SIXIÈME LEÇON
26 décembre 1838.
Sommaire. Appréciation en millimètres du degré de pression du liquide céphalo-rachidien.— Etat duliquide dans les cas d'hémorrhagie cérébrale. —Mélange du liquide et du sang hémorrhagié. — Mécanisme de la formation de ce mélange. — Influencedela pesanteur sur le liquide contenu danslerachis. — Pus mélangé au liquide. — Nature du liquide.— Opinion de Bichat sur l'arachnoïde intra-venticulaire. — Bichat créait un canal de toutes pièces. — Préparation de M. James , pour démontrer le siège précis du liquide.— Analyse du liquide par M. Lassaigne, par M. Haldat, par M. Couerbe. — Le cerveau contient une proportion d'eau e'norme. — Ramollissement du cerveau. — Degré de température du liquide. — AuLopsie du chien quia servi aux expériences de l'avant-dernière leçon. — Myélite. — Appareil sécréteur du liquide. — Transsudation du liquide visible à la surface de la pie-mère et du lissu cérébral. — Les plexus choroïdes concourent peu ou point à la sécrétion duliquide. — Examen comparatif du liquide ventriculaire et du liquide sous-arachnoïdien. — Expérience sur les mouvements de flux et de reflux du liquide.
Messieurs ,
Puisque la pression que supporte et que transmet le liquide cérébro-spinal ne peut diminuer ni s'accroître sans qu'il en résulte un trouble notable dans les fonctions du système nerveux, il serait du plus haut intérêt de connaître les limites de cette
pression en deçà et au-delà desquelles le cerveau ne conserve plus son jeu physiologique. Nous n'avons à cet égard que des évaluations approximatives. Peut-être avec l'hémodynamomètre de M. Poiseuille pourrons-nous arriver à mesurer en millimètres cette pression et à en établir le chiffre exact. Je me propose de l'essayer. Comme je n'ai jamais fait cette expérience , voici la manière dont je conçois qu'on puisse l'exécuter, sauf toutefois à la modifier , selon ce que l'essai manuel nous apprendrait.
On adapterait à la cavité sous-arachnoïdienne, derrière l'occiput, l'ajutage de l'instrument; puis ouvrant le robinet , on verrait à quelle hauteur s'élève la colonne de mercure dans le tube vertical qui est gradué. Chaque oscillation cle la colonne indiquerait le degré de pression du liquide céphalorachidien. Il faudra tenir nécessairement compte de la quantité de liquide qui s'écoule au moment de l'ouverture pratiquée aux méninges ; aussi la pression que l'instrument indiquera sera inférieure à celle que supporte l'enveloppe membraneuse de la moelle. J'ignore si nous réussirons, mais l'expérience, bien que délicate, ne me paraît pas impossible.
Je vous ai déjà indiqué plusieurs des conséquences mécaniques qui résultent, dans la pathologie du système nerveux central , des communications libres du liquide du crâne et de celui du canal vertébral. Quelques mots encore sur cette question aussi neuve que grave.
Quand une hémorrhagie se fait dans l'épaisseur
même de la substance cérébrale , sans déchirure qui la fasse communiquer avec l'intérieur ou l'extérieur des hémisphères, le liquide céphalorachidien conserve sa transparence et sa limpidité. Si Tépanchement est abondant et siège dans le voisinage d'un des ventricules latéraux, l'endroit qu'occupe le sang se dilate aux dépens de la cavité cérébrale correspondante. Le liquide est refoulé dans le ventricule opposé , et son accumulation spontanée à l'intérieur de l'hémisphère sain, peut développer des symptômes de compression qui simulent une véritable hémiplégie. Ainsi se trouveraient expliqués quelques cas singuliers d'apoplexie , où la paralysie siégeait du même côté que la lésion cérébrale.
La communication libre et les déplacements multipliés d'une localité dans l'autre , du liquide que contiennent les ventricules et l'espace sousarachnoïdien, doivent faire supposer que le sang des hémorrhagies se mêle au liquide cérébrospinal , dès l'instant où ce sang ne reste plus logé dans l'épaisseur de la pulpe encéphalique, et fait éruption au dehors. L'observation confirme cette déduction physiologique. Tous les médecins qui se sont occupé d'autopsie ont noté, clans certaines circonstances, la couleur rougeâtre^ sanguinolente du liquide contenu dans le crâne. Mais ils ignoraient le véritable mécanisme qui produisait cette coloration. Voici ce que m'ont appris de nombreuses ouvertures de cadavres faites par mon procédé.
Le sang a-t-il pénétré dans la cavité même
d'un ventricule latéral par rupture ou par simple exhalation des vaisseaux qui rampent dans les parois de cette cavité ? il se mêle au liquide qui s'y trouve normalement. Bientôt ce mélange de liquide et de sang, agité par les mouvements de flux et de reflux qu'amène la respiration, s'étend de proche en proche au ventricule moyen et au ventricule latéral opposé, arrive dans l'aqueduc , sort par Ventrée des cavités cérébrales , et là , obéissant à son poids qui est supérieur à celui du liquide pur, il tombe dans le rachis dont il gagne en un instant la partie la plus déclive. Mais nous savons que la couche liquide qui environne les hémisphères et toute la masse encéphalique est sans cesse renouvelée par suite de l'expansion et du resserrement du cerveau; aussi chaque mouvement respiratoire déplacera quelque portion de cette couche pour la remplacer successivement par le liquide que nous avons vu être mêlé au sang hémorrhagié.
Le malade est-il mort quelquesinstants seulement après 1' 'apoplexie foudroyante qui l'a frappé ? le liquide cérébro-spinal pourra conserver encore une partie de sa transparence, car le sang n'aura pas eu le temps de se répandre dans tout l'espace sousara chnoïdien. Il n'est pas rare qu'il en soit empêché pendant quelques instants par un caillot sanguin qui s'est arrêté dans l'aqueduc et a intercepté momentanément la communication du liquide de l'intérieur et de l'extérieur. Quand au contraire il s'est écoulé plusieurs heures et , à plus forte raison, plusieurs jours, depuis l'attaque et la mort, on trouve constamment le liquide cé-
phalo-rachidien teint de sang dans tous les points pu il se montre. Il n'est pas même impossible de diagnostiquer la marche de ces mélanges tout mécaniques. J'ai plus d'une fois prédit, par les progrès de la paralysie et les troubles croissants des grands appareils, qu'on trouverait du sang dans toute la cavité du crâne et du rachis : l'autopsie venait ensuite confirmer mes prévisions.
Quelquefois vous trouvez le liquide coloré fortement par le sang, et cependant il n'y a point de foyernide déchirure dans les ventricules.D'où vient ce sang? comment s'est-ii mêlé avec le liquide ?
Examinez avec soin la surface des hémisphères ou des autres parties nerveuses, vous apercevrez sur une circonvolution ou dans la rainure d'une anfractuosité, la source qui a fourni le sang. Ce sera quelque vaisseau déchiré, l'orifice de quelque foyer apoplectique, le ramollissement d'un peu de matière cérébrale qui se sera dissoute dans le liquide. Il n'en faut pas davantage pour altérer la limpidité de tout le liquide céphalo-rachidien, par un mécanisme de distribution trop simple à saisir pour que je doive y insister de nouveau.
Enfin, si la moelle épinière est le point de départ du sang ou de toute autre substance susceptible de se mêler au liquide, vous retrouverez dans le crâne et le cerveau le même mélange que dans le rachis. Cependant plusieurs circonstances peuvent retarder l'accomplissement de ces phénomènes purement physiques.
Ainsi ce sera vers le sacrum que le produit accidentel, obéissant à son poids, se dirigera d'abord.
( fl#3 )
Il pourra même séjourner quelque temps en ce point sans remonter à l' extrémité céphalique de la moelle.
Si la matière épanchée est du pus, son ascension dans le canal vertébral éprouvera de nouvelles difficultés. En raison de sa consistance et de sa viscosité, ce pus adhérera à la pie-mère rachidienne qu'il enlacera comme une sorte de gelée .tremblante, et ce n'est qu'après une longue macération que, dissout par le liquide, il arrivera jusqu'au cerveau. Comme ce sont les portions supérieures de la moelle qui sont en relalion avec le crâne , il faut toujours un certain temps pour que les exhalations morbides de l'épine pénètrent de bas en haut à l'intérieur des ventricules. Toutefois vous finirez par les y rencontrer, ainsi que j'en ai eu nombre d'exemples.
Il ne peut donc rester le moindre doute sur le passage du liquide céphalo-rachidien , soit naturel, soit vicié par quelque matière étrangère , de l'intérieur du crâne et du cerveau dans le canal vertébral. Comment expliquer autrement que par des flux et reflux continuels la décoloration du caillot sanguin contenu dans les ventricules, alors que l'hémorrhagie a fait éruption dans les cavités cérébrales ? On conçoit au contraire à merveille que le liquide venant sans cesse baigner la surface de ce caillot, enlève peu à peu sa matière colorante jusqu'à ce qu'il soit réduità son canevas fibrineux.
Je ne puis entrer dans les développements que comportent des faits aussi pratiques que ceuxlà : le temps ne me le permet pas, car nous avons d'autres points à aborder. Arrivons donc aux
Propriétés chimiques et physiques du liquide.
Une première question se présente : De quelle nature est le liquide céphalo-rachidien ? S'il était contenu dans la cavité propre de l'arachnoïde, il n 7 aurait matière à aucun doute; ce serait une simple sérosité, analogue à celle qu'on rencontre dans le péricarde, la plèvre et les autres membranes séreuses. Ainsi le pensait Cotugno ; ainsi le pensaient les médecins du siécledernier et du nôtre qui, d ailleurs, ne regardaient ce liquide, quand Us le rencontraient, que comme le produit d'une exhalation morbide à l'intérieur des ventricules et de la cavité arachnoïdienne. Cette erreur anatomique a surtout été sanctionnée et en quelque sorte popularisée par un homme dont j'honore la mémoire et dont, aujourd'hui encore, l'autorité n'est pas sans force.
Entraîné par ses facultés brillantes de tout généraliser, Bichat ne pouvait comprendre comment les ventricules n'auraient point été tapissés par une membrane séreuse , chargée de sécréter la sérosité cérébrale. Aussi a-t-il imaginé une ouverture qu'il place au-dessous du bord postérieur du corps calleux, laquelle aboutirait dans le ventricule moyen au-dessus de la glande pinéale. C'est par là que s'introduirait l'arachnoïde en même temps que la pie-mère , de sorte que la continuité de la séreuse, à l'intérieur et à l'extérieur du cerveau, ne serait nulle part interrompue. J'ai fait voir depuis long-temps que ce prétendu canal n'était qu'une illusion , et qu'on le faisait de toutes pièces en suivant la préparation indiquée par Bichat.
Comment en effet ce physiologiste en démonlre- Ml l'existence? Il veut qu'on écarte doucement en arrière chaque hémisphère , et qu'on fasse pénétrer un stylet crénelé sous les veines de Galien , en ayant soin de le pousser avec précaution en avant jusqu'à ce qu'on soit arrivé dans le ventricule. Quelquefois , ajoute-t-il , on éprouve de la résistance. Alors il faut faire tourner tout autour le stylet pour dégager les adhérences et rendre l'ouverture sensible.
Sans doute vous obtiendrez par ce moyen un canal, mais, entendons-nous, un canal artificiel, dont vous aurez fait tous les frais.
Cependant Bichat, en homme d'honneur et de conscience qu'il était (je voudrais pouvoir dire la même chose de tous les anatomistes), Bichat se fait plusieurs objections , et entre autres celle-ci : comment les épanchements aqueux des ventricules ne se répandent-ils pas dans la cavité de l'arachnoïde, puisque cette membrane s'engage par l'ouverture indiquée ? Il est obligé de supposer que le liquide, en distendant les ventricules , ferme l'orifice interne du canal. Mais é'est là une mauvaise raison. Bien loin de fermer cet orifice, le liquide devrait l'agrandir circulairement, puisqu'il presse ses parois dans tous les sens.
Vous comprenez très bien maintenant comment Bichat, dominé par ses idées préconçues, s'est laissé abuser, et a cru voir une disposition normale dans ce qu'il venait de fabriquer lui-même à son insu. Et d'ailleurs si le canal existait réellement, ce que je nie, il ne pourrait faire communiquer la sérosité
ventriculaireavcc celle de la grande cavité de l'arachnoïde, puisque nous avons vu de la manière la plus positive que le liquide cérébro-spinal occupe 1 espace sous-arachnoïdien.
}\ n'existe donc de canal véritable que celui que j'ai indiqué au niveau du calamus, et pour le rendre visible il suffit de soulever légèrement le cervelet. A ceux qui pousseraient l'incrédulité jusqu'à supposer que peut-être ce simple déplacement a déchiré quelques brides filamenteuses qui bouchaient l'orifice, nous répondrions par cette préparation que le hasard a fournie ce matin à M. James, le rédacteur de ces leçons.
M. James avait mis sur sa fenêtre, en dehors de sa chambre t le cerceau d'un vieillard mort avec des signes d'affaiblissement de l'intelligence. Au bout de vingt-quatre heures , quand il a voulu l'étudier, ce cerveau était gelé. Curieux alors de constater le diamètre des cavités cérébrales, M. James a incisé l'hémisphère couche par couche jusqu'aux ventricules latéraux qu'il a trouvés remplis par un glaçon. Ce glaçon envoyait un petit prolongement par l'ouverture de Monro qui faisait ainsi communiquer chaque ventricule latéral avec un autre glaçon occupant la cavité du ventricule moyen. De ce dernier glaçon naissait une languette de glace qui pénétrait dans l'aqueduc, se renflait au niveau du quatrième ventricule, dépassait le bec de la plume, et se terminait plus loin à l'endroit de la section du bulbe. La dissection faite avec soin montrait donc le liquide tel qu'il est disposé sur le vivant. Le glaçon
multiple par ses renflements, mais unique par sa continuité, représentait le moule exact de la configuration et des communications des ventricules.
Ën me communiquant ce matin ce résultat, M. James , croyait avoir découvert une préparation nouvelle. Bien que je ne l'aie pas indiquée, je crois cependant me rappeler lavoir faite à l'époque où je m'occupais demes recherches sur le liquidecéphalo-rachidien. Quoi qu'il en soit, elle me paraît à l'abri de toute objection. La transparence du glaçon montrait que le liquide était dans un état d'intégrité parfaite.
Le mot sérosité, employé par les anatomistes pour désigner le liquide cérébro-spinal, est doncun mot impropre, s'il veut dire que ce liquide est logé dans l'arachnoïde. Il ne convient pas davantage s'il exprime que ce liquide est analogue à celui qu'on rencontre dans les autres membranes séreuses- Vous allez voir en effet qu'il en diffère essentiellement.
M. Lassaigne, à qui j'avais confié une assez grande quantité de liquide recueilli chez une vieille femme, l'a trouvé composé de
Eau 98,564.
Albumine 0,088.
Osmazome 0,474-
Hydiochlorate de soude et de potasse . . . . 0,801.
Matière animale et phosphate de soude litre . 0,006.
Carbonate de soude et phosphate de chaux . . 0,017.
Total. 99,98°-
D'après M. Haldat, cent parties du liquide céphalo-rachidien seraient composées ainsi qu'il, suit:
Osm azome . .
A lk
Sel
Total 100,0 Mais le travail sur lequel je veux le plus spécialement appeler votre attention est celui d'un jeune chimiste fort habile, M. Couerbe, qui s'est livré à de très belles recherches sur l'analyse du cerveau et du liquide qui l'enveloppe. Je lui avais remis plusieurs onces de liquide sain , extrait de divers cadavres. Voici la liste des substances qu'il y a rencontrées, après l'avoir préalablement soumis à l'évaporation.
i° Matière animale insoluble dans l'alcool et l'élher, solublc dans les alcalis; elle est analogue au nevrilème du cerveau.
2° Albumine.
3° Cholestérine.
4° Cércbrote.
5' Cblorure de sodium.
6° Phosphate de chaux.
"j° Sels de potasse.
8° Sels de magnésie.
Ce qu'il y a de plus curieux dans ce résultat, c'est laprésence, au milieu du liquide, de plusieurs des éléments du cerveau , tels que la cérébrote, la cholestérine, le phosphore etc. que M. Couerbe a signalés dans son analyse de la substance cérébrale sur laquelle nous aurons occasion de revenir. Ne semble-t-il pas que le liquide, par son séjour continuel autour de l'encéphale, s'est imprégné d'une
partie dcsa substance? Il ne contient point les matières grasses, telles que la céphalote et 1 eléencéphol, et peut-être est-ce la nature chimique de ces principes qui les a empêchés de se dissoudre dans le liquide céphalo-rachidien.
Cette composition n'est probablement pas stable, là en juger par la présence au milieu du liquide de certaines substances qu'on a fait pénétrer dans la circulation par voie d'absorption. C'est surtout lavec le prussiate de potasse et l'iodure de potassium ioduré qu'on peut vérifier ce résultat nouveau. Jusqu'ici on n'a tenu aucun compte du transport consécutif des boissons et autres substances dans la cavité du crâne et du rachis, et de leur contact sur la pulpe nerveuse par suite de leur mélange avec le liquide cérébro-spinal ; ce serait pourtant une série d'expériences faciles à faire et curieuses à ianalyser.
Un fait non moins remarquable , c'est la quantité énorme de principes aqueux que contient la matière cérébrale. Pour arriver à reconnaître ce rapport, j'ai pris une tranche de cerveau d'adulte; puis, après l'avoir soigneusement pesée, je l'ai soumise à l'évaporation dans une étuve chauffée à 70°» iLe résidu ne m'a plus offert qu'unhuitième en poids !de cette tranche , proportion extrêmement faible, comme vous voyez. J'ai soumis pareillement à l'action de la chaleur une portion de cerveau d'enfant nouveau-né , en ayant soin d'obtenir une évaporation lente et ménagée, de peur d'altérer ou de Idécomposer la substance cérébrale. La quantité id'eaum'a paru plus considérable encore, puisque
sur 1 1 grammes, poids total de l'objet avant l'expérience , il y en a eu à peu près 1 0 de perdus.
Ne serait-ce pas à l'augmentation spontanée et à l'accumulation en un point d'une portion de ce volume d'eau que contient l'encéphale, qu'il faudrait attribuer certaines altérations du cerveau désignées par l'épithète si modeste de ramollissement. Cette maladie est surtout fréquente dans l'enfance, et c'est dans l'enfance aussi que nous trouvons une plus grande proportion de principes aqueux. Nul doute que dans ce cas la composition du liquide céphalo-rachidien ne soit très modifiée, puisqu'on y rencontre des masses entières de substance cérébrale dissoutes ou suspendues à la manière d'une émulsion.
A la suite de certaines hémorrhagiès cérébrales, les parties voisines du foyer sanguin se changent en une pulpe semi-fluide qui se mêle au liquide si l'épaHchement s'est fait à la surface du cerveau ou dans les ventricules. Dans le cas où le foyer n'est séparé du liquide céphalo-rachidien que par une couche mince de substance nerveuse , on peut encore admettre qu'une certaine quantité du liquide s'imbibe à travers la lame de séparation , et va sè mêler au sang hémorrhagié.
Ainsi, dans tout ce qui touche à la pathologie de l'encéphale, vous êtes sûr de trouver un rôle joué par le liquide. Que penser de la prétendue science des médecins qui ignorent jusqu'à son existence ?
J'ai voulu vérifier la température du liquide cérébro-spinal. Elle estd'environ 31° cent., c'està-dire qu'elle est la même que celle du sang. Bien
qu'il ne soit guère présumable qu'elle éprouve des changements notables pendant la vie, j'ai essayé de la modifier dans le but de voir ce qui en résulterait. Voici les résultats que j'ai obtenus.
Si on aspire avec une seringue tout le liquide céphalo-rachidien d'un chien, et qu'on le réinjecte immédiatement dans la cavité dont on vient de l'extraire, il ne survient rien de remarquable. Meton un intervalle d'une demi-heure avant de le réintégrer , le liquide ainsi refroidi détermine chez l'animal un tremblement et une horripilation générale. Rien ne ressemble mieux au frisson d'accès des fièvres intermittentes. Ces effets seront surtout très marqués si vous abaissez de beaucoup la température du liquide en plongeant l'instrument qui Ta reçu dans un mélange réfrigérant.
Toute liqueur que vous substituez au liquide naturel, fût-ce de l'eau distillée avec toutes les conditions voulues de température et de quantité, produit df s troubles à l'instant de son contact avec la surface cérébro-spinale. A plus forte raison du pus et d'autres matières étrangères développeraientdes accidents graves. Nous venons d'en avoir tout récemment la preuve. Elle nous a été fournie par l'animal sur lequel nous avions il y a plusieurs jours extrait devant vous le liquide céphalo-rachidien , et qui avait perdu beaucoup de sang.
Ce chien, ainsi que je l avais prévu, a succombé a la suite de l'opération. Vous avez maintenant sous les yeux tout son système nerveux central débarrassé des enveloppes osseuses et membraneuses. Comment expliquerez-vous sa mort? Vous
voyez que la surface de la moelle et de l'encéphale est recouverte d'une couche puriforme au-dessous de laquelle le tissu nerveux parait parfaitement sain. Cette couche se continue avec l'intérieur des ventricules latéraux en s'engageant par l'entrée des cavités cérébrales. La membrane ventriculaire, si tant est qu'il y ait là une membrane/ a son aspect, sa consistance et sa coloration normales; nulle part de trace de liquide. Il a été remplacé par cette matière blanchâtre et visqueuse dans tous les points qu'il devra occuper. Vous ne rencontrez donc d'autres altérations* pour vous rendre compte des accidents mortels, que cette modification dans les qualités physiques et chimiques du liquide céphalo-rachidien .
Diverses causes , difficiles à apprécier, produisent chez l'homme les mêmes désordres de sécrétion. Cejqu' on appelle aujourd'hui myélite, et qu'on regarde comme l'inflammation de la moelle épinière, n'est souvent autre chose qu'un changement pathologique survenu dans les propriétés du liquide qui enveloppecetorgane. Aussi, que trouve t-on à l'autopsie ? A peu de chose près ce que nous venons d'observer sur cet animal.
Ce n'est pas légèrement , messieurs , que je me permets de semblables rapprochements. Quelle est en général la marche de la myélite ? La paralysie commence par les parties qui reçoivent leurs nerfs de l'extrémité inférieure de la moelle , et cela s'explique à merveille par la compression qu'exerce sur cet organe la matière puriforme que son propre poids a entraînée dans le point le plus déclive; puis
la paralysie s'élève progressivement jusqu'aux puissances musculaires de la inspiration , en même temps que le canal se remplit du produit morbide qui remplace le liquide. C'est alors que la mort arrive. Si vous faites l'autopsie avec les précautions convenables, vous trouverez un rapport anatomique exact entre la hauteur où s'arrête la paralysie des nerfs rachidiens , et celle qu'a atteinte la colonne purulente qui entoure et comprime la moelle.
Vous sentez de quelle importance il serait pour le médecin de pouvoir modifier au besoin la sécrétion de ce fluide dont les altérations sont si promptement fatales. Cherchons d'abord à déterminer quel est son appareil sécréteur. Est-ce le feuillet arachnoïdien qui l'entoure ? est-ce au contraire la pie- mère sous-jacente ?
Le raisonnement fournit déjà quelques inductions, puisque c'est'par leur surface de glissement et non leur surface adhérente que se fait la perspiration des séreuses. L'arachnoïde ne contient presque pas de vaisseaux sanguins. , et l'on conçoit difficilement comment elle pourrait suffire à une sécrétion aussi abondante. La pie-nièce au contraire^ par la vascularité de son tissu, offre les conditions les plus favorables de structure et de disposition. Elle pénètre partout où pénètre leliquideet d'ailleurs, n'est-elle pas déjà chargée d'apporter au cerveau les principes aqueux qui entrent pour une si grande proportion dans la composition de sa substance ?
L'observation confirme ces déductions ration - Magendie. Syst. nerv. I. 8
nelles. Mettez à découvert sur l'animal vivant une portion de la pie-mère , vous apercevrez une rosée limpide transpirer à sa surface, et s'opposerau désséchement de la membrane. La quantité de liquide exhalé paraît peu considérable, parce qu'il s'évapore presque aussitôt qu'il est sorti par exhibition des vaisseaux. Le phénomène sera rendu plus sensible encore , si vous avez préalablement injecté de l'eau dans les veines de l'animal. Il est donc hors de doute que l'organe sécréteur du liquide cérébro-spinal, c'est la pie-mère..
Cependant en réfléchissant à ce que nous montrent d'autres expériences et divers faits pathologiques, je suis aujourd'hui très porté à reconnaître encore une autre source au liquide : et voici sur quoi je me fonde.
Coupez sur le cadavre une tranche de cerveau i humain , essuyez les gouttelettes de sang qui se> sont échappées au moment de la section, et examinez avec attention. Une couche humide , transparente, recouvre bientôt toute la surface de la tranche. Cette couche n'est point uniforme , elle estl constituée par une série de petites granulations; aqueuses que vous voyez sourdre à travers la substance cérébrale. Enlevez-les avec une éponge fine,, et d'autres seront venues les remplacer au bout de quelques instants. Le même phénomène se produit à la face interne des ventricules, sans qu'il soit besoin d'entamer le cerveau. Ouvrez ces cavités, vous verrez leurs parois lisses et onctueuses se recouvrir d'un liquide tout-à-fait semblable à celui qu'on y rencontre pendant la vie. Il est pro-
bable que les choses se passent de la sorte sur le vivant , et que le suintement qui s'opère à l'intérieur des ventricules est une des sources du liquide céphalo-rachidien. C'est même par cette circonstance de physique vitale que je m'explique la production de certaines hydrocéphalies internes accompagnées de l'occlusion de l'entrée des cavités encéphaliques.
Quel appareil de sécrétion autre que la substance cérébrale elle-même a pu fournir dans ce cas une quantité de liquide aussi abondante ? (nous savons que cette quantité peut s'élever jusqu'à plusieurs litres.) Seraient-ce les plexus choroïdes ? Mais cela ne se peut, car ils ne vous offrent plus que les vestiges de la membrane vasculaire qui , durant la vie fœtale, a servi à la sécrétion de la matière nerveuse ; leurs vaisseaux repliés sur eux-mêmes , et en partie oblitérés, sont surtout constitués par un lacis veineux plus propre à absorber qu'à exhaler. Les ventricules au contraire , par la distension énorme de leurs parois , offrent une large surface au suintement du liquide. Il est donc très probable que l'exhalation s'opère aux dépens même du cerveau qui en a fourni les matériaux, ainsi qu'on l'observe sur le cadavre.
Ce serait peut-être un moyen pour faire l'analyse comparative du liquide provenant de ces deux différentes sources. Il suffirait, dans les cas d'hydrocéphalie interne, de recueillir à part celui que renferment les ventricules , et celui qui est lopé dans le canal vertébral ; le premier étant probablement fourni par les parois ventriculaires, et le
second par la pie-mère rachidienne. Je ne seraispas surpris qu'on trouvât quelque différence dans leur composition chimique.
Nous terminerons cette leçon par une expérience sur les mouvements de flux et de reflux que la respiration communique au liquide céphalo-rachidien. Je vous en ai décrit précédemment le mécanisme : vous allez maintenant avoir la confirmation et la preuve du phénomène.
Sur un jeune chien dont les muscles postérieurs du cou ont été divisés ainsi que la membrane occipito-atloïdienne miseà découvert, j'introduis jusque sous l'arachnoïde spinale un tube de verre gradué contenant de l'eau colorée avec de l'encre. L'animal vient de faire une grande inspiration; au même: instant la colonne a baissé, et presque toute la liqueur a pénétré dans le rachis. Vous l'avez vui remonter dans le tube , quand l'animal a rejeté, l'air de la poitrine. Maintenant que la respiration s'exécute tranquillement, l'ascension et l'abaissement du liquide présentent des oscillations; régulières. Cependant la colonne ne peut plus atteindre son premier niveau , parce qu'une partie du liquide a été absorbée à l'intérieur du rachis.
L'expérience pour mesurer le degré de pression i du liquide céphalo-rachidien est moins facile à: faire. Il faudra pourtant que nous la tentions, ne fut-ce que pour obtenir des données approximatives.