‹ Leçons sur les hémorrhoïdesChapitre 10 sur 15 · OSSELIN · texte numérisé non relu

OSSELIN

Les excès de coït chez l'homme sont sig-nalés comme pouvant amener ce résultat ; mais c'est encore un fait difficile à prouver pour plusieurs raisons, d'abord, parce qu'on ne peut pas toujours avoir des renseig-nements sur ce point délicat; ensuite, parce qu'il est bien difficile d'établir une lig-ne de démarcation entre l'usag-e et l'abus du coït. J'ai dit que les hémorrhoïdes internes étaient l'apanag-e de l'âg-e mûr, de cet âg-e où les excès de ce g-enre sont rarement pos'sibles, quand bien même on les sollicite. J'ai, pour ma part, interrog-é à ce sujet bien des hémorrhoïdaires, et je n'ai pas trouvé de réponses qui fussent en rapport avec l'opinion g-énéralement admise. Il n'en est pas de même des excès de table ; bien souvent les hémorrhoïdaires éprouvent, après l'ing-estion d'une trop grande quantité de vin ou d'alcool, un sentiment de plénitude douloureuse vers l'anus et dans le bassin, quelques-uns ont bientôt après la procidence. Nul doute que, dans ce cas, il y ait afflux et séjour d'une trop g-rande quantité de sang' dans les vaisseaux hémorrhoïdaux.

Quelque chose d'analog"ue se passe chez certain nés femmes hémorrhoïdaires, à l'époque menstruelle. Elles sentent aussi une plénitude dans le rectum, souffrent un peu en allant à la selle, même sans qu'il y ait de procidence.

Nous sommes autorisés à croire qu'en pareil cas

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il se fait spontanément et sans cause appréciable un afflux de sang* vers le rectum en même temps que vers la matrice; c'est un double molimen qui se comprend, sans que l'un ni l'autre puissent s'expliquer par des conditions matérielles saisissables.

Mais faut-il admettre quelque cbose d'analog'ue chez tous les hémorrhoïdaires, savoir, une cong-estion ou une fluxion vers l'extrémité inférieure du rectum, cong-estion ou fluxion de nature inconnue qui serait toujours cause de la turg-escence?

Cette opinion, que j'ai déjà soulevée pour les hémorrhoïdes externes, a été vag-uement exprimée par les anciens, et notamment par Hippocrate et Galien, lorsqu'ils parlaient de la pituite acre et de l'atrabile s'échappant des hémorrhoïdes comme d'un émonctoire. Elle a été plus nettement formulée par Stahl, Trnka, Alberti et la plupart des auteurs du xviii* siècle. Stahl surtout a voulu établir que la nature avait placé dans notre économie des réservoirs où le sang* affluait, et s'amassait pour s'échappér ensuite au dehors lorsqu'il devenait trOp abondant, ou lorsqu'il était charg-é de principes âcï^es et délétères. Les hémorrhoïdes întérties étaient liti de ces réservoirs, et le travail au moyen duquel elles se remplissaient était une fluxion ou une cong:estion. Montèg-re (1) a poussé aUssi loin que pos-

'!) Article HÈMORRitôbES du DîctioÀn. sciences mcd'icaka.

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sible celte doctrine lorsqu'il a soutenu qu'une fluxion salutaire précédait et amenait la lésion héniorrlioïdale sur laquelle, d'ailleurs, il n'avait pas les notions précises quenouspossédonsaujourd'hui.

Tous ces auteurs et surtout le dernier sont tombés dans une exag^ération que les habitudes anatomiques et cliniques de l'école moderne nous oblig-ent à repousser. En efTet, ils ont tout expliqué, même la procidence et ses inconvénients, par cette rêverie de la fluxion; or je montrerai tout à l'heure comment des causes physiologiques évidentes expliquent cette procidence. Quant à la plénitude qui survient sans procidence ou qui la précède, elle est trop rare, trop peu importante en clinique pour servir de base à une doctrine aussi g'énérale que celle qu'on avait faite.

Qu'il y ait quelque chose d'inexplicable qu'on appellera fluxion, à la suite des accès alcooliques ou pendant le molimen menstruel, j'y consens encore, mais il faut qu'on admette au moins comme condition préalable, les varices dont j'ai expliqué le mode de formation, et il faut, d'autre part, ne pas oublier qu'à côté de la fluxion, il y a toujours un ralentissement de la circulation veineuse tout aussi explicable par l'accvmiulation fécale ou la contraction musculaire que par un acte vital particulier.

En un mot, je fais volontiers une part, mais je la fais très-modeste, à la fluxion pour les cas dans

DES HÉM0RRH0ÏDE3 INTERNES. »o

lesquels je ne peux pas expliquer la turg-escence des liéniorrhoïdes. Mais je ne veux pas que cette vue de l'esprit, qui n'est qu'un expédient pour nous rendre compte de ce que nous ne comprenons pas, soit prise pour un fait positif et acquis, et nous dispense de l'observation et de l'interprétation des détails anatomiques et physiolog'iques dont les époques antérieures ne tenaient pas compte.

B. Ceti me conduit à la dernière question étiolog^que que j'ai posée. Quelle est la cause de la procidence avec turg-escence des hémorrhoïdes internes? Stahl et les partisans de sa doctrine n'y voyaient pas autre chose que la continuation du mouvement fluxionnaire; ils disaient que quand la fluxion devenait trop g-rande, les hémorrhoïdes étaient poussées hors de l'anus au moment de la défécation . Mais il y a autre chose ici que le mouvement fluxionnaire. En effet, une première cause intervient, c'est la constipation et l'oblig-ation on est le patient de faire des efforts considérables pour se débarrasser d'un bol fécal volumineux et dur. Deux phénomènes physiolog-iques se produisent alors; le bol fécal pousse au-devant de lui la muqueuse rectale, comme cela a lieu dans l'état naturel, et l'oblig-e à franchir l'anus; avant que ce résultat soit produit, la contraction des fibres circulaires du rectum a amené, par le méca-

nisnie que j'ai déjà indiqué, une nouvelle gêne de la circulation veineuse.

Les hémorrhoïdes se g'onflent donc bien plus qu'elles ne l'étaient, par suite du mouvement fluxionnaire. Elles sortent plus volumineuses que ce mouvement ne les eût faites à lui seul. Leur volume devient d'autafit plus grand que l'expulsion est plus lente à se faire, et la lenteur a pour cause, chez certains sujets, outre le volume du bol fécal, une résistance ou tonicité trop g-rande du sphincter.

Puis, le bol fécal une fois sorti, la muqueuse boursouflée ne rentre pas à temps. Le sphincter aussitôt revenu sur lui-même la retient en l'étreignant, et en g-ênant davantage le retour du sang veineux, ce qui est une nouvelle cause de turgescence et explique le volume si considérable que nous trouvons aux hémorrhoïdes internes procidentes. Le gonflement des hémorrhoïdes non sorties, celui qui pourrait à la rigueur s'expliquer par une fluxion, n'ept rien à côté de cette turgescence qui est produite par la défécation et la constriction du sphincter anal. Voilà pourquoi il faut se garder d'ac^ cepter dans son entier la théorie illusoire de Stahl et de Montègre, et pourquoi il ne faut pas voir m efi'ort salutaire de la nature dans ce gonflement si étroitement lié à des phénomènes physiologiques et normaux,

DBS HÉMORRHOÏDES INTERNES.

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