge et enflé, ainsi que les yeux) , et reprend, dans la matinée, un état serein. Les forces du malade sont brisées; mais son esprit est encore sain et sans inquiétude sur la probabilité du danger de la maladie. Quelquefois il y a au cinquième jour un léger épistaxis, qui ne soulage pas, et dont le sang n’est pas fleuri, comme dans le typhus.

Au sixième, septième ou huitième jour, après quelques espérances trompeuses, les exacerbations sont plus longues, plus fortes, plus fréquentes, et les rémissions plus courtes. Les traits du visage et les saillies musculaires commencent à s’affaisser , ce qui donne au malade un air bébété; ses yeux deviennent chassieux, obscurcis, contournés; fouie se fait dure; les fonctions mentales se troublent. La langue est sèche, brune, dure, et se recouvre d’un enduit fuligineux, qui la revêt comme un fourreau, et qui s’étend peu à peu aux lèvres, aux gencives et au palais; l’iialeine devient fétide : ordinairement le ventre se tuméfie, se tend, devient douloureux, surtout au contact; quelquefois, pourtant, mais plus rarement, il s’affaisse. Dans quelques cas constipation ; mais plus souvent évacuations alvines fréquentes, fétides, parfois mêlées

d’tin sang liquide et quelquefois involontaires; urines rares et fétides. Le pouls s’accélère en perdant de son volume et de sa force. La déglutition devient difficile; le coucher est toujours en supination ; la peau , bien souvent , présente des pétéchies ou des miliaires , qu’on observe même dans la bouche, et des fois, quand l’issue doit être funeste , elle exhale une odeur cadavéreuse.

Vers le onzième, douzième ou treizième jour, amélioration ou accroissement de la maladie. Dans le premier cas, la langue s’humecte vers la pointe, devient moins gercée et se dépouille sur ses bords; la déglutition cesse d’être difficile; le ventre devient plus mou et les évacuations soulagent; il y a des instans de sommeil tranquille; les rémissions sont plus longues, les exacerbations moins fortes; le pouls acquiert plus de force et de développement ; le malade perd son air étonné, et il peut commencer à se coucher sur le côté. Dans le second cas, prostration extrême des forces : le malade parie à peine entre ses dents; délire léger, subdélire ou somnolence. Il ne remue que pour glisser continuellement aux pieds du lit; il ne montre la langue qu’avec difficulté , et sa bouche reste entrouverte. La respiration est le plus souvent ralentie , et le pouls de plus en plus faible. Souvent des escarres gangréneuses se forment tout a coup, et s, ans douleur ni chaleur préalables , non-seulement aux parties qui supportent îe poids du corps, au sacrum et aux trochanters.

mais encore à eeîies qui se trouvent éloignées du centre de la circulation, et aux plaies des vésicatoires. Si la maladie doit avoir une termi^ naison funeste, la difficulté d’avaler augmente encore , et souvent l’on entend les boissons tomber dans l’estomac comme dans un tonneau. Les membres deviennent froids , ainsi que le bout et les ailes du nez 5 les ongles paraissent bleus 5 le malade se refuse aux médicamens et aux boissons 5 on ne parvient plus que très-difficilement à rubéfier la peau; il se manifeste sur divers points des hémorriiagies d’un sang noir et fétide ; assez fréquemment il survient des parotides, qui rentrent bientôt: les urines sont supprimées ; mais le corps nage dans un liquide diarrhoïque, qu’on n’a pas assez de linge pour absorber, et, déjà à moitié cadavre, il Test, enfin, tout- à -fait au treizième, quatorzième, quinzième ou dix-septième jour, quelquefois plus tard. En effet, cette maladie n’a pas de temps fixe , ni pour la guérison ni pour la mort. Quand elle est légère, elle est quelquefois guérie au bout de peu de jours, et quand elle est violente ou mal conduite, on peut en mourir au neuvième; tandis que, dans d’autres cas, ce n’est qu’au quarantième , après des alternatives de bien et de mal.

Les crises les plus ordinaires de la fièvre putride sont dans l’ordre suivant : par les selles , par les urines, par des exanthèmes et la sueur, par les crachats, par la gangrène. Les efforts hémorrhagiques y sont des crises fâcheuses ^ lorsqu’ils ont lieu.

Quelques malades, comme l’a fort Lien remarqué M. Desportes dans un Mémoire sur le traitement des fièvres adjnamiques et putrides (voyez Revue médicale , Mars 1821), présentent, dès la première période, une teinte bleuâtre, livide, du nez, des lèvres, du menton, et parfois un peu des pommettes: ce qui s accompagne d’une respiration lente, d’oppression, de gène dans la poitrine^ d’un peu de toux, sans expectoration, ou avec des crachats blancs ou un peu jaunâtres, sans douleur. Lorsque cette altération, si commune dans le scorbut avec lequel la fièvre putride a tant d’analogie, coïncide avec cette fièvre , elle est toujours d’un mauvais présage. En vain y a-t-il quelquefois une sorte de jugement et de convalescence aux jours indiqués 3 en vain meme le malade commence-t-il à manger et dit-il avoir de l’appétit : les alimens ne profitent pas. Il y a toujours une altération du pouls, qui est ou fréquent, ou trop faible, ou vif ou serré. Quelquefois c’est un peu de gêne dans la respiration, d’autrés fois c’est la douleur des membres ou des lombes qui persiste , etc., et le malade périt après s’être donné beaucoup de peine pour son rétablissement.

A la suite de la mort, le corps présente au dehors des vergetures ou autres taches violacées, qui annoncent une désorganisation prochaine: au dedans, le plus souvent des chairs blafardes et poisseuses 3 les vaisseaux, et surtout ceux du cerveau, du poumon, du foie et de la

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rate, pleins d’un sang noir; ce dernier viscère souvent tumélîé et ramolli, les glandes ou ganglions mésentériques pareillement gonflés , la surface du conduit intestinal parsemée de taches livides, et, quelquefois aussi, sur la surface interne , surtout près du cæcum , des escarres gangréneuses , ou des végétations d’un rouge brun, ou des ulcères plus ou moins profonds; les reins pareillement engorgés et ramollis, et le plus souvent la vessie vide. Dans les cas rapportés par M. Desportes y l’on trouve que les signes que présentait la face coïncidaient avec une lésion organique des viscères de la poitrine ou du bas-ventre, et que cette lésion consiste en un ramollissement d’une portion du poumon, presque toujours de celle qui correspond au diaphragme, ou de la rate, ou de l’un des reins ; que ces viscères se trouvent gorgés d’un sang noirâtre et se réduisent eu bouillie par la plus faible pression ; qu’ils sont d’un violet livide à côté de la portion saine et sans aucune ligne intermédiaire , comme dans l’inflammation ordinaire; qu’ils ressemblent, enfin, beaucoup à ces excrois^ sances , ces champignons , dont nous avons parlé à notre seconde section, effets d’une vie malade. Ils ont eu lieu sans que le malade s’en doutât, et sans que les viscères du bas-ventre en donnassent souvent le moindre indice, ni par la douleur quand on les touchait , ni par la tumeur ou la dureté.

Cette singulière dégénérescence, où tout se

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trouve liquéfié, fibres solides et humeurs, et qui se rencontre non -seulement chez l’homme, mais encore chez les animaux; cette prostration insigne des forces , cette lenteur et cette altération des fonctions, cette fétidité de Fhaleine et des diverses excrétions ; ces écouiemens qu’on ne peut arrêter, donnant un sang fluide et décompose ; ces gaz qui se séparent déjà de leurs combinaisons pour former le météorisme, etc. : tous ces caractères, dis- je, forment certainement une entité particulière, aussi distincte des autres, que ce qui peut distinguer en histoire naturelle un corps d’avec un autre corps; la maladie, enfin , à laquelle, de tous les temps, on a donné le nom de fièvre putride.

§. 44^- seconde espèce de fièvre putride, que j’appelle fausse^ appartient, selon moi, à ces maladies que l’école du Val-de-Grâce nomme gastro-entérites^ à un état inflammatoire, mé- , connu, des viscères de l’une des trois cavités; elle peut même être une complication de la fièvre putride véritable, comme nous en avons donné des exemples , et nous pensons que tel a pu être celui que nous avons fourni d’après notre pratique (§. 44^ > troisième exemple). Cette espèce est bien essentielle à distinguer, et en cela M. le docteur Broussais a rendu un service aux malades, comme il leur a fait tort, ainsi qu’à l’art, en confondant cette seconde espèce avec la première , d’après quelques données d’anatomie pathologique.

ïci, l’assoupissemeDt, le délire, la sécheresse et la couleur brunâtre de la langue, ainsi que plusieurs autres symptômes apparens de fièvre putride , sont symptomatiques de raffection morbide des viscères, diminuent ou s’accroissent avec cette affection. On s’épargnera une erreur funeste en ayant égard à la nature des causes et à la constitution physique du malade : celui-ci n’aura pas éprouvé, dès le commencement , cette prostration profonde qui caractérise la vraie fièvre putride; il pourra, au contraire, souvent se lever, se mettre sur son séant pendant toute la maladie; sa laj^gue sera globuleuse, rouge sur les bords et à la pointé, fuligineuse, rude, avec ses papilles dressées en vergettes, signe de l’irritation de toute l’étendue des surfaces muqueuses ; elle se ramollira , s’aplatira , prendra une couleur approchante de la naturelle, dans la rémission, et reviendra à son premier état dans l’exacerbationr La main du médecin atteindra le viscère qui souffre, et, s’il est dans l’abdomen, il y aura tuméfaction, et sentiment de douleur à la pression , témoigné par le malade , même malgré son délire, etc. Je ne saurais mieux signaler la distinction que je veux qu’on saisisse , qu’en présentant le cas suivant, qui s’est offert à mon observation il y a peu de temps.

Un homme âgé de soixante-douze ans, élevé en dignités, d’un tempérament bilieux et nerveux , dévoré d’ambition et de regrets , était gravement malade depuis quinze jours, quand

j’àriîval dans le lieu de sa résidence et que je iiis prié de m’adjoindre à ses médecins, qui étaient déjà au nombre de trois. Son visage était livide et terreux, les yeux ternes, le nez pointu; les lèvres, la langue et toute la membrane buccale sèclies , âpres, brunes et dans l’état que j’ai décrit ci-dessus. Le ventre était tendu, météorisé , douloureux à la pression. La respiration était élevée, accompagnée d’un peu de toux et d’expectoration de quelques crachats visqueux. Le pouls était très-fréquent, irrégulier, avec des soubresauts. Il y avait des selles fréquentes, séreuses, jaunâtres, sans mauvaise odeur, pour lestpielles le malade se levait du lit. L’urine était rare, aqueuse, crue, couleur de flamme, et n’a jamais été critique. Toute la peau était sèche comme du parchemin , et le malade parlait continuellement , excepté lorsqu’il s’assoupissait {coma vigil). Il y avait chaque jour rémission et exacerbation, et de plus le malade était plus mal de deux jours l’un.

J’appris des parens, et successivement de mes trois confrères dans la consultation, qu’apnès une certaine fatigue du corps, ce personnage, ayant très-chaud, alla se rafraîchir dans son jardin, y but un verre d’eau à la glace, et mangea des fruits; que le frisson et la fièvre le prirent ensuite, et qu’il s’y ajouta des peines d’esprit. Le médecin ordinaire, appelé, prescrivit des sangsues au siège et loi traitement en tout antiphlogistique, qui parur ent soulager. Ce médecin, ayant dû s’absenter pendant deux à trois

jours, appela un consultant, qui crut aperce- Toir une fièvre intermittente ou rémittente pernicieuse, et fit prendre, en lavement, une once de quinquina, ce qui aggrava de suite la maladie. Toutefois Ton persista dans les mêmes vues au retour du premier médecin, et, comme l’état du malade empirait, l’on s’adjoignit un second consultant, qui approuva ce qui avait été fait, vit de la putridité, et insista sur les toniques et les antiseptiques. Le malade était en conséquence aux vins de Bordeaux, de Madère, etc., et au sulfate de quinine, dont il avait déjà pris vingt grains lors de ma première visite.

A|)rès avoir entendu ce récit, que j’abrège beaucoup, ainsi que les opinions de chacun des trois médecins, je déclarai que la mienne était que celte maladie dépendait d’une inflammation du bas-ventre; que le délire n’était qu’une affection sympathique, et que la diarrhée dépendait de l’irritation; que, comme le malade était d’une classe à être embaumé après sa mort, l’on verrait alors que la chose était ainsi; qu’en attendant il fallait se conduire d’après cette idée, supprimer le vin et le quinquina , et calmer l’irritation par tous les moyens possibles. Je conseillai en conséquoice quelques tasses par jour de décoction blanche de Sydenham , de bouillon de poulet, un looch blanc simple du codex, des fomentations émollientes sur le ventre , et des vésicatoires volans aux extrémités inférieures. Cet avis fut adopté à l’unanimité, à la seule condition qu’on revien-

draît au vin et au quinquina quand le Lesoiii l’exigerait.

L’effet de cette médication surpassa mes espérances : dès le lendemain meme le pouls devint moins fréquent et plus régulier, la diarrhée se calma, et les matières devinrent plus épaisses; même les selles furent si rares , que je dus chaque jour me prononcer contre les minora tifs et les lavemens laxatifs qu’on proposait ; le météorisme disparut, et les urines coulèrent plus abondamment; la langue était revenue à son état naturel, ses bords n’étaient plus rouges, et ses papilles si relevées avaient entièrement disparu. Sans avoir toiit-à-fait cessé , le délire était presque nul et laissait de bons intervalles de raison. Les forces se soutenaient et le malade pouvait se lever. Enfin, jusqu’au vingtième jour, époque où je cessai de le voir, il donnait de grandes espérances de rétablissement ; mais dès la veille j’avais prévu une issue funeste. Cet homme était entier et indocile, et ses médecins étaient trop faibles et trop serviles. Il avait ab’ solument voulu manger du melon et des pêches et boire du vin , et on lui en avait donné, malgré mon opposition. Je partis, après avoir exposé tout ce que je croyais propre à conserver ce malade; mais j’appris parla suite qu’il était mort le vingt-septième jour de sa maladie, et qu’à l’ouverture du cadavre on avait trouvé tout ce que j’avais annoncé. On me dit de plus (est-ce vrai, est-ce faux?) qu’on avait repris les premiers erremens, et qu’on y avait ajouté de

la poiiclre de James. Certes, il n’en eût pas faîîü davantage.

§. 444* inutile que j’insiste sur les causes

de la seconde espèce dont je viens de parler. Quant a celles de la première ^ de la véritable fièvre putride, il est connu depuis long- temps qu’on peut presque la faire naître à volonté par le séjour dans un lieu mal-sain, surtout en au-^ tomne, dans les prisons, les liôpitaux et les na^ vires mai tenus; par la trop grande fréquentation des amphitliéâtres anatomiques; par le voisinage des cimetières , des bouclieries et des voiries; par l’influence médiate ou immédiate de principes provenant d’émanations animales ou végétales en décomposition; par l’usage de viandes putréfiées, ou par celui long-temps prolongé d’alimens de mauvaise nature.

L’effet de cette tendance des fermons putrides à tout ramener à un commencement de dissolution, avait déjà été remarqué par les plus anciens écrivains que nous connaissions, lesquels avaient observé, aussi bien que nous, qu’il ne se faisait point de décomposition putride sans développement préalable de cbaleur et gonflement des parties, et ils avaient expliqué par là les phénomènes de ce qu’ils nommaient fièvres pestilentielles. Nous ne saurions donc rien dire de neuf à cet égard ; mais , comme les hommes ne sont jamais corrigés par les maux passés, il sera toujours nécessaire de revenir sur les mêmes détails pour leur rendre présens les dange.. qui résultent de leur incurie.

L’épiclemie de la ville d’Aire prit naissance à un bout de cette ville, près du rempart et du vieux cliâteau , dans un groupe de petites maisons habitées par des personnes du bas peuple, et contre la porte desquelles étaient et sont encore des amas de fumier , oii un bouclier du voisinage déposait journellement le sang et une partie des entrailles et des immondices des animaux qu’il tuait , fumier qu’on remplaçait au fur et à mesure qu’il était pourri jusqu’à un certain point. La meme manoeuvre était pratiquée par les boucliers dans les autres endroits de la ville : c’était une sorte de coutume. En outre, il j a dans la ville beaucoup de tanneries , d’amidonneries. On y engraisse beaucoup de bétail, et l’on y enterrait encore dans un cimetière étroit et encombré, placé au centre de la ville. Cette place forte est sur le bord d’un canal, et au milieu de vastes marais cultivés et de tourbières, germes féconds de maladies et d’occupations pour les médecins.

L’épidémie du département de la Meuse, en 1795, fut précédée d’une grande mortalité de bestiaux. Depuis la première invasion de l’ennemi sur le territoire français , les campagnes de ce département avaient été joncliées de cadavres d’hommes, de chevaux et de bestiaux de différentes espèces. L’enfouissement en avait été ordonné après la retraite des Prussiensj mais il fut si mai exécuté , que plusieurs de ces cadavres en décomposition furent mis à découvert par les pluies et le labour. Un grand

îiomLre d’autres cadavres de bestiaux, morts par suite des fatigues excessives ou par défaut de nourriture, avaient encore été abandonnés sur le sol après les premiers enfouissemens. Des immondices de toutes espèces , des excrémens liumains et de différens animaux, des boues imprégnées de sang et de dépouilles animales, étaient restés amoncelés depuis plusieurs mois au milieu des rues des diverses communes et autour des habitations. En outre, la classe pauvre avait été obligée de se nourrir de pain formé de farines avariées et gâtées que fennemi avait abandonnées dans sa retraite.

La cause de la maladie de l’équipage de ï Arthur et du petit bâtiment de cabotage, chargés de poudrette, est trop évidente pour que j’en parle encore. A cet égard, je dirai seulement qu’ayant vu bien souvent les terribles effets du séjour trop prolongé des animaux dans des étables mal-propres, dont les fumiers ne sont pas enlevés, je pense que c’est principalement aux engrais de nature animale qu’on doit attribuer les fièvres putrides dont les habitans des campagnes sont si souvent attaqués, soit pendant l’entassement de ces matières dans les cours et autour des fermes , soit lorsqu’après les premières pluies les laboureurs vont ouvrir des terres nouvellement fumées.

JNous osons à peine revenir sur les cimetières, dont la funeste influence avait motivé l’ordre de translation , il y a déjà environ un demisiècle. Les soldats français , qui ont porté la

guerre dans différeiis pays où cette loi n’est pas en vigueur (et il s’en faut de beaucoup quelle soit exécutée sur tout le territoire de la France), et qui ont campé près des lieux de sépulture, ont appris par une triste expérience que les exhalaisons infectes de ces lieux se font particulièrement sentir aussitôt que le soleil quitte riiorizonj que ces vapeurs, qui sont pesantes, se répandent alors sur toutes les parties basses de la contrée et occasionnent des lièvres putrides à ceux qui y sont exposés. C’est uniquement à ces memes vapeurs que j’ai du attribuer, dans un autre ouvrage (Analyse des eaux minérales des Vosges), une épidémie de ce genre qui avait ravagé le village de la Bresse, placé au bas d’un rocher, sur lequel sont l’église et le cimetière, lequel a trop peu de terre pour recouvrir les corps. Mais, sur quoi je dois insister, puisque l’usage est revenu d’enterrer dans les églises les personnes privilégiées, c’est qu’un seul sujet qui ne serait pas assez profondément ni assez hermétiquement enfoui, serait capable d’occasioner une épidémie. Un malheureux exemple de cette espèce s’est offert, au printemps de i8i5, dans le bourg de Bonne, en Faucigny (Savoie), endroit extrêmement salubre, peuplé d’environ huit cents âmes : le curé de l’endroit, mort d’une maladie de langueur, avait été enterré depuis quinze jours dans une chapelle de l’église , dans une fosse si peu profonde que presque toute la terre, qui est sablonneuse, faisait saillie au dehors. Les premiers

malades avaient ëtë les personnes les plus assidues aux offices divins; puis successivement presque toute la population fut attaquëe, sans qu’on se doutât de l’origine de la maladie, lorsqu’elle fut beureusemeut découverte par M. Douche^ ancien cbirurgien-major , que l’intentendant de la province envoya sur les lieux pour traiter l’ëpidëmie , et qui en a fait le sujet de sa dissertation inaugurale pour obtenir le grade de docteur en mëdecine à la Faciiltë de Strasbourg. Ce mëdecin, parcourant le bourg pour recberclier les causes de la maladie, fut frappë dësagrëabiement d’une odeur fade particulière et semblable à celle des amphiibëâtres anatomiques , qu’il sentit en passant devant la petite porte de i’ëgiise , qui ëtait ouverte , et dans laquelle il trouva l’odeur encore plus forte et plus insupportable. Ayant appris l’ëvënement dont il a ëtë parlë ci-dessus, il ne douta pins que la maladie n’eût ëtë produite par les vapeurs provenant de la dëcomposition du corps du curë , ce qui ëtait d’autant plus ëvident que l’odeur ëtait plus forte à mesure qu’on approchait de la fosse. Il lit prendre de suite les mesures bygiëniques indiquëes , qui eurent tout le succès dësirë. Cette maladie ëtait une vëritable lièvre putride , avec des symptômes nerveux, qui durait de quatorze à trente jours, et dans laquelle la convalescence ëtait longue , les malades restant long- temps faibles, bëbëtës, indiffërens sur leurs affaires. M. Douche en a traitë à lui seul trois cent vingt-

quatre, tant dans le bourg que dans la campagne. (Histoire d’une lièvre nerveuse-putride , etc.; Strasbourg, 1819.)

Les rues des villages , villes et bourgs , qui ne sont pas pavées, et qui sont le réceptacle des immondices qu’on j jette et qui s’infiltrent dans le sol ; celles meme dont on renouvelle le pavé après un laps de temps considérable , deviennent quelquefois un foyer de fièvres putrides. On en a vu un exemple à Carp entras, il y a quatre à’ cinq ans , par cette dernière cause. Plus de deux cents malades , dont un grand nombre succomba, furent les victimes des émanations infectes qui s’élevèrent d’une rue dont on renouvelait le pavé, qui était très-ancien. On sait que dans la plupart des villes de la Provence on dépose dans les rues toutes les ordures quelconques, soit par défaut de latri- ^ nés, soit dans l’intention de faire du fumier.

Les chairs gâtées d’animaux et de poissons, de ces derniers surtout, sont très-certainement des causes occasionelles de fièvres putrides, comme nous en voyons tant d’exemples dans les temps de disette et dans les longues navigations. Tissot parle de huit personnes qui tombèrent malades après s’être nourries de poisson gâté, et dont cinq périrent malgi’é les soins les mieux entendus. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit à la troisième section (§. 1 16 et suiv.) des effets pernicieux des alimens et des boissons de mauvaise qualité, long-temps continués. Nous avons cru pouvoir attribuer en premier lieu à cette

cause répidëmie que nous avons traitée à l’hôpital militaire de Marseille j car c’était un temps oii non-seulement les alimens étaient rares et chers, mais encore de très-mauvaise qualité : circonstance qui se renouvela en 1812 et qui développa une épidémie dans les vieux quartiers de cette ville. Je l’attribuai en second lieu à la mauvaise situation de cet hôpital, placé dans un enfoncement, entouré d’arhres et de maisons. La mal-propreté , le pillage et l’anarchie j étaient à un tel point dans les commencemens , que je dus souvent, pour être obéi et faire donner les soins nécessaires aux malades, me faire suivre d’une garde dans mes visites. En troisième lieu, il régnait à cette époque la plus horrible des terreurs, et la plupart des soldats n’étaient que des recrues arrachées à leurs familles ou qui cherchaient un refuge dans l’armée. Il ne manquait donc pas de causes énervantes propres à produire la plus profonde adynamie. J’attribue en grande partie aux mêmes causes la fièvre décrite, par M. i^OA7?/?a/TZ. Il régnait en î8i5 et années suivantes une extrême disette, surtout dans le département des Vosges : les militaires reçus à l’ambulance avaient essuyé des privations de toute espèce, et avaient été exposés à toutes les intempéries d’une saison froide et très-humide; plusieurs, d’ailleurs, étaient attaqués de nostalgie et avaient été enlevés violemment à leurs familles, comme en 1794 5 avant d’avoir pris tout leur développement.

Le peuple se nourrit assez souvent de chairs

d’anîmaiix desquelles il ne se méfie pas, comme, par exemple , de ceux qui ont été asphyxiés par un accident quelconque et dont il veut profiter : il ignore que Taspliyxie , lorsqu’elle est suivie de la mort, produit une très-promptô altération de toutes les chairs de l’animal. Mon collègue au jury médical de Besançon , M. le docteur Thomassin , m’a rapporté un fait dont il a été témoin, savoir, qu’un troupeau de cochons s’étant noyé dans le Doubs, et les paysans s’étant nourris de cette viande, il en résulta une épidémie de fièvres putrides et de dyssenterie , qui fut extrêmement grave.

§. 44^- La fièvre putride est-elle contagieuse et peut-elle se propager indépendamment de l’infection? Dans le Mémoire que j’ai cité M. Lemercier a rapporté quelques faits qui semblent le prouver. Cependant les données de l’expérience nous disent qu’elle n’est pas essentiellement contagieuse , mais qu’elle peut le devenir par l’accumulation des malades et par la mal-propreté; que, d’ailleurs, comme elle s’associe très-souvent au typhus , qui est indubitablement très-contagieux, c’est à cette dernière maladie qu’on doit le plus ordinairement sa propagation hors des centres d’infection. Nous verrons dans la section suivante et dans le dernier chapitre de celle-ci, à l’occasion de la fièvre jaune , que ce changement en typhus est commun , et qu’alors il y a réellement contagion, si l’on ne parvient pas à le prévenir.

J’ai en, clans des prisons dont le service m’a ëtë confié, jusqu’à dix ou douze malades de celte fièvre réunis dans une chambre changée en infirmerie , et je n’ai point eu de contagion , par suite des fumigations minérales que j’avais établies dans tous les coins de la prison, et des soins de propreté que me permirent de prendre la charité de plusieurs personnes et rhumanité des concierges. A l’hopilal' de Marseille , la maladie ne s’est pas propagée par contagion. L’on a vu plus haut que je me la suis pour ainsi dire inoculée , et Cjue néanmoins j’en ai été quitte pour c[uelcjues accidens. Il est vrai que quelcjues officiers de santé et des infirmiers en sont morts; mais ils ne l’ont pas comm,unic|uée à leur famille, et elle ne s’est pas répandue dans ia ville. Il en a été tout autrement du typhus, Cjuekjues années après. Il faut donc croire que ces officiers de santé avaient gagné la maladie par une infection commiioe* et, d’ailleurs, non aecoutumés encore à ces calamités, ils vivaient dans des transes continuelles, dont je ne pouvais les faire revenir. Au contraire, dans la maladie d’Épinal, il y eut une vraie contagion, qui se répandit dans toute la ville 5 mais, outre d’autres causes, dans le détail desquelles son historien n’est pas entré, la maladie a autant appartenu aux fièvres typhodes qu’à la fièvx’e putride. Dans l’épidémie du département de la Meuse , l’auteur donne le nom de contagieuse à l’infection c|ui l’a produite, et dit quil parait que les miasmes septiques et contagieux de la rose épi^

démique ont particulièrement propagé leurs effets dans la direction du nord au sud et à Vest, c’est-à-dire, suivant le vent dominant dans ce pays. Dans celle de Bonne , l’aiiteur nous apprend que les effets secondaires de rinfecüon ont été contagieux. D’abord , l’épidémie , dans son début, n’attaqua que des familles pauvres, dont les membres étaient ceux qui restaient le plus long-temps à l’église; elle passa ensuite par échelons de ceux-ci à de plus aisés, et, enfin, aux familles les plus fortunées, puis aux habitans des hameaux voisins, qui étaient venus chez leurs propriétaires et qui n’avaient pas été à l’église. Mais M. Donche nous apprend aussi que, quand il arriva dans ce bourg, il y trouva line stupeur générale; que les premiers malades qu’il vit ressemblaient à des masses inertes, posées sur des lits entourés d’ordures des plus dégoûtantes , livrées à elles-mêmes et entièrement hébétées, ainsi que les autres pei^sonnes de la maison. Or, il est évident que la mal-propreté et les symptômes nerveux s’étaient réunis iei à la première cause. Terrible exemple d’un grand effet pour une petite cause, et qui pourtant n’a corrigé personne dans le J)ays où il s’est montré !

§. 446. Voici les observations par lescjii elles je conçois la formation de la maladie que je nomme fièi>re putride. Lorsque, sans en avoir une grande habitude, l’on fait quelque séjour dans un amphithéâtre anatomique , où il y a des corps qui commencent à entrer en décompo-

sition , Ton éprouve des nausées , des vomituritions , un besoin con tinuel de cracher. Il en est de meme lorsqu’on s’arrête, ou même que l’on passe sur le soir dans une rue occupée par des boucheries où se trouve une certaine quantité de viandes passées. Il en est de même aussi quand on a mangé un morceau de chair quelconque qui commençait à se pourrir. Après ces premiers symptômes , et lors même qu’on a vomi, l’appareil dige^ütif a perdu pour quelque temps de son activité, et l’on se trouve dans un état de mal -aise et de faiblesse. C’est ce que j’ai éprouvé plusieurs fois , ce que plusieurs personnes m’ont dit avoir éprouvé ; et il est vraisemblable qu’on aurait essuyé une fièvre putride, si l’on était resté plus long-temps exposé à l’infection, et si l’état dont je viens de parler avait continué. Donc , le propre des effluves septiques est d’abord d’agacer, d’irriterj ensuite d’affaiblir, d’agir à la façon des poisons sédatifs. Nous lisons dans l’énoncé de plusieurs expériences entreprises par M. le docteur Gaspard , sous la direction de M. Magendie , à l’effet d’établir les résultats de l’injection du pus et des matières animales en décomposition dans les vaisseaux sanguins des animaux, que le résultat constant de cette introduction opérée brusquement a été de produire une inflammation vive, accompagnée d’une espèce d’hémorrhagie de la membrane muqueuse gastrique et intestinale, avec des vomissemens et une mort prompte (par où ces expérimentateurs préten-

dent expliquer les phénomènes de la fièvre jaune); et qu’au contraire ces memes substances, inoculées dàns le tissu cellulaire, n’ont pas produit de phénomènes très-alarmans , parce que l’absorption s’en faisait lentement (Journal de physiologie expériment. , par M. Magendie , n.^’ année 1822). Ces expériences confirment tout ce que nous savons des effets de l’introduction dans le sang des poisons et des médicamens , lesquels produisent sur les différens organes une action qui y est relative ; et quant à la seconde partie, elle ne nous apprend rien, puisqu’elle ne nous donne pas le temps de nous instruire , sur les animaux , des effets d’une absorption lente. Or, c’est plutôt de celle-ci, que d’une introduction brusque et forcée, que naissent les fièvres putrides ordinaires , ainsi que leurs prodromes de plusieurs jours l’annoncent suffisamment. Ce que je crois que nous savons de bien positif maintenant, d’après les expériences et les vivisections faites en Angleterre , en France et en Allemagne, c’est que les miasmes infectans sont introduits dans le sang , humeur dans laquelle réside probablement tout le secret de la vie animale , et que cette humeur en est la première altérée, ainsi que le démontre son état , lorsqu on en tire dans les divers degrés de la fièvre putride. En effet, à la première période de cette maladie, on le trouve presque constamment, à sa surface, d’une nuance jaunâtre, verdâtre ou livide, et couvert d’un fluide inconcrescible , noir ^

fétide, séparé de sa fibrine à des périodes plus avancées.

De la licpieur putride, provenant de la cliair musculaire décomposée, a été injectée a la dose de quatre centilitres dans la veine jugulaire d’un cheval, parM. Dupuj , professeur à l’École vétérinaire d’Alfort : accélération de la respiration et de la circulation; mouvemens convulsifs dans les muscles sous-cutanés des membres antérieurs, et grande faiblesse des postérieurs; perte de la vue et principaux phénomènes ordinaires au vertige; mort dans la matinée du quatrième jour. On a trouvé, à l’ouverture du cadavre , des épanchemens de sérosité sanguinolente dans les cavités du bas-ventre et de la poitrine ; le poumon gorgé de sang noir et écumeux, exhalant une odeur fétide, analogue a la liqueur injectée; le tissu du coeur décoloré, livide, facile à écraser; le sang de ses ventricules d’une odeur fétide, celui de l’oreillette droite de couleur jaunâtre, et celui de l’oreillette gauche et de l’aorte présentant un aspect fibrineux (Bulletin de médecine vétérinaire, 1820; et Revue médicale, tome X, page 279). Et je rapporte ici cette observation à cause que son savant auteur a plus d’une fois donné des preuves de son adhésion au solidisrne exclusif, puis à la nouvelle doctrine de mode , et qu’actuellement il est forcé de convenir que, dans cette occasion, la vitalité du sang avait elfectivement été diminuée.

Mais le sang est le réservoir où tous les or«

ganes puisent la matière des secrétions , lesquelles sont suivant Tordre de la santé, si le sang est pur;^ et dans un état contraire, s’il est impur : à son tour le sang éprouve des modifications en traversant les organes sécréteurs, lesquels, s’ils sont malades, Tempêclient de se dépouiller des principes qu’il a coutume d’y laisser, ou lui en donnent de morhifiques. Le sang est encore le principal excitateur des organes de la circulation, de la sensibilité et de la motilité. 11 est le tonique par excellence : appauvri, vicié, tout est languissant; il n’j a plus que des mouvemens vagues , incertains , que des crises imparfaites. Nous avons, jusqu’à un certain point, un exemple de l’état morbide du sang, quand les organes sont malades, dans les expériences sur les résultats de l’ablation des reins, faites par MM. PrcH’ost et Dumas, de Genève, et déjà tentées auparavant par Haller et M. Richerand. Le rein droit a été enlevé à des cliiens et à des chats, et la santé des animaux, disent-ils, n’en a pas été altérée; la plaie s’est cicatrisée au bout de trois jours, et aucun symptôme fâcheux ne s’est manifesté. Quinze jours après , ils ont enlevé le second rein, et les animaux ont continué à manger, en buvant cependant très -peu pendant trois jours, passé lesquels ils ont rendu des déjections brunes, abondantes, très-liquides, commencement du trouble survenu dans la constitution; la fièvre s’est élevée et les exacerbations fébriles ont fait monter la chaleur à quarante-trois degrés cen-

tigrades, tandis que dans d’autres inomens elle descendait jusqu’à trente- trois. Le pouls était petit, dur et rapide, le nombre des pulsations s’élevant quelquefois à deux cents par minute; respiration fréquente, courte, oppressée; prostration extrême, et mort du cinquième au neuvième jour. L’autopsie cadavérique offrit, comme pbénomènes constans, effusion de sérum clair et limpide dans les ventricules du cerveau ; poumons plus denses que dans l’état de santé; beaucoup de mucus dans les bronches; foie plus ou moins enflammé; vésicule du fiel remplie d’une bile verdâtre ou brun-foncé; intestins contenant des matières fécales, liquides, abondantes, de meme couleur que la bile; vessie urinaire fortement contractée; plus, les désordres locaux, suites de l’opération. L’analyse du sang, faite comparativement avec qelle du sang de ces memes animaux dans l’état ordinaire , a fait voir un liquide plus séreux, et ce sérum renfermant une proportion d’eau plus considérable; une quantité beaucoup plus grande d’urée, de lactate de soude, de carbonate de soude, etc., matières ordinairement éliminées par les reins et qui étaient par conséquent restées dans le sang. (Bibliothèque universelle, tome i8, pages ao8 et suiv.)

La rareté et meme la suppression des urines sont un phénomène assez commun dans les maladies graves : d’où l’on peut inférer que le sang de ces malades, non dépouillé, doit être altéré dans sa composition ; et la considération des

urines , comme excrétion normale , est d’une haute importance pour la connaissance et le traitement des maladiés. Ainsi, l’on remarque, i.'’ que l’iirine des malades atteints d’hépatite chronique contient peu ou point d’urée > ce qui semblerait prouver que les fonctions du foie sont nécessaires à la formation et à l’élimination de cette substance, dangereuse lorsqu’elle reste, ell^ ou ses principes. Mais les praticiens auront du observer que dans les lièvres ci-dessus le foie est souvent malade, Les crises de plusieurs lièvres se font par un dépôt abondant dans les urines d’acide purpurique (dont l’urée forme le radical). On ne saurait donc douter que cet acide n’ait joué un grand rôle dans le sang des fébricitans , altéré jusqu’à ce que les forces naturelles aient éliminé les principes dont cet acide est constitué. Or, il est facile de concevoir que la matière de l’infection, pénétrant par toutes les voies de l’économie, et étant absorbée par les radicules veineuses et lymphatiques , puis portée dans le torrent de la circulation, doit agir comme un ferment sur le sang, qui en est le premier affecté; mais le sang, altéré dans son état normal, altère à son tour toutes les sécrétions , et les muscles, qui en reçoivent beaucoup pour la réparation journalière de la fibrine, sont les premiers à donner des marques de leur état de souffrance. Le système nerveux , pareillement baigné de sang impur, en reçoit de fâcheuses impressions, et il se produit, enfin , plus ou moins promptement,

une réaction qui constitue l’état fébrile. Par suite de cette réactioji, le sang, poussé à la peau, produit des vibices ou pétécliies, à cause du peu de résistance des yaisseaiix exbalans, et, dans les viscères, des engorgemens, des injections , des simulacres d’inflammation , orgasme d’autant plus saillant que le sujet sera plus pléthorique : de sorte qu’il pourra y avoir en même temps faiblesse générale et néanmoins plénitude, fluxion aux vaisseaux de la tête, des poumons et des viscères de l’abdomen. Il est bien entendu que, si l’infection est très-active, elle pourra donner la mort avant qu’il se soit manifesté aucune réaction : alors les phénomènes dont je viens de' parler, n’auront pas lieu. La maladie poursuivant son cours , les forces vitales égarées, cette circulation désordonnée , tendent à former de nouveaux organes, des végétations, des tumeurs; et le fourreau qui entoure la langue et qui a souvent assez d’épaisseur, n’en est pas un des moindres : il commence à se faire une disgrégation parmi les élémens constitutifs des tissus (dont l’infiltration gazeuse dans les cloisons abdominales est une preuve) , et tous les liquides et les solides montrent de plus en plus leur tendance vers la décomposition , à moins que les forces vitales n’opèrent de ces crises qu’il nest pas aussi ridicule qu’on le prétend de comparer à une défécation.

§. 447. Si l’on se réglait uniquement d’après le bonheur que l’on a assez souvent d’échapper

pendant long -temps, et même sa vie durant, aux effets des diverses causes d’infection , quoiqu’en étant habituellement entouré , on hésiterait de les nommer causes pathogéniques, et l’on serait porté à excuser la négligence des autorités publiques et des particuliers à les faire disparaître. J’y réfléchissais dans le mois de Juin 1822, mois 6ù mon thermomètre a constamment été, à midi, de vingt -deux à vingt- cinq degrés Réaumur, et où, en face d’une boucherie et d’un canal presque à sec , où les bouchers jetaient chaque jour les abattis et les viandes corrompues, j’étais dans une atmosphère permanente d’infection; et pourtant, ni dans mon quartier, ni dans le reste de la ville, il n’y eut un plus grand nombre de malades pendant ce mois que dans les autres. Dans une lettre médicale, des premiers jours du mois ci-dessus, de mon savant confrère M. Lafont-Gouzi, de Toulouse (ville où la chaleur n’a guère été que d’un à deux degrés plus forte qu’à Strasbourg), cet excellent praticien me disait que la partie nord-est du faubourg Saint -Cyprien de cette ville (où sont les tanneries, les tueries, un conduit sale et puant, et autres causes d’infection) n’était pas plus féconde en maladies que le reste du faubourg et de la ville. Nos servans d’amphithéâtre, et tant d’artisans qui vivent au milieu des matières animales en décomposition, ne paraissent pas plus sujets aux fièvres putrides, que ceux qui ont soin de s’en éloigner. Dans sou Mémoire sur l’accident dii‘ navire \ Arthur ^

fii.

chargé de poudrette ^ M. Parent-du-Châtelet , en parlant des observations auxquelles il s’est livré à la voirie de Montfaucon, où l’on prépare cet engrais, affirme n’avoir pas vu un seul ouvrier de cette singulière fabrique, « qui ne lui offrît tous les signes extérieurs de la meilleure santé , et qu’il y trouva solidement établie, non-seulement parmi les ouvriers, mais encore parmi les chefs de l’établissement , Jes voituriers et même les agriculteurs du voisinage, l’opinion, que les émanations qui sortent de la voirie, loin d’être nuisibles, ont, au contraire, sur la santé une influence salutaire, qu’elles préservent des épidémies et guérissent plusieurs maladies!

Devons-nous briser pour cela nos cadres hygiéniques? Bien simple serait le médecin qui ignorerait qu’on obtient partout les mêmes réponses, dans tous les ateliers de fabrications quelconques les plus évidemment nuisibles à la santé ; tant sont plus puissans qu’elle l’intérêt et le besoin de gagner sa vie! Mais, après avoir fondé une législation invariable, parce qu’elle s’appuie sur les lois naturelles , nous devons placer les exceptions dans le champ non moins immense et non moins souvent obscur des prédispositions, qui fournissent à tout instant les conditions indispensables à l’achèvement du funeste travail des causes occasionelles.

Ces conditions se trouvent, avons -nous déjà dit plusieurs fois, ou du côté de ces causes même et des choses ambiantes, ou de celui des individus. On serait porté à croire , dans cer-

tainescirconstanceSjVulalongueinnocuitë d’une atmosphère infecte, que les miasmes ont besoin pour agir d’une sorte d’incubation; mais pourtant d’autres fois ils agissent aussitôt que s’est présentée l’occasion de leur développement : différences qui tiennent vraisemblablement non à une autre nature des miasmes, mais à celle des personnes qui en sont infectées. Dans l’un et l’autre cas, la propriété délétère des miasmes n’en est pas moins prouvée, n’en est pas moins certaine, quoique le quand soit ignoré; et il en est de cette certitude comme de celle de la mort, quoique, pour notre tranquillité, nous en ignorions le moment.

Parmi les choses ambiantes, il en est qui favorisent singulièrement, non -seulement l’extension , mais encore l’activité des miasmes : la chaleur humide et l’air renfermé sont dans cette catégorie. Il est digne de remarque qu’on peut presque mettre une distinction entre les miasmes putrides et les miasmes marécageux, d’après leur manière d’étre avec les diverses températures. Les premiers subsistent et se propagent nonobstant le froid; ils semblent diminuer de puissance durant le règne d’une chaleur sèche : les seconds semblent , au contraire, craindre tout abaissement de température, et avoir besoin de la chaleur pour subsister. Les uns et les autres sont détruits par de grandes masses d’eau, et sont infiniment moins à craindre quand ils se développent en rase campagne, dans un endroit exposé à tous les vents, que dans uji vallon

resserré, dans une enceinte, dans un appartement.

Du côté des personnes, c’est beaucoup que d’étre habitué à ces Tapeurs , et je tiens pour constant, d’après les recherches que j’ai faites, que les ouvriers s’habituent plus facilement et souffrent moins dans une atmosphère repoussante d’émanations animales, que dans celle des gaz acides minéraux, sous le poids de laquelle leurs organes ne restent pas aussi long -temps dans un état d’intégrité. Les vapeurs animales deviennent la chair et le sang des individus qui vivent au milieu d’elles (comme le sont, pour certains animaux, les poisons du règne organique dont ils se nourrissent); leur transpiration les reporte vers la circonférence , et leurs vêtemens, même ceux des jours de fête, en sont imprégnés, ce qui les fait repousser par les autres classes d’ouvriers. Voilà ce qui les préserve des épidémies de fièvres putrides, ce qui rend probables les assertions de plusieurs auteurs, que, dans des villes affligées de peste, les quartiers les plus sales ont eu le moins de malades. C’est à ce commerce familier avec un ennemi de la salubrité qu’il faut attribuer le merveilleux de la préservation , et non à une absurde propriété sanitaire de miasmes qui frappent tout sujet nouveau qu’ils ne connaissent pas; qui, transportés sur les vents et répandant quelquefois une odeur infecte jusqu’à deux lieues de distance , lorsqu’on se trouve dans la direction du vent (comme nous l’apprend M. Parent des exhalaisons , si inno-»

cent es , de la voirie de Montfaucon) , portent à l’improviste des épidémies dans des lieux éloignés , dont on ignore ou dont on feint d’ignorer la cause. Ne nous imaginons pourtant pas que ces habitués de la pourriture jouissent de la plénitude de la santé: l’auteur ci-dessus nommé dit que les ouvriers de la voirie de Montfaucon sont dans un état d’engourdissement et d’abrutissement; ce qu’il attribue uniquement à l’isolement où ils vivent de toute société humaine, et à la répugnance qu’ils inspirent aux autres ouvriers. Ces circonstances méritent certainement d’étre prises en considération ; mais nous estimons que les élémens dans lesquels ils vivent, y font aussi beaucoup, puisque nous voyons chaque jour les fabricans de cordes à boyaux, de peignes de corne, de colle forte, etc., dans le meme cas, quoique vivant en société. Les peuplades sauvages qui font leur nourriture ordinaire de poisson pourri, ont été reconnues les plus stupides, les moins belliqueuses et les moins avancées en civilisation. Ces individus éprouvent le besoin continuel des liqueurs fortes , du piment et des épiceries ; ils sont , dans un état de cachexie , sujets au scorbut, à la lèpre et à l’hydropisie, et leur vie est en général très-courte. Pour peu, d’ailleurs, qu’ils aient été déshabitués de leur atmosphère ordinaire, ils redeviennent, en y rentrant, susceptibles de son influence funeste , et la fièvre putride, prend aussitôt chez eux le caractère le plus violent de malignité.

Pour ce qui concerne les sexes, les âges et les constitutions individuelles, les plus disposés à la fièvre putride , ou qui en sont le plus maltraités, Ton observe en général que le sexe mâle y est le plus sujet 5 que les enfans et les vieillards en sont le plus souvent exempts, et que, parmi les adultes, les sujets pléthoriques, bien musclés, qui ont le plus de force pour soulever et porter des fardeaux, sont ceux qui, dans cette maladie, courent les plus grands dangers. Lorsque la cause occasionelle frappe des corps épuisés par de grandes fatigues, par des excès de table, ou par l’abstinence ou une mauvaise nourriture, par les plaisirs de l’amour, par de longs chagrins ou des affections tristes, la fièvre putride, si elle se développe , reste rarement simple , mais s’accompagne de symptômes nerveux, c’est-à-dire, prend le vrai caractère de malignité.

§. 44^* Le pronostic de la véritable fièvre putride est toujours à mon avis fort douteux, et les exemples qu’on nous donne de la disparition successive de tout danger au bout de peu de jours, après les premières évacuations saburrales, n’appartiennent qu’à la fièvre gastrique ou putride des premières voies des anciens, avec laquelle les praticiens vulgaires se plaisent à confondre l’état grave dont il s’agit ici. La durée de cet état, qui se termine par la mort ou par la convalescence, est en effet soumis à un nombre de jours fixe, et à des évacuations critiqués, indépendamment de celles qu’on aura provoquées.

On peut espérer une heureuse issue, quelque fâcheux que paraissent les symptômes, si le pouls se soutient dans sa force et sa régularité ; si le malade ne refuse ni les boissons ni les médicamens; si la peau se couvre d’une moiteur générale; si les selles deviennent moins liquides et , moins fréquentes ; si le cours des urines se rétablit et quelles forment un sédiment blanc; si, lorsque la poitrine a été prise, le malade expectore quelques crachats murs; si, dans le cas de parotides, on sent un mouvement de fluctuation au centre de la tumeur; si, après l’apparition d’exanthèmes , il se fait sur la peau une desquamation, et si, dans les escarres gangréneuses survenues aux parties qui supportent le poids du corps, ou ailleurs, on voit un cercle vif qui borne la gangrène. Ces bons signes doivent être accompagnés du retour du sommeil, de la situation fixe du corps au lieu où il est couché, et du dépouillement successif de la langue.

Ce sont des signes funestes , quand le malade se refuse aux remèdes et à toute espèce de boisson, surtout si ce refus provient d’un étranglement convulsif du gosier; lorsque le pouls s’affaisse de plus en plus et devient irrégulier ; que le visage est tiré, livide, plombé , les pommettes et le nez violets, les yeux ternes et abattus, la bouche béante et constamment ouverte, avec une respiration précipitée; quand il y a tendance continuelle du corps à se porter aux pieds du lit; lorsque la langue est constamment sèche, rouge ou noirâtre ; qu’il y a une chaleur âcre^ un ventre

fortement mëtéorisë, avec des selles fëtides, fréquentes et involontaires : un pouls languissant, dëprimë , très-vîtej la suppression des urines, sans qu’il y en ait dans la vessie ; une odeur cadavérique, etc., dénotent une fin prochaine. Les vieillards et les enfans, lorsqu’ils sont attaqués de fièvre putride , courent de grands dangers.

§. 449- L’art seul peut-il guérir la fièvre putride ? J1 est évident, d’après ce que nous avons dit sur sa formation (§. 4-^6), que la réponse doit être “négative , et qu’on ne peut faire ici une médecine à priori (§. ii5) j qu’il n’est pas en notre pouvoir d’enlever à nos liquides et à nos solides les élémens délétères dont ils sont imprégnés, et qu’à la nature seule, aux forces conservatrices de la vie , appartient cette élimination. Elle le fait quelquefois, comme nous l’avons déjà rapporté (§. 117), dès le principe, par une sueur abondante, spontanée, qui prévient la maladie. Quand cette sueur n’a pas eu lieu, et que la maladie s’est formée, elle se juge quelquefois aussi spontanément par des crises chez des sujets hien disposés, abandonnés à euxmémesj ce qui s’observe chez les pauvres, surtout dans les campagnes, lesquels n’ont pris, pour tout remède , que de l’eau fraîche dans les deux premières périodes de leur mal. Quels sont donc, dans la réalité, le pouvoir et le devoir du médecin à côté de ces malades? Les voici : c’est i."* d’être persuadé que ce sera la nature seule qui guérira par le secours de la

réaction vitale qu’elle va provoquer 5 mais que cette réaction pourra être ou trop forte ou trop faible, et que ce sera son fait de la diriger; 2.^^ de remarquer si l’action vitale n’est point enrayée, ou par des saburres gastriques ou par une pléthore sanguine qui oppriment les forces , ou par une disposition d’organes qui prête aux engorgemens sanguins , ou par une trop grande faiblesse radicale, suite d’excès ou de maladies antécédentes ( enrayement qui exige, dans le premier cas , l’emploi des évacuans des premières voies ; dans le second, des déplétions du système sanguin , et dans le troisième l’usage des toniques et des excitans consacrés par l’expérience); 5.^, enfin, d’écarter des malades la/continuation des causes qui ont donné lieu à leur état. Nous allons passer en revue ces diverses circonstances, de l’examen attentif desquelles le médecin conclura s’il doit être acteur, ou s’il doit rester spectateur.

§. 4^0. C’est un traitement par trop banal, d’administrer l’émétique , après un jour ou deux de délayans , dans la première ou même la seconde période de cette maladie. On le donne même dans plusieurs vues, non-seulement pour éliminer les saburres , mais encore pour imprimer une secousse générale, capable', dit- on, d’empêclier la congestion cérébrale, de détruire le spasme de la peau et de favoriser la moiteur, de débarrasser les poumons des matières qui l’engouent, d’expulser les miasmes qui peuvent s’y être introduits par la respiration, de favoriser, enfin, l’action médicamenteuse des bois-

sons et des autres remèdes. A la vérité , Ton obtient plusieurs de ces résultats, quand l’émétique est bien indiqué; mais on produit des effets contraires, quand il ne l’est pas. Il est indiqué et il fait merveille dans les cas suivans : une langue blanche et surchargée d’un limon jaunâtre, avec un sentiment de pesanteur au creux de 1 estomac ; une douleur de tête fixée au front et au fond des orbites ; une bouche amère, un goût de pourriture; des nausées, des vomissemens de matières puantes, verdâtres, etc. Il faut alors le donner immédiatement, et je ne conçois pas comment les sangsues a l’épigastre pourraient le remplacer. Il est contre-indiqué, il est nuisible , quand ces symptômes de gastricité ne se présentent pas; lorsque, dans la complication du typhus, comme cela arrive souvent dans les épidémies , la première période se présente sous les apparences d’un état inflammatoire , tantôt sous la forme d’une ophthalmie, tantôt sous celle d’un coryza ou d’un mal de gorge, avec rougeur à la luette , au voile du palais, etc. Il est nuisible, lorsqu’il y a de la chaleur et de la douleur dans la région de l’estomac, avec une langue rouge, sans indices prononcés de saburres gastriques. Il faut enfin le donner avec précautions , même quand ces indices existent , aux personnes délicates dont le système sensitif est fort susceptible d’irritation. Dans ces diverses circonstances il sera souvent plus sûr de s’en tenir aux lavemens et aux boissons laxatives. Ajoutons qu’il faudra souvent

calculer aussi , si, avant de faire vomir, il ne convient pas de pratiquer une émission sanguine.

Rien, à mon avis, n’est moins essentiellement inflammatoire que la fièvre putride primitive, et néanmoins les émissions sanguines y sont souvent nécessaires, tant à cause de l’orgasme qui se porte sur tel ou tel viscère, qu’à cause de la plétliore qui opprime les forces chez les sujets robustes, jeunes ou bien nourris. Telle a été .la pratique, long-temps suivie, de Galien ^ enseignée par la plupart des grands maîtres, que j’ai trouvée établie à Marseille chez les meilleurs médecins, lors de mon premier début dans cette ville j indiquée par les hémorrhagies spontanées qui ont souvent lieu dans la première période de la , maladie, et par les infiltrations sanguines des viscères mis à nu par les ouvertures de cadavres. Telles furent les raisons qui m’engagèrent à pratiquer la saignée, soit dans l’épidémie que j’ai décrite, soit dans d’autres circonstances, sans avoir néanmoins toujours réussi; car les maladies se jouent assez souvent de nos inductions. Malgré cela, je me garderai bien d’abandonner cette pratique, chaque fois que les circonstances suivantes se présenteront; savoir: un pouls tendu, gêné, vibrant, chez un sujet fort (n’importent l’âge ni le sexe) , pléthorique, bien nourri , sujet à des évacuations sanguines supprimées; un visage et des yeux rouges; un violent mal de tête, avec des pulsations; une oppression de poitrine considérable; une douleur vive à l’épigastre; enfin, toutes les fois que quelque viscère prin-

cipal, surtout le cerveau, le poumon ou l’estomac, souffrira d’un engorgement, ou en sera menacé. Dans tous les cas de cette espèce, la saignée doit précéder l’administration de fémétique, quelque pressante qu’elle puisse paraître: il faudra meme quelquefois la réitérer pour remédier au plus urgent, bien qu’il soit de principe d’étre très -modéré sur l’emploi de ce remède dans une maladie où il faut laisser à la nature assez de forces pour subjuguer la cause morbifique. Hors les circonstances que je viens de spécifier, il serait absurde, et souvent homicide, de recourir aux émissions sanguines.

Ce genre de médication étant très- délicat, nous devons établir le quand et le comment. C’est particulièrement dans la première période de la fièvre putride primitive que les émissions sanguines peuvent être indiquées ; tandis que dans la secondaire, c’est-à-dire, celle qui succède aux fièvres gastriques, bilieuses, inflammatoires, négligées ou mal traitées , elles conviennent également dans la seconde période de la maladie, puisque c’est principalement à cette période que naissent les pblegmasies locales qui amènent si souvent la gangrène, lorsque, par l’erreur du médecin , les symptômes qui en dérivent sont pris et traités comme des phénomènes adynamiques.

Quant au choix du lieu et du mode de l’émission, il dépend tant de l’organe spécialement affecté , que du degré de force des malades.

Comme il ne s’agit point dans la fièvre putride essentielle ou primitive de combattre une inflammation, mais seulement de diminuer le volume du sang et de prévenir l’engorgement d’un viscère principal, les saignées révulsives sont principalement indiquées : par exemple, celle du pied, s’il s’agit de la tête^ du bras, s’il s’agit dç l’estomac et des autres viscères du bas-ventre; du bras encore, s’il s’agit du poumon. Après une saignée révulsive, on peut en faire une dérivative, si les symptômes persistent. J’ai souvent fait pratiquer la saignée à la jugulaire, quand la tête était prise, et quelquefois avec succès; maiè je dois avouer en avoir obtenu davantage par celle du pied. Je ne pense pas que, dans les sujets forts et vigoureux, les sangsues ou les ventouses scarifiées puissent suppléer à la lancette pour la révulsion; mais elles pourront suffire chez les sujets faibles, et elles suffiront encore, comme moyens dérivatifs , appliquées aux tempes, à la nuque, sur la poitrine, à l’épigastre, à l’ombilic, à la marge de l’anus, suivant l’organe en danger.

Un auteur de réflexions publiées récemment sur ce sujet (dans le tome 78 du Journal général de médecine), qui attribue la fièvre adynamique à l’embarras et à l’engorgement sanguin du cerveau, en même temps qu’à l’irritation ou plilogose des voies digestives (lésion, dit-il, que le malade assure ne pas sentir, à cause du déréglement des facultés sensitives , mais qu’une pression légère sur l’épigastre ou sur un autre

point qui couvre la plilegmasie occulte fait découvrir en produisant une secousse de tout le corps)* cet auteur, dis-je , vante beaucoup l’efficacité des sangsues appliquées sur l’épigastre, « moins encore comme moyen évacuant, que comme révulsif de la tendance du sang vers la tête, dont l’action ne s’étend pas seulement sur l’estomac, mais encore sur tout le système nerveux; agissant au centre du grand sympathique, au milieu d’un foyer de vitalité, enlevant des oppressions, calmant le délire, faisant cesser le mal-aise et une foule d’autres accidens qui tiennent à l’aberration de l’influence babitueile des nerfs. ” Suivant le même auteur, « on obtient les mêmes prodiges des sangsues dans la lièvre ataxique, qui ne diffère de l’adynamique que parce quelle est produite par l’inflammation du cerveau ou des méninges. J’accorde volontiers quelque chose de révulsif à Faction irritante des sangsues; mais la déplétion des capillaires, qu’elles occasionnent, ne suffit j>as pour désemplir les gros vaisseaux, lorsque cela est nécessaire, et nous voyons tous les jours ce faible moyen, employé chez des sujets sanguins et vigoureux, les laisser mourir et livrer leur corps à l’autopsie, où les sectateurs de cette mode apprennent, sans en être corrigés, que le cerveau n’en est pas moins engorgé, injecté, malgré les trente, quarante, soixante sangsues et plus, dont l’abdomen avait été couvert. Je me résume donc, et je dis que les sangsues ne conviennent, que chez les sujets déjà affai-

blis, où l’on craindrait d’employer la saignée; 2.!^ que comme dérivatif, après les saignées générales, chez les sujets pléthoriques; S.^'pour diminuer et détourner l’inflammation gastro- intestinale, ou hépatique, dans les symptômes d’adynamie succédant à une autre fièvre mal traitée, rendus manifestes par la douleur et le météorisme, et dans ce cas leur place, le plus souvent utile, est à la marge de l’anus.

Il est un cas, et c’est celui d’une débilité radicale , où , malgré la crainte d’un orgasme , les émissions sanguines générales ou locales ne sauraient convenir : on a proposé de leur substituer alors , comme révulsifs , les bains tièdes, soit généraux, soit locaux, et le professeur Hufeland assure en avoir retiré de grands avantages pour calmer les angoisses, les agitations, le délire et les mouvemens convulsifs. (Voyez son Opuscule sur l’épidémie qui a régné en Prusse, en 1806, traduit par M. J^aidj) Ils n’ont pas moins été utiles entre les mains de plusieurs autres observateurs ; mais il m’a semblé qu’il s’agissait plutôt de fièvres nerveuses, et nous y reviendrons dans la section suivante. A moins d’une complication avec ces fièvres, peut-être ne convient-il pas de recourir aux bains dans le cas présent, où l’on doit craindre de trop relâcher, surtout dans un état de torpeur générale. La révulsion et la dérivation peuvent d’ailleurs très -bien s’opérer par des pédiluves sinapisés ou aiguisés avec l’acide muriatique, par des sinapismes promenés sur les

membres abdominaux, et par des vésicatoires aux gras de jambes, puis aux cuisses, qu’il faut savoir appliquer de bonne heure, sans en trop laisser suppurer les plaies.

Les vers sont une complication très-ordinaire dans tous les états adynamiques , et l’on y remédie assez bien par de l’huile d’olive mélangée avec du jus de citron, à grandes doses j par l’huile de ricin , à la dose d’une à deux onces , suivant l’âge , et suivant que les selles sont plus ou moins copieuses; par la coraline de Corse, à la dose d’un ou deux gros, en infusion dans l’eau bouillante, ou par d’autres vermifuges, indiqués au chapitre de la fièvre vermineuse ( §. 126 ), et qu’on réitère suivant le besoin.

§.451* Dans le cas oii la maladie n’est accompagnée d’aucune de ces complications qui enraient la marche de la nature, et si le malade n’est pas trop faible , on doit se contenter de surveiller la succession des phénomènes naturels et de favoriser lentemen*^ les évacuations critiques. A moins qu’il ne se présente par la suite des symptômes de saburres gastriques, l’administration ou la réitération des évac^ians devient inutile , et les lavemens suffisent pour entretenir la liberté des selles. Bien des pratL ciens croient que des envies de vomir réitérées , des vomissemens, des borborygmes, sont des indices de nouveaux nesoins d’évacuer; mais ils ne sont le plus souvent que les effets du spasme et de l’irritation , qu’on réussit à calmer par la potion de Rivière; et, quand il s’y joint la fai-

Liesse, par de petites doses de vin mousseux de Champagne, ou de bière mousseuse, suivant le goût des malades. L’eau panée, la petite bière, dans les pajs où cette boisson est en usage; les décoctions d’orge ou de gruau, acidulées d’un peu de jus de citron, de vinaigre ou de crème de tartre, ou même mélangées d’un peu de vin blanc; dans les campagnes, le petit-lait ordinaire et le lait de beurre, sont des boissons trèssalutaires dans tous les temps de la maladie , nourrissantes et en même temps propres à maintenir la liberté de tous les couloirs.

Sur la fin de la deuxième période de la maladie (§. 44^ )? l^ols de camphre et de nitre, à la dose de deux à trois grains de chaque substance, et donnés de trois en trois heures, m’ont paru utiles pour accélérer la crise par les sueurs et par les urines. Dans les cas d’affaissement et de taches pourprées , le vinaigre camphré , donné a petites cuillerées dans un véhicule approprié, est souvent plus efficace encore à cause de sa propriété excitante. A cette époque aussi, si les forces commencent à languir, on doit commencer a donner un peu de vin; et les laits de poule, avec une partie de vin blanc, sont un cordial agréable et bienfaisant en pareil cas ; le vin rouge généreux, donné modérément, est un remède dans ce genre de maladie.

Ce cordial par excellence devient de plus en plus nécessaire dans la troisième période, lorsqu’il y a un abattement et un engourdissement profonds des forces vitales : les malades le déni. sg

dirent avec ardeur ; tels qui n’en buvaient pas en santé, en prennent jusqu’à deux bouteilles par jour, sans ^en être incommodés, et , au contraire, les rêvasseries diminuent à mesure quils en boivent. On en fait aussi au besoin des applications extérieures sur l’épigastre et sur les diverses articulations , ce qui produit un très-bon effet Dans les cas de pétéchies et d’hémorrhagie, on acidulé les tisanes avec des acides minéraux, jusqu’à agréable acidité , ^t principalement avec l’élixir de vitriol de Mj nsicht , qui est alors un fort bon remçde ; l’on donne aussi avec succès l’élixir fébrifuge de Huocham^ à la dose d’un gros jusqu’à deux, dans un mélange de vin et d’eau, de trois en trois heures. Dans un état comateux persistant, on applique de nouveaux vésicatoires aux jambes. On a beaucoup vanté, d’après certaines théories, l’efficacité de l’acétate d’ammoniaque, administré à haute dose; mais tous les exemples à ma coniiaissanee sont au désavantage de- ce remède donné de cette manière.

Cette médication, employée dans la troisième période, quand les forces vitales sont languissantes, s’applique de nécessité à la première, lorsque la fièvre putride débute par un affais-^ sement profond, par des pétéchies et tous les préludes d’une dissolution complète. Il en est de même dans les cas signalés par M. Desportes , où l’ouverture des cadavres fait voir le ramollissement et la fonte des fibres solides du poumon, ou des reins, ou de la rate. Il est évident

qu’un traitement débilitant et tempérant serait * sans effet contre ce ramollissement, et que, ainsi que l’expérience l’a prouyé, tant dans ce cas que dans les péripneumonies adynamiques dont il a été question précédemment ( §§. 5 18 et suiv.) , l’usage des fortifians et des stimulans les plus énergiques donne plus d’espoir de réussite que celui des moyens dirigés contre une pblegmasie apparente.

- Je n’ai pas parlé jusqu’ici de l’écorce du Pérou, remède tant prôné dans les fièvres putrides, et qui a fait dans cette maladie beaucoup de mal , comme beaucoup de bien. Je m’en suis tu à dessein * parce que je regarde son administration, lorsqu’il faut ranimer les forces vitales", comme très-inférieure à celle des cordiaux j mais c’est ici le moment d’en parler, et de dire que cette écorce est spécialement indiquée dans le cas où la fièvre a des redoublemens réglés, et surtout des redoublemens plus violens de deux jours fun , sans aucun signe d’inflammation : on la donne alors à doses répétées, en décoction ou en substance, dans les intervalles des redoublemens, et surtout lorsque ceux-ci sont accompagnés de quelque symptôme alarmant. A plus forte raison doit- on la donner quand la fièvre se termine par une intermittente , comme cela arrive souvent.

C’est un accident très-ordinaire que, malgré toutes les précautions possibles, les parties voisines du sacrum s’échauffent et se recouvrent de plaques gangréneuses. Les ongiiens que plu-

;Sïeiirs personnes ont coutume d’y appliquer, ne font qu’aggraver le mal, et l’on doit se contenter de les laver plusieurs fois par jour avec du vin chaud ou du vinaigre camphré, en couvrant, dans les intervalles des lotipns, les parties malades d’un emplâtre de Nuremberg camphré, ou de diapalme fait récemment, pour les garantir autant que possible des effets de la pression. Dès que la gangrène est bornée, les escarres tombent d’elles - memes peu à peu et sans onguensj il suffit de recouvrir la plaie de charpie sèche et de compresses trempées dans les mêmes lotions.

§. 452. Dans l’épidémie de l’arrondissement de Mayenne, M. Lemerciery après avoir remédié , autant qu’il lui fut possible , aux diverses erreurs d’hygiène, commença le traitement par administrer un grain d’émétique dans une pinte de tisane de veau ou de petit-lait, dont il faisait prendre un verre de demi-heure en demiheure (à cause de la faiblesse des malades); Il continuait ensuite les mêmes boissons sans émétique, mais acidulées avec de l’oseille, du suc de citron, de l’oxymel, et différens sirops plus ou moins acides. Lorsque l’époque de la grande faiblesse était arrivée, il donnait du vin, la décoction de quinquina , etc. Lorsque les individus étaient jeunes, forts, que la région épigastrique était tendue, et surtout douloureuse à la pression , il commençait par appliquer sur cette partie huit ou dix sangsues et n’administrait le tartre stibié qu’après. Il donnait la solution

de gomme, et faisait appliquer sur la région de l’estomac des cataplasmes faits avec la farine de graine de lin ; mais il convient que les malades faisaient à tont moment tons leurs efforts pour les ôter. M. Lemercier ne nous dit pas si cette nouvelle méthode lui a réussi : elle paraîtrait, au contraire, avoir eu peu de succès dans un pays aussi pauvre, chez des hommes aussi misérables et de la constitution la plus chétive. Du reste, chaque pays et chaque épidémie présentant des particularités qui leur sont propres, le médecin ne doit pas s’attendre à trouver tout dans les livres j sa conduite doit être en rapport avec les circonstances qu’il a devant les yeux, plutôt qu’avec telle ou telle théorie, telle ou telle méthode, quelque vantées qu’elles puissent être.

§. 455. Les soins du régime, si nécessaires dans toutes les maladies, le sont encore plus spécialement ici : on ne saurait trop recommander de corriger et de renouveler l’air des chambres des malades, soit en y établissant un courant d’air, avec les précautions requises, soit en faisant plusieurs fois par jour des fumigations minérales avec le gaz acide nitreux. La température en hiver ne doit pas excéder celle de quinze à dix-huit degrés de l’échelle de Réaumur , et dans les chaleurs de l’été il convient de rafraîchir les appartemens, soit en arrosant les planchers avec de l’eau fraîche , soit en y suspendant des branches d’arbres fraîchement cueillies et trempées dans l’eau. Ces précautions devien-

(Iraient imitiles, s’il y avait plusieurs malades dans une chambre peu espacée , à moins c[ue l’on n’eût l’attention d’en sortir cha(|ue fois les matières excrémentitielles , et que l’on ne maintînt la plus grande propreté, en faisant changer fréquemment de linge.

En général , la nourriture végétale doit être préférée à celle tirée des animaux, durant le cours de la maladie. La plupart des malades répugnent aux bouillons de viande, et saisissent avec avidité toutes les substances acides, ce que j’ai éprouvé moi-même, quoique en santé je n’aime pas les acides; ce qui indique un instinct naturel qui n’est pas à dédaigner, et ce qui justifie, jusqu’à un certain point, les opinions anciennes sur l’alcalescence des humeurs dans quelques maladies, Je puis affirmer, qu’ayant voulu mépriser cet instinct et forcer des malades à prendre des bouillons de viande, comme plus fortifians, j’ai eu à m’en repentir. Toutefois cette règle n’est pas non pi us sans exceptions, La fièvre putride ne guérit jamais tout à coup; mais les symptômes vont en s’alfaiblissant et en s’éteignant peu à peu, à mesure des évacuations critiques, qui se font dans un ordre successif et modéré, et le malade entre enfiu en, convalescence. Alors il faut continuer à relever les forces abattues par des analeptiques et des restaurans, tels que des laits de poule, des bouiL Ions de viancles, des crèmes de pain et de riz, et atiîre nourriture semblable, qui ne charge point restomaç. Ce n’est que très -insensible-

ment gnon peut en permettre une plus solide et plus substantiel îe> car l’estomac a repris une telle sensibilité qu’il est facilement irrité. Je dois prévenir qu’à cette époque le vin cesse de convenir autant, et que le convalescent ne peut plus en soutenir, sans un grand danger, les memes doses, ni le boire pur. Les réduites sont ici très -fréquentes et bien plus graves que la première maladie, non pas, ainsi qu’on l’enseignait, parce qu’on n’a pas assez été purgé j mais parce que les convalescens , pour vouloir aller trop vite, ont trop irrité leurs voies digestives, d’où naît assez souvent alors une véritable gastro-entérite, nialadie très-différente de la première, et assez souvent fatale, parce que les forces ne sont plus en rapport avec le traitement quelle exige. Ce qui démontre la vérité de ce que j’avance ici, c’est que j’ai vu plusieurs convalescens périr a la suite des purgatifs que l’ancienne routine voulait qu’on leur administrât, et dont il faut bien se garder, la nature voulant, en général, que la guérison des maladies soit suivie de la constipation. L’air de la campagne m’a toujours paru être le meilleur restaurant dans ces sortes de cas.

§. 454* Si les personnes aisées peuvent se mettre à l’abri des épidémies causées par l’infection, il faut convenir qu’il est bien difficile d’en garantir les gens du peuple, et surtout les indigens, à cause de leur mal-propreté , habituelle et leur mauvaise nourriture; aussi commencentelles toujours dans cette classe. Il serait pour-

tant possible, si on le voulait fortement, de les prévenir, en majeure partie, meme chez les pauvres, lorsqu’elles ont commencé à se manifester, en les engageant, les forçant même à nettoyer souvent leurs demeures, à les bien aérer et à ne point y laisser croupir d’immondices; en leur procurant de bons alimens, tels que du pain de bonne qualité, de la viande, de la bière, du vin ou autre liqueur fermentée, et, à défaut, du moins de l’eau acidulée avec du bon vinaigre de vin. Les auteurs veulent, en pareils cas, des alimens propres à résister à la putridité et tirés uniquement du règne végétal ; mais ils n’ont pas considéré qu’il ne s’agit pas encore de putridité , et que les gens bien nourris ne sont pas ceux qui tombent malades les premiers. Quant aux mesures générales d’hygiène publique, ce serait nous répéter fastidieusement que de revenir sur ce qui a déjà été dit dans un chapitre exprès (§§, 58 et suiv.), à la fin de chacune de nos monographies, et à l’article des causes occasionelies (§. 444)» dont l’exposé indique suffisamment ce qui doit être évité. Nous terminerons donc par la simple réflexion que, la fièvre putride étant née d’abord par infection, pouvantpasser des chaumières dans les châteaux par un changement survenu dans sa nature, qui l’a rendue contagieuse, ce qu’aucun raisonnement captieux ne saurait infirmer, il est de l’intérêt des riches de procurer aux pauvres de bons médecins, des alimens, du linge, du bois de chauffage, etc., pour adoucir leur

jnisère, et empêclier que la maladie, en multipliant ses victimes , ne finisse par acquérir cette funeste propriété, et ne les frappe ensuite euxmémes*

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