‹ Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux [electronic resource]Chapitre 18 sur 21 · DIX-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME LEÇON

13 mars 1839.

Sommaire. Autopsie du canard dont on avait extrait les lobes cérébraux. — Causes de la mort après l'exiraction des lobes cérébraux.— Epine de Van-Helmout.— Considérations mé dicales. — Chien hémiplégique. — Expérience sur le chien hémiplégique. — Altitudes diverses des animaux après la blessure d'une même partie du cerveau —Expérience sur la blessure des faisceaux du bulbe. — Analogie entre les fonctions des faisceaux du bulbe et les fibres de la protubérance. — Troubles généraux consécutifs aune lésion locale du cerveau.— Continuation des expériences sur les faisceaux du bulbe. — Autopsie des animaux morts à !a suite de ces expériences.

Messieurs ,

J'ai le regret de vous annoncer la mort du canard auquel nous avions enlevé la totalité des lobes cérébraux il y a environ trois semaines. Nousétions préparés à cet événement; car depuis quelques jours sa santé se détériorait d'une manière sensible; je ne croyais pas pourtant qu'il dût sitôt succomber.

Vous n'avez pas oublié quel succès avait eu notre (opération. L'animal, après l'avoir supportée, n'avait rien changé à ses habitudes ni à son régime

alimentaire. Il paraissait gai , battait souvent des ailes, se baignait comme de coutume, et faisait entendre par intervalle le cri particulier aux oiseaux de son espèce. Par un privilège tout spécial il conservait la faculté de chercher sa nourriture et de manger seul : or, vous savez que les animaux privés de leur cerveau sont en général inaptes à pourvoir à leur subsistance. Ils sont de plus aveugles, tandis que notre canard y voyait encore assez pour se conduire.

Tout alla bien pendant une douzaine de jours. Vers cette époque il survint un état de langueur et d'apathie; les yeux devinrent larmoyants, les promenades dans le laboratoire plus rares, et le lendemain nous retrouvions à peu près intactes les provisions de la veille.

Bientôt Tanimal ne quitta plus la paille de son nid. On fut obligé de le nourrir; mais les digestions ne se faisaient plus qu'imparfaitement. 11 estmort dans la journée d'hier.

Il a donc survécu à peu près trois semaines à i notre opération . Quelques, expérimentateurs disent i avoir vu des oiseaux vivre ainsi sans cerveau pendant plusieurs mois et même une année. J'ai peine à ajouter foi à de pareils récits; car pour moi je n'ai , jamais vu la vie se prolonger au-delà d'une trentaine de jours. Voici comment la mort survient en pareil cas; la tête du canard Va nous servir comme | pièce justificative.

Les lobes enlevés, il se dépose à la surface de 1 j la portion restante de l'encéphale une couche de sang qui se coagule et lui forme une sorte d'enve-

loppe protectrice. Peu à peu celle-ci se dessèche par le contact de l'air, de manière à représenter une coque résistante et non élastique qui remplace les parois crâniennes ; mais à mesure qu'elle se dessèche, ses mailles se rapprochent, se resserrent, se racornissent. Qu'arrive-t-il de là ? que la substance nerveuse sous-jacente est comprimée, et que son expansion finit par devenir impossible.

On peut suivre de l'œil tous les changements 'physiques que subit le caillot sanguin moulé tout autour de la portion de l'encéphale restée dans le crâne. D'abord ce caillot est mou, semblable à une gelée, puis il paraît plus dur, plus grisâtre ; il fait entendre un bruit sec de parchemin quand on le percute avec un stylet. Plus tard sa résistance est extrême, et son tissu tellement serré qu'il ne se laisse que difficilement traverser par un instrument piquant.

Aussi la forme du caillot éprouve-t-elle de notables changements. Convexe dans les premiers moments, elle s'affaisse graduellement jusqu'à ce qu'elle soit presque plane. C'est alors que les phénomènes de compression se dessinent davantage.

Il est encore une autre cause qui accélère la mort. Tout le sang épanché dans le crâne ne se coagule pas, une petite quantité reste fluide, et séjourne autour delà substance nerveuse, qu'elle ramollit en s'y imbibant.

Examinons maintenant la tête de notre canard, pour vérifier quel est l'état des choses.

Le crâne paraît vide, excepté dans son tiers inférieur dont le fond grisâtre représente un plan-

Mitgcndie. Syst. nerv. I. ^9

cher résistant. Je plonge un bistouri en ce point : la lame a pénétré en déterminant un petit craquement de parchemin qui se reproduit au moment où je prolonge l'incision. Nous trouvons donc là un tissu membraneux, desséché, tel que je vous l'ai décrit.

Au dessous existe une couche sanguinolente, demi-liquide , paraissant tenir en suspension des lambeaux de substance nerveuse , comme s'ils s'étaient détachés par l'effet d'une macération pro-, longée. Les corps striés, les couches et les tubercules optiques ne font plus leur relief, et n'ont plus leur coloration normale. Toutes ces parties ont été ramollies, délayées : leur organisation a disparu, et elles ne constituent qu'une masse homogène et diiïluente.

La vie n'était donc plus possible avec de pareils désordres. Ce n'est pas par le fait même de l'opération, mais par les accidents consécutifs et inévitables , que la mort est arrivée.

C'est ainsi qu'a succombé il y a quelques jours le pigeon auquel nous avions enlevé les lobes cérébraux, après les avoir une première fois traversés avec des épingles. Je vous avais d'ailleurs avertis qu'il vivrait moins long-temps que le canard.

Ne semble-t-il pas, messieurs, que nos expériences soient destinées à remettre en question toutes ces propositions hypothétiques qui servent actuellement de base aux théories médicales ? Partout on vous parle de Y aiguillon inflammatoire. Trouve-t-on dans nos amphithéâtres d'autopsie un cerveau ramolli dans un point , ce ramollissement

sera attribué à un principe d'irritation , et on entrera dans de longs développements pour prouver comment le travail morbide a commencé. Ce n'était d'abord, dira-t-on, qu'une stimulation légère, une exaltation des propriétés vitales. H y a eu appel des fluides : de là phlogose, et tous les courants sanguins affluant spontanément vers ce centre de fluxion, il s'est formé tout autour un cercle inflammatoire ; puis la fièvre s'est allumée. Si la langue se sèche , si les fonctions digestives se troublent , si l'intelligence se pervertit, tout cela dépend de l'inflammation du tissu cérébral. Il est même des cliniciens qui entrent à ce sujet dans tant de détails et de particularités qu'il semblerait presque qu'ils assistaient dans le crâne à toutes les phases de la maladie , et qu'ils ne racontent que ce qu'ils ont distinctement vu.

C'est toujours Van-Helmont et son épine. On ne peut pas ortir de là.

Mais si la simple stimulation du tissu cérébral l'enflamme , pourquoi ce même tissu coupé , déchiré, arraché, ne s'enflamme- t-il pas? Rien ou presque rien n'est troublé dans les fonctions organiques d'un animal dont vous enlevez les lobes cérébraux, et vous voulez que toutes ces fonctions se troublent, parce que vous supposez qu'il se déve* loppe chez l'homme un point d'irritation dans le cerveau !

On va plus loin , et on dit : la stimulation inflammatoire est une épine fixée dans un organe. Eh bien ! moi , au lieu d'imaginer une épine métaphorique , je prends une aiguille véritable , en

métal; j'en prends même deux, trois, quatre, sivous voulez ; je les enfonce dans le crâne, de manière à traverser les lobes cérébraux dans tous les sens, et il ne survient aucun phénomène d'inflammation.

Quelles conclusions à déduire de cela? Qu'on ignore comment nos tissus éprouvent accidentellement des altérations caractérisées surtout par des modifications dans la circulation capillaire. Je ne prétends pas en savoir à ce sujet plus qu'un autre; mais je soutiens, les preuves en main, qu'un autre n'en sait pas davantage que moi.

Dire qu'on ignore n'est pas un aveu honteux si on s'est donné la peine de chercher. Ce n'est qu'un résultat négatif qu'il faut savoir avouer.

Malheureusement, il est dans la nature de l'homme de réduire tout à sa portée, et de s'arrêter avec complaisance sur une explication, pourvu qu'elle représente une image qu'il comprenne ou qui lui soit familière. Ce sentiment est surtout très marqué chez les personnes peu accoutumées à exercer leur esprit par des méditations sérieuses. Rien n'est vulgaire comme un langage figuré. Vous serez toujours bien accueillis, pourvu que vous vous mettiez au niveau des intelligences qui vous écoutent. Il le sait bien , l'industriel de nos places publiques, qui feint d'extraire un ver de la dent cariée qu'il vient d'arracher.

Pour être plus consciencieuses, nos explications n'en sont pas toujours plus scientifiques ni plus vraies. La prétendue épine inflammatoire n'est pas moins une chimère que le ver de l'empirique. Nous ne voulons point accepter l'effet sans remon-

ter à la cause : d'accord ; mais si cette cause nous échappe , à quoi bon lui en substituer une autre imaginaire?

Vous ne vous méprendrez point, messieurs, sur la pensée qui m'inspire de semblables réflexions. Il m'en coûte de jeter dans votre esprit de l'incertitude et du vague alors que peut-être vous vous étiez ralliés à quelques doctrines ou quelques systèmes. Mais qu'importe? si vous savez moins , vous saurez mieux , ou plutôt, en échange d'erreurs auxquelles il vous faudra tôt ou tard renoncer , vous aurez acquis une méthode d'étude qui désormais vous en mettra à l'abri.

Revenons actuellement à nos expériences de la dernière séance.

Nous avions voulu voir sur un jeune chien quels seraient les effets produits par la blessure d'une des pyramides antérieures. J'ai essayé devant vous cette délicate opération. Ce dont je suis sûr, c'est que je n'ai point atteint le côté gauche du bulbe ; maintenant ai-je touché la pyramide droite , n'aije touché qu'elle? c'était bien mon intention, mais cependant ce sera à vérifiera l'autopsie. Toujours est-il que l'animal est devenu hémiplégique, et que la paralysie s'est maintenue du côté de la blessure. Si c'est la pyramide qui a été blessée , nous aurions dû , d'après les idées qui régnent aujourd'hui dans la science, obtenir des effets croisés , puisque le point lésé se trouve au-dessus de l'entrecroisement. Dans ce cas-ci au contraire les effets sont directs puisque l'hémiplégie existe à droite.

Voici l'animal qui a été l'objet de notre expé-

rience. Vous voyez à son allure et à son attitude que la paralysie a persisté , bien qu'elle paraisse avoir un peu diminué : elle reste toujours limitée au côté droit.

Je vous ai déjà dit que je n'avais point encore obtenu d'hémiplégie , dans des expériences précédentes sur la section d'un des cordons du bulbe. Cela tenait-il à l'espèce d'animaux sur lesquels j'agissais? je l'ignore : nous nous en assurerons en répétant la même expérience sur des animaux d'espèce différente.

Il n'y a pas de défaut de régularité apparent dans les deux côtés de la face. Je n'y vois point de déviation ni à droite ni à gauche.

L'animal a mangé avec assez d'appétit , et il ne paraissait pas extrêmement souffrant. Il n'a point fait entendre de cris plaintifs. Aujourd'hui ses mouvements sont un peu plus libres, et il appuie davantage sur ses pattes antérieures et postérieures droites. Cette diminution de la paralysie s'observe pareillement chez les personnes frappées d'hémiplégie ; car il est rare qu'au bout de quelques jours celle-ci persiste au même de^ré qu'au commencement. Ainsi on remarque que la jambe devient plus libre, puis le bras, puis enfin les autres parties qui étaient d'abord totalement privées de la faculté de se mouvoir.

Nous avons eu soin de surveiller la plaie de la région cervicale afin qu'il ne se fit aucun épanchement de sang autour du bulbe. Sans cette précaution , nous aurions pu attribuer à la blessure

de la moelle ce qui appartenait à la compression exercée par un caillot sanguin.

Avant de sacrifier cet aninal , nous pouvons le faire servir à une autre expérience. En agissant sur le côté gauche , nous serons sûrs de ne pas confondre les deux blessures, puisque la première a été faite sur le côté droit du bulbe rachidien.

Expérience. (Chien hémiplégique.) Je voudrais couper sur cet animal la pyramide postérieure gauche, ou corps restiforme. Je ne l'aperçois pas très distinctement , attendu qu'il y a quelques taches de sang figé autour de la moelle , et que lè relief des divers cordons médullaires se dessine avec moins de netteté : toutefois , nous allons essayer, ïl importe peu que nous atteignions précisément le point indiqué, puisque nous avons toujours la ressource de l'autopsie.

La pyramide postérieure est plus facile à couper que l'antérieure , car on la voit. La seule chose à craindre et à éviter, c'est que l'animal ne fasse quelque mouvement.

Je me sers d'une petite aiguille à cataracte comme pour la section de la pyramide antérieure.

Voici le corps restiforme coupé, du moins je le crois. J'ai enfoncé l'instrument de droite à gauche, de dedans en dehors, en dirigeant la pointe un peu sur le côté de la ligne médiane. Je n'ai point fait un mouvement dans le sens antéro-postérieur, de peur de blesser la pyramide antérieure ; j'ai plutôt rasé transversalement la partie latérale gauche du bulbe. ,

L'animal vient de prendre une pose bien singulière. Il s'est roulé en cercle, le museau rapproché de la cuisse gauche et caché dans l'espace qui répond au pli de l'aine. On dirait qu'il s'est couché pour dormir; telle est la position que choisissent les chiens quand ils veulent se livrer au sommeil. J'essaie en vain de ramener le corps dans une direction droite : il reprend sa courbure,, et se maintient ainsi dans une immobilité absolue.

Les yeux sont déviés comme dans la blessure du pédoncule cérébelleux. L'animal ne paraît pas souffrir; seulement il n'est plus libre de changer d'attitude.

Ce n'est pas la première fois que je vois des blessures du système nerveux central s'accompagner de phénomènes tels que les animaux prenaient tout d'un coup et conservaient longtemps la position qui leur était la plus familière pendant la vie. Je n'ai pas encore de données précises à cet égard; mais je me demande s'il ne serait pas possible que les mêmes parties de l'encéphale présidassent à des mouvements variés suivant chaque classe d'animaux. Si le raisonnement pouvait être de quelque poids dans une question expérimentale, il rendrait très probable cette supposition. Ainsi comment concevoir qu'un animal qui n'est destiné qu'à exécuter une certaine série de mouvements, ait cependant dans le cerveau les mêmes agents moteurs que celui qui doit accomplir des mouvements d'une toute autre nature ? Puisque chez ces deux animaux la conformation des masses nerveuses est à

peu près identique, il faut que les propriétés inhérentes à chaque pièce de l'encéphale soient en harmonie avec le jeu des organes auxquels elles président. Si ce jeu est différent , ces propriétés ne peuvent être semblables. Ceci du moins me paraît logique.

Il faudra nécessairement que nous répétions cette expérience. D'abord nous n'avons pas de certitude sur le siège précis de lablessure faite au bulbe. Ensuite la paralysie de la moitié droite du corps n'est peut-être pas étrangère au résultat que nous observons à gauche. Puis enfin il n'est pas sûr que la lésion des mêmes, parties chez des animaux d'un autre ordre déterminât des modifications de la contraction musculaire en rapport avec les attitudes habituelles du corps. Aussi je n'affirme rien : je n'émets qu'une simple conjecture.

Il est à remarquer ici que la sensibilité est conservée intacte aussi bien à droite qu'à gauche.

En résumé, le seul phénomène qui me paraisse bien saillant, c'est la position singulière de l'animal qui est roulé en cercle à gauche, dans l'atlitude du repos et du sommeil.

Répétons cette expérience sur un lapin. Je commencerai par Couper la pyramide postérieure.

Lapin. Le quatrième ventricule est mis à découvert par l'incision des parties molles qui recouvraient l'espace compris entre l'atlas et l'occipital. Malheureusement le sang s'écoule de la plaie en quantité considérable. Nous allons attendre un peu que l'hémorragie ait cessé.

Le meilleur moyen d'arrêter le sang, surtout

quand il est fourni par des veines, est de laisser l'animal libre, afin qu'il puisse respirer à son aise. Si vous vous obstinez à nettoyer la plaie et à l'arroser avec de l'eau fraîche, ce contact continuel sur des tissus au vif entretient la douleur et provoque des efforts. Or les efforts ont pour effet , vous le savez, d'accélérer la circulation artérielle et de gêner,' parfois même de suspendre le cours du sang veineux. Vous obtenez donc un résultat tout différent de celui que vous cherchez. Au contraire, en laissant la poitrine se dilater librement , les veines caves se vident avec plus de facilité dans l'oreillette droite, le système veineux général se désemplit, et le sang a moins de tendance à s'échapper par les vaisseaux blessés.

C'est ce qui vient d'arriver pour l'animal qui est maintenant en expérience. L'hémorragie s'est arrêtée en. partie aussitôt qu'il a pu respirer sans entrave. J'enlève avec précaution les caillots sanguins qui se sont déposés sur la plaie , et nous avons ainsi une surface nette et distincte dans ses détails anatomiques.

Il s'agit donc de couper le corps restiforme droit. Vous le reconnaissez facilement à sa position sur la face postérieure de la moelle , et à sa direction relativement à son congénère. Tous deux en effet s'écartent l'un de l'autre pour gagner le pédoncule du cervelet correspondant, laissant entre eux un intervalle en forme de V, dont le sinus regarderait en haut.

Je pique le corps restiforme du côté droit. L'animal a fait un mouvement qui indique qu'il a

senti de la douleur. Jé le remets sur la table pour que nous puissions l'examiner.

Le voilà qui se courbe à droite, en se couchant sur le côté gauche. Il prend donc à peu près la même position que le chien sur lequel nous venons de faire une opération semblable : seulement elle est moins prononcée. Ses yeux sont pareillement déviés : le droit est dirigé en bas et en avant , le gauche en haut et en arrière. C'est le strabisme que nous avons signalé à propos de la section du pédoncule cérébelleux.

L'attitude qu'à prise et que conserve ce lapin lui est assez naturelle dans ses moments de repos, alors qu'il n'a été soumis à aucune expérience.

Je vais couper le corps restiforme du côté gauche. Si l'instrument porte sur un point qui se trouve parfaitement au niveau de la première incision, il est probable que les phénomènes latéraux cesseront, et que les yeux reprendront leur direction régulière. t

Voici la pyramide postérieure gauche coupée. L'animal s'est couché dans l'endroit même où je viens de le déposer, et il ne paraît pas avoir plus de tendance à se tourner d'un côté que de l'autre. Mis sur ses pattes, il y est peu solide et n'y reste que quelques secondes , puisqu'il s'affaisse sous lui directement, sans s'incliner plutôt à droite qu'à gauche. Le strabisme n'a pas entièrement disparu, mais il est beaucoup moins apparent.

Il semblerait donc qu'il existe quelque analogie entre les fonctions des cordons du bulbe et celles des fibres de la protubérance, que le corps resti-

forme qui se rend au pédoncule du cervelet aurait, comme ce pédoncule, des usages relatifs aux mouvements latéraux. Nous nous occuperons plus tard d'expériences détaillées à ce sujet : je n'ai voulu que vous donner un aperçu général des propriétés principales de ces diverses parties.

Un fait que j'ai eu déjà l'occasion de vous signaler, c'est que la lésion d'une portion quelconque de l'encéphale ne détermine pas des troubles seulement dans les points qui paraissent soumis à son influence directe et spéciale, mais dans d'autres points qui , anatomiquement parlant , devraient être en dehors de cette influence. Ainsi nous retrouvons à propos des corps restiformes les mêmes contractions eonvulsives des muscles de l'œil. Cependant quel rapport établir entre les nerfs de la vision et les cordons postérieurs du bulbe ? C'est donc là une propriété des parties centrales du système nerveux que d'être en relation de fonctions , sans l'être de texture, avec une multitude de points éloignés. Tandis qu'un nerf appartient en propre à l'organe auquel il se distribue, l'endroit du cerveau d'où il émane est au contraire commun à une multitude d'organes , bien qu'on ne puisse saisir la liaison anatomique qui les unit.

Nous savons que dans ces expériences la vision est troublée, parce que nous le voyons. Mais qui vous dit que les autres sens sont restés intacts ? Comme nous ne possédons pas de moyen pour vérifier leurs moindres nuances d'altérations, nous ne pouvons affirmer ni nier que des altérations existent.

Nouvelle preuve de l'insuffisance des études anatomiques pour l'appréciation rigoureuse des fonctions de l'encéphale. Si quelquefois la direction des fibres nerveuses est d'accord avec celle des mouvements qui sont sous leur dépendance, on s'abuserait étrangement si l'on voulait généraliser par trop ces faits et les formuler en loi.

Maintenant que ce lapin a les deux pyramides postérieures coupées, nous allons toucher à une des pyramides antérieures.

Nous sommes bien certains que les mouvements ne sont paralysés ni d'un côté ni de l'autre. L'animal peut encore se tenir debout et même faire quelques pas en avant. Il est vrai qu'il marche avec peine, mais cette faiblesse dans les membres n'est pas bornée à une moitié du corps; elle est générale.

Je vais piquer la pyramide antérieure droite , comme je l'ai fait sur notre chien hémiplégique. J'approche l'instrument le plus près possible du pont, afin d'être au-dessus de l'entrecroisement, et de bien vérifier s'il y aura des effets croisés. Vous vous rappelez qu'ils ont été directs sur le chien dont nous venons de parler.

J'enfonce l'aiguille. L'opération est faite, et le lapin remis sur la table. Son attitude n'est plus la même. Ainsi le voilà étendu tout de' son long, les pattes allongées et raides, surtout les pattes gau-

ches,ilestincapablederesterdebout;àpeinejecesse de le soutenir, après l'avoir relevé, qu'il retombe sur le côté droit, comme si cette partie était entièrement paralysée. Les pattes droites sont dans un

élat de résolution à peu près complet ; on les fléchit à volonté, sans que l'animal prenne part à ces mouvements. Il y a donc hémiplégie correspondante au côté du bulbe qui a été blessé.

Il est probable que la paralysie serait moins absolue si les corps restiformes étaient restés intacts. Du moins, je ne me souviens pas d'avoir vu la blessure isolée d'une pyramide antérieure, sur les lapins, déterminer l'abolition du mouvement de tout une moitié du corps.

Vous noterez encore que les effets en sont directs, bien que nous ayons agi au-dessus de l'entrecroisement. Nous avons déjà fait cette remarque à l'occasion du chien que vous avez sous les yeux.

Afin d'être bien sûrs de nos conclusions, nous allons faire l'autopsie de ce lapin , et voir si réellement les points coupés sont ceux que nous avions l'intention d'atteindre. L'animal est mort maintenant, car il s'est formé une hémorragie à l'intérieur du rachis qui a comprimé la moelle.

Voici le bulbe. Les deux corps restiformes ont été blessés à la même hauteur, et l'aiguille né paraît pas avoir dépassé l'épaisseur de ces cordons médullaires. Quant à la pyramide antérieure droite, elle offre à son centre, à deux lignes du pont, un petit trou qui la traverse de part en part. L'expérience a donc réussi aussi bien que nous le désirions.

Je suis très-impatient de savoir si nous avons eu la main aussi heureuse relativement au chien hémiplégique. C'est ce que nous serons très-probablement à même de vérifier dans la séance prochaine.

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