QUATORZIÈME LEÇON
1 mars 1839.
Sommaire. Examen du poids d'un cerveau hypertrophié- Compression du cerveau dans l'hypertrophie.
Protubérance annulaire. An'atomie delà protubérance. -Disposition des fibres transversales et des fibres antéro-posténcures de la protubérance—Tubercules quadrijumeaux. —Valvule de Vieussens et aqueduc de Sylvius— Anatomie comparée delà protubérance— Expériencessur lasensibilité de la protubérance— Degré de sensibilité de l'aqueduc— Section des corps striés— Effets de cette section— Influence des tubercules optiques surles mouvements— Examen d'une pièce pathologique.
Messieurs,
Je ne me trompais pas en vous disant dans la dernière séance que la jeune fille dont nous examinons le système nerveux central avait succombé à une hypertrophie du cerveau. Indépendamment du volume de l'organe qui était évidemment trorJ considérable pour la capacité du crâne, je me suis assuré que son poids dépassait de beaucoup celui du cerveau d'un adulte du même âge, de la même force, et dont la tête offrait à l'extérieur les mêmes proportions. Voici en effet les chiffres que nous avons obtenus.
Poids total de l'encéphale de notre jeune fille. i5io grammes
Le cerveau pesait 1 1 20 g.
Le cervelet et la protubérance 190 g.
Comparez maintenant ces chiffres avec ceux que nous ont donnés les mêmes parties de l'encéphale d'un adulte, mort sans accidents cérébraux.
Poids total de l'encéphale d'un adulte . . . n/\o grammes
Le cerveau pesait ioo5 g.
Le cervelet et la protubérance 1 35 g.
C'est donc une différence de 170 grammes en plus pour l'encéphale hypertrophié.
Le liquide céphalo-rachidien était à peu près en égale quantité dans le crâne de ces deux sujets, de sorte que l'excès de poids a dû porter en totalité sur le tissu cérébral même.
Vous comprenez qu'il n'est pas indifférent pour l'exercice normal des fonctions du cerveau , que cet organe subisse spontanément une augmentation considérable de volume, surtout quand on songe à la résistance de la boîte crânienne. Représentons par \ 0 le poids de la masse cérébrale, alors que son jeu est intact. Ce poids se trouve subitement porté à 1 2 : croyez-vous que le cerveau continuera à fonctionner comme auparavant ? La chose est impossible, car où se logera ce surcroit de substance ? Ça ne pourra être que dans le crâne, et dans le crâne conservant sa capacité première, puisque les parois en sont inflexibles. Il sera donc de toute nécessité que la pulpe encéphalique se presse et se tasse, afin que le même espace contienne son volume augmenté. Quelles seront les parties du cerveau qui souffriront le plus de cette addition de matière ? La gêne sera la même pour toutes, en vertu de la loi d'égalité de pression.
Puisque les fonctions organiques se troublent,
et que la vie cesse, dès l'instant où certains points de l'encéphale sont comprimés au-delà de leurs limites naturelles, vous vous expliquez sans peine le mécanisme de la mort de notre jeune fille. Je crois donc inutile d'entrer à cet égard dans de plus longs développements.
Nous allons maintenant reprendre la suite de nos études sur la sensibilité de diverses parties du système nerveux central.
Vous devez actuellement savoir à quoi vous en tenir sur les divers degrés de sensibilité des hémisphères cérébraux et du cervelet. Un assez grand nombre de séances ont été consacrées à ces recherches tout expérimentales. Parlons aujourd'hui de la protubérance annulaire.
La protubérance annulaire, ainsi nommée parce qu'elle forme une sorte d'anneau autour des prolongements du bulbe rachidien, a reçu une multitude d'autres dénominations, qui n'apprennent rien non plus sur ses usages. Ainsi qu'on l'appelle le Pont avec Varole, Y isthme avec Ridley, le nœud avec Sœmmering,le rnésocéphale avec Chaussier, tout cet attirail de mots est sans valeur aucune. Mieux vaudrait, à coup sûr, attacher son nom à une découverte utile, qu'à une épithète oiseuse,
Quoi qu'il en soit, cette portion de l'encéphale est extrêmement importante à étudier, pour le physiologiste et l'anatomiste , parce qu'elle offre des détails de structure tres-tranchés, très-visibles, qu'il sera peut-être possible de rattacher un jour au mécanisme des fonctions. Déjà même on est sur la voie de résultats qui semblent devoir confirmer cet espoir.
Pour que vous puissiez bien comprendre le genre d'expériences dont la protubérance sera le sujet, permettez-moi de vous rappeler sommairement la disposition des parties qui la composent. Si vous n'aviez pas présentes à l'esprit la marche et la direction des faisceaux médullaires qui en partent ou y aboutissent , nos conclusions pourraient parfois vous paraître erronées. Rien ne doit être négligé quand il s'agit de détails aussi délicats. Vous devez vous représenter la protubérance comme formée d'une multitude de pièces ayant chacune ses usages propres, et si vous ignorez la moindre relation anatomique qui fait de ces différentes pièces un tout collectif, les phénomènes passeront sous vos yeux sans que vous saisissiez l'intelligence de leur ensemble.
Située sur la ligne médiane, la protubérance repose sur le plan incliné de la gouttière basilaire, et est intermédiaire au cerveau et au cervelet. Elle communique avec le cerveau par les pédoncules cérébraux, et avec le cervelet par le bulbe rachidien.
Ce qui frappe tout d'abord dans l'aspect de la protubérance, soit qu'on examine sa surface externe, soit qu'on pénètre dans son organisation intérieure, c'est la disposition fibreuse de sa substance. Ainsi on voit des faisceaux marcher dans tel sens, d'autres faisceaux croiser les premiers , et marcher dans un sens diamétralement opposé. Sont-ce là de véritables fibres? Non, si par fibres vous entendez la réunion de fibrilles qui se décomposent en filaments plus ténus. Vous ne retrouvez
pas dans la fibre cérébrale cette texture propre à la fibre musculaire. Il vous sera facile d'isoler un faisceau soit transversal soit longitudinal dans la protubérance, mais vous essaieriez en vain de le subdiviser en faisceaux de plus en plus petits ; car, arrivé à un certain degré de division , vous ne pourriez aller au-delà. Ces faisceaux d'apparence fibreuse auraient donc quelque analogie, éloignée sans aucun doute, avec les filons de certaines mines. Figurez-vous une sorte de traînée nerveuse, s'étant fait jour dans l'épaisseur de la protubérance, ou s'étant répandue à sa surface; elle se distribuera dans une multitude de directions , sous forme de cylindres, destries, de bandelettes; mais au centre de chacun de ces dessins est une texture amorphe.
Nous conserverons cependant l'expression de fibres puisqu'elle est consacrée par l'usage. Rappelez-vous seulement le sens que nous y attachons.
Il existe dans la protubérance deux espèces de fibres parfaitement distinctes ; les unes sont antéropostérieures , les autres transversales. Voici comment elles se comportent.
Les fibres transversales occupent la face inférieure de la protubérance. Disposées en faisceaux parallèles, elles décrivent la courbe que figure le I pont, et se portent en dehors et en arrière pour constituer les pédoncules cérébelleux. Il suit de là que ces pédoncules ne sont autre chose que la réunion des fibres transversales contournées sur elles- 1 « mêmes. .
Les fibres antéro-poslérieures ou longitudinales
sont situées sur un plan supérieur. Pour les rendre bien apparentes , il suffit d'enlever avec le manche du scalpel la partie de la protubérance qui déborde le niveau des pyramides antérieures. On voit alors de la manière la plus manifeste des faisceaux blancs faisant suite à des pyramides, et allant se continuer avec les pédoncules cérébraux. Si la préparation est bien faite , vous aurez peine à retrouver le point précis où la pyramide quitte son nom pour traverser le pont , et celui où elle devient pédoncule cérébral, tant la marche de ses fibres est régulière et tranchée.
Les fibres transversales non-seulement coupent la directiondes fibres antéro-postérieures, dans l'épaisseur de la protubérance, mais elles s'entremêlent intimement avec elle, de sorte qu'il y a comme une sorte de fusion entre ces deux ordres, de, fibres. On reconnaît toutefois leur destination réciproque. Nous savons que les unes vont former les pédoncules cérébraux, les autres les pédoncules cérébelleux.
La pyramide postérieure n'entre pas dans le pont comme l'antérieure. Elle se dirige en dehors , constitue latéralement la limite du quatrième ventricule, en laissant entre elle et sa congénère un espace lozangique, se joint au pédoncule du cervelet, qu'elle concourt à former, et se prolonge jusqu'à la valvule de Vieussens.
Quant au faisceau latéral du bulbe, il envoie dans la protubérance des fibres qui marchent longitudinalement , et gagnent le pédoncule cérébral.
Ces circonstances anatomiques sont-elles liées
Magendie. Syst. nerv. I. ^
à des fonctions dont la structure des parties nous donnera ia clé ? Y a-l- il quelque relation entre la direction des fibres et celle des mouvements? Ge sont la toutes questions du ressort de la physiologie expérimentale. Bientôt nous en aurons la solution.
Si on examine la protubérance par sa face supérieure , on y aperçoit quatre éminences régulièrement placées sur les côtés de la ligne médiane. Ce sont les tubercules quadrijurneaux. Les deux antérieurs ont reçu le nom barbare de notes, les deux postérieurs plus petits , celui de testes. Sous eux est creusé l'aqueduc de Syivius.
Ces tubercules sont extrêmement remarquables par les connexions qu'ils ont avec diverses parties de l'encéphale.
Les tubercules quadrijurneaux antérieurs se continuent avec la couche optique dont ils sont séparés par un sillon peu profond. Ils fournissent une des racines d'origine du nerf optique , au niveau du corps gémeulé externe. C est pour ce motif qu'ils ont reçu dans certaines classes animales le nom de tubercules ou lobes optiques. On a eu raison de les désigner ainsi; car vous verrez plus tard que les tubercules quadrijurneaux antérieurs sont en rapport avec l'exercice de la vision.
Les tubercules quadrijurneaux postérieurs sont moins volumineux que les antérieurs. J'appellerai votre attention sur les deux prolongements médullaires qui en partent pour se rendre dans l'épaisseur du cervelet : ce sont les processus cerebelli ad testes. Ils se présentent sous l'aspect de deux lamelles, séparées par la valvule de Vieussens,
concourant à former la voûte de l'aqueduc , et confondues par leur bord externe avec la circonférence du pont. Leur extrémité antérieure aboutit aux tubercules testes, la postérieure au noyau central des lobes cérébelleux.
Ainsi des quatre tubercules quadrijumeaux, les deux antérieurs sont liés avec les nerfs et les couches optiques , les deux postérieurs avec le cervelet.
La valvule de Vieussens est une lame mince, de substance blanche, remplissant l'intervalle que laissent, entre eux les deux processus dont, nous venons de parler. Elle parait résulter de l'épanouissement des pédoncules cérébelleux. Sa face postérieure répond au vermis supérieur , l'antérieure concourt à former l'aqueduc.
Enfin , le noyau central de la prot ubérance est creusé d'un canal qui s'ouvre dans le troisième et le quatrième ventricule, et fait communiquer ces deux cavités entre elles. L'épilhète d'aqueduc, par laquelle on désigne ce canal , exprime à merveille sa disposition et ses usage?,.
Telles sont les diverses parties qui entrent dans la composition de la protubérance. Je n'ai signalé d'une manière spéciale que les détails qui ont quelque intérêt pour nous sous le point de vue physiologique : quant aune étude plus complète, je vous renvoie à l'anatomie descriptive.
Puisque nous allons essayer par des expériences d'éclairer l'histoire de la protubérance annulaire, disons un mot de sa disposition particulière sur les animaux qui vont nous servir à ces recherches.
Le pont et les pédoncules cérébelleux n'existent que chez l'homme et les mammifères.
L'homme est de tous les animaux celui qui offre les tubercules quadrijumeaux les moins développés. Il n'y a que deux tubercules chez les oiseaux , les reptiles et les poissons ; mais ils acquièrent un volume considérable ; les oiseaux surtout en présentent d'énormes, relativement au volume de l'encéphale ; ce sont de véritables lobes qu'on appelle à juste titre lobes optiques, puisque les nerfs optiques en proviennent exclusivement.
Il existe chez les chiens et les lapins quatre tubercules comme chez l'homme ; seulement leurs rapports ne sont pas tout-à-fait les mêmes.
Dans bon nombre d'animaux ces tubercules sont creux à l'intérieur et remplis de liquide comme les ventricules.
Quant à la conformation intérieure de la protubérance , on y trouve de la substance blanche et de la substance grise ; on y rencontre aussi cette matière particulière que Sœmmering a désignée sous le nom de matière noire cérébrale.
Nous voici arrivés maintenant à la question expérimentale. Vous n'avez pas oublié que nous nous occupons pour le moment de la sensibilité, nous réservant de revenir plus tard sur les fonctions spéciales dévolues à chaque partie isolée du système nerveux central.
Expérience (Lapin). Je veux d'abord que vous jugiez par vous-mêmes si la protubérance est sensible. Nous allons l'attaquer par sa face antérieure.
J'enlève sur ce lapin la voûte du crâne et les
lobes cérébraux. C'est une opération bien facile et bien- simple. Vous apercevez en arrière du quatrième ventricule les lubercules quadrijumeaux et la face supérieure'de la protubérance : nous pourrons juger aisément de la sensibilité de ces parties.
J'absterge avec une éponge fine le sang qui s'échappe des sinus veineux que nous avons été forcés d'ouvrir. Vous avez dû remarquer que chaque fois que je touche à la protubérance , l'animal fait un mouvement convulsif qui paraît provoqué par une vive souffrance. Pour vous prouver que les débris des lobes cérébrauxne sont pour rien dans cette manifestation de douleur, c'est que si je les presse ou les froisse seuls , l'animal reste impassible : il ne s'agite que quand je porte l'éponge plus en arrière.
Nous serons plus certains encore des points que nous toucherons, en nous servant d'un petit stylet mousse.
J'approche du bord antérieur de la protubérance l'extrémité de l'instrument. Il suffit, vous l'avez vu , du plus léger contact pour que tous les signes d'une souffrance aiguë apparaissent. Vous noterez encore que quand je touche au tubercule quadrijumeau antérieur droit , l'animal renverse sa tête à droite , qu'il la renverse à gauche, au contraire, quand je touche le tubercule gauche. On dirait d'un lapin dressé au commandement, excepté qu'au lieu d'obéir à ma voix , il cède à une force irrésistible que je développe à mon gré, en m'adressant à certains points de l'encéphale.
II est donc de toute évidence que la surface externe de la protubérance est sensible , et que même cette sensibilité est poussée à un très haut de^ré. Nous aurons plus d'une fois l'occasion de constater ce fait dans nos expériences ultérieures.
Je vais chercher à introduire le stylet dans l'aqueduc de Sylvius. Vous apercevez l'orifice antérieur de ce canal s'ouvrant dans le troisième ventricule , au-dessous de la commissure postérieure, au-devant des tuberculesoptiques.Cetorificeestlrès reconnaissable en ce que chaque fois que l'animal fait un effort ou une grande expiration , quelques gouttes de liquide sortent par un petit pertuis , pour rentrer ensuite dans l'aqueduc et le rachis au moment de l'inspiration. Ce phénomène, très apparent sur ce lapin, vous montre la communication libre du troisième et du quatrième ventricule, ainsi que la perméabilité de la membrane que j'ai signalée au niveau du calamus scriptorius.
Je fais pénétrer le stylet dans l'aqueduc. Il est entré de près de deux lignes, cependant l'animal ne donne aucun signe de sensibilité. Je crois être bien arrivé dans l'intérieur du canal , et ne pas en avoir lésé les parois, car je n'ai senti aucune résistance. Il semblerait donc, par cette expérience, que la partie centrale de la protubérance est insensible, du moins pour ce qui regarde le trajet que parcourt l'aqueduc.
J'ai retiré l'instrument avec précaution ; à sa sortie, l'animal n'a pas pr.ru souffrir davantage qu'à son entrée. Ceci me parait extrêmement curi e u x . J a m a i s e n core j e 1 1 ' a v a i s f a i t ce 1 1 e ex p é r i e i \ ce ,
et j'avoue que j'étais bien loin d'en soupçonner le résultat.
Serait-ce que la sensibilité de ce lapin a été émoussée , et qu'il n'est plus apte à percevoir la douleur ? Nous allons facilement en juger.
Je touche avec le même stylet la surface supérieure du pont, au voisinage des tubercules quadrijumeaux , et aussitôt l'animal s'agite et souffre. Il n'a donc rien perdu de sa sensibilité. Revenons à l'aqueduc.
Je réintroduis dans ce canal, comme la première fois, l'extrémité mousse du stylet. Les résultats sont encore négatifs. L'animal reste parfaitement calme, bien que l'instrument soit enfoncé à la profondeur dedeux ou trois lignes. Pénétrons un peu plus loin, et des phénomènes particuliers nous indiqueront que nous sommes arrivés près de l'origine de la huitième paire. Effectivement l'animal vientde tomber sur le côlé , et il se débat comme aux approches de la mort. J'espère toutefois qu'il ne va pas succomber. C'est que nous avons touché un point d'une sensibilité exquise.
Le voici qui se remet. Il remonte sur ses pattes, et malgré ses blessures , il fait assez bonne contenance. Je ne vous le donne pas comme un animal très bien portant; mais cependant nous pouvons le faire servir à quelque expérience.
Bien que nous ayons actuellement pour objet spécial de vérifier quels sont les points sensibles de l'encéphale, je veux cependant vous indiquer en passant quelques-unes des propriétés appartenant à chaque portion du système nerveux cen-
irai. Vous vous accoutumez ainsi à l'ensemble des aits et plus lard vous suivrez plus parfaitement 1 analyse détaillée de|chacun.
Ainsi , par exemple , je vais couper et extraire les corps striés,- vous^llez voir l'animal courir en avant comme emporté par une impulsion irrésistible.
Il vient en effet de partir comme un trait; je suis obligé de le retenir, et vous voyez qu'il conserve l'attitude de la fuite. Sa tête est allongée, ses pattes de devant tendues, semblable à un lapin en liberté que vient d'effrayer un léger bruit , et qui s'oriente afin de diriger sa course loin du danger.
Voulez-vous voir l'animal se renverser fortement la tête sur l'épaule droite, et tourner sur lui-même ? Je n'ai qu'à piquer le tubercule'optique du même côté. Le voilà maintenant dans la position que j'ai indiquée; et même je suis surpris qu'après toutes ces mutilations qu'a subies le cerveau, nous obtenions des effets aussi tranchés.
Je vais -faire périr l'animal, afin de mettre un terme à ses souffrances. J'ouvre le rachis en enlevant l'arc postérieur des vertèbres cervicales et le ligament occipito-atloïdien. Assurons-nous que la partie centrale du cordon médullaire est insensible. Vous me voyez embrocher avec un stylet toute l'épaisseur de la moelle en la transperçant de part en part, et l'animal paraît ne pas souffrir. Nous venons de constater la même insensibilité dans la partie centrale du pont. C'est chose extrêmement remarquable que cette distribution inégale de la faculté de percevoir la sensation de la
douleur, et jamais on ne se serait imaginé que le même organe pût être insensible à l'intérieur, et doué à l'extérieur d'une sensibilité si parfaite.
Enfin je coupe en travers le bulbe rachidien. L'animal n'existe plus.
Je ne ferai pas d'autre expérience aujourd'hui, parce que nous n'avons pas d'animaux assezjeunes. Nous emploierons les instants qui nous restent à examiner une pièce pathologique qui a été prise ce matin dans la salle d'autopsie de l'Hôtel-Dieu , et apportée à mon laboratoire. Comme je n'ai pas de renseignements sur le malade auquel elle a appartenu, je me bornerai à vous signaler ce qu'elle présente de plus intéressant.
Vous apercevez une couche purulente revêtant la face inférieure de la masse encéphalique, et pénétrant dans les sillons qui séparent les circonvolutions. Son siège exact est facile à indiquer. Si vous soulevez, comme je le fais maintenant, lapellicule transparente qui l'enveloppe, vous reconnaissez cette petite membrane pour être le feuillet viscéral de l'arachnoïde, et par conséquent la matière épanchée occupe l'espace sous-jacent. Presque tout le liquide céphalo-rachidien a disparu dans ce point; car il s'est combiné intimement avec la couche purulente, et on pourrait croire au premier abord qu'il n'existe pas. Une partie du liquide a dû s'imbiber aussi à travers le feuillet arachnoïdien , et s'évaporer par le contact de l'air, dès l'instant où les parois du crâne et la dure-mère ont été enlevées. Cependant vous retrouvez dans divers points, de petites collections fluides; mais
elles sont troubles, floconneuses, et elles tiennent en dissolution ou en suspension quelques fragments puriformes, de même nature que ceux qui sont étendus en nappe, à la surface de l'encéphale.
Le tissu vasculaire de la pie-mère ne paraît pas intact. Il est épaissi et adhère plus intimement à la substance cérébrale, qui est elle-même ramollie. Ces altérations se comprennent facilement , puisque la pie-mère est l'appareil sépréteur du liquide cérébro-spinal, et que ce liquide est manifestement modifié dans ses propriétés et sa composition.
En examinant la face externe des hémisphères , on voit qu'elle n'a plus son poli habituel. Elle paraît parsemée, de petites granulations fibrineuses, qu'on sent et qu'on déplace aisément avec le doigt, sans déchirer ni intéresser d'aucune manière les points sur lesquels elles reposent. C est qu'elles ont été charriées par le liquide, et qu'elles n'ont pas pris naissance là ou on les observe. Vous les retrouvez pareillement à la surface du cervelet , autour du bulbe, du mésocéphale, dans tous les points en un mot où pénètre le liquide.
Elles devront donc exister pareillement dans les cavités encéphaliques. Nous allons le vérifier.
J'incise, sur la ligne médiane, le corps calleux et la voûte, de manière à pénétrer dans le ventricule moyen : les deux latéraux s'aperçoivent parfaitement a droite et à gauche , et vous jugez par leurs dimensions considérables que le liquide cé- ; phalo-rachidien était augmenté de volume. Si vous
n'en trouvez pas ici une collection notable, c'est que l'entrée des ventricules est très dilatée, et que le liquide s'est échappé par là quand on a extrait le cerveau du crâne. Vous rencontrez cependant des grumeaux puriformes déposés sur les parois des cavités encéphaliques, preuve que Tépanchement de la base a pénétré à l'intérieur de la masse cérébrale, ce qui est parfaitement d'accord avec ce que nous savons des mouvements du liquide céphalo-rachidien .
Cette pièce pathologique n'a d'intérêt pour nous que sous le rapport de la solidarité des diverses portions de ce liquide, dans quelque localité qu'il se trouve. C'est ce qui fait le danger de ce qu'on appelle la méningite. Mieux vaudrait avoir une lésion du tissu cérébral, au centre de l'hémisphère, par exemple, qu' une altération du liquide; car cette altération ne peut jamais rester locale , et le plus souvent elle réagit sur tout le système nerveux central. Puisque dans nos expériences, de l'eau distillée, à la température du corps, injectée dans lé crâne pour remplacer le liquide; céphalo rachidien, détermine des accidents très graves, que serace si ce liquide revêt tout d'un coup le caractère purulent? Les accidents devront avoir une bien autre gravité.
Aussi, je ne doute pas que le malade dont nous venons d'examiner le cerveau n'ait succombé avec tous les signes qui caractérisent les affections cérébrales du plus mauvais caractère. Le sentiment et le mouvement ont dû être dans les premiers moments exaltés et pervertis : puis les phénomènes
de compression ont apparu, et la mort est survenue ' au milieu d'un état comateux.
C'est ainsi, du moins, que les choses se passent le plus ordinairement Je regrette que nous n'ayons point de renseignements sur la maladie de cet homme ; car le témoignage des faits est toujours préférable aux assertions les plus rationnelles, et nous savons par expérience, que l'erreur est possible, alors même qu'on croit être le plus sûr de l'éviter.