III
lente, et se trouve meme si rarement mortelle, quand elle est sans complication, que Marcus n^en a pu avoir que deux sujets pour l’autopsie, tandis que TVhatt a perdu ses trois fils de la bronchite. 5.^^ Cette dernière peut devenir facilement une suite de la coqueluche j mais toutes les observations nous montrent que, lorsqu’elle est primitive, ce sont les adultes qu’elle attaque de préférence aux enfans, ce qui est l’inverse dans l’autre maladie. Nous prouverons meme, au chapitre suivant, que Marcus n’a pas été plus heureux en prenant la bronchite et le croup pour une seule et même maladie. ]N’importe cependant; son erreur et celle de Badhain, de Whatt et de quelques autres qui se sont appesantis sur une lésion particulière des bronches, à laquelle, depuis Sydenham et Huæham, on n’avait plus fait assez d’attention, peut devenir quelquefois salutaire dans le traitement de la coqueluche.
§. 558. Considérant que dans cette maladie il y a souvent pesanteur d’estomac, amertume de la bouche vomissement spontané ; que la toux est profonde, venant comme du ventre, et que les vomitifs et les purgatifs y sont souvent utiles, plusieurs praticiens ont cru et croient encore que la cause en est dans l’estomac, c’està-dire, dans les saburres et les matières âcres qui irritent ce viscère, ce qui fait, suivant eux, que cette toux n’est que stomacale. Cette opinion a déjà été réfutée depuis long- temps par Home {Princip. medic, ^ Ub. I, sect. V') ^ et par Borsiéri
{Institut, medic. jyrcict. , lib. //^), lesquels ont démontré que le vomissement avait souvent lieu quoiqu’il n’y eut point de saburres ; qu’il était purement symptomatique, dépendant d’une irritation de l’estomac qui participait à l’irritabilité générale, augmentée dans cette maladie; et que , €|uoique i’émétique soit quelquefois utile, cette utilité ne prouve pas nécessairement une cause sabiirrale , l’action de ce médicament ne consistant pas uniquement dans sa puissance de provoquer des évacuations, mais encore dans celle de stimuler tout le corps. Il faut ajouter qu’on a lieu d’étre surpris, quand on accuse une cause si fréquente et à laquelle on attribue tant de maladies , que l’effet dont il s’agit ici soit pourtant aussi rare.
La véritable cause de cette maladie, du moins la plus vraisemblable, paraît être la même que celle des autres affections catarrliales un peu graves : on la voit naître presque toujours, lorsqu’elle doit être épidémique, ou dans la saison du printemps, et se continuer pendant un été chaud et sec, ou chaud et humide, ou dans un automne variable et se continuer pendant l’hivei% Il est quelquefois question de sa naissance dans un hiver sec et rigoureux, ou dans un été chaud et très-sec, époques où elle a été meurtrière; mais c’est bien le cas alors de dire qu’on a pu confondre la naissance de la bronchite avec celle de la coqueluche pure et simple. A l’oc^ casion de l’épidémie de la Silésie, en î8ï5 ét: 1816, les docteurs Hufeland et Marcus rappoi>
tent que , durant l’automne de 1814? on eut presque toujours, dans cette contrée et le reste de TAllemagne, le soufle des vents du sud, sudest, sud- ouest j que le baromètre fut très-bas; que des orages, qui eurent lieu en Décembre, ne changèrent point la température chaude et élevée ; qu’à des pluies chaudes succédèrent des vents rigoureux , qui amenèrent des nuages épais, des jours nébuleux; qu’il j eut ensuite de fréquens cbangemens subits de température, qui se répétaient plusieurs fois en vingt-quatre heures, etc. Les maladies dominantes furent des rhumatismes, des pleurésies et péripneumonies bilieuses, des catarrhes du poumon et du nez, l’asthme de Millar et successivement la coqueluche , qui régna épidémiquement dans le Sud et dans le Nord de l’Allemagne en i8i5 et 1816. {Marcus^ ouvrage cité; et Journal de médecine pratique de Hufeland et Harles ^ Berlin , Septembre i8i5. )
Mais il se présente ici la même objection que nous avons faite contre les saburres de l’estomac. Rien de plus commun que le même état de l’atmosphère, et rien de plus rare comparativement que la coqueluche ; après un intervalle de plusieurs années, cette maladie se montre tout à coup d’une manière épidémique, sans qu’on puisse observer dans l’air rien d’extraordinaire, et disparaît ensuite, sans qu’on observe d’autre changement. C’est ce qui a fait admettre dans l’atmosphère des miasmes spécifiques pour la production de cette maladie,
comme pour celle des autres épidémies, miasmes dont l’existence est prouvée par les phénomènes, mais d’une nature intangible et tout aussi inconnue que celle de tant d’autres choses. Dans le fait, le temps des épidémies de coqueluche est assez fréquemment celui de plusieurs maladies exanthématiques , de la rougeole surtout, avec laquelle la coqueluche a cjuelque affinité, avec la différence qué la première fait irruption sur la peau et la dernière sur les voies aériennes. Je ne trouve pas moins une grande affinité entre la coqueluche et les fièvres périodiques, et ces diverses considérations m’ont engagé à placer cette maladie dans l’ordre où elle se trouve, quoiqu’elle ne se montre que dans des temps incertains , et qu’on ne l’observe pas plus souvent dans les contrées marécageuses que dans les pays secs. Cette contra-? diction disparaîtra , lorsqu’on fera attention à la nature des vents dominans et aux lieux où ils ont passé ; lorsque surtout on tiendra compte de la prédisposition nécessaire pour l’accomplissement des effets et des modifications diverses que les miasmes subissent dans leur transport, et qui les rendent propres à produire des maladies différentes.
§. 55g. La coqueluche pourrait aussi quelquefois naître sporadiquement, sans être épidémique, et sans le concours des causes atmosphériques : les auteurs en rapportent des exemples à la suite de la disparition des diverses maladies cutanées, et il s’en est offert un à ma
pratique, à Marseille, en 1798. J’avais été appelé dans une maison oii se trouvaient six enfans teigneux , pour en soigner trois à qui l’on venait de faire passer la teigne par un moyen empirique, et qui avaient tous les trois une toux violente, convulsive, avec tous les caractères de la coqueluche. Cette maladie n’existant à cette époque, ni dans le quartier, ni dans la ville, je ne pus que l’attribuer à la disparition brusque de la teigne; et comme je croyais alors, sur la foi d’auteurs recommandables, à la contagion de la maladie, je fis séquestrer ces trois enfans, qui guérirent très-bien par le traitement antiplilogistique et l’application d’un vésicatoire à la nuque , sans qu’il fut plus (fuestion de coqueluche, ni chez leurs frères, ni chez les autres enfans cju’ils avaient fréquentés.
Huæham y Ciillen, Underwood , Marcus , J. P, Franck et autres hommes célèbres, ont admis la contagion de cette maladie, et ont pensé que, lorsque les miasmes l’ont fait naître chez un ou plusieurs individus, ceux-ci peuvent ensuite la propager. Cullen a été de cette opinion par une conséquence de sa croyance à la contagion des maladies catarrhales. Après l’avoir partagée, j’ai du en changer, n’ayant eu aucune preuve directe de cette contagion dans les épidémies que j’ai observées, et n’en ayant pas trouvé de concluantes dans les auteurs. Girtanner la nie complètement , par la raison qu’on n’a point d’exemple de coqueluche communiquée par inoculation. Marcus est convaincu de son
existence, parce qu’il a vu, dans rëpidémie qu’il a décrite, des mères et des bonnes d’enfans malades, atteintes d’un catarrhe qui portait en soi tous les traits de la coqueluche; comme si l’épidémie n’avait pas pu frapper en même temps, ou un peu plus tard, les mères et les bonnes, aussi bien que les enfans. Cet auteur donne plus bas la preuve du contraire, sans s’en apercevoir, lorsqu’il dit, « que dans cette épidémie il avait vu des familles dans lesquelles des enfans avaient été malades et d’autres épargnés, cjuoique demeurant dans la même chambre (ouvrage cité, pag. 8i). Il a raison, plus bas, en disant qu’une atmosphère chargée de vapeurs morbifiques peut transmettre la contagion à ceux qui y sont disposés, et que rarement les enfans en sont atteints dans une atmosphère pure ; mais alors ce n’est plus la contagion, dans le sens strict de ce mot, d’une maladie communiquée d’individu à individu, mais plutôt une véritable infection.
§. 56o. Le siège de la toux convulsive paraît être dans tout le système, dont l’irritabilité est augmentée, mais plus spécialement dans les vésicules bronchiques et dans l’estomac , par la raison que, tes miasmes palhogéniqiies étant respirés avec l’air et avalés avec les alimens, ils ont agi sur les nerfs de ces parties, et ont ainsi occasioné la toux, le spasme et l’état convulsif, avec différens symptômes qui se conforment à la constitution individuelle et auxquels il est nécessaire d’avoir égard; ces miasmes, quels qu’ils soient,
produisent évidemment une sub-irritation, dont l’effet est un étal spasmodique permanent, qui devient convulsif par saccades.
Je ne saurais douter de la nature spasmodique de cette maladie, d’après les bons effets de l’opium et de quelques autres antispasmodiques, et d’après la puissance de l’imagination seule pour en triompher; car j’ai vu avec étonnement, dans les villages de Lanslebourg et de Lanslevillars, au pied des Alpes, en Septembre 1788, étant en vacances, un empirique, meunier de profession , réussir effectivement à guérir plusieurs malades, en leur faisant boire de l’eau froide d’une fontaine qui servait à abreu- A^er des chèvres et des ânes noirs, qu’il y conduisait exprès et qu’il assurait avoir enchantés. Or, de semblables remèdes ne guérissent certainement pas l’inflammation.
Ce spasme, toutefois, est de nature à produire une altération profonde dans le tissu des bronches et peut-être de l’estomac: d’où résulte cette expectoration d’une nature filante et comme ductile, très- différente de celle des mucosités rejetées dans les crachats et les vomissemens ordinaires ; sécrétion morbide , qui a quelque analogie avec celle du croup, indiquant l’erreur de lieu et le changement de fonctions des membranes muqueuses. 11 n’est par conséquent pas surprenant que l’inflammation puisse être aux portes, soit qu’elle existe dans les vaisseaux rouges ou dans les lympathiques, comme le veulent quelques modernes : distinction subtile
qui fait peu de chose à la pratique. Sydenham i^lipistoL responsor, ad Robert. Brady)^ Huæham {Oper. citât. ^ et Stoll {Rat. medendi, tome H, page i58) ont décrit des épidémies de coqueluches, dans lesquelles la saignée était devenue nécessaire, soit au commencement soit durant le cours de la maladie, pour éviter une péripneumonie ou une congestion sanguine pulmonaire dont on était menacé. Il est pourtant vrai que ces circonstances sont les moins communes, et que, si les autopsies cadavériques peuvent réellement servir à démontrer le véritable état des choses, celles des enfans morts de la coqueluche ont plus souvent montré les effets du spasme que ceux de rinffammation. Morgagni., Lieiitaud et d’autres observateurs ne font mention d’aucune inflammation dans les bronches* mais ils notent un plus grand amas d’air dans les poumons, beaucoup d’eau dans le péricarde, le diaphragme très-ferme, trèsfort et plissé , la partie musculeuse gorgée de sang, les artères phréniques très - apparentes , et les veines injectées. Le docteur Whatt , de Glascow , a trouvé l’inflammation de la membrane muqueuse des bronches à l’ouverture de ses trois enfans, et, plus excusable qu’un autre , il en a conclu trop généralement en faveur de la bronchite. Marcus , dans deux sujets qu’il a ouverts, l’im âgé de neuf ans et l’autre de deux, n’a trouvé dans le tissu pulmonaire que de l’inflammation, commençant dans les divisions de la trachée et se con-
tiniiant dans celles des bronches, avec des ulcérations , des amas de matière puriforrae, un commencement de gangrène dans l’intérieur du parenchyme pulmonaire , et quelques adhérences pleuro-costales. Mais le cours de la maladie de ces enfans avait été très-aigu, en comparaison de la marche ordinaire de la coqueluche; et le petit nombre de victimes de l’épidémie de la ville de Bamberg , que l’auteur dit s’étre borné à ces deux et à un troisième qu’on ne lui a pas permis d’ouvrir (ouvrage cité, page 40), n’annonce-t-il pas que ces malades firent une exception? Nous devons donc avoir présente cette possibilité d’inflammation, surtout chez les adultes, chez les enfans forts, et dans les temps froids; mais nous ne devons nullement en faire ici une théorie essentielle.
§. 56i. Nous connaissons fort peu les conditions qui prédisposent spécialement les^ enfans et les adultes à être affectés ou non des miasmes qui produisent la coqueluche. L’on voit quelquefois les enfans de la plus forte constitution atteints de cette maladie , tandis que d’autres beaucoup plus faibles, de la meme famille, en sont exempts, comme cela s’observe dans presque toutes les épidémies ei dans les maladies contagieuses. La disposition à cette maladie ne consiste donc ni dans la faiblesse ni dans un état cachectique ; mais elle paraîtrait dépendre d’une sorte d’affinité avec le moclus sentiendi du sujet. Si j’en juge par la constitution des malades que j’ai traités, un état de mobilité et
crirritabiïité serait une dçs causes prédisposantes delà coqueluche, autant que des fièvres d’accès et des névroses. L’on ne peut pas alïirmer absolument que ceux qui ont déjà eu la première de ces affections, en soient à l’abri une seconde fois. Dans nos connaissances actuelles, cette affirmation ne peut plus avoir lieu pour aucune maladie : les récidives de la coqueluche sont d’ailleurs assez frécjuentes, et l’on a même remarqué ,que ceux qui l’ont essuyée d’une manière très- bénigne , sont le plus en danger de la gagner une seconde fois.
§. 502. Quelque horrible et douloureux que soit le spectacle d’enfansprisde cette toux, cependant elle est fort souvent sans danger pour la vie et pour la santé: ce qui établit trop généralement chez le peuple une sécurité trompeuse, qui fait qu’il n’appelle pas le médecin, dans la croyance c[iie la maladie doit achever d’ellemême son cours dans un intervalle de six , neuf ou douze semaines, qu’on ne peut abréger ; préjugé dont j’ai démontré l’absurdité à plusieurs parens en guérissant leurs enfans dans quinze à vingt jours. Je dis sécurité trompeuse ^ car la coqueluche a été très -meurtrière dans quelques épidémies : ainsi, il en mourut à Rome en i58o, neuf mille enfans; et lioscnstem rapporte que quarante-trois mille trois cent trenteneuf enfans ont succombé à cette maladie en Suède, dans l’espace de quinze ans. Chez ceux même qui en réchappent, elle laisse quelquefois de funestes suites lorsqu’elle a été mal trai-
tée : elle produit (ou elle y dispose) la phthisie i pulmonaire, l’asthme, la dyspnée, le rachitis , , l’atrophie, les scrophules, la perte de la mémoire, l’amaurose, l’épilepsie, et meme l’apoplexie. Les xiolens efforts que fait le malade pour respirer, et pour chasser l’ohstacle qui s’y j oppose, produisent encore le goitre, des hémorrhagies, des dilatations vasculaires dans la poitrine , des hernies qui s’étranglent facile- | ment, des prolapsus du rectum et de la matrice, des pertes et des avortemens chez les femmes i i enceintes, l’hydropisie, etc. Plus les enfans sont jeunes, plus le pronostic est fâcheux; car les enfans avalent les crachats, ou ne les expec- m torent pas : dans le premier cas ils tombent dans I une diarrhée colliquative, et dans le second ils j sont menacés de suffocation. La coqueluche est ! surtout dangereuse pour les enfans à la mamelle , si l’on n’a pas soin de les redresser quand ils ^ toussent, et de leur passer les doigts dans la M bouche pour les débarrasser des glaires et des mucosités. La dentition augmente encore le danger, et il n’est pas moins grand quand la coqueluche succède à la petite vérole, à la rougeole ou a la scarlatine. Les enfans dont la poitrine est mai conformée et les poumons faibles, ] courent aussi de grands dangers. |
La coqueluche étant une maladie générale , J dans laquelle, comme dans toutes celles de 1 cette espèce, les sécrétions sont altérées, elle a ses crises , lorsqu’elle tourne à bien , par ! les sueurs , par les urines , par les selles et
par des crachats cuits. On peut donc pronostiquer une guérison prochaine, si la peau commence à devenir moite , et à perdre sa chaleur sècliCi et brûlante; si les urines sortent avec plus d’abondance, si elles ne sont plus aussi muqueuses et si elles s’accompagnent d’un sédiment; si les selles commencent à reprendre leur cours ordinaire, et si l’expectoration, de mucoso -lymphatique qu’elle était, prend une apparence puriforme : plus la fièvre est remarquable etplus elle est continue, plus le pronostic devient fâcheux; plus, au contraire, la coqueluche et la fièvre gardent le type tierce , et plus les intervalles sont libres de mal-aise, plus le présage est favorable.
Les points de côtés, pendant l’accès, indiquent la part qu’y prennent les poumons et leurs enveloppes , et sont d’un mauvais augure. L’expectoration fluide, crue, avec des stries sanguinolentes , est peu favorable ; des hémorrhagies modérées et une expectoration abondante sont plus utiles que. nuisibles. Une voix forte, bruyante , sonore, avec peu ou point d’expectoration, est défavorable. La cessation subite de la toux peut faire présager la péripneumonie ou la gangrène , et le délire qui arrive dans la dernière période, faire craindre une inflammation et une congestion incurables à l’encéphale.
§. 365. Nous ne nous arrêterons pas à exposer toutes les médications qui ont été proposées , et dont plusieurs sont contradictoires les unes
aux autres à cause de la différence des opinions sur l’étiologie de la coqueluclie. îci ce sont des médicamens utiles dans les névroses, tels que l’opium, la Î3elladone, le stramoine, la ciguë, le musc, le camphre, le castoréiim, l’assafoetida, la valériane, les bains tièdes , etc.: là, des irritans internes ou de prétendus spécifiques, tels que le foie de soufre, la teinture de cantharides, les diverses préparations antimoniales, etc., qui, lorsqu’ils ont réussi, ont agi comme révulsifs intérieurs, quoique leurs auteurs n’en aient pas compris l’effet : ou bien ce sont des irritans ou révulsifs externes, tels que le cautère, les sinapismes, les vésicatoires, l’onguent de tartre stibié , (ï Autenrieth et de Heincke ÿ ou bien, enfin, c’est une médication dirigée contre la période et composée en grande partie de quinquina. Les moins nombreux parmi les écrivains sur la co(|uelucbe sont ceux qui l’ont considérée ou comme une inflammation simple, et qui ont voulu qu’on lui appliquât le traitement antiphlogistique j ou qui n’y ont vu que des symptômes gastriques, et qui, par conséquent, n’ont placé leur confiance que dans les vomitifs et les purgatifs j ou qui, fayant regardée comme une affection du système lymphatique, ont prôné à outrance le mercure : encore pourrions-nous trouver une application de la méthode révulsive dans ces deux dernières opinions. Mais, nous devons le dire pour mettre les jeunes praticiens en garde contre les livres et les autorités médicales, ces
auteurs ont montré beaucoup de vague et de contradiction dans leurs composés pliarmaceuticfues, et peu de certitude dans leurs théories; car je trouve presque partout les narcotiques à côté des vomitifs et des purgatifs les plus énergiques, Les partisans de finllammation n’ont pas été plus conséqiiens, et ont souvent placé des substances caustiques et incendiaires à côté des moyens antiphlogistiques les plus prononcés. Marcus, qui est le dernier auteur que j’aie lu, a lui-méme aussi payé ce tribut aux vacillations de la pauvre humanité.
Quant aux partisans des spécificfiies , j’ai dit qu’ils avaient quelquefois réussi sans en connaître la raison : par exemple, il est de fait que le sulfure de potasse, déjà recommandé dans le dix-septième siècle contre l’asthme par iV illis , donné ensuite comme un spécifique nouveau contre le croup, la coqueluche et le catarrhe pulmonaire, par l’auteur d’un mémoire qui a concouru pour le prix sur le croup; il est de fait, disje, que cette substance chimique a eu quelques succès dcnsles toux rebelles, et je l’ai mise une fois en usage chez une jeune fille âgée de huit à dix ans, qui en a paru soulagée. Mais ce soulagement des poumons a lieu aux dépens de l’estomac, qui en est très-irrité, en sorte qu’il n’y a eu que déplacement du spasme et de l’irritation. Ainsi, huit grains de sulfure de potasse, délayés dans une once de sirop simple, servirent à M. Bourgeois , médecin de Paris, pour guérir le croup dans deux circonstances ; mais
ces sujets périrent par suite d’inflammation d’estomac, ainsi que l’autopsie le démontra; et ce praticien, qui en a fait l’aveu, pense, par conséquent, que ce n’est pas là une , guérison, mais seulement la transformation d’une maladie très -grave en une autre qui ne l’est pas moins (Journal général de médecine, tome 6i, page 340) : conclusion que j’adopte, nonobstant les doutes de celui qui a fait dans le Journal un rapport sur cette observation. La malade dont j’ai parlé plus haut eut pareillement des maux d’estomac, qui m’obligèrent de cesser l’usage du foie de soufre : et nous pouvons en dire autant des cantharides, qui soulagent la poitrine en produisant une inflammation à la vessie; du vin antimonié, tant loué par Huxham, qui réussit, en effet, quelquefois, etc.
§. 364- Si mes idées sur la nature de la coqueluche ont quelque justesse , et je le crois d’après riieureux succès de mes traitemens, il faudra la considérer, en l’abordant, ou comme une névrose simple; ou comme compliquée d’un état disposé à passer à l’inflammation, ou d’un état saburral; ou, enfin, comme une névrose compliquée d’une fièvre intermittente.
Nous avons observé plusieurs fois, dans la seconde de ces circonstances , qu’une saignée du bras, ou du moins l’application des sangsues au cou ou à la poitrine, est une précaution utile chez les enfans robustes, bien nourris, qui ont le pouls plein, fort et vibrant, et à plus forte liaison chez les adultes placés
dans les memes ( conditions. JJ on ne doit pas craindre d’y recourir, quelle que soit la jeunesse et la délicatesse du sujet. La coloration du visage et les autres symptômes indiquent la turgescence de la tête ou de la poitrine; et j’ai toujours regretté de n’avoir pas employé les sangsues chez un enfant juif, à la mamelle, que je perdis^ à Marseille, d’un engorgement sanguin pulmonaire, à la suite de la coqueluche, qui s’était terminée très^promptement. Cette prompte terminaison est toujours un signe douteux , et doit rendre prudent sur l’emploi de l’eau à la glace, qui, suivant M. Ozanam, aurait guéri des coqueluches dans l’espace de trois jours. Il est hien entendu qu’on doit associer à la saignée un régime émollient et rafraîchissant.
Lorsqu’il il y a des indices de saburre gastrique, les vomitifs et les purgatifs ne devront pas moins précéder tout traitement spécifique^ et c’est là le cas où peut convenir le sirop de feu M. Desessart , composé d’ipécacuanha et de substances purgatives. Hors de cette complication, on peut regarder comme peu judicieuses et comme pouvant devenir nnisihles les. potions répétées de manne, de crème de tartre, etc., dans lesquelles tant de routiniers placent toute leur confiance et qüi prolongent la durée de la maladie. Dans tous les cas il est prudent de donner un narcotique le soir du purgatif. Du reste, les purgatifs sont moins efficaces que les vomitifs, même dans la complication gastrique bien décidée, et je dois à ces derniers mon
IlL 6
commencement de réputation médicale dans le duché d’Aoste, en 1790, époque où la coqueluche régnait épidémiquement dans le bourg où je m’établis et dans ses environs.
Les antimoniaux, la scille et l’ipéçacuanha , si fort recommandés par Jluxham , Askow , Métzcr y Armstrong^ Underwood , Fothergill , Letzom , G ir tanner y J. P. Franck y etc., sont surtout indiqués pour être donnés à doses réfractées, lorsqu’il y a des signes persistans de gastricité , que le malade est soulagé par des Vomissemens spontanés, et que l’on s’aperçoit d’un gargouillement dans la trachée , occasioné par des glaires que le malade ne peut pas expectorer. Le tartre stihié est pourtant celui de tous ces médicamens auquel je donne la préférence 5 car , indépendamment de ses autres avantages, il est celui qui, donné dans de feau sucrée , dégoûte le moins les malades j et, dans mes tatonnemens, après avoir procuré une ou deux évacuations , j’ai trouvé que l’émétique agissait effectivement comme modificateur de l’économie animale, donné sous la forme suivante : Faites dissoudre de deux à trois grains de tartre stihié, suivant l’âge des malades, dans six onces d’eau de tilleul , et ajoutez sirop diacode de demi-once à une once, à prendre par cuillerées à café de deux en deux heures , suivant le besoin. Je ne le donne toutefois chez les enfans sanguins qu’après la saignée, et je m’en abstiens s’il y a tension ou douleur à la poitrine.
Le remède dont je viens de parler m^a souvent suffi pour terminer la maladie , après l’avoir debarrassée de ses complications^ mais, si ce moyen est insuffisant, il faut recourir à ceux dont l’expérience a démontré Futilité dans les maladies nerveuses. J’ai employé le suivant avec succès : Musc, deux grains; kermès minéral, trois grains; opium, un grain; sucre blanc , une drachme : faites une poudre divisée en six parties égales, dont on donne trois fois par jour jusqu’à l’âge de quatre ans, et plus souvent dans un âge plus avancé. J’ai essayé, mais sans succès, la ciguë, la belladone, la nicotiane, le' stramoine, célébrés comme spécifiques par quelques auteurs. Je n’ai pas moins vu l’inutilité et souvent le danger de faire respirer de 1 éther sulfurique dans lequel on avait fait digérer quelques-unes de ces plantes. La digitale et les fleurs de zinc , louées par Quarin , m’ont également paru sans efficacité dans cette maladie. On a heaucoup loué aussi les vésicatoires employés comme rubélîans et appliqués entre les' épaules , ou la pommade è^Autenrielh (tartre stibié, un gros; axonge, une once), dont on se sert pour frotter le creux de l’estomac ; mais les vésicatoires augmentent souvent l’irritation au lieu de la calmer, et la pommade allemande produit plus "de douleur que ces topiques, sans offrir de plus grands avantages.
Le quinquina , administré comme tonique sous la forme de sirop, trouve fort souvent sa
place à la fin du deuxième stade de la maladie, et il doit être regarde comme spécifique quand la marche de la coqueluche ressemble à celle des fièvres intermittentes, et qu’il y a évidemment de plus fortes exacerbations un jour que l’autre. Néanmoins, comme l’avait fait remarquer iffwrrqy, dans une dissertation sur ce sujet {Programma de tempore cor tic. periwiani in tussi convuls. eæhibendi. Gœttingœ, 1776), cette marche n’est pas toujours une indication de l’utilité du quinquina. On est plus heureux avec cette écorce dans les pays marécageux et durant le règne des fièvres d’accès automnales; encore convient-il toujours d’y renoncer lorsque la toux et la difficulté de respirer augmentent avec son usage.
Les bains tièdes sont un excellent moyen , chez les sujets extrêmement irritables, pour calmer la violence de la toux : on se sert aussi avec avantage pour cela du looch blanc du Codex , dans lequel on a fait entrer une demionce de sirop diacode. Mais le régime est un point essentiel : d’abord l’air de la chambre doit être entretenu modérément chaud (quinze degrés Réaumur) pendant toute la maladie ; ensuite il ne faut nourrir les malades, pendant les deux premiers stades, qu’avec du lait, des bouillons et des soupes légères. Le vin, ainsi que toute boisson et aliment échauffant, doit être absolument évité. Il faut chercher à amuser les malades et à les égayer; éviter, par conséquent, tout ce qui peut les contrarier. Le
régime peut déjà être plus nutritif dans le troisième stade ; on commence par donner du poisson, puis des viandes blanches, et l’on ne passe à celle de boucherie que dans la convalescence. Cette époque doit être également trèssoignée à cause des récidives, et il convient généralement de faire changer d’air aux convalescens, en les envoyant à la campagne, dans un air sec.
§. 565. La coqueluche étant produite par les influences atmosphériques et ayant coutume de régner d’une manière épidémique, il ne saurait y avoir d’autre préservatif assuré que d’abandonner le pays où elle règne , comme lorsqu’on veut échapper à une contagion; mais, la chose n’étant pas toujours en notre pouvoir, on doit dans tous les cas prendre quelques précautions, qui ne sont jamais nuisibles si elles ne sont pas utiles, et qui donnent quelque espérance d’échapper à la maladie, comme i.^’, d’entretenir la plus grande sécheresse et pureté de l’air dans les appartemens des malades, lorsqu'on est obligé de vivre avec eux; 2.'' de ne pas respirer leur haleine : car, quoique j’aie dit qu’il n’y a aucune preuve bien positive en faveur delà contagion de la coqueluche , cependant, comme il n’est pas invraisemblable, ainsi que nous l’avons exposé au chapitre de la contagion, que toute maladie épidémique puisse devenir contagieuse dans ses progrès, et que toute matière morbifique sécrétée , surtout dans les maladies fébriles, puisse modifier l’organisme au-
quel elle s’attacKe, de manière à reproduire la meme maladie, il est prudent de ne pas permettre à un enfant sain d’approcher de trop près des malades, principalement lorsqu’ils sont déjà parvenus au deuxième stade de la maladie, et de l’empêcher d’en recevoir directement la matière de l’expiration. La contagion est d’autant plus à craindre pour les enfans, si les malades sont des personnes adultes - et les baisers sont surtout dangereux, étant le moyen par lequel, suivant ilfarcws’ J cette maladie, de même que le typhus , s’est propagée dans les pays où ce médecin l’a observée.