‹ Leçons sur les épidémies et l'hygiène publique. Faites à la Faculté de Médecine de StrasbourgChapitre 6 sur 23 · III · texte numérisé non relu

III

târrhe oculaire; car il y avait nombre d’autres maladies catarrhales , amenées par les pluies et parles vents du sud, et il est bien surprenant qu’il n’ait pas parlé de celle de 1819, puisque le précis de son traité des maladies des yeux de 1818 n’a paru qu’en i8ai, « Ces oplitbalmies commençaient, dit-il , les unes par un nuage subit : quelquefois il se formait un léger dépôt sousla partie delà conjonctive qui recouvre la cornée j d’autres fois, une infiltration de l’iris gênait ses mouvemens et n’était accompagnée que d’un peu de rougeur à la conjonctive. Quelques malades éprouvaient une vive inflammation avec cuisson excessive à un œil 5 l’irritation passait à l’autre et durait long-temps aux deux yeux. La durée de la maladie était quelquefois de quinze à dixliuit jours; elle se terminait ordinairement par une évacuation plus ou moins abondante de mucus naso-broncliique , et assez souvent aussi par la diarrliée.

D’après les détails que j’ai pu obtenir, l’opbtbalmie épidémique de la même ville, en 181g, présentait pour premier symptôme une démangeaison, bientôt suivie de -picotement , de chaleur, de rougeur, de larmoiement, et de gom dement du bord des paupières et de la con^ ]onctive. Elle eut les mêmes terminaisons naturelles que celle de 1806. Mais, quoique légères en apparence, ces ophthalmies épidémiques ne doivent pas être négligées, d’autant plus qu’elles laissent une disposition à les reprendre tous les ans, au renouvellement du même état de l’air

qui les a occasionëes la première fois; et j’adopte volontiers, à cet egard, les conclusions du célèbre oculiste Parisien nommé ci-dessus, savoir: te que, pour prévoir avec sûreté les suites de ces oplitbalmies, on doit penser que. Suivant la disposition des différenssujets, la meme maladie, semblable en apparence, peut avoir une terminaison beureuse chez l’un, funeste cliez l’autre; qu’elles laissent souvent des traces graves tant apparentes que cachées, surtout parce que certains malades commettent des erreurs de régime et restent dans la sécurité , en songeant que d’autres ont éprouvé des accidens semblables et ont été promptement guéris sans avoir pris la moindre précaution : or, il leur survient souvent, au bout d’un certain temps, dans l’organe delà vue, des accidens sérieux, qu’on ne peut attribuer qu’à ce que les premiers ont été négligés.^ Au surplus, l’ophthalmie de 1806 n’a pas été sans quelques-uns de ces accidens, tels que des phlegmasies des membranes transparentes du globe, des engorgemens dans l’iris, des amaurosès plus ou moins graves, et l’inflammation de la cornée. (Précis sur les maladies des yeux, cliap. ÎI.) •

§. 55 1. Ecrivant dans le sens de l’opinion du jour, qui suppose indistinctement que toute irritation amène une pblegmasie, et que toute plilegmasie veut les émissions sanguines, M. Demours conseille généralement la méthode antiphlogistique, plus ou moins complète, pour la cure de i’oplithalmie. Lorsqu’elle est légère et

commençante, de simples lotions d’eau fraîche suffisent souvent pour la dissiper, et l’on voit, ditil, des fluxions des marges palpébrales céder promptement à un cataplasme composé de fromage mou, appliqué sur les yeux pendant la nuit suivant un usage vulgaire (topiques pourtant dont l’application serait imprudente dans une véritable inflammation). L’application des sangsues autour ou aux angles de l’œil est nécessaire dans les oplitlialmies occasionées par l’influence de l’air, qui ont une certaine intensité. Les évaciians des premières voies ne sont pas moins évidemment nécessaires. Enfin , si rophthalmie persiste , M. Demours conseille d’établir pour quelques jours un petit vésica^ toire derrière une oreille, de le transporter derrière l’autre et ensuite à la nuque; il affirme en outre que des lotions faites avec l’infusioii de fleurs de mauves dans du lait, suffisent souvent pour tout remède, même dans des cas où la rougeur est vive et accompagnée d’irritation considérable.

Tel est le sommaire des idées habituelles sur ie traitement de l’ophthalmie sans supposition de vice étranger : toutefois ces idées n’ont pas suffi dans l’ophthalmie de i8ig. Les auteurs du Mémorial des hôpitaux de Paris conviennent que, nonobstant les saignées locales, les exutoires et le petit-lait émétisé, la rougeur, le gonflement et la douleur continuaient , et que ce qui a le plus soulagé, a été l’application sur les yeux d’un cataplasme de pulpe de pomme

opiacé , auquel on ajoutait de Facëtate de plomb , c’est-à-dire, l’emploi des répercussifs. Au Valde-Grâce , avons-nous déjà dit, les sangsues se sont trouvées pareillement déçues de leur puissance accoutumée, et l’on a du recourir à des fumigations de la décoction de quinquina, de fleurs de camomille, etc. Ces médications, demandées par la nature de la maladie, qui consiste dans un relâchement des tissus qui se remplissent de sang et de Ijmplie, sont en tout conformes à ce qui se passe en Egypte, je veux dire au traitement qu’une longue expérience a appris être le plus efficace dans rojDlitliaimie des bords du Vil.

Les liabitans de cette contrée ont pour principe qu’on peut dissiper quelquefois l’oplitbalmie naissante en appliquant quelque remède stimu^ lant; que toute espèce de remède est superflu ou nuisible, lorsqu’une fois l’oplithalmie est bien développée, et qu’il ne redevient utile cjue lorsque la première violence du mal et la rougeur des yeux se sont dissipées en grande partie , et qu’il ne reste qu’un écoulement de matière purulente ou de larmes, de la douleur, de la démangeaison, une sensibilité extrême et une faiblesse de la vue. Leur remède favori, dans ces deux cas, l’invasion de la maladie et son état chronique, consiste à appliquer sur les yeux le mucilage ou la poudre de la semence de cbiclim {cassia absus ^ Linn.)^ laquelle est aigrelette et aromatique, se rapprocliant par conséquent du fromage frais et du cataplasme de pomme. Le ,

docteur Louis Franck atteste refficacitë de ce remède, d’après une observation de plus de cinq années en Égypte.

îl est en outre reçu dans ce pays, et rauteur que je viens de nommer le confirme par son expérience, que la saignée et le régime débilitant y sont absolument contraires à cette maladie, et que les stimulans et les corroborans, soit locaux, soit généraux, sont les remèdes qui y conviennent le plus : les sangsues n’y ont eu aucune utilité réelle. Cependant M. Larrey a beaucoup recommandé les mouchetures, et ce chirurgien affirme c[ue celles-ci, faites à la conjonctive, au grand angle de l’œil, au front, etc., ont eu des succès sur plus de trois mille malades. Mais il faut remarquer d’abord que le chirurgien en chef de l’armée d’Oriént fait deux espèces de l’opbtbalmie d’Égypte, l’inflammatoire et la séreuse; ensuite, que c’est moins en remédiant à l’inflammation , qu’en produisant une nouvelle irritation et en vidant les mailles atoniées de la conjonctive, que les mouchetures ont pu produire du soulagement. Ce qui prouve en faveur de cette explication, c’est l’utilité des rubéfians, des vésicatoires réitérés plusieurs fois aux tempes, à la nuque, appliqués de préférence aux mouchetures par les chirurgiens anglais , recommandés par M. Franck, lequel affirme qu’à la vérité cette application est d’abord très-douloureuse, mais qu’elle soulage promptement le malade.

La méthode de cet auteur était d’employer,

dans les trois premiers et dans le cinquième degrés de l’oplitlialmie , l’onguent antioplitliaimique rouge de Saint -Yves (oxide rouge de mercure incorporé dans un corps gras), dont il insinue chaque jour sur le globe de l’œil une petite quantité placée au bout d’une sonde ronde glissée sous la paupière inférieure. Il appelle ce remède souverain , soit pour faire avorter la maladie , soit pour en dissiper entièrement les suites. Dans le quatrième degré , -il ne conseille que les vapeurs aromatiques résultant de l’infusion dans l’eau bouillante des fleurs de camomille , de sureau et de lavande ; mais il veut qu’on procure de bonnes nuits alix malades par l’administration de l’opium, dont il faisait prendre un grain toutes les deux heures , et même toutes les heures à l’entrée de la nuit, si la souffrance avait été grande pendant le jour, ce qui contribuait puissamment à la guérison deropbtbalmie. Il faisait faire des lotions fréquentes avec de l’eau tiède, pour décoller les paupières, et, quels que fussent les signes d’embarras gastrique, il ne permettait que l’usage des lavemens. Le régime, loin d’être sévère ou affaiblissant, était, au contraire, fortifiant; et M. Franck donnait en outre par jour à chaque malade, à défaut de vin, une ration de quatre onces d’eau-de-vie, ce qui, suivant lui, loin d’entretenir les maux d’yeux, comme on aurait pu s’y attendre , s’ils eussent été de nature inflammatoire, aidait singulièrement à les dissiper plus promptement ; et vraiment j’ai

Vil qiîek|iîe.foîs des oplitlialmiqnes, que je tenais à Teaii, ne récupérer îa santé quen buvant du vin.

Les saignées, employées ordinairement dans les maladies de ce genre, n’ont pas réussi dans l’épidémie de Pologne (§. 544)? ^t toutes les opiithalmies au premier degré {taraxis) furent traitées sans saignée. Cependant, lorsque la maladie s^élevait à un haut degré {chemosis)^ surtout chez des sujets athlétiques et sanguins, on employait les sangsues avec avantage. Des applications réfrigérantes, de l’eau froide, de la glace, de l’acétate de plomb, et une pommade faite avec le précipité rouge, le camphre, la tutie, le beurre frais ou de cacao, furent employés avec avantage, tant dans rinlïammation aiguë que chronique. Dans les fortes douleurs, on lavait aussi les yeux avec de la teinture d’opium et de l’esprit de Mindérérus; à ce traitement local on joignait les laxatifs, et quelquefois les vésicatoires et les sinapismes. Dans les cas de suppuration on faisait usage avec succès de lotions sulfuriques et aiuminées. Dans quelques cas , la scarification de la conjonctive et la pommade mercurielle ont réussi dans la tuméfaction et l’opacité delà cornée transparente; on obtint aussi de l’avantage de l’emploi du borax. '

Jamais on ne se trouva forcé de faire la ponction de la chambre antérieure, d’après la méthode de Jf^ardrop. Mais , par-dessus tous les remèdes, ceux desquels on tira un plus grand profit, sont l’air pur et frais, la température

modérée, et les liaLitations saines : ce qui confirme l’opinion émise sur les causes de l’épidémie.

§. 552. Dans l’oplitlialmie des troupes anglaises et autres, qu’on a cru consécutive à celle d’Egypte, après avoir beaucoup tâtonné, on n’a rien trouvé d’abord de plus efficace, que les lavages froids dans le premier degré, et l’ap- ' plication constante de l’eau glacée 'dans le deuxième, époque où les paupières commencent déjà à se renverser, et où la conjonctive est déjà extrêmement rouge et gonflée, au point de pouvoir se rompre chez quelques sujets. Mais ce moyen est très-loin de pouvoir suffire, lorsqu’il se joint à cet état des douleurs insupportables tant de l’œil que de toute la tête, que ne peuvent même calmer ni l’application des sangsues, ni les saignées ordinaires , ni les collyres avec les dissolutions d’opium , ni les vésicatoires , les sétons, les vomitifs répétés, les purgatifs, le calomel, ni les scarifications. L’excision de la conjonctive a été trouvée plus utile, sans donner de soulagement permanent. Les officiers de santé de l’armée anglaise, après avoir déjà tout tenté au retour de l’expédition, s’imaginèrent clf; pratiquer l’artériotomie, par l’ouverture d’une ou de deux artères temporales, opération employée autrefois et beaucoup louée dans diverses affections graves de la tête, mais abandonnée depuis. On tira par son moyen jusqu’à dix-huit à vingt onces de sang à la fois, ou jusqu’à défaillance, ce qui a soulagé le plus promptement et s’est trouvé

le remède le plus elFicace. M. Valentin dk que, dans répidèmie de Mayence, cette opération, avait commencé à être mise en usage dès le mois de Février 1819, et qu’à l’époque de sa visite on l’avait déjà pratiquée sur cent trente sujets avec un succès marqué, et qu’on pratiquait la ligature de l’artère coupée, au lieu de la compression, pour prévenir les accidens. Le docteur Kluyskens n’en fait pas moins de grands éloges dans une Dissertation qu’il a publiée sur l’ophtlialmie, et il y ajoute l’application simultanée sur les yeux de compresses imbibées d’eau camphrée, composée d’un mélange d’eau froide et d’alcool camphré, ce qu’on peut regarder comme un perfectionnement. L’artériotomie, recommandée récemment dans les affections rebelles de la tête par M. Desruelles , a été louée par plusieurs auteurs dans le temps on l’on s’occupait beaucoup d’apoplexie (en même temps qu’ils conseillaient l’application de la glace sur la tête), pour arrêter ces coups de sang {raptus sanguinis) ^ résultant d’un transport véhément et désordonné de ce fluide vers l’encéphale affaibli, comme il arrive dans l’hémoptysie franche vers les poumons. Le soulagement qu’on en retire prouve-t-il un état inflammatoire? Parviendrait-on, dans cet état, à une guérison radicale et toujours sure par les répercussifs et les astringens? Je ne le pense pas, et je crois que l’écoulement du sang artériel agit, dans le cas qui nous occupe, en prévenant une nouvelle réplétion des membranes affai-

biies de l’œil et peut-être aussi du cerveau, eu même temps que l’eau glacée diminue leur volume. L’on prévient vraisemblablement par là une nouvelle congestion, ou une injection, qu’il ne faut pas confondre avec cette modification toute VitSiXe inflammation.

Dans le troisième degré et dans les suivans, lorsqu’on ne s’était pas rendu maître de l’ophtbalmie, on appliquait sur l’œil une dissolution alumineuse ou de sulfate de zinc , au moyen d’un blanc d’œuf durci , qui en est imprégné j et quand ce topique était insuffisant, on passait sur la paupière inférieure, qu’on tient renversée, un petit pinceau trempé dans une solution d’un grain de sublimé corrosif par once d’eau, ou bien dans du nitrate d’argent fondu , et on faisait ensuite laver avec de l’eau froide: pratique dont on assure que les succès ont été incontestables. Enfin , pour combattre les douleurs périodiques de la tête et du globe de l’œil, qui se manifestent presque toujours vers rapproche de la nuit, l’on administrait le quinquina à forte dose, et on le combinait quelquefois avec l’opium, nonobstant l’apparence dans l’œil d’un^ reste d’inflammation, dont l’existence est précisément contredite par les effets des remèdes dont on vante l’efficacité.

§. 555. Résumons en peu de mots le traite^ ment le plus efficace dans les diverses espèces d’oplithalmie épidémique. Et d’abord, dans toutes, un point essentiel est de tenir le malade dans un lieu peu éclairé, et d’empêcher tout

rayon de lumière , soit naturelle , soit artificielle , de tomber directement sur ses yeux. Il est inutile et hiéme dangereux de les lui bander et de leur intercepter le contact de l’air, lequel est un fluide auquel ils sont accoutumes et qui ne leur nuit pas ; il suffit de suspendre un linge sec au bonnet, pour leur servir d’auvent, ce qui doit toujours être pratiqué pour les deux yeux, lors même qu’il n’y en a d’abord qu’un seul de malade. La température de l’appartement ne doit être ni trop froide, ni trop chaude, ni trop sèche , ni trop humide j celle de douze degrés de Réaumur paraît être la plus convenable. 11 faut éviter de porter la main aux yeux pour les frotter, et surtout de toucher l’œil sain , après avoir touché l’œil malade. On doit en dégager les angles du mucus épais qui y séjourne, par des lotions émollientes ou de lait tiède: cette dernière substance suffit communément dans l’inflammation du bord des paupières des enfans à la mamelle. Les pédiiuves tièdes, employés tous les soirs, ne conviennent pas moins dans toute espèce d’ophtlialmie.

Passant de ces règles générales aux particulières, notre esprit se porte naturellement à savoirs! l’ophtbalmie est idiopathique ou symptomatique, et, dans le premier cas, si elle est inflammatoire ou non. ^

L’oplitbalmite ou la vraie inflammation de l’œil ne saurait marcher sans être accompagnée de fièvre (laquelle manque dans celles que nous venons de considérer, et qui appartiennent

pourtant le plus souvent aux ëpidëmies)j ou bien, dans une épidémie, de fièvre inflammatoire (§§. 2^2 et suiv.), l’œil -participera à l’affection générale, maladie d’autant plus grave, que la délicatesse et la sensibilité de l’organe le rendent susceptible d’une plus prompte destruction. C’est pourquoi l’on doit se bâter de recourir a une ample saignée générale, qu’il faudra meme souvent faire suivi e d’une seconde, à un court intervalle : et l’on ne doit pas la différer , à cause que l’œil n’est pas rouge , s’il est douloureux j car c’est de la douleur, de la fièvre, de la pléthore constitutionnelle, qu’il faut ici tirer l’indication de la saignée. Ce n’est' qu’ensuite , s’il n’y a pas un amendement suffisant, qu’on peut avoir recours aux saignées locales , par les ventouses scarifiées , ou les sangsues appliquées aux tempes. Nous préférons ce dernier lieu à la partie inférieure des paupières pour l’application des sangsues, à cause de la nature délicate et spongieuse de ces organes, qui, d’abord, ne permet pas de laisser couler autant de sang qu’on le voudrait, et, en second lieu , pour éviter l’ecchymose et les taches livides qui entourent l’œil après l’application au bas des paupières. On remédie à ce qui reste de douleur et de sensibilité, par la vapeur de l’eau tiède, par des lotions avec des décoctions émollientes, et surtout avec du lait tiède. L’opium en topique , que l’on a recommandé et que j’ai employé plusieurs fois, ne convient nullement dans la véritable oph-

tlialmie inflammatoire. Le régime complètement antiphlogistique , tel que le petit-lait, la diète*, ete., est ici d’absolue nécessité, comme dans les autres inflammations.

Lors€[iie roplitlialmie n’est pas aecompagnée de lièvre, et que cependant la douleur, la chaleur, la rougeur et le gonflement présentent l’image d’une inflammation, on peut se contenter de l’application de quelques sangsues aux tempes; et si la conjonctive n’est pas dégorgée, on doit y faire quelques mouchetures ou scarifications, tant à cette membrane qu’à la face interne de la paupière inférieure. Ce genre d’ophthalmie est assez souvent produit par la suppression de la transpiration ou par un principe rhumatismal : il est indiqué dans ces circonstances, après les déplétions sanguines locales, d’appliquer un vésicatoire aux tempes, successivement derrière chaque oreille , ensuite à la nuque, si le mal persiste.

Dans l’ophthalmie qui n’est pas inflammatoire et qui appartient plutôt à la constitution catarrhale, telle que celles de l’article précédent, il est rare (à part celle qu’on croit d’origine égyptienne), que les émissions sanguines aient une utilité réelle, et l’on voit la rougeur et le gonflement revenir avec autant de promptitude que l’œil en avait mis à se dégorger par la piqûre des sangsues. Ici, l’application des astringens et des stimulans, si nuisible dans l’ophthalmie inflammatoire, est réellement ce qu’il y a de plus utile. L’eau froide tient presque le premier

. rang parmi eux : si elle ne suffit pas , Ton y ajoute quelques gouttes d’acëtate de plomîi, ou bien Ton emploie une solution de sulfate de zinc, ou de sulfate d’alumine. Une solution de ce genre, battue avec du blanc d’œuf et étendue sur un linge mollet , pour être appliquée pendant la nuit, m’a très-souvent réussi. Quand les douleurs sont vives, c’est ici le cas d’employer la teinture tbébaïque , ou l’opium pur en collyre. J’ai bien souvent usé avec succès de la formule suivante dans des opbtbalmies catarrhales et scropbul élises : tartre stibié , liuit grains 5 extrait d’opium, quatre grains; gomme arabique, six grains, pour huit onces d’eau, dont on fait entrer quelques gouttes dans l’œil plusieurs fois

, par jour. Dans une opbtbalmie séreuse épidémique, que j’ai traitée dans le duché d’Aoste, je ne me suis presque servi que de compresses trempées dans du gros vin rouge miellé, appliquées sur l’œil, ce qui dissipait le mal avec une grande promptitude, et je me sers le plus souvent, avec le même succès, de ce moyen à l’infirmerie du collège royal de Strasbourg. La pommade rouge mercurielle est vraiment effi^ cace dans la psorophthalmie ^ ou l’inflammation chronique du bord des paupières avec purulence : on en insinue une fois par jour de la grosseur d’une petite lentille sous la paupière inférieure , et on lave l’œil le matin avec du lait tiède, ce qui termine la maladie dans huit à dix jours. Comme on l’a remarqué à l’occasion de l’ophthalmie d’Egypte, le régime, loin d’être

sevère et afFaibîissant, doit plutôt, dans ce cas^ être analeptique.

Des symptômes gastriques peuvent se manifester durant le cours de Toplitlialmie , ou précéder cette maladie , qui n’est alors que symptomatique de l’état de l’estomac. Il est certain que, durant le règne des affections catarrhales, plusieurs membranes muqueuses s’engorgent à la fois, et que les secousses procurées par les vomitifs y sont en général utiles; il est certain, comme nous l’avons déjà remarqué plus haut, que, dans ce cas de communauté d’affections, une diarrhée modérée abrège souvent la durée de la maladie. Donc, il sera avantageux, en même temps qu’on soigne l’œil , d’administrer des évacuans des premières voies , vomitifs , purgatifs ou lavemens ; ies premiers surtout , si la langue est sale, la bouche pâteuse; s’il y a dégoût pour les alimens, renvois, nausées, des envies de vomir, et si le malade ne va à la selle qu’avec dilîicuité; à plus forte raison, si ces symptômes ont précédé l’ophtlialmie : car on n’ignore pas que la vue est obscurcie dans les indigestions , que la cornée et la conjonctive sont souvent rouges dans l’embarras gastrique et reprennent leur teinte naturelle aussitôt que cet embarras est dissipé; que la présence des vers, des narcotiques, des diverses substances hétérogènes dans les voies digestives produit un état morbide de la pupille, l’altération de la vision, l’amaurose; enfin, que l’influence des viscères abdominaux sur le sens de la vue, comme sur celui

de Touïe, est Tune des* plus directes. ‘Mais on ne doit pas croire pour cela que tous les maux d’yeux partent de ce point, et qu’il faille toujours purger et émëtiser, même quand on doit y pratiquer une opération, ainsi que je le vois faire à certains oculistes ambulans qu’on nous envoie de temps à autre. Il faut aussi mettre en ligne de compte, en observant des signes de gastricité, qu’ils peuvent n’être qu’apparens; que l’inactivité dans laquelle le malade est plongé tout à coup, la souffrance qui se prolonge quelquefois pendant plusieurs semaines, le peu de repos qu’il goûte, fennui, la crainte de perdre la vue, sont autant de causes déterminantes d’une faiblesse générale et plus prononcée sur les voies gastriques : accidens que les évacuans, loin de les enlever, ne peuvent qu’augmenter consécutivement. Aussi , dans l’opbthalmie anglaise et prussienne, après avoir beaucoup employé les vomitifs et les purgatifs, s’est- on vu forcé d’y renoncer.

Dans le cas d’une périodicité marquée, et plus encore quand l’oplitlialmie accompagne les paroxismes d’une lièvre d’accès, le qiiin€|iiina est le seul spécifique. Quant aux autres oplitlialmies, symptomatique, scropbuleuse , vénérienne, gonorrboique, dartreuse, psorique, scorbutique, etc. , il ne saurait être de mon sujet actuel d’en parler, non plus que du traitement des suites consécutives de ^a maladie, lorsqu’elle a été mal soignée.

§. 554. L’opbtbalmie pouvant être endémique,

épidémique et quelquefois contagieuse, sa prO“ phjlactique est nécessairement fondée sur cette contingence 5 et, d’abord, ceux qui en ont été attaqués une fois, étant très -disposés aux rechutes, à cause de la faiblesse et de la sensibilité de l’organe, doivent se garantir autant que possible de la grande clarté, de la poussière, de la chaleur trop sèche , du froid et de l’humidité. Mais il est facile d’éviter la contagion, lorsqu’elle est la cause unique des maladies, et il ne l’est pas d’éviter l’infection répandue dans l’atmosphère, cause des épidémies. Du moins, cependant, peut-on prendre quelques précautions, dont l’observation n’est pas sans succès, soit parce qu’elles mettent, jusqu’à un certain point, à l’abri des matières infectantes, soit parce qu’en soutenant les forces, elles nous rendent moins impressionnables; telles sont : 1.^ de se mettre par tous les moyens possibles à l’abri des vents qui ont pu traverser des lieux mal-sains, comme il a été exposé dans notre première section (§. ig), ce qui est dit pour toutes les maladies de la section actuelle; a.'’ de ne jamais dormir les fenêtres ouvertes; de ne sortir qu’après le lever du soleil et de rentrer à son coucher; de se tenir la tête couverte lorsqu’on est exposé à l’air; de ne pas quitter trop tôt les habits de laine, et de les reprendre de bonne lieiire; 5.^ de se laver matin et soir les yeux avec de l’eau froide simple , ou mêlée avec un peu de jus de citron, de vinaigre, d’eau-de-vie, ou d’autre eau spiritueuse; 4-^ de ne commettre au-

cun excès dans le boire, le manger et les autres plaisirs des sens; d’ëviter les alimens dalueuXj choux, oignons, légumes, les fruits verts et âpres, et tous les mets de difficile digestion; enfin, d’entretenir la liberté des excrétions alvines, lorsqu’elles sont lentes et irrégulières, par l’usage des lavemens ou des laxatifs pris de temps à autre, sans pourtant en abuser.

Le contact ou l’application directe de la matière excrétée par les paupières étant la principale et probablement la seule occasion de la contagion, de là naît rigoureusement le besoin de la plus grande propreté , soit en évitant les communications inutiles, ainsi que de porter les doigts sur des yeux sains après avoir touché des yeux malades; soit en mettant à part, même pour les laver, les linges et autres objets qui ont servi aux malades ; soit en se lavant soigneusement les mains et le visage après les avoir touchés. A l’hôpital de Mayence, non-seulement les soldats attaqués d’ophthalmie étaient partagés en trois classes, suivant les trois périodes de la maladie, qu’on croyait plus ou moins susceptibles de la communiquer; mais encôre , aussitôt qu’ils étaient guéris, on les faisait baigner, on les habillait à neuf, et on les envoyait en cjuarantaine dans un autre lieu, pendant trois semaines, avant de leur faire recommencer leur service; on les changeait de chambrée à chaque septième jour, et on exposait leurs anciens vêteinens à la vapeur du soufre brûlé. Les sceptiques trouveront sans doute de l’excès dans ces

précautions; quant a moi, je les loua, et je termine en disant quelles prouvent du moins que le gouvernement qui les ordonne sait le prix qu’on doit mettre à la vie des hommes et a la conservation de leur santé.

Page 1