‹ Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux [electronic resource]Chapitre 10 sur 21 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

18 janvier 1839.

Sommaire. Mouvement particulier du cerveau signalé par M. Purkinje. — Propriétés de certaines parties du cerveau semblables chez l'homme et les animaux. — Du mouvement. — Delà sensibilité. — Déterminer les points sensibles du. système nerveux.— Expériences sur la sensibilité du cerveau. — La face supérieure des hémisphères cérébraux est insensible au toucher et aux piqûres. - Sensibilité des parties profondes des hémisphères. — Influence des enveloppes cérébrales sur les fonctions du cerveau. — Expérience sur la sensibilité du cervelet. — La face supérieure des lobes cérébelleux est insensible au toucher et aux piqûres. — Parties jouissant d'une sensibilité exquise. — Expérience sur la sensibilité du corps calleux. — Extraction des lobes cérébraux. — Degré de sensibilité du corpsstrié. — Cinquième paire. — Expérience sur la sensibilité de différentes parties du cerveau. — Combien on est loin de connaître te qui appartient aux diversesparties de l'encéphale.

Messieurs ,

Nous avons étudie sur l'animal vivant les mouvements dont le cerveau est le siège ; vous en possédez la théorie, aussi n'y reviendrai-je pas. Il est un autre mouvement qui vient detre signalé et décrit tout récemment par M. Purkinje. Beaucoup d'entre vous n'en ont peut-être pas entendu parler, car il est bien moins généralement connu.

M. Purkinje qui a fait déjà des travaux fort remarquables sur le mouvement vibratoire qu'on observe dans certaines parties des animaux , dit avoir constaté quelque chose d'analogue dans le cerveau humain. On sait aujourd'hui qu'en plaçant un fragment de membrane muqueuse au foyer du microscope , on voit à sa surface libre une multitude de pelits prolongements, de petits cils , agités d'une sorte de frémissement ondulatoire. Le même phénomène se rencontre chez plusieurs animaux tels que l'huître, la moule et autres mollusques. Il est surtout très marqué dans l'enveloppe vésiculeuse qui revêt certains polypes, D'après M. Purkinje diverses parties du cerveau offriraient les mêmes mouvements. Ainsi des lames minces de substance nerveuse telles que la bandelette demicirculaire, la voûte à trois piliers, le septum lucidum, seraient hérissés de petites aspérités vibrantes très visibles au microscope. Je n'ai point eu l'occasion encore de vérifier l'exactitude de cette description. Dans tous les cas, bien que curieux à noter, le phénomène n'éclairerait en rien l'histoire physiologique du système nerveux.

Puisque l'anatomie microscopique pas plus que la physique, pas plus que la chimie , ne nous apprend rien touchant les propriétés de l'encéphale et de ses dépendances, interrogeons l'expérience. Celle-ci déjà nous montre un fait immense, c'est que parmi ces propriétés il en est un bon nombre qui sont entièrement semblables chez l'homme et chez les autres animaux. Songez quelles conséquences découlent de ce premier résultat ! Vous

voulez savoir comment se comporte tel faisceau , tel filament nerveux chez l'homme; attaquez ce fi. lament , ce faisceau chez l'animal , vous pourrez conclure de l'animal à l'homme. Ce qui est vrai pour le premier, l'est aussi pour le second. Mômes fonctions, mêmes usages chez tous les deux.

Ainsi se trouve levée une des plus grandes difficultés de l'étude du système nerveux. Du moment que nous pouvons arriver jusqu'à l'homme , sans passer par l'homme lui-même , rien ne doit nous arrêter. La vie de quelques animaux n'est rien quand il s'agit de sauver ou de prolonger celle de ses semblables.

N'allez pas croire cependant que toutes les propriétés de notre système nerveux soient littéralement les mêmes chez les animaux : non.flen est qui nous sont propres et que nous ne partageons avec aucune autre. Celles-là forment une classe à part. Mais d'un autre côté, nous en trouvons d'autres qui sont communes à l'homme et à la brute; c'est à elles seules que j'ai voulu faire allusion, car seules elles doivent maintenant nous occuper.

Ce que nous n'osons faire sur l'homme, la nature, expérimentateur moins scrupuleux, se charge de l'exécuter. Combien de maladies du cerveau ou de la moelle ne sont que la reproduction fidèle de nos expériences!

La pathologie du système nerveux n'est donc autre chose que la physiologie expérimentale appli- , quée à l'homme. Comment en effet reconnaître qu'un organe fonctionne mal, si on ignore comment il fonctionne, quand il fonctionne bien? Il

ne s'agit pas d'avoir des idées, de créer des suppositions. A l'expérience seule appartient le privilège de dire quelque chose de positif à cet égard. Tant qu'elle ne s'est pas prononcée , on ne doit rien affirmer.

Par quelle voie allons-nous procéder pour examiner les fonctions du système nerveux ?

11 est deux phénomènes qui dominent tous les autres, et qui sont caractérisés, le premier par la faculté de sentir, le second par la faculté de se mouvoir. Ce sont ces phénomènes qui doivent d'abord arrêter notre attention, car tous les autres peuvent y être rattachés. Se mouvoir, sentir, tel est le propre de l'existence.

Les mouvements sont généraux quand il y a déplacement , transport d'un corps vivant. Ils sont relatifs quand certaines parties seulement de ce corps se meuvent, les autres restant immobiles. Cette propriété locomotive est liée à l'existence du système nerveux, bien qu'elle se montre même chez des invertébrés qui n'offrent aucune trace apparente de ce système. Mais vous savez que pour éviter toute contestation, nous ne parlons que des animaux dont l'organisation se rapproche de la nôtre. Chez ceux-ci donc le mouvement est sous la dépendance du système nerveux.

Il en est de même du sentiment. C'est au système nerveux qu'aboutissent toutes nos sensations , soit qu'elles viennent du dehors , soit qu'elles naissent en dedans de nous-mêmes. Les animaux pourvus de sensibilité ont tous un système nerveux, à l'exception toutefois de ces êtres inférieurs dont nous venons de vous parler à l'instant.

On se borne en général à faire 1 anatomie des cadavres. Mais il est une autre anatomie d'une bien plus haute importance; c'est celle qui consiste à étudier les organes alors qu'ils fonctionnent et qu'ils prennent part au grand acte de la vie. Si vous voulez savoir quelles sont dans l'organisme les parties qui président au mouvement, les parties qui président à la sensibilité, il vous faut nécessairement choisir pour objet de recherches , un être qui sente et se meuve.

La première question que nous nous proposons de résoudre est celle-ci : Déterminer les points sensibles du système nerveux.

Toutes les parties du cerveau jouissent-elles d'une égale sensibilité? En est-il qu'on puisse impunément couper, lacérer, sans provoquer de douleur, tandis que d'autres soumises au plus léger attouchement, s'accompagneraient de tous les signes d'une sensibilité exquise ? De même il sera curieux de vérifier si les deux racines d'origine des nerfs rachidiens, si les faisceaux antérieurs et postérieures de la moelle épinière sont affectés également au mouvement et au sentiment. Enfin, prenant chaque cordon nerveux à part, nous examinerons s'il est, et à quel' degré il est sensible.

Expérience (Lapin). Voici un lapin qu'on a disposé pour ce genre d'expérience. La voûte du crâne a été soigneusement enlevée, et vous apercevez la dure-mère cérébrale reconnaissable à sa couleur , à sa forme qui paraît moulée sur les hémisphères, et aux battements qui lui sont imprimés par les mouvements de la respiration et les contractions du cœur.

Je vais inciser les méninges afin de mettre à nu le cerveau. Ces membranes sont quelquefois sensibles, et quelquefois elles ne le sont pas. Ici je coupe la dure-mère sans que l'animal paraisse s'en apercevoir.

Voilà l'encéphale dépouillé de ses enveveloppes osseuses et membraneuses. Aux dimensions près, la disposition de ce viscère chez le lapin rappelle parfaitement celui de l'homme; car on y retrouve pareillement des hémisphères unis par une commissure transversale, des circonvolutions, le corps strié, la couche optique, les tubercules quadrijumeaux, unepetite masse qui correspond au cervelet, un bulbe rachidien , enfin tout ce qui appartient au cerveau humain. Voyons maintenant quelles sont les parties sensibles. Nous allons juger de ia sensibilité par les mouvements qu'exécutera l'animal. Dans d'autres circonstances nous jugerons des mouvements par la sensibilité.

Je touche avec un stylet mousse la face supérieure de l'hémisphère droit : pas de traces de douleurs. Je répète l'expérience sur la gauche, même insensibilité. Je promène l'instrument sur tous les points de la superficie du cerveau, sans que l'animal paraisse en avoir la conscience. Ces parties ne jouissent donc pas de la sensibilité tactile.

Ne croyez pas que cette absence de sensibilité dépende d'un affaissement général produit par la préparation elle-même. La preuve que notre lapin est encore susceptible d'impressions , et qu'il n'a point perdu sa faculté* de sentir, c'est que, si je touche la peau du crâne sur le trajet de l'incision, il s'agite, se débat et veut s'enfuir.

Actuellement je vais enfoncer un stylet pointu dans lepaisseur même de la substance cérébrale, sans toutefois le faire pénétrer jusqu'à la base du crâne. Nous allons ainsi juger du degré de sensibilité de la couche supérieure et moyenne des hémisphères.

Je pique le lobe antérieur : rien ; le lobe moyen : rien encore ; le postérieur : pas davantage de douleur. L'animal ne cligne pas la paupière, et ne fronce pas même les longs poils de ses lèvres, bien que l'instrument soit entré à quatre ou cinq lignes de profondeur. Que je pique au contraire les téguments voisins , vous le voyez faire des bonds et manifester de vives souffrances.

Attaquons maintenant les parties plus profondes. Vous allez voir qu'on peut enfoncer un stylet de manière à traverser tout l'hémisphère de la voûte à la base du crâne, sans produire de douleur. Mais il faut bien prendre garde de toucher certains points plus en arrière qui jouissent d'une exquise sensibilité. Évitez aussi de diriger l'instrument du côté de la fosse ethmoïdale , le long de la petite aile du sphénoïde, car vous vous exposerez à toucher une des branches de la cinquième paire , ce nerf sensible par excellence. Piquant simultanément plusieurs parties, vous pourriez alors vous méprendre sur le siège d'où partirait la douleur.

J'enfonce perpendiculairement le stylet dans l'hémisphère droit à la réunion de son tiers antérieur avec ses deux tiers postérieurs. Je sens la pointe de l'instrument arrêtée par la base du crâne. Nous sommes à peu près au niveau du corps strié

qui est aussi traversé de part eu part. Cependant l'animal ne manifeste pas la plus légère souffrance, et rien n'est changé dans son attitude et l'expression de sa face.

Je répète l'expérience sur l'hémisphère opposé , et les résultats sont également négatifs.

Il en est donc de la couche inférieure de la substance du cerveau, comme de la|couche moyenne, comme de la couche supérieure : ces parties ne jouissent point d'une sensibilité apparente.

Aux cris que vient de pousser l'animal, à l'agitation qui s'est subitement emparée de tout son corps, vous avez jugé que j'avais touché à un point i très sensible. C'est qu'effectivement j'ai piqué une des branches de la cinquième paire. Nous reviendrons plus tard sur ce nerf; j'ai voulu seulement vous faire voir que s'il est, des portions du système nerveux complètement dépourvues de sensibilité, il en est d'autres qui sont tellement sensibles que le moindre attouchement s'accompagne des plus vives souffrances.

Second lapin. L'animal est dans une tout autre disposition que le précédent; car l'expérience qui <va être faite sur lui exigeait une préparation particulière. Nous voulons vérifier maintenant si le cervelet est un organe sensible. Il- nous a donc fallu enlever la portion occipitale du crâne jusqu'à la première vertèbre cervicale. Ces deux animaux ne gardent pas la même attitude. Le premier a les oreilles couchées , et il a de la disposition à marcher. Le second, celui qui va nous servir, a les oreilles dressées , mais il semble éprouver de la

Magendie. Syst. nerv. I. -jo

répugnance à se mouvoir. Ces différences tiennent au mode d'opération qu'ils ont supporté pour être propres aux recherches dont ils devaient être l'objet.

Je vous ferai remarquer que les enveloppes cérébrales exercent une grande influence sur la manière dont le cerveau fonctionne. Ainsi certaines blessures qui s'accompagnent de troubles considérables du système nerveux paraîtraient, par leur siège et la gravité de leurs symptômes , avoir intéressé la substance même du tissu encéphalique, qui pourtant ont limité leur action aux méninges. L'enlèvement d'une rondelle osseuse,dansl'opérationdu trépan, détermine parfois des accidents nerveux, bien que la dure-mère n'ait pas été blessée. Qui ne sait que dans les altérations des membranes cérébrales, désignées par 1 epithète générale de méningite , on trouve souvent la superficie du cerveau parfaitement intacte, alors même qu'il y a eu pendant la vie des convulsions , du délire , et tous les signes d une profonde perturbation nerveuse ?

Ne soyez donc pas surpris que cet animal paraisse plus abattu que si la même blessure existait autre part qu'au voisinage du cerveau. Peut-être ici la température joue-t-elle le principal rôle. Il n'y aurait rien d'impossible à ce que l'impression de l'air froid sur ces membranes ne réagît sur leurs propriétés physiques et vitales.

Toujours est-il que voici la partie postérieure du cervelet et l'extrémité supérieure de la moelle mises à nu. L'ouverture extérieure a été faite entre la première vertèbre cervicale et le bord de l'occipital.

Je vais d'abord donner issue au liquide céphalorachidien. Je pique la dure-mérc en ce point. Le liquide vient du sortir en formant un petit jet , et vous remarquez, que l'écoulement qui s'était suspendu, se reproduit chaque fois que l'animal fait de fortes expirations. C'est que les portions de liquide qui étaient restées dans le rachis ou le crâne, se trouvant chassées par le gonflement des veines et du sinus veineux, sont dirigées vers le point où la pression a diminué.

Avec un bistouri introduit par la piqûre de la dure-mère, j'incise crucialement cette membrane. Maintenant que nous voilà arrivés au tissu nerveux dépouillé de ses enveloppes , faisons notre expérience.

Je- touche avec un stylet mousse la surface du cervelet; l'animal ne parait pas souffrir.

J'enfonce un petit bistouri dans la substance même du cervelet : pas d'apparence de douleur. La lame est plongée successivement dans divers points de cet organe, sans toutefois pénétrer trop i profondément , et rien n'indique que l'animal i éprouve la moindre sensation pénible.

Je recommence l'expérience. Le point que je | pique en ce moment est l'extrémité du lobule du i cervelet : aucune trace de souffrance ne se mani- I feste.

Il en est donc du cervelet comme du cerveau ; i certaines parties ne sont pas sensibles.

Voulez-vous maintenant juger combien d'auitres endroits sont doués d'une exquise sensibilité, |je n'ai qu'à enfoncer le bistouri un peu davan-

lage, et vous allez voir quelles douleurs on développe. Vous apercevez, et ce sont surtout les personnes voisines de moi , vous apercevez sur les côtés du quatrième ventricule, deux petits prolongements médullaires qui vont de la moelle au cervelet {processus cerebelli ad medullam oblongatarn). Je vais en piquer un, le droit. Vous avez été avertis de la piqûre par le saut convulsif qu'a fait l'animal. Nous reviendrons plus tard sur les autres phénomènes qui accompagnent la lésion du pédoncule du cervelet. Qu'il nous suffise pour le moment d'avoir constaté qu'en blessant cette portion du bulbe rachidien , on produit une souffrance excessive , et des désordres qui retentissent dans tous les points de -l'organisation.

L'animal n'est pas mort encore, cependant son état est des plus graves.

Répétons sur le processus gauche la même expérience que sur le droit. L'animal vient de faire un bond , et il est retombé sur le côté , à peu près privé de vie : c'est que l'instrument a touché le cordon médullaire.

Ne croyez pas que les phénomènes qui appartiennent au système nerveux cessent immédiatement en même temps que la vie : ils persistent au contraire pendant quelques moments encore. Ainsi , je vais enlever les lames des vertèbres cervicales , I après avoir fendu par une longue incision la 1 peau de la face postérieure du cou, et vous allez I voir que les racines des nerfs spinaux conservent leurs propriétés respectives.

J'ai pincé l'une des racines antérieures : l'a ni-

, ( 181 ) mal remue comme s'il était vivant. Il reste maintenant sans mouvement , car je pince une racine postérieure.

Nous pourrions aussi comparer ensemble les faisceaux de la moelle; mais comme nous ferons sur ce sujet des expériences spéciales, je préfère

passer outre.

D'après ce que nous venons de voir, vous devez avoir déjà une idée générale des différences que présentent les divers compartiments de la masse encéphalique dans leur faculté de percevoir les impressions tactiles. Sur cet animal on a pu piquer les lobes du cervelet , sans développer le plus léger indice de douleur ; mais arrive- t-on aux pédoncules cérébelleux , la douleur paraît atroce : fait inexplicable par l'anatomie, et qui montre combien nous sommes loin de pouvoir rattacher les fonctions à la structure !

Troisième lapin. On a enlevé sur cet animal la voûte du crâne et la dure-mère sous-jacente : vous voyez donc le cerveau à découvert.

Sur la ligne médiane , entre les hémisphères , est un corps qui a joui pendant quelque temps d'une certaine réputation ; car on n'y plaçait rien moins que le siège de l'âme : c'est le corps calleux. Qui se serait jamais avisé qu'un organe chargé d'une si noble mission fût insensible ? Il l'est pourtant, ainsi que vous pouvez vous en assurer de vos propres yeux. J'ai beau enfoncer ce stylet dans l'épaisseur du corps calleux , en avant, en arrière, et sur les côtés, l'animal ne manifeste aucun signe d'étonnement ou de douleur. Il ne

semble même pas se douter qu'on s'occupe de lui.

Maintenant je vais plus loin. Puisque les hémisphères cérébraux ne jouissent point d'une sensibilité apparente , essayons de les enlever par portions , et de voir quels seront les effets de cette perte de substance.

Je coupe avec la lame d'un scalpel une tranche de substance cérébrale : l'animal reste impassible, bien que les deux hémisphères soient entamés.

J'enlève une nouvelle tranche de chaque côté : même calme. La sensibilité générale est-elle donc paralysée ? Non, car je viens de pincer la peau de l'animal, et vous l'avez vu s'enfuir en courant, et en manifestant une désagréable surprise.

Je continue à extraire du crâne des segments de cerveau. Voici le ventricule latéral droit ouvert, la voûte et le septum lucidum enlevés : le corps strié paraît au fond de la plaie. Je pique ce corps avec une aiguille enfoncée d'arrière en avant, et non d'avant en arrière de peur de toucher des parties sensibles : l'animal conserve toute son impassibilité.

Je répète sur l'hémisphère gauche les mêmes soustractions. C'est en vain que je transperce le corps strié de ce côté ; les résultats sont toujours négatifs.

Vous avez remarqué que depuis que l'animal est en expérience il a fait très bonne contenance. Il est assis tranquillement sur son train de derrière, regardant de droite et de gauche, se frottant les barbes avec sa patte' ^ changeant de

place plutôt par désœuvrement que pour fuir la douleur. On peut donc affirmer qu'il ne souffre que très médiocrement.

Ce que nous observons sur ce lapin, on a eu maintes fois l'occasion de le vérifier sur l'homme , non pas bien entendu dans des circonstances semblables , mais à la suite de blessures du crâne et de déchirures du cerveau. Les deux hémisphères ont pu être labourés par une balle sans qu'il en résultât des troubles nerveux , autres que ceux qui accompa§nent en général toute espèce de plaie de tête, sans lésion de la substance cérébrale. On a vu des portions de obes, des lobes entiers écrasés ou arrachés , et la mort ne s'en est pas immédiatement suivie. Souvent même les malades ont conservé l'intégrité de leurs mouvements *et le libre exercice de leurs facultés intellectuelles.

La presque totalité des hémisphères cérébraux est enlevée sur cet animal ; cependant nous n'observons encore rien d'extraordinaire.

Le voilà qui crie , qui s'agite , qui fait des culbutes : c'est que j'ai touché avec l'instrument la cinquième paire à son passage à la pointe du rocher. Attendons quelques instants , l'orage va se dissiper, et l'animal va redevenir tranquille.

Tout est calme. Examinons maintenant ce qui arrive quand on touche aux couches optiques.

Je pique celle du côté droit. L'animal a fait un mouvement comme s'il venait de ressentir une douleur assez vive. J'enfonce le stylet un peu plu? en arrière , la souffrance paraît augmenter.

Je pique la couche optique gauche .-mêmes phénomènes que sur la droite.

L'animal paraît maintenant fatigué et souffrant • nous allons en prendre un autre.

Quatrième lapin. D'après ce que nous venons de voir, nous savons que, pour arriver au cerveau il n est pasîbesoin de prendre autant de précautions qu'on serait d'abord porté à l'imaginer. Une incision parallèle à la suture longitudinale supérieure suffit pour diviser les téguments qu'on renverse ensuite à droite et à gauche. Cela fait on enlève avec un fort bistouri la voûte du crâne et la portion du cerveau logée dans sa concavité. Voilà donc d'un seul coup les hémisphères mis à nu sur ce lapin. La perte de substance qu'ils ont ' éprouvée n'a exercé aucune influence sur l'état moral et physique de l'animal qui s'inquiète fort peu, du moins à en juger à son maintien, de l'opération à laquelle il a été soumis.

Puisque nous avons commencé, enlevons les lobes cérébraux à l'exception des parties qui en constituent la base.

Voici un hémisphère extrait : voici l'autre hémisphère extrait|pareillement. L'animal ne s'en est pas aperçu.

Le corps strié [paraît dans toute son évidence. Je le traversejavec une aiguille , et vous constatez, comme tout à l'heure, qu'il est insensible.

Si vous piquiez plus en arrière , vous obtiendriez des traces non'douteuses de sensibilité : celleci même est dans certains points développée à un degré extraordinaire.

Prouvons par une expérience que le tubercule optique est sensible. Je le transperce avec un stylet fin , et aussitôt l'animal se débat, paraît en proie à une vive anxiété , et offre diverses contorsions. Ce n'est pas ici le moment d'insister sur ces variétés de poses et d'allures ; contentons-nous d'avoir prouvé que la sensibilité n'est pas également répartie dans tous les points de l'encéphale.

Combien, messieurs, vous avez dû être frappés de résultats aussi extraordinaires , obtenus par tle simples vivisections ! Comment le cerveau , cet organe par excellence, a pu être enlevé presque en totalité sans que l'animal en fût troublé, sans qu'il ressentit même le contact de l'instrument qui servait à le mutiler ! Mettez donc un de ces philosophes beau-parleurs et beau-penseurs, en face des faits de cette nature. Qu'ils nous expliquent quelles relations il y a entre rengencement moléculaire de l'appareil nerveux et nos facultés sensitives et motrices; qu'ils nous expliquent surtout comment la soustraction de presque tout le le cerveau ne change rien ou presque rien aux propriétés qu'on supposait résider dans les endroits qui ont pu être impunément détruits.

Nous avons à peine fait un pas dans la voie de ces recherches, et déjà nos connaissances embrassent la solution d'une multitude de questions. Continuons ces études expérimentales. Ce n'est pas en physiologie qu'on invente : le grand art consiste à trouver.

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