QUATRIÈME ESPÈCE
De rangine poljpeuse ou du croup.
§. 566. A la suite d’une toux et d’une petite fièvre catarrhale, auxquelles on faisait peu d’attention, et qui, depuis quelques jours, se montraient à l’entrée de la nuit, il s’élève inopinément, à cette même époque de la journée, une fièvre plus forte, avec respiration difficile et sifflante- renversement de la tête en arrière; toux rauque; voix changée , aiguë , comme si elle sortait d’un tuyau d’airain; expectoration nulle d’abord, puis séreuse et sanguinolente; puis successivement puriforme, avec des lambeaux plus ou moins solides de fausse -mem-
brane; tîouleiir au cou, sans qu’il paraisse rien au dehors* déglutition facile, surtout au commencement ; agitation et assoupissement alternatifs; anxiété extrême, mais souvent ave des rémissions irrégulières. Tel est en résu é do tableau de la terrible maladie connue vulgairement aujourd’hui sous la dénomination de croup, et que quelques modernes veulent qu’on nomme larjngite , trachéite, bronchite, parce que l’ouverture des cadavres montre ces trois parties des voies aériennes primitivement ou successivement affectées d’inflammation.
Cette maladie, qui a acquis une sorte de célébrité depuis l’accident arrivé à l’un des neveux du chef du gouvernement français, en 1807, et qui, par cela, était devenu un sujet de prix .qui a provoqué la composition de plusieiu’S bons mémoires; cette maladie, dis-je, n’était ni nouvelle ni devenue plus commune : en effet, outre que la date de ses descriptions est trèsancienne, ainsi que nous allons le dire, l’on ne voit pas pourquoi le croup n’aurait pas du paraître en tout temps, puisque le sujet et la cause ont de tout temps existé. Quant au rang qu’on lui avait assigné parmi les maladies devenues plus fréquentes à cause de l’affaiblissement de la constitution physique de la race humaine, il est douteux qu’on ait eu raison, et je suis porté à admettre, avec les auteurs des mémoires qui ont été couronnés dans le concours sur cette maladie, que, si les médecins des siècles précédons ne nous ont pas transmis
lin plus grand nombre d’histoires, c’est uniquement parce que le défaut d’ouverture de cadavres et d’observations exactes ne leur a pas permis d’en saisir le véritable caractère; et si le croup paraît devenir si fréquent parmi nous dans ces derniers temps, c’est en grande partie parce qu’il est mieux connu et mieux observé. {^Rapport sur les ouvrages envoyés au concours sur le croup y ^4 suivantes. Paris, 1812.)
Tous les auteurs de traités généraux n’avaient pas d’ailleurs manqué d’en parler en décrivant les diverses espèces d’angines : les nosologistes l’avaient fort bien caractérisé , et l’on en lit une fort bonne description dans V Epitome du célèbre professeur (tome 2, page io5
et suivantes), imprimé à Pavie en 1792. Les médecins instruits ont du par conséquent éprouver quelque surprise quand ils ont vu ce sujet présenté de toute part comme une chose nouvelle: et peut-être est-il résulté de cet engouement général plus de mal que de bien; car on voyait le croup partout, et l’on ne savait voir autre chose, même dans les pays où il n’a jamais paru.
§. 567. Les auteurs du Recueil des observations et des faits relatifs au croup , publié à Paris au mois de Juin i8o8, pour préparer le concours, se sont contentés de remonter aux Epidémies et aux Épbémérides de l’illustre Baillou , publiées en 1576, et depuis lors jusqu’en 1808 on trouve une suite de soixante-sept auteurs qui ont observé cette maladie, inscrits suivant l’ordre
clironôlogique. Un plus grand nombre d’autres encore en ont publie des observations dans les Journaux de médecine, ou en ont décrit des épidémies, tels que le docteur Golis ^ pour une épidémie de cette nature qui a régné à Vienne en Autriche aux années 1807 et i8o8 , qui se répandit dans une grande partie de TAllemagne sous une constitution catarrhale angineuse, et qui fut surtout funeste aux enfansj le docteur Martin le jeune, qui en a décrit une autre, pour Lyon, années 1810 et 1811, etc. On peut lire dans l’excellent Recueil de M. Louis Valentin les détails des ravages que cette maladie occasionne chaque année dans l’Amérique septentrionale, et plusieurs documens qui en complètent l’historique. L’ensemble de cette masse défaits accumulés jusqu’à ce jour, et dont plusieurs pourtant, il faut le dire, n’appartiennent pas au croup; cet ensemble, dis-je, établit comme vérités positives : i.*’ que, si cette maladie est assez souvent sporadique, elle est le plus souvent épidémique; 2..^ que, dans ce dernier cas, elle règne conjointement avec les affections muqueuses et catarrhales; 5.^ que sa nature revêt assez constamment le mode in^ flammatoire, ce qui a permis d’en aborder plus franchement le traitement, sans pourtant exclure toujours des moyens qui paraissent opposés à ce mode, et sans lesquels, dans beaucoup de cas, il serait impossible de guérir le croup.
La première proposition se trouve rigoureusement démontrée dans le Recueil d’observa-
tions sur le croup de MM. les Commissaires de l’Ecole de médecine de Paris , où nous lisons (pages 79 et 8o) que Venel assure qu’il existe des épidémies entières d’angines membraneuses, qui attaquent non-seulement les enfans, mais encore les adultes et même les vieillards, ainsi qu’on en a une preuve dans l’épidémie de Halle, de 1785, observée et décrite par Bœhmer; que TV illis a vu cette angine régner épidémiquement, avec l’angine gangréneuse, dans la Suède, en 1764; Bergius, a Stockholm, en 1757; Tf^att^ bon, à Calmar, en 1761 et 1769; Van-Bergen , à Francfort- sur- le - Mein , en 1764; Rosen, à Stockholm, Upsal, Hedemora, Soether, et dans les campagnes de Rasbo et de Fundho, en 1761, 1762, etc., etc. De temps à autre, suivant les climats qui y sont le p'ius disposés et suivant les circonstances atmosphériques, nous en trouvons des épidémies, et j’insérerai à cette occasion ici une notice transitoire qui y a rapport, fournie par M. Decarro , médecin à Vienne en Autriche, au rédacteur de la Bibliothèque universelle, publiée à Genève (tome 17, page 75), L’auteur rapporte , relativement à l’usage de l’iode dans le goitre, « qu’un garçon de treize ans, après avoir pris de cette substance pendant près de deux mois, sans succès, mais sans accident, fut attaqué subitement d’un croup violent, qui l’emporta dans six heures, malgré les sangsues, les vésicatoires, les cataplasmes émolliens, les sinapismes et le calomel ; il ajoute que cette maladie a été meurtrière à Vienne
pendant tout Thiver de 1820 à 1821, et qu’un homme de quarante ans en a meme été victime.”
La seconde proposition est confirmée par la nature de la constitution atmosphérique et celle des maladies dominantes dans les années où le croup a régné. Ce dernier, plus répandu dans les pays froids , marchant de compagnie avec les fièvres muqueuses , seulement clair- semé dans les pays chauds ou tempérés, mais présentant les memes phénomènes que dans les premières régions, est par conséquent une seule et meme maladie. La constitution de l’air, depuis Janvier 174^ jusqu’en Novembre 174^? avait été, en général, chaude et humide, avec des changemens multipliés et subits, qui précédèrent la naissance de diverses maladies, surtout d’angines épidémiques , tant en France qu’en Italie.
Pour la France, nous lisons ce qui suit dans l’extrait d’un Mémoire de M. de Sérane y inséré dans le Journal des Savans (Février 1747?
564), dont il est surprenant que les auteurs des divers Recueils sur le croup n’aient pas eu connaissance : « qu’il régna à Paris, dans l’automne de 174^5 esquinancies d’une nature particulière, du moins quant à leur siège, qui n’était ni les muscles du pharynx ni ceux du larynx, mais la membrane interne de cette dernière partie, de la trachée-artère et peut-être des bronches j qu’on n’apercevait ni tumeur ni rougeur dans l’intérieur de la bouche, ni gonflement dans les parties extérieures du
COU; que la fièvre n’ètait pas considérable, ni le pouls élevé, mais plutôt faible, bas et inégal; que la difficulté de respirer était toujours plus grande que celle d’avaler; que quatre malades rendirent du pus par l’expectoration et par les selles, et des morceaux de membranes, qu’ils crachèrent avec de vives douleurs et un sentiment d’excoriation dans le larynx et la trachée-artère; qu’alors la difficulté de respirer augmentait considérablement, avec apparence d’une suffocation prochaine , laquelle ne cessait qu’après le crachement de pus et des lambeaux dont on vient de parler; que plusieurs personnes eurent cette espèce d’angine en ville , et quatre à l’Hôtel -Dieu , dont deux moururent et présentèrent à l’ouverture du corps les lésions suivantes ; le larynx ou la trachée-artère ulcérés; le pharynx, le bas-ventre et le reste de la poitrine en bon état, si l’on en excepte un engorgement marqué dansle poumon. On saigna fortement du bras et du pied, on purgea, on donna des loochs et des tisanes humectantes, et l’on appliqua des cataplasmes anodins.
Pour l’Italie, le àoctexxY Martin Ghisi observait les memes affections et les décrivait à Crémone; et parmi ses descriptions, celle de l’espèce appelée croup passe, à juste titre, pour une des plus fidèles, des plus distinctes et des plus exactes. Deux espèces d’angines furent observées par cet auteur : l’une avec inflammation et ulcération des parties de l’arrière-bouche et des organes de la déglutition, très-appa-
rente, très-aiguë, qui commença dans le courant du mois de Mai 174? ^ qu’on guérissait assez facilement parle régime antiphlogistique 5 l’autre, qui parut plus tard, ayant un caractère perfide et fatal, qui, loin d’attaquer la gorge d’aucune manière, laissait souvent la déglutition libre et dans l’état naturel , attaquant pareillement les adultes et les frappant de mort s’ils commettaient quelque imprudence , de même que les enfans mal soignés. Les symptômes étaient les suivans : « Première période. Soif extraordinaire j visage pâle; toux souvent sèche, mais continue et très-aiguë, non accompagnée du bruit que la toux ordinaire produit . dans la cavité de la poitrine; respiration difficile, avec sifflement; picotement et douleur à la région du larynx ; chaleur extrême à l’intérieur et à peine sensible au dehors ; pouls petit et presque toujours inégal; agitation extrême; voix glapissante {clangosa). Deuæième période. En peu de temps le pouls devenait d’une inégalité extrême et intermittent ; peau aride partout et extrémités froides; le séjour dans le lit est incommode , et toute situation du corps insupportable; respiration fréquente et pénible, avec resserrement horrible de la gorge; la tête restait penchée en arrière, et il fallait pour inspirer que le malade poussât en dehors avec une grande violence la trachée et le larynx. La toux restait sèche en général ; cependant quelques malades crachaient en abondance , mais de la pure salive, et s’ils parvenaient à
expectorer, ce tait très-souvent une matière qui présentait l’aspect des concrétions lymphatiques , semblables à ce qu’on appelle couche pleur itiq ue , ou concrétions pseudo-poljpeuses, La mort arrivait au deuxième, troisième, quatrième ou cinquième jour, le plus tard au septième. L' autopsie cadavérique présentait l’intérieur de la trachée-artère enflammé depuis la partie qui existe immédiatement au-dessous du larynx jusqu’à l’extrémité des bronches; au milieu était un corps blanchâtre, un peu plus long qu’un travers de doigt, assez solide, échappant au tranchant du couteau et présentant un aspect membraneux : la partie gauche du poumon était libre, mais la partie droite offrait diverses adhérences; du reste, ces viscères offraient l’apparence d’une inflammation érysipélateuse. La plèvre et le diaphragme, surtout du côté droit, étaient légèrement enflammés; le reste du corps s’écartait peu de l’état naturel. (Lettres médicales du docteur Ghisiy sur
l’angine épidémique des années 174? et 174^, traduites de l’italien par M. le docteur Double.)
JNTous devons convenir que les auteurs qui sont venus ensuite, de quelque nation que ce soit, ont très -peu ajouté à ces descriptions, et que le traitement employé par le médecin italien, dont nous parlerons en son temps, est encore celui auquel , après plusieurs tergiversations amenées par les théories, les bons praticiens ont dû se fixer irrévocablement.
Nous sommes ainsi amenés à notre troisième
proposition, savoir : que le traitement du croup, s’il n’est pas toujours heureux, est du moins plus rationnel, plus fixe et plus précis, ce que nous devons en partie aux ouvertures de cadavres multipliées, ainsi qu’aux beaux travaux des auteurs des difFérens mémoires sur cette maladie que la publication des pièces sur le concours a fait connaître, tels que ceux de MM. Alhers ^ J urine , Viens seux ^ Double y etc.; au Traité de M. Valentin y à des Recherches anatomiques de MM. Chaussier et Ribes; plus tard, à celles de M. Amé Grimaud y qu’il a consignées dans un Mémoire sur le croup, lu à la ci-devant Société de la Faculté de médecine de Paris, le 25 Novembre 1820, et inséré dans le Journal complémentaire de Janvier 1822; et, enfin, au nouveau Traité théorique et pratique du croup, de M. Des ruelles y publié sur la fin de 1821.
§. 5*68. L’on a des exemples d’invasion subite du croup, sans aucun prodrome; peut-être ne faut-il les rapporter qu’à des espèces purement inflammatoires, telles que la laryngite y la trachéite y la bronchite et la pneumonite des auteurs modernes. Cette maladie a le plus ordinairement des préludes, de plusieurs jours, d’une nature catarrhale , tels que céphalalgie frontale, coryza, enrouement, toux sèche, expectoration muqueuse ou simplement salivaire, chaleur de la peau, fréquence du pouls très-augmentée le soir, altération de la voix, respiration un peu gênée, et, le plus communément, tristesse insolite. Quelques malades se plaignent
d\ine douleur obtuse dans la trachée- artère ^ et le cou offre une légère tuméfaction à la partie antérieure.
Successivement et inopinément, vers ou pendant la nuit (du moins le plus souvent), respiration plus difficile, bruyante et sifflante; voix totalement changée du rauque à Faigu, qui varie pourtant suivant le siège de la lésion dans les voies aériennes; dilatation du thorax durant l’inspiration ; mouvement très-marqué d’élévation et d’abaissement du larynx ; gonflement des veines jugulaires; yeux saillans; conjonc-tives injectées; fièvre et chaleur, qui vont rapidement en augmentant; soif ardente; visage tuméfié , de couleur rouge livide , durant les accès de toux; tête jetée fréquemment en arrière, ce qui paraît soulager; pouls très-fréquent, petit, serré, tremblotant; toux fréquente, impétueuse , avec douleur au larynx ou à la trachée, auxquels le malade porte ses mains; expectoration muqueuse avec des stries sanguinolentes ; souvent des nausées et des vomissemens; chaleur ; sueurs; urines rares; inquiétude extrême; voix de plus en plus sifflante, comparable au cri d’un jeune coq; enduit tenace et blanchâtre de la langue, laquelle est d’ailleurs pâle , large et volumineuse ; quelquefois hémorrhagie nasale.
Tous ces symptômes s’aggravent avec plus ou moins de rapidité. Le malade est menacé à chaque instant de suffoquer; il rejette par les efforts de la toux un liquide purulent, souvent ensan-
glanté, mélange de lambeaux de fausses-membranes plus ou moins formées , à moins que la lésion ne soit très-profonde ( car souvent alors le malade ne rejette rien, ce qui constitue ce qifoii appelle le croup sec)^ la lividité de la face augmente, les traits se décomposent, l’oeil paraît sortir de sa cavité: immobilité du thorax, et rétraction des muscles abdominaux vers Fépine du do^; abattement, agitation, inquiétude extrêmes; mouvement convulsif continuel; déglutition libre, mais douloureuse; intégrité des facultés intellectuelles, cependant assez souvent somnolence et subdélire : les pupilles se dilatent; le visage se recouvre d’une sueur froide; le pouls devient fugitif et intermittent, et le malade succombe dans une syncope ou plutôt dans une véritable asphyxie.
La maladie se termine quelquefois d’une manière funeste le premier ou le second jour, et donne lieu à ce qu’on a nommé croup suffocant, dépendant soit de l’intensité même du mal, soit de ce que la matière sécrétée dans les bronches, au. lieu d’être rejetée au dehors, a découlé dans l’intérieur des poumons, produisant la dyspnée la plus violente et les symptômes de la péripneumonie la plus aigue, ainsi que Franck rapporte en avoir observé des exemples ; mais, bois ces cas, heureusement plus rares, la durée ordinaire du croup est de quatre à neuf jours, et quelques auteurs en rapportent des observations où la durée avait été de dix-huit à vingt-deux jours : cependant on peut m, 7
douter qu’alors il se soit agi réellement de cette maladie.
§. 56g. La description que nous venons de donner pourrait, jusqu’à un certain point, convenir à l’inflammation simple de chaque portion du canal de l’air, depuis le larynx jusqu’aux plus petites divisions des bronches, si l’on n’avait égard en même temps à quelques caractères spécifiques, qui indiquent réellement le croup. Tels sont, i."" les symptômes de catarrhe qui ont précédé ; 2.*^ l’absence des signes d’inflammation à la langue ; 3.'’ le sentiment d’ardeur, de dou-* leur, ou de vive sensibilité au larynx ou à la trachée, surtout durant l’inspiration ou l’acte de la déglutition, lorsque la boisson et l’ali-^ ment sont parvenus à l’endroit de l’œsophage qui correspond au point lésé du canal aérien , ce qui force le patient à y porter continuellement la main ; 4-^ l’action de jeter la tête en arrière et le soulagement éprouvé par cette position j 6.*^ la facilité de la déglutition , quoique souvent douloureuse : 6.° d y a assez généralement, jusqu’à la mort, intégrité des fonctions intellectuelles, mais avec divers accidens qui indiquent une affection spéciale du système sensitif, tels que tristesse, frayeurs vives, crainte d’une destruction prochaine^ convulsions générales ou partielles tantôt dès le début et tantôt au moment d’une terminaison fâcheuse j réveils en sursaut; somnolence; délire par intervalles, ou insomnie opiniâtre; voix rauque, d’un son particulier et expuition membraniforme :
8.*^ il y a des rémissions plus ou moins complètes, et même de véritables int er miss ions , qui surviennent spontanément ou à la suite de l’application de quelque médicament , ne suivant pourtant aucun type régulier ; quelquefois même, après un mieux-être pendant un, deux et trois jours, on aperçoit tout à coup le retour des accès de suffocation, ce qui arrive le plus souvent la nuit. Il est vrai que nous avons quelques histoires de croup sans rémission j mais on peut douter qu’elles aient appartenu à cette maladie, et il est permis de croire qu’on n’avait observé que l’angine trachéale inflammatoire de Boerhaave (dans laquelle la marche des symptômes est très-aigue et continue, et qui est le plus souvent occasionée par la suppression d’une hémorrhagie , par l’exercice prolongé de la' respiration et par l’inspiration de vapeurs irritantes, sans être épidémique ni endémique ) , ou qu’il s’agissait d’une simple bronchite , inflammation que M. Griniaud me paraît avoir très-bien distinguée du croup, où le pouls est dur et plein, les pupilles contractées, la langue rouge , pointue , la sécrétion muqueuse suspendue, etc.
§. 570. Quelques maladies, telles que l’angine gutturale , l’angine gangréneuse , le catarrhe pulmonaire suffocant, la coqueluche, l’asthme aigu de Millar , et la présence de corps .étrangers dans les voies aériennes, pourraient être prises pour le croup par des gens peu expérimentés. Mais, i.'’,dans l’angine gutturale, la gorge
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est tuméfiée latéralement et en dehors; Tarrière-bouclie est rouge, gonflée, et il en découle en quantité un fluide visqueux; la déglutition est difficile; la trachée n’est point douloureuse à la pression, et la voix n’est point aiguë et sifflante.
Dans l’angine gangréneuse, l’intérieur de là gorge est d’un rouge cramoisi et se couvre de taches grisâtres, qui, s’étendant en largeur et en profondeur, noircissent souvent , se détachent et laissent à nu un ulcère douloureux; la voix est rauque, mais non sifflante; l’expectoration est nulle, ou bien elle se compose aussi de lambeaux membraneux, mais fétides,’ dont la sortie est suivie de douleurs violentes, que les mucilagineux ne calment pas; la déglutition est difficile, le pouls faible, et il survient tous les symptômes de la fièvre putride.
3."^ Le catarrhe aigu suffocant a une grande ressemblance avec le croup dans le commencement : visage rouge, toux , oppression , sécrétion abondante de mucosités plus ou moins épaisses et quelquefois concrètes; progrès rapides des symptômes, et nécessité d’un traitement prompt et actif. Tels sont les symptômes de cette grave maladie, qui la font d’autant plus ressembler à l’autre, qu’elle se montre aussi durant les épidémies catarrhales; mais, dans le catarrhe aigu, la toux est moins rauque que dans le croup, l’inspiration est plutôt stertoreuse que sifflante, l’oppression est plus • continue et les rémissions sont beaucoup moins sensibles. Au
surplus, le meme traitement est indiqué dans les deux maladies ; et, en 1810, pendant son séjour à Marseille , j’ai eu le bonheur de guérir trèspromptement d’un catarrhe aigu très-alarmant le fils aîné du prince de la Paix, alors âgé de neuf ans, par l’application d’un grand nombre de sangsues sur le cou et sur la poitrine.
L’asthme aigu peut aisément se confondre avec le croup intermittent : toutefois il en diffère, i.^’en ce qu’il n’est pas épidémique, comme celui-ci; 2.'’ en ce que la toux est rare pendant l’accès, et, quand elle existe, elle est plutôt sèche que rauque; 5.^ en ce que la respiration y est stertoreuse plutôt que sifflante ; 4-'' les malades ne se plaignent point de douleur au cou; 5.® les intermissions sont plus fortement prononcées que dans le croup , et quelquefois long-temps prolongées; les urines sont limpides pendant l’accès. II n’est pas, au reste, exactement vrai, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, que cette maladie ne soit propre qu’aux enfans, non plus quelle soit toujours uniquement nerveuse; que le musc , l’assa-fœtida et les autres antispasmodiques soient les seuls remèdes qui lui conviennent, et que les antiphlogistiques y soient contraires. Le Journal complémentaire du mois d’Octohre 1821 (tome X, page 36g et suivantes) en offre un exemple, dont une fille robuste, âgée de vingtr-trois ans, a été le sujet, et qui a été singulièrement soulagée par la saignée ; car , enfin, les émissions sanguines, n’en déplaise aux partisans d’une opinion contraire, sont toujours
Utiles a des proportions convenables dans les maladies de poitrine, et, d’ailleurs, les voies aériennes des personnes qui ont péri de l’asthme aigu n’ont pas toujours été sans trace d’inflammation.
6.*" Je ne reviendrai pas sur les différences du croup d’avec la coqiieiuclie, que j’ai indiquées plus haut (§. 557). 11 me reste donc à parler des corps étrangers entrés dans les voies aériennes, lesquelles, suivant leur nature, y produisent aussi l’inflammation et la formation, reconnue après la mort, d’une couche couenîieuse. Mais, en général, les coiqis étrangers ne font ressentir la douleur qu’à des lieux correspondans au bas de la trachée, et cette douleur change de place par les efforts de la toux j la voix est rauque et rarement sifflante ; la respiration s’accompagne d’anxiété et d’angoisse j îa toux est convulsive; les accès et le pouls sont très -irréguliers. Ici convient la trachéotomie, pour donner issue au corps étranger: opération que je dirai, par anticipation, non-seulement inutile, mais encore nuisible, pour extraire, dans le croup, une membrane qui en est l’effet et non la cause.
§. 571. Toutes les observations particulières d’angine trachéale ou laryngée, spontanée et sporadique, nous présentent la formation possible de cette maladie dans tous les climats, quand on s’est exposé à des vents ou à des brouillards froids, après l’application du froid sur les voies aériennes, après le passage subit d’un apparte-
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ment très-cKaud a une atmosphère froide; à la suite d’un exercice trop prolongé du chant, de la déclamation, du jeu des instrumens à vent; après s’étre découvert le cou lorsque cette partie était en sueur; après avoir bu à la glace, lorsqu’on avait très-chaud. Il ne manque pas non plus d’observations d’angines de cette espèce durant le règne de la variole , de la rougeole, de la scarlatine, de l’érysipèle épidémie que, soit qu’il y ait eu rentrée de ces exanthèmes, ou qu’ils aient fait irruption autant sur les mem^ hranes gastro- pulmonaires que sur la peau; après la suppression d’un flux habituel ou d’un exutoire ; à la suite de la répercussion d’affections cutanées quelconques. Les conversions de la péripneumonie en cynanche, et, réciproquement, de l’angine tonsillaire et gutturale en trachéale et laryngée , ne sont pas non plus rares. Mais tout cela ne donne raison que de l’inflammation phlegmoneuse ou simplement érysipélateuse , et non du croup proprement dit, ni surtout du croup épidémique, revêtu de ses caractères spécifiques (§. 569).
Quant à ce dernier, nous le voyons presque toujours, dans la cohorte des maladies qui se montrent dans les combinaisons du froid et dé l’humidité. C’est du Nord de l’Europe que nous sont venues, depuis un siècle et plus, la plupart des observations de cette maladie, et c’est aussi dans le Nord qu’on a vu se manifester le plus d’épidémies du même genre : c’est pendant l’automne et l’hiver que cette cruelle affectiou
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est plus fréquente et moins susceptible de guérison. L’Angleterre, région froide et humide, paraît y être sujette, à en juger par le relevé des enfans morts du croup à Londres, depuis l’année 1796 jusqu’à celle de 1799 inclusivement: relevé publié dans cette capitale en 1801, par liobert , et qui porte à soixante-
quatre le nombre des individus morts du croup pendant ces quatre années. A Genève, ville froide et humide à cause du lac qui la baigne, d’après un relevé des registres mortuaires comprenant tout l’intervalle qui s’est écoulé depuis 1774 jusqu’à 1807, il y a eu cent trentedeux enfans morts du croup : d’où l’on infère, avec juste raison, que cette maladie, parfois épidémique , est en quelque sorte endémique à Genève. Depuis long -temps l’on a formé les memes plaintes en Hollande, et nous devons à cetie naturelle disposition de l’air batave l’heureuse impulsion qui a dirigé pendant quelques années les recherches des médecins sur ce sujet unique. (Voyez le rapport déjà mentionné sur les ouvrages qui ont concouru, pages 28, 97, 147, etc.)
2.® Quand nous jetons les yeux sur les contrées de chaque état de l’Europe douées de peu de chaleur, soit à cause de leur position géographique, soit à cause des bois dont elles sont entourées, des eaux qui les parcourent en divers sens, de leurs prairies qui sont toujours humides, nous voyons le voisinage des marais y présenter tous les ans, au milieu du cortège
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(les jSèvres à période, quelques exemples de croup : ainsi , en France, le département de TAllier offre de fréquentes occasions d’observer cette maladie ; et la situation des divers états de l’Amérique septentrionale y a rendu cette maladie extrêmement fréquente , plus peut-être autrefois que dans les temps présens, où les défricbemens successifs ont assaini le pays et où, par conséquent, les écrivains de cette nation en parlent beaucoup moins. Or, la rémittence et même l’intermittence qui s’observent dans la marche du croup et qui sont si étrangères à celle de l’inflammation franche, ne mettent-elles pas sur la voie de sa véritable cause occasionelle? et, lorsque (ainsi que nous croyons l’avoir prouvé dans tout le cours de cet ouvrage) tant d’autres épidémies sont produites par le transport des miasmes loin de leur lieu de naissance , pourquoi celle-ci ne leur devrait-elle pas aussi son origine? Ainsi s’explique ce qui a tant embarrassé les auteurs des différens écrits sur le croup, et qui les a obligés à acimettre l’influence d’wne constitution épidémique spéciale.
Cette maladie peut-elle naître également dans un climat quelconque, exposé à des mutations fréquentes et rapides de température, et surtout au voisinage de la mer ? Cette opinion, qui a été admise par quelques auteurs des Mémoires cités plus haut, me paraît trop, généralisée. D’abord, les exemples de croup sont très-rares dans l’Amérique méridionale ,
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nonobstant toutes ces causes. En second lieu, | je ne crains pas d’annoncer à mes lecteurs, | qu’ayant exercé pendant plus de vingt ans dans le Midi de la France et sur les bords de la Médi- 1 terranée , je n’y ai jamais vu réellement cette | maladie, sans doute parce que je ne la cher- ï chais pas, quoiqu’elle fût à la mode et que des | médecins en rapportassent des exemples dans j lesquels , l’autopsie cadavérique n’ayant rien i . fait voir, on se retranchait vers le croup pure^ | ment spasmodique. Ayant ex:ercé ensuite aux ^ environs de Lyon, ville froide et humide par i sa position entre le Rhône et la Saône, et dans |î la Basse-Alsace , vallée de la meme nature , à i cause du Rhin , de l’Ill et de la Bruche qui la j parcourent, j’ai vu qu’efFectivement le croup n’y \ était pas une maladie rare.
Nous pouvons tirer, en conséquence, les ? corollaires suivans, relativement au croup en- • démique et épidémique : que cette maladie est ) due, comme tant d’autres, à l’inRuence maré- • cageuse; et que, quoiqu’elle puisse, dans cer- • taines circonstances, régner dans les pays chauds, v puisque Ghési et autres auteurs en ont fourni i des exemples en Italie , c’est principalement ) lorsque l’élément marécageux est réuni au froid ' humide qu’on a de fréquentes occasions de : l’observer dans toute sa vigueur.
§. 572. Quelques auteurs, mais en petit nombre, ont cru à la contagion du croup, sans cependant en donner aucune preuve positive ; et nous pouvons appliquer à cette maladie ce
qui a été , dit précédemment sur la question de la contagion du catarrhe et de la coqueluche (3§. 559'et56i).
§. 575. Cest le plus ordinairement chez les enfans qu’on remarque le croup, et spécialement depuis l’âge de sept mois jusqu’à celui de douze ans, sans exception particulière à un sexe plus qu’à l’autre. Il est vraisemblable qu’il se fait aux approches de la puberté une modification dans le larynx, qui en change le mode de sensibilité, et qui, jointe à l’augmentation des dimensions de la glotte, préserve dorénavant cetorgane de ce genre d’affection. Toutefois plusieurs exemples démontrent que le croup atteint aussi quelquefois les adultes dans tous les âges de la vie, bien entendu qu’on doit pourtant se garder de prendre pour cette maladie toutes les expectorations de fausses-membranes. Il n’est pas rare d’en voir rejeter par des individus, dans de violens accès de toux chroniques, absolument semblables à celles du croup. Ainsi un dentiste de Marseille, plus que septuagénaire, asthmatique depuis sa jeunesse, m’envoya chercher, tout effrayé, pour me montrer une tubulure qu’il venait de rejeter, qui avait la forme de la trachée, et qu’il croyait être cet organe même; il vécut néanmoins encore plusieurs années avec son asthme : ce qui suffirait, s’il était besoin d’autre preuve, à faire voir combien l’existence de ces concrétions est insuffisante pour attester l’existence du croup.
Indépendamment de l’âge, on peut regarder;
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comme causes prédisposantes , le tempérament lymphatique, l’affection scrophuleuse ; d’avoir été sujet à la coqueluche ou à d’autres espèces de touxj d’avoir déjà eu une fois la maladie ; l’habitation de lieux bas et humides, l’usage des alimens farineux et celui des vêtemens trop légers. Toutefois l’on remarque aussi, dans quelques épidémies, une sorte de prédilection pour les enfans forts, pourvus d’embonpoint, vigoureux et sanguins, lesquels sont ordinairement les plus maltraités ; ce qui dépend de la cause des inflammations, ajoutée à l’élément spécial du croup.
§. 574. D’après la partie anatomico-pathologique du Mémoire cité plus haut, de M. Ame Grimaud , ’ sur l’état des organes des personnes mortes du croup , la plus complète que nous ayons en ce genre, parce que cet auteur a examiné les trois cavités, l’autopsie fait découvrir ce qui suit : follicules muqueuæ de la voûte palatine très-développésj langue épaisse, couverte d’un enduit grisâtre , quelquefois légèrement noirâtre vers sa hase , avec ses papilles trèsdéveloppées et laissant entre elles des espèces de crevassesj canal pharjngo-œsophagien d’un gris pâle, et ses glandes muqueuses, aussi développées,s’étant trouvées une foispareillement recouvertes d’une fausse-memhrane ; estomac un peu rétréci, avec inflammation de sa membrane interne , érythémoïde et par zones ; vésicule du fiel et duodénum sains , mais les follicules muqueux des autres intestins très-visibles et leurs
conduits béans. Ces viscères sont distendus par des gaz 5 leur aspect est grisâtre 5 ils Sont tapisses de mucus de la même couleur j ils présentent souvent des invaginations; ils renferment souvent des vers lombrics ou tricurides, avec phlogose de la membrane même dans l’endroit 011 ils sont, et les glandes mésentériques participent à l’inflammation du système gîanduîo-muqueux.
Koies respiratoires. Concrétion miicoso-albumineuse , d’une couleur blanchâtre , grisâtre ou jaunâtre, quelquefois un peu verdâtre, plus ou moins adhérente à la tunique interne du canal laryngo-trachéal; parfois parsemée de stries de sang d’une consistance assez grande et d’une épaisseur plus ou moins considérable; tantôt bornée au larynx et à une partie de la trachée-artère, tantôt divisée en plusieurs portions occupant des points plus ou moins distans les uns des autres; revêtant quelquefois le conduit laryngo-trachéal, et se prolongeant même jusqu’assez avant des ramifications des bronches; ici tubulée, dans d’autres sujets ne formant que des portions de cylindre, des segmens de cercle; expulsée , lors de la guérison, par le vomissement, ou absorbée, ou formant adhérence à la membrane trachéale, dont elle revêt la forme, la texture et l’organisation, ainsi que Sœrn-mering en a déjà fourni un exemple.
D’après l’analyse chimique faite par Schwilgué y jeune médecin à qui nous devons beaucoup de vues saines sur le croup et qui a trop peu vécu, cette production porte toutes lespropriétés
de ralbumine concrétée : insoluble dans l’eau froide et l’eau bouillante j se dissolvant dans les alcalis étendus d’eau, au moyen d’une douce clialeur; donnant par l’incinération du carbonate de soude et du phosphate de chaux. Elle n’est donc pas du mucus, quoique sécrétée par une membrane muqueuse.
La membrane muqueuse du canal respiratoire offre des aspects différens : quelquefois pâle, cendrée dans toute son étendue, sans nulle trace de véritable phlogose, elle est d’autres fois enflammée de distance en distance et légèrement tuméfiée j ce qui s’étend quelquefois plus ou moins vivement et profondément dans les bronches sous la concrétion membraniforme , sont de petits corps blanchâtres, très-multipliés, qui, parfois, lorsqu’on les presse, laissent encore sortir de leurs orifices , après la mort , une substance analogue.
Dans le croup suffocant, où la mort est trèsprompte, la concrétion albumineuse n’ayant pas eu le temps de se bien former et de se condenser, on ne trouve que des mucosités plus ou moins consistantes et abondantes, qui tapissent la partie inférieure du canal aérien ou le larynx j et il y en a toujours dans ce dernier , lorsque la membrane muqueuse est lésée par portions. On a néanmoins quelques exemples de prompte formation de cette membrane dans le larynx. Ainsi mon excellent collègue, M. ZoZ>stein, a ouvert dans le mois d’Avril i8i5, une petite fille de treize mois, morte dix-huit heures
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après les premiers accidens du croup. Il trouva, indépendamment des mucosités jaunâtres et puriformes dont les bronches étaient farcies, une fausse-membrane dans le larynx et le com-, mencement de la trachée , exactement la même que celle qu’on observe dans les croups dont la durée est plus longue 5 mais cet enfant était déjà attaqué, depuis huit jours, d’une affection catarrhale.
Lorsque le croup a eu pour prélude une angine tonsillaire , outre les désordres men** tionnés, on trouve les amygdales d’un blanc cendré ou jaunâtre extérieurement, plus ou moins boursoufïlées et laissant suinter par la pression un fluide de même couleur. Coupées avec le scalpel , elles ont l’apparence d’un^ poumon hépatisé en blanc ^ et semblent abreuvées uniquement de liquides blancs. Si ces préludes ont été la variole, la rougeole ou lascarlatine, on voit très-souvent la membrane laryngotrachéale rouge dans une partie de son étendue, après qu’on a enlevé la production membraniforme.
Dans la trachéite et la bronchite , ou l’inflammation de la trachée et des bronches des adultes , au lieu d’être pâles , les surfaces de ces canaux sont constamment rouges; il n’y a pas de développement des follicules, point ou peu de sécrétion muqueuse, et l’inflammation n’existe que dans le tissu des vaisseaux capillaires sanguins. Le croup artificiel, ou la trachéite, produit chez les animaux par un professeur
célèbre, est donc une expérience inutile, comme tant d’autres choses de cette espèce.
Organe encéphalique. Les plexus choroïdes orlt été constamment trouvés enflammés, avec un épanchement séreux, limpide, rosacé, roussâtre ou jaunâtre, d’une quantité variable dans les ventricules du cerveau; presque constamment ramollissement de quelques points de ce viscère ; quelquefois aussi inflammation de l’arachnoïde, avec ramollissement de l’hémisphère quelle recouvre, ce qui s’est principalement rencontré dans le croup suffocant.
§. 575. De ces diverses lésions concluronsnous qu’effectivement la cruelle maladie dont nous nous occupons consiste uniquement dans l’augmentation de vitalité des vaisseaux des follicules muqueux de presque toute la tunique gastro-pulmonaire, et plus particulièrement de ceux du conduit laryngo-trachéal, qui a pour résultat la sécrétion abondante d’une humeur albumineuse, d’une consistance assez grande; véritable inflammation , à laquelle on a donné dans ces derniers temps le nom de phlegmasie folliculaire ou blanche , pour la distinguer des inflammations rouges ordinaires : concluronsnous, dis-je, et le point est important pour la détermination de la cause prochaine, que celte inflammation , qui s’étend même assez souvent aux membranes gastro - intestinales, forme la nature, l’essence du croup,, n’offrant rien de particulier, rien de spécial, ainsi que vient de le répéter M. Desruelles après plusieurs autres;
qu’enfîn, les plexus clioroïdes, quelquefois même le cerveau et l’enveloppe arachnoïdienne, participent à l’inflammation? ce qui rendrait raison des convulsions, de la somnolence et de divers autres accidens nerveux qui s’élèvent si fréquemment à l’approche du terme fatal : d’oii le traitement serait aisé à trouver, puisqu’il consisterait toujours dans celui qui est généralement approprié à l’inflammation. Mais le caractère inflammatoire est loin de s’offrir dans toutes les autopsies; et, lorsqu’il se présente, on a droit de se demander s’il est primitif ou consécutif. L’excrétion membraniforme ne suppose pas nécessairement une inflammation, et les lésions de l’encéphale, observées après coup, ne sauraient rendre compte de l’état morose de la plupart des malades, qui se montre bien avant la première période du croup, ni du mode rémittent si marqué de cette maladie, lequel est d’autant plus prononcé qu’elle est moins avancée. Il est, par conséquent, plus que vraisemblable qu’il a précédé une lésion vitale dans les follicules muqueux des voies aériennes, puis des voies digestives, et que l’inflammation des organes encéphaliques n’a été que consécutive à celle des premiers, et à une époque où le mal était déjà incurable.
Home (Recherches sur le croup, publiées à Edimbourg, en 1765), Crawford {Dissert, inaugural. de cynanche stridula , Edimbourg, 1771), et Michaelis {Dissert, inaugur. de angina polyposa seu memhranacœa , Argent or ati , 1778), dans les