‹ Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux [electronic resource]Chapitre 17 sur 21 · TG · texte numérisé non relu

TG

jours à gauche que le corps est entraîné , et même il exécute quelques mouvements rotatoires en ce sens. Les yeux sont un peu convulsés. Nous retrouvons là les phénomènes que nous avons eu l'occasion d'observer en expérimentant sur les pédoncules du cervelet , mais ils sont d'autant moins prononcés que nous nous rapprochons davantage de la ligne médiane.

D'où vous pouvez conclure que c'est par la lésion des fibres transversales de la protubérance qui entrent dans la composition du pédoncule^ que la section de ce pédoncule détermine des effets latéraux.

Je n'ai qu'à prolonger l'incision un peu plus bas , 1'animtfl va périr immédiatement. Effectivement le voilà mort.

J'ouvre le crâne. Ainsi que je l'avais prévu, la lame de l'instrument s'était légèrement déviée à gauche ; car il est évident que la portion droite du pont est plus volumineuse que celle du côté opposé. Le partage n'était donc pas égal.

Quant à la cause de la mort , elle provient de la blessure du bulbe rachidien.

Second lapin. Je vais répéter sur ce lapin la même expérience, en arrivant à la protubérance par le quatrième ventricule. L'important c'est que la tête de l'animal soit maintenue droite et immobile. La moindre inclinaison, le moindre mouvement empêche que la division du pont ne soit parfaitement symétrique.

L'incision de la dure-mère a donné issue au liquicie céphalo-rachidien. Cependant il en reste

encore dans le canal vertébral, ce dont vous pouvez vous assurer en renversant l'animal la tête en bas, et en le secouant dans cette position comme une bouteille qu'on veut entièrement vider. Vous . venez en effet de voir s'écouler la valeur d'une cuillerée de liquide.

J'introduis l'instrument comme dans l'expérience précédente. Il me semble que je suis bien sur la ligne médiane. Ce qui complique l'expérience , c'est que nous agissons sur des parties extrêmement sensibles et que si l'animal fait le plus léger mouvement, il se blesse lui-même. L'incision est achevée. Quel va être le résultat?

Les pattes de l'animal se sont fléchies sous lui, et maintenant il paraît affaissé et sans force. Son corps ne reste pas en équilibre; il se contourne à droite, bien qu'on n'aperçoive point de strabisme. M y a cependant tendance à tourner. Dans les expériences où j'ai séparé le pont en deux parties, j'ai vu les animaux rester debout, balancés entre deux ! forces qui agissaient en sens opposé, et se neutralisaient réciproquement. Nous n'avons donc pas enicoreiciune réussite complète, puisque l'animal ne ipeut plus se tenir ferme sur ses pattes, et qu'il se ! laisse entraîner à droite. J'ai très probablement incliné la lame un peu trop de ce côté.

Nous avons vu dans le cas précédent que la ssection du pont à gauche de la ligne médiane s'acicompagne des mêmes phénomènes que si on agissait isur le pédoncule gauche du cervelet. Vous venez imaintenant d'avoir la preuve qu'il en est de même du côté droit.

Troisième, lapin. Je veux essayer un autre procédé. Au lieu d'arriver à la protubérance par le quatrième ventricule, nous allons pénétrer dans le troisième, et attaquer le pont par sa partie antérieure. Je n'ai jamais fait cette expérience, aussi j'ignore si elle est praticable. Vous allez en juger.

J'enlève avec un fort bistouri la voûte du crâne. Une tranche de chaque hémisphère cérébral a été détachée du même coup, sans que l'animal soit incommodé de cette soustraction. J'achève d'extraire les portions de lobes qui restent, en ne laissant que les parties profondes et inférieures, telles que le corps strié et la couche optique. Nous avons vu qu'on peut vider ainsi le crâne, sans qu'il survienne d'accidents immédiats. Dans les premiers instants qui suivent cette opération, le sang coule en assez grande abondance; mais bientôt il s'arrête, et, si on a soin de l'absterger, on reconnaît facilement les objets mis en évidence.

Ainsi vous voyez la fente longitudinale qui représente la cavité du troisième ventricule. En arrière sont les deux tubercules optiques ; audessous d'eux l'orifice antérieur de l'aqueduc par lequel vient sortir le liquide cérébro-spinal, pendant les efforts et les grandes expirations.

Je m'assure que l'animal jouit encore de toute sa sensibilité. Quand je le menace, il se sauve en courant : preuve aussi qu'il a conservé la liberté de ses mouvements.

Je pourrais couper le pont en plaçant la lame d'un bictouri entre les deux tubercules optiques,

et incisant jusqu'à la surface basilaire. Afin d'avoir à ne diviser qu'une épaisseur moindre de substance nerveuse, je glisse la pointe de l'aiguille dans l'intérieur de l'aqueduc, puis je ramène l'instrument vers moi, de manière qu'il marche parallèlement au grand axe du crâne. Je coupe ainsi le plan des fibres sous-jacentes à l'aqueduc. C'est le même procédé que quand on attaque la protubérance par l'occipital. Seulement on incise ici d'arrière en avant, tandis que dans l'expérience précédente nous agissions d'avant en arrière.

Je fais maintenant la section du pont, ainsi que je viens de la décrire. '

L'animal éprouve tous les effets qui résultent de la lésion du pédoncule gauche. Les yeux sont tournés. Il roule sur lui-même de droite à gauche, ce qui prouve que les fibres transversales ont été coupées du côté gauche. Je suis bien aise de m'être assuré que l'expérience est faisable par ce procédé; car nous pourrons l'employer comparativement avec l'autre, et juger lequel mérite la préférence.

Je doute qu'il soit facile d'arriver par cette voie à diviser le pont exactement en deux moitiés. Le sang mélangé au liquide ventriculaire, masque les parties , et empêche que l'œil ne guide l'instrument avec toute la précision désirable. Essayons cependant sur un autre animal.

Quatrième lapin. J'extrais du crâne les lobes cérébraux ainsi que vous venez de me le voir faire. Mais avant de couper la protubérance , je veux tenter une autre expérience qui devra influer sur les résultats de celle qui nous occupe.

Vous vous rappelez quels sont les effets de l'ablation des corps striés. L'animal s'élance en avant et court avec rapidité. S'il s'arrête , ce n'est que pour quelques instants, et encore conserve-t-il l'attitude de la fuite.

Voici ce que je me propose de faire. Après avoir enlevé les corps striés, et m'étre assuré quele mouvement de progression est bien déterminé, je couperai les fibres transversales de la protubérance,, pour constater laquelle remportera de ces deux forces, dont l'une pousse l'animal eri avant, et l'autre de côté. Cette expérience sera aussi nouvelle pour moi que pour vous, car je ne l'ai jamais faite.

Je viens d'extraire un des deux corps striés. Rien encore de modifié dans les mouvements. C'est qu'en effet celui qui reste suffit pour maîtriser la force d'impulsion qui entraînerait l'animal en avant.Vous comprenez maintenant pourquoi, chez des personnes qui ont succombé à une hémorragie cérébrale, vous trouverez tout un corps strié désorganisé , sans cependant que pendant la vie elles aient obéi à des mouvements de progression indépendants de la volonté.

J'enlève le second corps strié. Voyez comme l'animal cherche à fuir. Ne dirait-on pas qu'il se crok poursuivi , et qu'il entend les aboiements d'un chien courant sur ses traces. Je ne veux pas le laisser libre ; car il irait se briser la tête contre le premier obstacle qui se trouverait sur son passage.

Je le dépose sur ma table, en ayant soin de tenir ma main appliquée sur lui pour le retenir.

Il cesse de faire des efforts pour s'élancer en avant. Je vais lui rendre sa liberté; mais je crains bien qu'il n'en fasse abus. (Le lapin reste immobile quelques secondes. Puis tout d'un coup , il part comme un trait et saute à la figure d'un des aides voisins du professeur. Hilarité générale. ) J'avais raison , reprend: M. Magendie, de me défier de la manière dont cet animal répondrait à la marque de confiance que je venais de lui donner. Je ne suis cependant pas fâché de ce petit incident; car il servira à graver dans votre mémoire quels sont les effets de l'ablation des corps striés.

Tl s'agit maintenant de couper sur cet animal les fibres transversales de la protubérance.

J'enfonce l'aiguille dans l'intérieur de l'aqueduc, puis j'incise le plan médullaire qui sépare ce canal de la surface basilaire : en d'autres termes, je divise toute l'épaisseur du pont proprement dit. J'ai légèrement incliné l'instrument à gauche.

Voici l'animal qui se met à tourner dans ce sens. La force qui préside, au* mouvements latéraux parait donc l'emporter ici sur celle qui préside aux mouvements en avant. Il y a de plus le strabisme habituel.

Veuillez remarquer que la sensibilité générale est conservée. L'animal exprime par une contraction spontanée de son système musculaire qu'il sent quand je le touche.

J'enlève le cervelet par tranches. La faculté de sentir n'est pas encore perdue. Enfin il n'y a plus dans le crâne ni cervelet ni cerveau , et pourtant vous voyez que la plupart dos parties sont encore impressionnables à la douleur.

Nous reviendrons plus tard sur ces curieux phénomènes, à propos des expériences de Legallois. — Le bulbe rachidien est composé, vous le savez , de trois faisceaux de fibres qui font relief sur chacune de ses deux moitiés. Il y a un faisceau antérieur, un postérieur et un latéral. Occupons-nous d'abord du faisceau antérieur.

Tel n'est pas à la rigueur l'ordre que nous nous étions proposé de suivre; mais puisque nous nous trouvons amenés tout naturellement à parler des autres faisceaux , j'aime mieux continuer cette étude, quitte à y revenir plus tard.

Le faisceau antérieur ou Pyramide antérieure représente un demi-cylindre, grisâtre, dirigé de bas en haut , plus large à sa partie moyenne qu'à ses deux extrémités, et séparé de son congénère par un sillon assez profond. Parvenue à la protubérance, la pyramide y pénètre sous la forme de libres longitudinales. Vous n'avez pas oublié que les fibres transversales émanent de's corps restiformes, ou si vous l'aimez mieux, y aboutissent; car peu importe les mots.

S'attaquer à la pyramide antérieure, c'est donc la même chose que s'attaquer aux fibres longitudinales de la protubérance.

Peu de questions ont suscité autant de travaux que celles qui se rattachent à l'anatomie et à la physiologie des pyramides antérieures. Il est surtout une particularité de structure qui est encore aujourd'hui le sujet de nombreuses controverses, je veux parler de l'entrecroisement. C'est peut-être là lepoint le plus important de l'anatomiedu cerveau.

Si on examine le sillon médian et antérieur du bulbe rachidien , on voit, à un pouce de la protubérance, des fibres passer d'un côté à l'autre côté, en présentant toutes les apparences d'un entrecroisement. Y a-t-il entrecroisement véritable ? Ce n'est point ici le moment de décider anatomiquement la question. Disons seulement que, les médecins admettant cette disposition comme démontrée, l'ont invoquée pour expliquer lés phénomènes croisés qui accompagnent l'hémorragie cérébrale. Ainsi voyant l'hémiplégie droite coïncider avec un foyer apoplectique à gauche , ils en ont trouvé la raison dans le mode d'origine des pyramides qui serait tel que la droite naîtrait de l'hémisphère gauche, la gauche de l'hémisphère droit.

Sans doute cette opinion est assez séduisante. Il est malheureux qu'elle ne repose que sur des données anatomiques encore contestées, et non sur des preuves expérimentales.

Et d'abord comment se fait-il que le nerf facial qui naît au-dessus de l'entrecroisement soit paralysé du même côté que les autres nerfs qui naissent au-dessous de ce même entrecroisement? Mais laissons toute discussion , et arrivons aux expériences.

Expérience (Jeune chien). Je viens d'ouvrir sur cet animal le canal rachidien, dans l'intervalle qui sépare l'atlas de l'occipital. Nous apercevons le quatrième ventricule. C'est exactement le même procédé opératoire que pour atteindre la protubérance par la région cervicale; seulement l'espace

qui sépare les pièces osseuses en ce point est moins large sur le chien que sur le lapin. . •

Voici ce que je veux faire : couper ou du moins blesser la pyramide antérieure droite, sans intéresser aucun des autres faisceaux qui constituent le bulbe.

La difficulté est d'arriver à la pyramide. Comme nous agissons ici sur les parties les plus sensibles du système nerveux, pour peu qu'on y touche, l'animal s'agite violemment, et l'opérateur n'est plus libre de diriger son instrument où il veut. Il faut donc bien prendre ses mesures, enfoncer l'aiguille et la retirer promptement , afin qu'il n'y ait pas complication de blessure. Je vais agir de la manière suivante.

De ma main gauche je tiendrai la tête de l'animal, en ayant soin de l'incliner en avant afin d'obtenir le plus grand écartement possible entre l'occipital et l'atlas. Un aide assujettira les pattes et le corps, pour prévenir tout mouvement. Un autre aide abstergera avec une éponge fine le sang et le liquide cérébro-spinal qni s'épancherait a la surface de la plaie. Tenant l'aiguille de la main droite, j'en approcherai la pointe un peu au-dessus du bec du calamus, sur la ligne médiane, en inclinant le manche légèrement à gauche, et j'attendrai dans cette attitude que l'animal ne fasse aucun mouvement. Alors plongeant tout à coup l'aiguille, je percerai la* pyramide antérieure droite d'arrière en avant. Aussi le point précis où j'agirai se trouvera dans un triangle formé en dedans par le sillon médian postérieur, et en dehors par

les corps restiformes. Chez le chien, le cervelet descend beaucoup moins bas que chez l'homme, et par conséquent on arrive plus facilement au bulbe.

J'entre dans ces détails, attendu qu'il n'y aura que les personnes les plus voisines de ma table qui pourront suivre de l'œil tous les temps de l'opération.

L'animal est calme. Je crois bien être à l'endroit que je viens d'indiquer. Je pique.

La douleur a été vive, à en juger par le bond qu'a fait l'animal. Ai-je percé la pyramide droite, et n'ai-je atteint qu'elle? Je n'oserais l'affirmer. Voyons toutefois quels effets nous aurons obtenus.

(Le chien déposé sur la table chancelle et tombe sûr le côté droit. Il fait des efforts pour se relever, mais il ne peut y parvenir seul. On lui aide et on le remet debout. Il marche, mais ses pas sont mal assurés, et tout son corps est fortement incliné à droite. 11 traîne la patte de devant et la patte de derrière droites sans pouvoir les fléchir : au contraire, tous les mouvements sont libres et intacts du côté gauche. Quand l'animal lève une des pattes gauches pour.la porter en avant , la droite correspondante la suit sans cesser d'appuyer sur la table; et même entraînant par son poids l'épaule et le reste du corps, elle manque de lui faire perdre l'équilibre. Il y a donc évidemment hémiplégie.)

Voilà la première fois, dit le professeur, que je vois la blessure d'un des faisceaux du bulbe, j'ignore encore si c'est la pyramide, déterminer la paralysie de toute une moitié du corps. Il est vrai

que j'agissais sur des lapins: du moins je ne me rappelle pas avoir fait l'expérience sardes chiens.

Les mouvements seuls sont abolis ici ; car , quand je pince 1 animal , il sent aussi bien du côté droit que du côté gauche.

Je n'ai pas besoin de vous dire qu'on va surveiller attentivement cet animal , et qu'on vous le présentera à notre première réunion. Peut-être sommes-nous sur la voie de quelque résultat nouveau et important.

Page 1