‹ Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux [electronic resource]Chapitre 7 sur 21 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

4 janvier 1 839.

Sommaire. Mesure de la pression exercée par le liquide céphalo-rachidien.—Du liquide dans les différentes classes de vertébrés. — Fluide nerveux.

Système nerveux, central. De la philosophie dans les sciences médicales. — Manière de procéder dans l'étude du système nerveux.— Difficulté de cette étude.— Nomenclature bizarre du système nerveux. — Barbarie du langage et des idées. — Dénominations qu'il faudra conserver. — Idées générales sur la structure du cerveau. — Causes d'erreurs dans les préparations anatomiques.. — Fibres nerveuses.— Substance blanche et substance grise. — Nomenclature basée sur les distinctions microscopiques. — Chaque partie du système nerveux central a sa texture spéciale.

Messieurs ,

Nous avons essayé ce matin avant la leçon l'expérience dont je vous avais parle' la dernière fois , et qui consiste à chercher le degré de pression exact que le liquide exerce sur le système nerveux central et ses enveloppes. Le manuel opératoire est le même que pour examiner les mouvements du liquide sous l'influence de la respiration : seulement au tube gradué, on substitue l'hémodynamomètre de M. Poiseuille. Ainsi que je l'avais

craint, l'expérience a été très délicate , et j'ai le regret de vous annoncer que les résultats n'en sont pas aussi certains qu'on pourrait le désirer. Ce qui empêche d'arriver à un chiffre rigoureux , c'est l'écoulement de liquide qui accompagne nécessairement la piqûre faite aux membranes par l'introduction de l'ajutage de l'instrument. Il faudrait trouver le moyen de prévenir cet écoulement, afin d'avoir intacte la quantité normale de liquide qui enveloppe la moelle, et par conséquent la pression que supporte cet organe. Voici toutefois ce que nous avons constaté. L'expérience était faite sur un jeune chien.

Au moment où la liqueur de l'instrument a été en contact avec l'espace sous-arachnoïdien , il y en a eu une partie d'absorbée, et le niveau de la colonne a baissé. Puis celle-ci s'est relevée, et a oscilléentre 0 mill. et 5 mill. dans chaque branche de l'instrument , ce qui n'indiquerait en tout qu'une pression de 10 millimètres. Ce chiffre me paraît beaucoup trop faible. Il est probable qu'il y a eu là quelque erreur ; aussi je ne vous donne Ces résultats que comme tout-à-fait incomplets et ayant besoin d'être vérifiés de nouveau. J'ai cru cependant devoir vous les communiquer.

Encore un mot , et ce sera le dernier, sur le liquide cérébro-spinal examiné dans les différentes classes des vertébrés.

De tous les mammifères , l'homme est celui chez lequel on trouve les quantités les plus considérables de liquide. Il est probable que cette disposition est en harmonie avec les fonctions de la colonne verlé-

bralequichez lui jouit dune si admirable flexibilité que l'homme peut exécuter les mouvements les plus étendus sans léser la moelle épinière. Aucun autre mammifère ne fait décrire à l'épine des angles aussimarqués , des incurvations aussi flexueuses. Tous pourtant ont le canal cérébro-spinal trop grand pour le diamètre de l'organe , et ce surcroît de capacité est rempli par un liquide analogue à celui de l'homme, situé comme le sien au-dessous de l'arachnoïde.

On retire ordinairement deux ou trois onces de liquide céphalo-rachidien chez le cheval. J'en avais fait analyser par M. Couerbe qui l'a trouvé composé à peu près des mêmes éléments que celui qu'on recueille sur l'homme.

Vous avez vu que les chiens en ont un volume assez remarquable : il en est de même des lapins et des autres animaux ayant le système nerveux bien développé.

Dans les cétacés , indépendamment du liquide cérébro-spinal , il existe dans le crâne un espace considérable qu'occupe une masse semi-fluide. La température constamment basse des régions qu'haj bitent ces monstrueux mammifères, est peut-êtie une des raisons physiques de la couche protectrice qui enveloppe leur cerveau. Ce' liquide , d'une nature particulière, est connu généralement sous les noms de blanc de baleine, ad/pocire, sperrna ceti, dénominations qui n'expriment que des idées erronées sur ses usages et sa nature. J'espère avoir bientôt des renseignements précis sur l'étude anatomiquede ce liquide, par M. Gaymard qui voyage

maintenant dans les mers polaires, et qui a bien voulu me promettre de s'en occuper.

Les oiseaux ne présentent autour de leur système nerveux central qu'une couche très mince de liquide. Le cerveau a juste le volume nécessaire pour remplir la boîte crânienne : il y existe à peine la place pour loger quelques traces de liquide On en trouve à l'intérieur des lobes optiques qui sont creux , et dans les autres cavités cérébrales : l'entrée des ventricules présente une petite collection aqueuse. Le canal rachidien est à peu près en totalité rempli par le cordon médullaire.

Dans les reptiles on voit aussi que la cavité du crâne et du rachis est trop grande pour contenir l'organe cérébro-spinal. L'espace libre est occupé par du liquide. Il y a de plus une matière noirâtre mélangée et confondue avec la pie-mère.

Enfin , les poissons ont des cavités énormes relativement aux dimensions du système nerveux central. La moelle descend chez eux jusqu'à l'extrémité inférieure du rachis sans former la queue de cheval : mais sa circonférence est séparée du canal vertébral par un espace assez large. Vous voyez, sur cette raie, quel intervalle existe entre le cerveau et les parois crâniennes. Cet espace était remplide liquide. Dans d'autres poissons osseux, on retrouve d'aussi vastes cavités remplies par une matière moitié graisseuse, moitié aqueuse , moitié membraneuse, qu'on réduit, en la comprimant, en ,une pulpe fluide. La seule partie qui, chez ces animaux, représente le liquide cérébro-spinal, est probablement, celle qui est placée au-dessous de

l'arachnoïde. Les autres, qui sont situées au-dessus ou dans la cavité même de cette membrane , y doivent être étrangères.

L'étude du liquide qui revêt le système nerveux central vient d'acquérir un nouveau degré d'importance et d'intérêt depuis de récentes publications faites en Allemagne sur l'existence Au fluide nerveux. On désignait ainsi autrefois une sorte de principe subtil , que l'on supposait émaner de la masse encéphalique , et diriger avec autant d'intelligence que les esprits animaux eux-mêmes les différents actes de l'économie vivante. Il ne s'agit plus de cela aujourd'hui. M. Ehrenberg a réservé l'expression de fluide nerveux pour dénomer le fluide transparent qu'il a rencontré à l'intérieur des tubes de la substance cérébrale. Ce fluide existe réellement , et méritera plus tard d'attirer notre attention. Je ne le mentionne pour l'instant qu'afin de soulever la question de savoir quelles relations de composition et d'origine il peut avoir avec le fluide céphalo-rachidien. Est-ce le même fluide dans deux localités différentes? l'un fournit-il l'autre ? Puisent-ils leurs éléments à une source commune ou différente ? Celui des tubes cérébraux ne serait-il autre chose qu'une partie de celui des méninges qui se serait imbibé, filtré à travers la pulpe nerveuse? Toutes ces suppositions sont également admissibles ou récusables tant que l'observation n'a pas prononcé.Fidèle à nos habitudes, je ne me prononce ni pour l'une ni pour l'autre, mais je me promets de> faire des recherches dans le but d'éclairer l'histoire de ce nouveau fluide.

; J'6n ai fini avec le liquide cérébro-spinal. Il sagit maintenant d'attaquer les autres questions que nous devons traiter pendant ce semestre.

Rechercher par des démonstrations expérimentales quelles peuvent être les fonctions de l'encéphale, de la moelle et des nerfs; tel est le programme que nous nous sommes tracé. Sachonsle bien d'avance, c'est là une question de la plus haute gravité, que les difficultés circonviennent de toutes parts- que l'anatomie, ce guide d'ordinaire si sûr, n'a point encore éclairée; que l'empirisme a exploitée de la manière la plus arbitraire et la plus déplorable. Il nous faudra, messieurs , user d'une grande circonspection. L'expérience, sondant en quelque sorte le terrain, devancera nos jugements, préviendra nos prévisions, et, simples interprètes, nous ne parlerons qu'après qu'elle aura prononcé.

Il reste peu de chose à faire sur la topographie du système nerveux : au contraire presque tout est à trouver quant à la physiologie de ce système. C'est que la main qui suit patiemment un petit filet nerveux est moins exposée à s'égarer que l'imagination qui veut en pénétrer les mystérieuses fonctions.

Outre les difficultés réelles du sujet , vous avez à lutter contre une multitude de préjugés et de croyances hypothétiques. On s'est accoutumé à ne parler que par images, à ne décrire que par métaphores : or, ces métaphores et ces images n'ont été que trop souvent l'expressipn de conceptions bizarres qu'on a fini par regarder comme des

x ( 123 ) réalités. Sous le nom de philosophie naturelle, que ne s'est-on pas cru permis , que n'a-t^on pas osé ! Celui-ci fait passer l'homme par toute la série de l'échelle animale ; il le prend polype , le suit poisson, le montre reptile , puis oiseau, et ne le quitte que (fuand il lui a fait subir toutes les métamorphoses des êtres vivants. Un autre veut que l'homme soit primitivement femme , et que la femme ne reste telle que par un arrêt de développement. Que sais-je enfin ? Chacun a son système. Nous , nous n'en avons point , ou plutôt j'ajoute, afin qu'il n'y ait rien d'équivoque dans ma pensée, que nous n'obéissons à aucune idée préconçue, et. que nos recherches n'ont point pour but d'étayer quelque doctrine.

J'ai déjà eu l'occasion de m'expliquer sur les inconvénients qu'il y aurait à commencer l'étude du système nerveux par les animaux d'un ordre très inférieur. Ainsi lorsque deux hommes d'autant de talent que MM. Ehrenberg et Dujardin sont divisés sur la question de savoir si les infusoires ont ou n'ont pas d'appareil nerveux , pour quel parti nous prononcerions-nous? Il nous faudrait nécessairement mêler notre mot à la controverse. Ceci nous détournerait , sans compensation avantageuse pour la science, de l'objet principal de nos recherches. Et d'ailleurs est-il donné à l'homme de pouvoir analyser des actes fonctionnels qui diffèrent essentiellement des siens , avoir la conscience d'impressions qu'il ne peut percevoir, comprendre le jeu d'organes dont il est dépourvu ? Le poisson , plongé dans son milieu liquide , aura

d'autres idées, s'il en a, d'autres jouissances, s'il en goûte, que les animaux qui, ainsi que l'homme, respirent l'air de l'atmosphère. Il ne faut donc* point essayer des rapprochements qui répugnent à l'organisation et au mode d'existence. Je°crois que le parti le plus sage et le plus sûr t'est de n'étudier l'homme que dans les animaux dont la conformation anatomique présente des rapports incontestables avec la sienne. Si le cerveau, si les nerfs offrent une disposition à peu près semblable, vous pourrez , en vous attaquant à ces organes , conclure des'animaux à l'homme, et appliquer à celui-ci les phénomènes que vous aurez observés sur ceux-là.

Quant à ce qui touche à l'intelligence, il est évident que nous ne pouvons nous adresser qu'à l'homme lui-même , et encore n'arrivons-nous souvent qu'à des renseignements incomplets. Telle personne sent d'une manière, telle autre d'une autre. Comment d'ailleurs le malade rendra-t-il un compte exact de ses sensations , lorsque l'organe chargé de les analyser et de les comparer, le cerveau , sera le siège de quelque lésion? Ce sont là des difficultés sur lesquelles on est habitué à passer légèrement, et qui pourtant mériteraient un sérieux examen.

Malgré toutes ces complications , Tétude des fonctions du système nerveux nous conduira àquelques résultats positifs. Vous verrez qu'un certain nombre de phénomènes morbides se rattachent constamment à certaines altérations de l'encéphale et de la moelle, soit qu'on les produise artificielle-

ment sur les animaux, soit que la maladie les développe chez l'homme.* •

Ce qu'il nous importe d'établir tout d abord , c'est la part qui revient au système nerveux dans le jeu et l'accomplissement de nos principales fonctions. L'habitude finit par nous familiariser avec une multitude de choses que nous regardons toutes simples, toutes naturelles, bien que nous ne les comprenions pas. Aussi plus on fait un retour sur soi-même et ses différents actes , plus on sent combien d'explications nous échappent. Savons-nous , par exemple, comment se distribue la faculté de sentir, de mouvoir, de se reproduire? quel est le siège de ces instincts qui portent la brute comme l'homme à veiller à sa conservation? d'où vient ce besoin de réparer par le sommeil les fatigues de la veille ? Nous ne pouvons analyser des phénomènes de ce genre M bien que notre esprit soit porté, sans savoir trop pourquoi, à les rallier au système nerveux. Aussi , pour tout ce qui touche aux fonctions animales proprement dites , nous ne trouverons point en nous d'interprétations satisfaisantes.

Même incertitude relativement aux facultés intellectuelles.L'observation prouve qu'elles sont liées avec l'intégrité du système nerveux : mais comment? je l'ignore. Jusqu'à quel point? je ne le sais pas davantage.

Si le raisonnement , aidé de l'anatomie la plus délicate, n'arrive à constater que des agents , sans saisir le moteur, il nous faudra bien recourir à un mode plus direct et plus sûr d'investigation : ce

sera l'expérience. Je sais bien qu'on pourra appeler téméraire* et même audacieuse, l'idée de s'enquérir dans ses détails, du mécanisme de nos fonctions. Mais remarquez que nous ne prenons aucun engagement d'avance d eclaircir tel fait plutôt que tel autre fait. S'offre-t-il un problème contre lequel nos explications échouent, nous passons outre. Ce n'est point là un échec, c'est tout simplement un cas prévu , qui n'embarrasse pas notre marche , qui ne contrarie pas nos plans. Bien loin de nous en affecter, nous n'en poursuivons nos i echerches qu'avec plus de persévérance.

Nous aurons d'abord à nous occuper de la masse nerveuse centrale : plus tard l'étude spéciale des nerfs fixera notre attention.

Ce qui frappe en premier lieu quand on examine les diverses partiesqui entrent dans la composition de l'encéphale , c'est la bizarrerie des noms par lesquels elles ont été désignées : toutefois il est facile de reconnaître, en y réfléchissant, que cette prétendue bizarrerie n'est que l'expression fidèle de l'état d'ignorance absolue où on est par rapport aux usages de ces masses nerveuses. Quelques mots sur cette nomenclature.

Le cerveau est divisé par une scissure en deux moitiés. Quel sera l'instrument qui aura fait cette coupe ? Ce sera \afaux de la dure-mère. L'endroit où s'est arrêté le tranchant de la lame, portera le nom de cicatrice ou corps calleux, à cause du cal qui a réuni la blessure de la substance cérébrale. Les saillies, les reliefs que vous apercevez à la sur-

face des hémisphères seront comparés à des intestins contournés et deviendront circonvolutions ; les fentes qui les séparent seront appelées creux ou plutôt anfracluosités, ce qui est un peu plus ronflant. Le tout sera enveloppé dans deux mères , l'une dure, l'autre pie ou pieuse, que séparera une toile d'araignée (arachnoïde).

A la base du ceiveau, nous rencontrons un animal hermaphrodite façonné de toutes pièces. Son corps , ses bras , ses cuisses , et sa queue , porteront indifféremment les noms de /protubérance , pédoncules antérieurs , pédoncules postérieurs, et moelle allongée. On n'a pas oublié de mentionner sa vulve, son anus. Enfin dans quatre petits tubercules blancs , on a voulu y reconnaître les testes et nates.

Sur une selle de turc repose à la partie antérieure un corps appelé glande pituitaire. On supposait qu'elle versait dans le nez une humeur particulière, la pituite, qui joue un si grand rôle dans l'ancienne médecine.

Des petits ventres ou ventricules sont creusés dans l'épaisseur de la masse encéphalique. Sur la ligne médiane., on voit une voûte et une toile qu'on a comparées au chorion du fœtus ; dans les cavités latérales, des quartiers de poires, offrant des stries (corps striés), un ver solitaire (taenia ), un pied d'hippocampe qu'on appelle aussi corne Ammon, corne de bélier, ver à soie ; un corps frangé, un autre godronnè et un ergot.

Passons-nous au cervelet, même bizarrerie dans les noms. Vous trouverez de plus au centre des lobes latéraux et moyen un arbre de vie.

Une multitude de suppositions se rattachent nécessairement à toutes ces parties ainsi dénommées; mais la plus curieuse et la plus célèbre de toutes est celle de Descartes.

Vous savez qu'il existe sur la ligne médiane , au-dessus des tubercules quadrijumeaux supérieurs , un petit corps grisâtre, qui ressemble à un cône ou à une pomme de pin ; d'où les noms de conarium ou glande pinêale. Sa position au centre de la masse cérébrale lit admettre à Descartes que l'imagination siégeait dans ce.renflement nerveux. L'ame placée en cet endroit comme un cocher sur son char, dirigeait ses volontés au moyen de deux petits filaments , qui vont se rendre aux couches optiques et qui sont encore appelés aujourd'hui les rênes de ïâme. Conçoit-on qu'un philosophe aussi grave ait pu imaginer pareille absurdité ? La vogue dont elle a joui vous montre avec quelle facilité on accueille les suppositions les plus invraisemblables, pourvu qu'elles aient un côté piquant. Si l'hypothèse de Descartes avait été plus raisonnable, elle serait moins connue.

Vous sentez, comme moi, messieurs, que toutes ces locutions qui consacrent des erreurs si nombreuses devront tôt ou tard être bannies du langage médical. Il faudra les remplacer par des mots qui désignent la nature ou les fonctions des objets auxquels ils s'appliquent. Nous sommes encore bien loin de cette utile réforme, puisque nos connaissances sont encore très restreintes relativement à la physiologie de l'encéphale. 11 est cependant des termes qu'il faudra consacrer parce qu'ils

expriment des idées justes. Ainsi, quelle dénomination pourrez-vous substituer à celle d'aqueduc, pour désigner le canal de communication entrele quatrième et le troisième ventricule? Le pont pourrait à la rigueur être conservé, puisque c'est une sorte d'arcade nerveuse sous-jacente à l'aqueduc, et que, par sa position sous le courant liquide, il offre quelque analogie avec le Tunnel qu'on construit actuellement sous la Tamise. Ventrée des ventricules me paraît aussi exprimer avec fidélité les usages de l'ouverture que je vous ai signalée au niveau du calamus. C'est avec assez de raison que Vieussens a désigné par l'épithète de valvule la lame de substance cérébrale qui unit ensemble les pédoncules supérieurs du cervelet : en s'affaissant elle pourrait effectivement empêcher le liquide du troisième ventricule de communiquer avec celui du quatrième. Il est encore quelques expressions çà et là assez exactes, mais le plus grand nombre est très mauvais et annonce un état de i barbarie dans les idées aussi bien que dans le langage , dont nous devons nous efforcer de sortir.

Je veux aussi vous dire quelques mots de la imanière dont on envisage la structure du cerveau. Nous ne faisons point, et nous ne devons point ifaire ici de Fanatomie telle qu'on la fait dans les (cours spéciaux ; qu'il nous suffise de mentionner certaines circonstances dans l'histoire du système inerveux qui prêtent à une judicieuse critique.

C'est une idée généralement répandue aujourd'hui, que de considérer le système nerveux comme [formé de fibres qui marchent dans telle et telle

Magcndie. Syst. nerv. I. 9

direction. Certes que si on trouvait dans le cerveau des parties centrales d'où émaneraient des fibres qui, après un certain trajet à travers la substance nerveuse , aboutiraient à divers points , ce serait un fait extrêmement intéressant. Mais malheureusement c'est plutôt dans les dessins que sur la nature , qu'on rencontre de semblables dispositions anatomiques. Vous verrez dans les magnifiques plauches qu'on publie maintenant, des plans de fibres qu'on dit avoir suivis depuis leur origine jusqu'à leur terminaison. Ainsi, c'est la pyramide: antérieure qui traverse le pont , pénètre dans le pédoncule antérieur du cerveau, arrive à la couche: optique, et s'épanouit en une multitude de fais-sceaux rayonnants, dans chaque hémisphérè. Dans certains points ce sont des entrecroisements de fibres qui passent d'un hémisphère à l'autre. La. pyramide antérieure droite aurait sa racine à gauche , et la pyramide antérieure gauche sa racine à droite ; ainsi s'expliqueraient les phénomènes croisés qui s'observent dansla paralysie, suite d'hémorrhagie cérébrale.

Je ne prétends pas que toutes ces descriptions soient le produit d'illusions des sens , mais cependant je dois vous signaler ce qui peut induire en erreur quand on veut vérifier leur exactitude.

Pour suivre un prolongement nerveux , la pyramide antérieure , par exemple , on est obligé d'enlever couche par couche toute l'épaisseur de la substance au milieu de laquelle elle est plongée. L'instrument sera dirigé parallèlement à la direction de cette pyramide, afin d'être moins exposé à

l'intéresser : arrivé à son voisinage, vous vous servirez du dos du scalpel , de préférence à la lame, car celle-ci pourrait entamer la couche la plus superficielle du cordon médullaire. Voilà ee cordon mis à découvert. Sa surface est évidemment striée, les petites rainures qu'elle présente simulent à merveille des fibres dirigées dans le sens de l'axe de la pyramide. Ce n'est pourtant là qu'un résultat tout-à-fait artificiel , et que vous avez façonné vous-même en faisant la préparation. Réfléchissez un peu au procédé employé. Vous avez gratté avec le bord mousse de l'instrument la matière cérébrale , et par conséquent les aspérités de la lame se sont imprimées sous forme de stries : ces stries seront longitudinales puisque vous agissiez longitudinalement , c'est-à-dire dans la direction de la longueur de la pyramide. Avertis d'avance que vous devez rencontrer une disposition fibreuse , vous n'hésiterez pas à appeler fibres toutes ces petites inégalités de la couche nerveuse , et vous êtes d'autant moins portés à soupçonner une erreur que vos résultats ont été depuis long-temps annoncés comme exacts par de savants anatomistes.

Voilà donc une cause d'erreur qui peut résulter du mode de préparation mis habituellement en usage. Il est d'ailleurs facile de démontrer par l'observation directe que , la texture fibreuse de la pyramide et d'autres parties de l'encéphale , n'existe pas en réalité. 11 suffit pour cela de prendre une tranche très mince de cette matière nerveuse, etde l'examiner au microscope. On n'aperçoit point

colle disposition linéaire, ces plans défibres parallèles qui sont si manifestes sur les planches que je mets en ce moment sous vos yeux. Rien même ne semble indiquer que la pyramide aille dans un sens plutôt que dans un autre; aussi est-on porté a penser que cette disposition anatomique qu'on regarde comme constante est tout à fait artificielle, puisque, visible à l'œil nu, elle cesse de l'être quand on se sert d'instruments grossissants.

J'examinais ce matin les belles planches que M. Arnold vient de publier. Il m'est impossible d'admettre qu'on rencontre dans le cerveau des fibres aussi volumineuses que celles que la gravure a figurées; car, si elles existaient, leur évidence serait telle qu'aucune contestation à leur sujet ne serait permise. Ce n'est pas que j accuse l'anatomiste dont j'ai prononcé le nom, d'avoir donné sciemment des descriptions inexactes : je ne lui ferai point l'injure d'un tel soupçon, mais je crois qu'il s'en est laissé imposer par les procédés mis en usage pour ses préparations. Il est encore un autre inconvénient attaché aux publications de la nature de celles que M. Arnold vient de faire paraître : je dois vous le signaler.

On confie à des artistes, étrangers le plus souvent à la science anatomique, le soin de figurer des coupes ou des dissections minutieuses du cerveau, et il importe pour le mérite de la description qu'ils soient bien informés des parties qui doivent ressortir davantage. Orun dessin sera d'autant plus estimé qu'il exprimera plus nettement les accidents de conformation de l'objet. Supposez donc

que certains points aient besoin, pour être bien manifestes sur le papier, detre plus colorés ; l'artiste ne se fera pas scrupule de prodiguer un peu la couleur, pasplusquelepréparateur-d'anatomicqui met un peu de sang afin de masquer la pâleur d'un muscle. De même, si les fibres nerveuses sont à peine apparentes sur la pièce anatomique, elles deviendront très manifestes sous le crayon pour peu qu'on les allonge et qu'on les renfle avec art. Il y aura infi- , délité dans la gravure, il est vrai, et pourtant vous n'accuserez personne de mauvaise foi.

Ce n'est donc pas sur les planches que vous étudierez la structure du cerveau. Je veux bien que ce mode d'examen soit plus facile, mais cette facilité même doit vous le rendre suspect.

Il suffit de fendre un hémisphère pour voir que deux substances principales entrent dans sa composition: l'une grise lui forme une sorte d'écorce, c'est la substance corticale ou grise; l'autre blanche, située au centre comme la riioelle dans un arbre , a reçu le nom de substance médullaire ou blanche. Ces dénominations ne sont pas très heureuses, car elles expriment de simples apparences ou des rapprochements grossiers; mais enfin nousles adoptons provisoirement, puisque l'usage les a consacrées.

Une nomenclature bien préférable serait celle ■ qui reposerait sur des distinctions de texture indiquées par le microscope. Aujourd'hui que nous possédons des instruments excellents, noussommes sur la voie dedécouvertes extrêmement intéressantes qui ne tendraient à rien moins qu'à substi tuer à des mots et des idées vagues, un langage précis et

des connaissances positives. Déjà on a signalé en quoi la substance grise différait dans sa structure intime de la substance blanche :. ces caractères, bien mieux que des. allusions métaphoriques, peuvent servir à différencier ces deux substances. M. Ehrenberg a essayé tout récemment d'indiquer d'après quelles particularités de tubes et de globules on arrivait à distinguer Un nerf du mouvement d'un nerf de la sensibilité. Je crois de plus, d'après les recherches auxquelles je me suis livré ces jours derniers , qu'on peut établir de semblables distinctions entre les diverses parties qui constituent par leur réunion la masse encéphalique. Ainsi j'ai soumis au microscope certaines portions de cerveau et, les comparant avec d'autres, j'ai reconnu que chacune avait son mode spécial d'agencement moléculaire. Si ces résultats se réalisent, ce serait toute une nouvelle science à créer.

Comme l'anatomie microscopique est en quelque sorte née d'hier, grâce aux instruments si parfaits que l'optique vient de mettre à notre disposition, il est présumable que beaucoup d'entre vous ne sont pas au courant des travaux qui ont été publiés dernièrement sur la texture du cerveau et des nerfs. J'espère donc, messieurs, vous être agréable en vous en disant quelques mois dans la prochaine séance.

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