NEUVIÈME LEÇON
16 janvier 1839.
Sommaire. Examen de la matière cérébrale dissoute dans l'eau. — Mouvements des globules. — Animalcules du tissu cérébral. — Système nerveux des infusoires. — Elude chimique du système nerveux. — Propriétés physiques du cerveau. — Composition chimique du cerveau. — Analyse de M. Couerbe. — — Cérébrote. — Cêphalote. — Stcaroconote. — ElêcncéphoL— Choie stérine. — Hypothèse de M. Couerbe sur la présence du phosphore dans la substance cérébrale. — Emploi thérapeutique du phosphore.
Fondions du système nerveux central. — Expérience sur le liquide qui entoure le cerveau et la moelle. — Double mouvement du liquide visible sur l'animal vivant. — Quels seraient les résultats du frottement du cerveau sur son enveloppe osseuse. — Fongus de la dure-mère.— Le liquide empêche l'usure des os du crâne.
Messieurs ,
Nous avons passé en revue, aussi rapidement que possible, les travaux des micrographes modernes et spécialement de M. Ehrenberg, sur lanatomie fine du tissu nerveux. J'ai encore quelques mots à vous dire pour compléter cet exposé.
Quand on suspend dans de l'eau distillée une portion quelconque de la masse cérébrale, et qu'on examine au microscope cette sorte d emuliïQU, on y voit des globules de couleur et de vo-
lume différents. Quelques-uns ont à peine un millième de millimètre. Leur nombre est prodigieux, en sorte qu'on peut les considérer comme formant la plus grande partie de la matière encéphalique. Il est vrai que par la préparation on a déchiré la trame du cerveau, et qu'il a pu se faire que les tubes, par la dissolution de leurs parois et de la liqueur qu'ils renferment, se soient changés en globules. Quelle que soit l'origine de ces petits corps, ils présentent des phénomènes extrêmement curieux, que je crois n'avoir encore été signalés par aucun observateur.
Quand ils sont placés les uns à côté des autres , on les voit s'agiter, décrire des ondulations qu'il ne faut pas confondre avec les mouvements des infusoires. Ce ne sont pas non plus des vibrations générales comme celles qui résulteraient d'un ébranlement communiqué au verre qui les supporte, ou au liquide dans lequel ils nagent: non. Ce sont des mouvements partiels, exécutés par chaque globule, un véritable déplacement dans divers sens. L'électricité ne paraît point avoir d'influence sur la rapidité ou la lenteur de ces intéressantes manœuvres: j'ai remarqué qu'en élevant la température on les accélère.
Ces oscillations moléculaires qu'on observe dans les globules nerveux, ne sont point exclusivement propres au cerveau : ils existent dans toute espèce de poudre dont les grains sont très petits. Ils sont connus sous le nom de mouvements brouiriens, parce que c'est M. Robert -Brown qui les- a le premier décrits dans la poussière fécondante des végétaux.
On a lente différentes explications pour rendre raison de ces singuliers phénomènes. M. Dujardin pense que les globules se meuvent sous l'influence del'éther; mais lether est déjà un être hypothétique, et il y aurait de l'inconvénient à admettre comme démontré ce qui n'est qu'une supposition gratuite : disons donc que le fait est encore inexplicable..
L'existence d'animalcules au sein de la nature cérébrale a été signalée par la plupart des observateurs. Un de nos physiciens les plus habiles, M. Pelletier, à qui j'avais demandé des renseignements sur ce sujet , m'a dit avoir plus d'une fois rencontré des infusoires, soit vibrions, soit monades, dans la substancedu cerveau. Je n'ai eu qu'une seule fois l'occasion d'en apercevoir. C'étaient des petits corpuscules, s'agitant non pas par un mouvement oscillatoire, mais à la manière des infusoires, et parcourant tout le champ du microscope en suivant diverses allures. C'est donc une chose incontestable qu'il y a accidentellement dans la substance nerveuse de véritables animalcules. Pourquoi dans certaines circonstances en trouvet-on, et dans d'autres n'en trouve-t-on pas? C'est ce que j'ignore. Il est des animaux qui en offrent constamment, et dans la plupart des tissus: tels sont les bactraciens.
Ces infusoires qu'on rencontre dans le cerveau sont-ils eux-mêmes pourvus d'un syatème nerveux qui leur soit propre ? Je vous ai déjà soumis mes doutes à cet égard. La chose me paraît moins présumabîe encore depuis que j'ai lu l'ouvrage publié
par M. Dujardin. Il est évident que M. Ehrenberg n'a supposé l'existence d'un système nerveux chez ces animaux , que d'après les phénomènes vitaux qu'ils présentent et non d'après ce que démontre leur organisation. On les voit s'allonger, se raccourcir, il est vrai, mais on n'aperçoit point d'organes moteurs ni contractiles. M. Ehrenberg prétend que ces mouvements ne peuvent s'exécuter que par les procédés qu'emploie la nature dans des animaux d'un ordre plus élevé, et il est conduit ainsi à admettre des muscles et des nerfs : je crois que c'est conclure un peu légèrement. Comme cet observateur n'a jamais vu chez les infusoires ces systèmes nerveux et musculaires, il faut regarder ses idées comme une hypothèse à vérifier, d'autant plus que les objections adressées par M. Dujardin sont tellement logiques qu'elles entraînent sans peine la conviction.
On ne peut trop admirer avec quelle patience, quel soin, des hommes d'un mérite supérieur se livrent à l'étude de ces questions anatomiques. Pourquoi la même émulation ne s'em,pare-t-elle pas de nos chimistes ? Si les détails de structure intime peuvent concourir un jour à éclairer les fonctions du système nerveux, à plus forte raison des connaissances précises sur les éléments matériels de la substance nerveuse seront appelées à jeter quelque lumière sur les mystérieux phénomènes dont elle est l'instrument.
Par quelle bizarrerie de l'esprit humain les chimistes qui se sont occupés avec tant de succès de l'analyse des corps inorganiques , semblent-ils
négliger ce qui touche aux êtres vivants, comme si, préoccupés des objets qui leur sont étrangers, ils n'avaient pu faire un retour sur leur propre organisation. A part quelques rares travaux, que savons-nous sur la composition matérielle du système nerveux? C'est à peine si les chimistes les plus distingués de notre époque disent quelque chose de leurs propres recherches sur cet.important sujet. Je lisais encore tout récemment ce que mon illustre ami Berzélius a écrit de relatif à la chimie du cerveau, et je n'ai pas été peu surpris de voir qu'il se contente de rapporter les analyses faites avant lui, sans paraître attacher à ces questions beaucoup d'intérêt. Cependant fut-il jamais étude chimique plus riche d'avenir, plus digne du génie que celle du système nerveux? Le moindre fait découvert aurait des conséquences immenses, s'il se rattachait à quelques-unes des fonctions que le cerveau est chargé d'accomplir.
Nous avons vu que la matière cérébrale contient une énorme proportion d'eau. Il est probable que cette quantité d'eau , variable suivant les âges des individus , nJest pas sans quelque liaison avec les fonctions de l'encéphale et le développement des facultés intellectuelles. On a donné comme un des caractères anatomiques de l'aliénation mentale, l'induration de. la substance nerveuse: c'est se contenter de bien peu, que de dire seulement que cette substance est plus dure. Il faut plus de précision dans l'analyse d'un fait matériel. J'aimerais mieux qu'on eût noté la quantité proportionnelle d'eau que con-
tiennent le eerveau de l'idiot, par exemple, et le cerveau d'un homme jouissant de sa pleine intelligence. Il est difficile d'admettre que celui qui eu renferme beaucoup jouisse de ses facultés au même degré que celui qui n'en a que peu.
On a injecté dans les veines de l'eau tenant en dissolution ou en suspension de lâ pulpe cérébrale; c'est M. Pinel-Granchamp qui a eu l'idée de faire cette expérience sur un buffle du jardin des plantes. L'animal fut tué à l'instant. Nous avons répété ces essais sur des chiens , et la mort a toujours été immédiate. Ces résultats n'ont rien qui doive vous surprendre ; car, la liqueur in jectée étant trop visqueuse , et ses globules trop gros pour traverser les capillaires du poumon, il y a eu arrêt de la circulation et asphyxie.
Les propriétés physiques du cerveau vous sont connues. Cet organe se présente sous la forme d'une pulpe en partie blanche, en partie grise, molle, pâteuse , grasse au toucher. Abandonné à lui-même, il se putréfie très facilement, surtout au contact de l'air : incinéré, il exhale une odeur d'osmazome. Quand , on l'a fait dessécher à une douce chaleur, il se réduit en une poudre grisâtre.
La composition chimique du cerveau, indiquée par Fourcroy, Vauquelin, John, Gmelin et Kunh, a été l'objet d'un mémoire spécial présenté par M. Couerbe à l'académie des sciences, dans l'année 1834. Le travail de ce jeune et habile chimiste est le plus complet et le plus moderne que nous ayons maintenant : je vais en extraire les analyses les plus intéressantes.
D'après M. Couerbe, le cerveau contiendrait un certain nombre de substances grasses très bien caractérisées, qu'il a désignées chacune par un nom. En voici le tableau :
i 0 Graisse jaune pulvérulente Stéaroconote.
3° Graisse jaune élastique Céphalote.
3° Huile jaune rougeâtre ". . . . Eléencéphol.
1° Matière grasse blanche de Vauquelin . . . Cérébrote. 5° Cholestérinc.
De plus les sels trouvés par Vauquelin , l'acide lactique, le soufre , le phosphore , qui font partie des graisses ci-dessus nommées , comme nous allons le voir.
Les substances grasses qui composent le cerveau ne screncontrent dans aucun autre organe. Voici leurs principaux caractères,
Cérébrote. La cérébrote, dans son plus grand état de pureté, est infusible, ne tache point le papier à la manière des huiles, et est insoluble dans l'éther. Desséchée convenablement sur un feu doux, elle devient friable et peut se réduire en poudre blanche ainsi que vous en voyez un échantillon dans cette petite fiole. Elle est facilement soluble dans l'alcool froid : son procédé d'extraction est fondé sur cette propriété.
La cérébrote est composée de :
Carbone 67,818
Hydrogène 11,100
Azote 3,399
Soufre 2,1 38
Phosphore 2,332
Oxygène l3,2i3
Telle est la composition de la cérébrote prove-
nant d'un individu sain; mais lorsque la substance est retirée d'un cerveau d'aliéné, la quantité de carbone, d'azote, d'hydrogène est toujours constante; la proportion du phosphore seule varie. C'est ainsi que M. Couerbe dit avoir constamment trouvé depuis 3 jusqu'à 4, 4'/2 pour cent de^ phosphore dans la cérébrote extraite d'un cerveau d'aliéné.
Le même chimiste s'est assuré que la cérébrote d'idiot est très pauvre en phosphore. Il en. est de même chez le vieillard.
Céphalote. La céphalote est une substance solide, d'une couleur brune, insoluble dans l'alcool , dans l'eau; soluble dans 25 parties d'éther froid. Elle se ramollit par la chaleur sans pouvoir atteindre une fluidité parfaite. Refroidie après avoir été bien desséchée, elle est élastique comme du caoutchouc.
Sa composition est la suivante :
Carbone 66,36*2
Hydrogène io,o34
Azote 3,25o
Phosphore a,544
Soufre i,9%9
Oxygène i6,85i
La quantité de phosphore est moins variable que dans la substance précédente. Cependant M. Couerbe l'a toujours trouvée plus considérable' dans la céphalote des aliénés. Elle ne paraît pas changer dans celle des idiots.
Stéaiioconote. Celte substance se trouve mélangée avec la céphalote dont on la sépare parle-
ther qui dissout cette dernière. Elle est iufusihle : elle a une couleur fauve; sa combustion donne un charbon acide. Elle n'a point de saveur; mais elle laisse sur la langue l'impression d'une graisse. Son aspect est celui d'une poudré féculente. L'alcool ni l'éther ne la dissolvent.
La stéaroconote est ainsi composée : .
Carbone 59,83a
Azote 9)302
Hydrogène 9>246
Phosphore 2,420
Soufre 2,0 3 0
Oxygène 17,120
Éléencéphol. Cette substance est liquide, d'une couleur rougeàtre , d'une saveur désagréable ; elle est soluble en toutes proportions dans l'éther, les huiles essentielles étirasses. L'alcool la dissout à l'aide de la chaleur, mais beaucoup moins bien que l'éther. Cette substance dissout assez bien les autres matières du cerveau qui lui donnent de la consistance. Elle offre du reste peu de propriétés remarquables. Quant à sa composition , elle est tout-à-fait semblable à celle de la céphalote , d'où il résulte que ces deux matières sont isomériques.
M. Couerbe pense que cette isomérie peut servir à expliquer un phénomène physiologique fort important, le ramollissement de la pulpe cérébrale , car la céphalote ayant la même composition, peut, sous une influence morbide , se métamorphoser en éléencéphol , dissoudre les autres matières solides du cerveau , et par là en diminuer la consistance.
Magendie. Syst. nerv. I. H
Cholestérine. La cholestérine cérébrale est une matière grasse, cristallisable , qui ne diffère en rien delà cholestérine des calculs biliaires découverte par Green. Il paraît probable qu'elle est chez l'homme ce qu'est la cétinë chez certains cétacés.
Traitée par l'acide nitrique , elle se transforme en acide cholestérique. L'acide sulfurique lui fait prendre une belle couleur rouge de sang.
La cholestérine du cerveau se dissout mieux dans l'alcool bouillant que celle des calculs. Toutes les deux, analysées comparativement, donnent un produit parfaitement identique,
composé de :
Carbone 84,895 Hydrogène 1 2,099 Perte 3, 006
Telle est la composition en principes immédiats du cerveau provenant d'un individu à l'état normal. Après cet exposé chimique , M. Couerbe essaie quelques rapprochements physiologiques qui me semblent fort contestables.
Partant de ce fait que dans le cerveau de l'idiot le phosphore est en moindre quantité que dans; celui de l'aliéné furieux, ce chimiste en conclut que le phosphore est le principe excitant du système nerveux. « Déjà, dit-il, en ne considérant cet élé- » ment que comme une substance inorganique , » il présente des phénomènes presque miraculeux; » que l'on juge donc maintenant quelles pourront » être ses propriétés, si on le suppose combiné à » ce principe vital qui anime l'organisme ?»
Des faits et des explications de celte nature sont trop graves pour pouvoir être admis légèrement. 11 faudrait d'abord dire sur combien de cerveaux d'idiots on a agi, quel était le degré d'idiotisme et la proportion de phosphore, comparer ces données avec les analyses faites sur des cerveaux d'hommes de génie, sur d'autres d'intelligence ordinaire. Ce travail exécuté avec toute la rigueur que comportent de semblables expériences, il resterait encore à déterminer quel serait le rôle du phosphore et quelle serait la part de son action.
M. Couerbe ajoute que l'absence du phosphore dans l'encéphale réduirait l'homme à la triste condition de la brute. Le cerveau de la brute n'en contient donc pas ? Par malheur, M. Couerbe a négligé de vérifier ce fait, et pourtant cela en valait bien la peine.
S'il est vrai, comme avance ce chimiste, qu'une proportion moyenne de phosphore fait naître les plus sublimes pensées, vous sentez quel parti on pourrait tirer de cette découverte. On ferait un homme de génie comme on coupe une fièvre intermittente. Avec quelques grains de poudre l'idiot deviendra spirituel, quelques grains encore, et il étonnera par la grandeur et la pompe de ses conceptions.
L'emploi thérapeutique du phosphore a développé, il est vrai , des phénomènes d'excitation ; mais je ne sache pas qu'ils soient relatifs à la perfection de l'intelligence. Un ancien professeur de la faculté me disait un jour qu'ayant pris un demigrain de phosphore , il avait été toute la nuit dans un état violent de priapisme , circonstance for
curieuse pour lui en raison de son grand âge. 111 y a en effet long-temps qu'on a reconnu que celte substance aiguillonne l'appétit vénérien, mais om n'a jamais remarqué qu'elle active ou développe les facultés intellectuelles.
Ici se termine ce que nous avionsà vous dire de la i composition chimique du cerveau. Maintenant nous; allons attaquer les fonctions de ce viscère, étudier' par une série d'expériences faites sur l'animal vivant , les phénomènes physiologiques auxquels il l préside , les relations qui l'unissent aux autres appareils, en un mot cet ensemble d'actes réfléchis; ou instinctifs qui constituent la vie.
Pour fonctionner normalement, le système nerveux doit se trouver dans de certaines conditions; de température et de circulation. Si celle-là est: trop active ou trop lente, celle-ci trop basse ou trop élevée , il en résulte le trouble , parfois même la suspension du jeu de l'encéphale.
Il paraît aussi que la pression exercée sur l'or-- - gane cérébro-spinal par le liquide qui l'enveloppe: remplit un rôle important. Ce liquide n'agit pas seulement comme objet de pression ; les déplace-' ments que lui fait éprouver la respiration ont pour 1 résultat d'imprimer à la masse nerveuse un balancement continuel en harmonie avec les alternatives de dilatation et de resserrement de la poitrine.
Il y a long-temps que les chirurgiens avaient eu l'occasion de remarquer que le cerveau n'est pas immobile dans sa boîte osseuse. Après l'opération du trépan , à la suite de blessures qui ont emporté une partie du crâne, on voit ce viscère se gonfler
pendant l'expiration, s'affaisser pendant l'inspiration, et, si le malade crie ou fait des efforts, venir «faire hernie à travers la solution de continuité. Je [vous ai exposé en détail le mécanisme de ces mouvements en vous parlant du flux et du reflux du Ifluide céphalo-rachidien, soit qu'il passe du rachis dans le crâne , soit qu'il sorte du crâne pour rentrer dans le rachis. Je n'y reviendrai pas aujourd'hui. Je veux seulement vous faire voir de vos propres yeux que le phénomène existe sur l'animal ivivant, tel que je vous l'avais annoncé.
Expérience. — (Lapiii). Voici un fort lapin sur lequel on a enlevé la voûte du crâne , en ayant la précaution de ne point léser la dure-mère, ni aucun gros vaisseau dont la blessure pourrait amener une hémorrhagie. L'animal est gai, vif, aussi agile qu'avant l'opération. Rien n'est changé dans ses allures, et il ne paraît nullement inquiet de son cerveau privé de son enveloppe protectrice. Vous ivoyez , et ceci s'aperçoit même à une assez grande distance, que la masse cérébrale se soulève légèrement à chaque expiration , et retombe à l'inspiration suivante. Ce n'est point là le résultat d'une propriété contractile de la fibre nerveuse; le rhy- ( thme de ces mouvements qui coïnciden t avec ceux de ll'expansion pulmonaire, etavec le déplacement de la i couche liquide, indique qu'ils reconnaissent pour ] point de départ la turgescence et l'affaissement des sinus veineux du rachis et du cerveau.
Indépendamment de ces espèces d'ondulations , lies physiologistes ont signalé des pulsations dans lia totalité de l'encéphale, qui seraient liées avec les
contractions du cœur. Ce seraient les artères de la base du crâne qui, clans ce cas, communiqueraient au cerveau des battements isochrones à la dilatation et au resserrement de leurs parois. Nous nous sommes expliqués sur la transmission mécanique de ces battements : toutefois je me permettrai une réflexion.
Il est très possible que souvent on ait attribué au choc artériel ce qui appartenait à la respiration, surtout quand on pense que les chirurgiens qui ont eu l'occasion défaire ces remarques n'étaient pas en générai trè? forts physiologistes. L'erreur sera d'autant plus facile, que l'accélération des mouvements respiratoires du patient aura occasionné plutôt des palpitations de la masse cérébrale qu'une succession régulière d'augmentation et de diminution du volume de l'organe.
Tant que le cerveau est contenu dans son enveloppe osseuse , celle-ci supportant la pression de l'atmosphère, il est comme suspendu au milieu du liquide céphalo-rachidien, et il ne doit prendre qu'une part très faible aux légères causes de déplacement qui agissent à sa surface. Vous enlevez sur un animal la voûte du crâne : les conditions physiques ne sont déjà plus les mêmes. Le poids de l'air fait refluer le liquide à l'intérieur du rachis, les méninges se rapprochent de l'encéphale,, de manière à se mettre en contact immédiat avec sa superficie. La face inférieure du cerveau s'applique plus exactement sur la base du crâne, par suite du retrait de la couche liquide qui l'en séparait, et alors on conçoit comment des ballements, très faibles avant
l'expérience, deviennent après très manifestes. Le rapprochement des os et delà pulpe nerveuse permet aux artères de soulever en se dilatant la masse qui pèse sur elles, tandis qu'auparavant les effets de cette dilatation se perdaient dans le liquide. ' C'est ainsi que je crois pouvoir expliquer le double mouvement dont est agité le cerveau. Le premier est lié à l'acte respiratoire, le second aux pulsations artérielles.
Il est difficile sur le lapin d'apercevoir ce second mouvement. Le premier au contraire est très marqué, surtout quand je pince la queue de l'animal; car alors les efforts que provoque la douleur s'opposent à l'entrée du sang veineux dans la poitrine, et font gonfler les sinus rachidiens.
Voilà donc un premier fait sur lequel vous pouvez déjà vérifier l'importance des considérations générales que nous vous avons exposées dans les leçons précédentes. La connaissance d'une couche liquide dans le crâne, de ses déplacements, des causes qui facilitent ou retardent la marche du sang veineux, la disposition physique des sinus, leurs alternatives de vacuité et de réplétion, tout cela vous sert à expliquer ces mouvements dont l'encéphale est le siège.
S'il y avait contact parfait et immédiat entre le cerveau et ses membranes, celles-ci transmettant sans cesse à la boîte crânienne le choc delà masse cérébrale, finiraient à la longue par l'user etl'amincir. Voyez ce qui arrive dans l anévrysme. Si la poche anévrysmale est voisine d'un os, les battements de cette poche ébranlent peu à peu les la-
melles osseuses, et finissent par creuser une excavation profonde. C'est ainsi qu'on a vu laiace postérieure et inférieure du fémur détruite dans une partie de son épaisseur, loger une portion de la tumeur formée par un anévrysmede l'artère poplitée Losélait d'ailleurs parfaitement sain;ce qui prouve que la perte de;substance qu'il avait éprouvée ne dépendait pas d une maladie propre à son tissu , mais bien d'un travail et de résorption.
La même chose s'observe pour les os du crâne dans la maladie appelée fongus de la dure-mère, et vous eri concevrez aisément le mécanisme' Comment agit un corps dur, fibreux, développé sur cette membrane ? En refoulant les parois osseuses en dehors, et en pressant en dedans la substance nerveuse. Il ne reste pas immobile, puisqu'il repose immédiatement sur le cerveau , et que ce viscère est continuellement agité de pulsations isochrones au pouls. L'absence de liquide en ce point imprime donc aux corps étrangers des battements analogues à ceux du sac anévrysmal, et les os du crâne s'amincissent graduellement, deviennent friables et raréfiés au point de subir une perforation complète. Aucun os n'y résiste, et remarquez que c'est toujours la face interne qui disparaît la première, puis le diploé, puis la face externe.
La présence du liquide céphalo-rachidien autour de l'encéphale a donc, entr'autres usages, celui de prévenir des frottements qui à la longue pourraient amener quelque modification physique dans la solidité des parois du crâne.
Nous commencerons dans la prochaine séance
une série d'expériences sur les propriétés et les fonctions du système nerveux. Je veux que tous les faits physiologiques que possède la science vous soient exposés avec autant d'évidence que celui que vous venez d'avoir sous les yeux. C'est à cette condition seulement que vous aurez acquis et que vous saurez conserver de légitimes convictions.