SEIZIÈME LEÇON
8 maFS 1839.
Sommaire., Examen anatomique d'animaux morts à la suite d'expériences.— Observation rapportée par M. Beihomme. —Expérience sur la section de la partie moyenne delà protubérance.—Même expérience sur autre animal.— Même expérience pivrun autre procédé. -Expérience sur l'ablation des corps striés. — Sections des fibres transversales sur l'animal à qui on vient d'enlever les corps striés. — Conservation d'une partie de la sensibilité générale après l'ablation du cerveau et du cervelet.
Bulbe rachidien. Anatomie du bulbe rachidien — Expérience sur la sectiou d'un des faisceaux du bulbe. — Hémiplégie consécutive à la blessure d'un des faisceaux du bulbe.
Messieurs ,
Nous avons terminé la séance dernière par une expérience qui n'a pas réussi aussi complètement que je l'ai vu réussir quelquefois, bien que cependant elle ait confirmé les résultats que je vous avais annoncés. L'animal qui a eu les deux pédoncules du cervelet coupés a paru d'abord recouvrer l'équilibre de ses mouvements , puis il s'est couché sur le côté droit, et a gardé cette attitude,' la reprenant quand on voulait la lui faire perdre. Nous eu avons conclu que la section n'avait pas été faite
à la même hauteur sur l'un et l'autre pédoncule, et que le gauche avait été coupé plus haut que le • droit. L'autopsie va nous faire voir si notre explication est juste.
Voici le crâne enlevé. îNous apercevons les corps restiforraes, et une tache rouge , linéaire, indique le point où a porté l'instrument. Ainsi que je vous l'avais annoncé, le pédoncule droit a été touché un peu au-dessous du gauche, et coupé entièrement , tandis que celui-ci n'a été divisé que dans la moitié de son épaisseur. On comprend donc très bien pourquoi les résultats n'ont pas été parfaitement tranchés. Pour peu qu'il y ait une fraction de ligne de différence dans le niveau des deux sections, l'équilibre ne peut se rétablir.
Ces expériences vous montrent que nous sommes sur la voie de connaître les usages de quelquesunes des parties du cerveau. Si vous voulez appliquer ces données à la pathologie de l'homme , la chose est facile : il suffit de rapprocher diverses maladies du système nerveux de celles que nous créons à volonté sur les animaux. L'analogie des symptômes reconnaît pour point de départ l'analogie des lésions.
C'est ainsi que vous lirez dans mon Journal de Phy siologie une observation très curieuse pur bliée par M. Serres, de la lésion d'un pédoncule du cervelet accompagnée de phénomènes de tournoiement. Le fait parut alors inexplicable : plus lard mes expériences en donnèrent la solution.
M. le docteur Belhomme vient de consigner, dans un intéressant mémoire sur le tournis, une
observation qui a du rapport avec celle deM. Serres. Comme elle rentre tout-à-fait dans nos études actuelles, je vous demanderai la permission de vous en dire quelques mots.
Une femme habituellement bien portante, d'une constitution nerveuse, éprouva à l'âge de quarantesept ans une commotion morale extrêmement violente qui ébranla beaucoup sa santé. Elle devint triste , morose. Étant un jour dans un jardin public, uu besoin irrésistible la porta à tourner sur elle-même , ce qu'elle fit pendant une demi-heure. En 1 830 , à la suite de nouvelles impressions pénibles , elle fut prise d'accès nerveux avec disposition à tourner à droite. Ces accès se reproduisirent d'abord tous les huit jours, et se rapprochèrent ensuite pour se renouveler quatre à cinq fois dans une journée. La raison de cette femme s'altéra : elle croyait avoir un serpent dans le ventre et être destinée à périr sur un échafaud. Cette situation pénible ne fit que s'aggraver. Voici comment étaient caractérisés les accès. j
Tout-à-coup la malade perdait connaissance. Ses membres se contractaient, et les muscles fié- j chisseurs l'emportant sur les extenseurs , elle t était forcée de s'accroupir. Une fois assise, elle roulait le plus souvent à droite avec une extrême ra- j pidité, et ce mouvement se serait prolongé long- e temps, si elle n'avait rencontré un obstacle. Quel- j quefois la rotation s'exécutait à gauche, mais d'une e manière moins persévérante. La tête et le tronc 1 j, étaient ordinairement renversés en arrière comme [ dans l'opisthotonos : d'autres fois pleurosthotonos $j
à droite et à gauche. Le visage se contractait , les paupières étaient fortement ouvertes , les pupilles dilatées et immobiles ; strabisme divergent : la malade ne paraissait pas voir, et ne clignait pas les paupières, lorsqu'on approchait brusquement la main de ses yeux. La sensibilité était nulle , ou du moins la douleur ne se manifestait par aucuns signes extérieurs. Ces accès duraient de quinze à vingt minutes.
L'accès passé, la malade poussait des cris confus, exprimait l'exclamation ahua ! faite sur tous les tons.
La nuit, tous les symptômes dont nous venons de parler cessaient. Elle se pliait, pour ainsi dire, en deux , et s'assoupissait dans la plus complète immobilité.
v' Dans le courant de 1 837, les accès se renouvelèrent avec une fréquence et une violence désespérantes. Il y en avait jusqu'à vingt par jour, et toujours ils étaient caractérisés par cette impulsion i irrésistible de tourner.
La malade mourut presque subitement, le î& avril 1 838 , après être arrivée au dernier degré de marasme.
A l'autopsie, on trouva deux exosloses de la base du crâne, du volume d'une noisette, répondant exactement aux pédoncules cérébelleux qui sont déprimés en ce point. L'exostose du côté gauche est plus grosse que celle du côté droit ; aussi le pédoncule gauche est-il plus altéré que le droit. L'aspect de ces pédoncules est grisâtre , et leur consistance semble diminuée vers leur insertion à Magendie. Syst. ncrv. I. 13
la protubérance. La protubérance annulaire incisée sur la ligne médiane, présente, a l'union de ses deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur, une injection variqueuse formant une espèce de croissant dont les deux extrémités se dirigent vers les lobes du cervelet, et dont la couleur est d'apparence ulcéreuse. Au centre de l'organe sont des points rouges enflammés.
Les tubercules quadrijumeaux paraissent ramollis. Il en est de même des parois du quatrième ventricule.
J'omets divers détails pathologiques qui ont été évidemment étrangers aux altérations de mouvement dont nous venons de parler. Ce que je vous prie de remarquer , c'est la compression exercée par une tumeur osseuse sur le pédoncule du cervelet, de chaque côté , et l'existence de phénomènes de lournoiêment qui ont persisté jusqu'à la mort. Sans doute cette observation ne suffirait pas à elle seule pour indiquer les usages des pédoncules ; mais rapprochée de celle de M. Serres , elle vient à l'appui de nos expériences.
Jusqu'ici nous n'avons pas agi directement sur la protubérance elle-même , mais seulement sur les deux faisceaux qui font suite aux fibres transversales. Nous allons maintenant essayer de couper le pont en deux moitiés égales. Si nous inclinons trop à droite , ou trop à gauche, vous aurez les phénomènes qui caractérisent la section du pédoncule correspondant.
Expérience {Lapin). Je mets à découvert le ligament occipito-atloïdien postérieur. Je l'incise :
le liquide secoule , et nous voilà arrivés au quatrième ventricule. Ces détails d'opération nous font perdre du temps ; mais je préfère les exécuter devant vous afin qu'aucune circonstance ne vous écKappeet que vous puissiez répéter l'expérience si cel vous convient.
L'animal est très turbulent, et il paraît jouir d'une exquise sensibilité. Il vaudrait mieux pour nous qu'il fût plus calme.
J'introduis par Ventrée des ventricules la pointe recourbée d'une aiguille à cataracte, et je l'enfonce jusqu'à ce que je sois à peu près arrivé à l'orifice antérieur de l'aqueduc. Je dois y être maintenant. J'appuie l'aiguille en bas, en ayant soin d'élever le manche de l'instrument par une sorte de mouvement de bascule. Alors, après avoir senti le plan osseux de la surface basilaire, je ramène la lame en arrière , dans toute la longueur du pont , de manière à diviser les fibres transversales , et à écarter simplement les fibres longitudinales. Cette section achevée, je retire l'instrument avec précaution, en lui faisant suivre en sens inverse le chemin qu'il vient de parcourir.
Vous voyez que j'ai mis un certain temps à faire cette coupe. C'est qu'effectivement ces opérations sont d'une telle délicatesse que bien qu'on ait pris toutes ses mesures , il est très rare d'obtenir une réussite complète.
Je crains bien que nous n'ayons coupé un peu à gauche. Voici l'animal sur ses pattes , et il n'y paraît pas solide. Il tombe sur le côté ; je ie relève, il tombe de nouveau. Vous noterez que c'est tou-