ÉTIOLOGIK
Il esl indispenscablc de clisliiig-Lier ici deux choses : letiolog-ie des hémorrhoïdes elles-mêmes, et 1 etiolog'ie des liirg-escences et procidences qui leur doiuienL le caractère de maladie ou d'incommodité.
1° Pour ce qui est de la lésion anatomi(iue, la formation des varices, nous n'avons g-uère à sig-naler que les causes prédisposantes indiquées pag'e 32, savoir : la richesse habituelle du réseau veineux de la muqueuse rectale, l'absence des valvules dans ces veines, absence qui, jointe au retour du sang' contrairement aux lois de la pesanteur, doit favoriser la stase du liquide, la g"êne apportée encore à ce retour par la contraction des fibres circulaires que traversent, comme on sait, les veines du rectum, la compression qu'exercent sur la muqueuse les niatières stercorales accumulées dans les intervalles de la défécation, l'accroissement de cette compression par le fait de la constipation, laquelle est, à juste titre, si^ g-nalée depuis long'temps comme une des principales causes de la maladie liémorrhoïdaire.
La g*rossesse et les tumeurs du ventre, la simple accumulatian- de la g*raisse dans les replis du péritoine, sont encore des causes prédisposantes qui
t8 LEÇONS SUR LES HÉMORRHOÏDES.
ag-issent de la même façon, c'est-à-dire par une compression qui g-êne le retour du sang* dans les veines hémorrhoïdales, et dispose à la stase dans leurs dernières ramifications.
On signale aussi, comme causes prédisposantes^ la vie sédentaire et l'insuffisance d'exercice, lesquelles en diminuant l'activité de la circulation, doivent encore favoriser la stase veineuse dans les régions oi!i celle-ci est favorisée par tant d'autres conditions anatomiques et physiologiques.
Les hémorrhoïdes internes sont tellement fréquentes, qu'on les a rencontrées chez des sujets de toute espèce, chez les faibles aussi bien que chez les forts, chez les lymphatiques aussi bien que chez les sanguins, et il n'y a vraiment aucune raison sérieuse pour invoquer, comme cause prédisposante, tel ou tel tempérament, telle ou telle constitution. On a cependant établi une certaine relation entre les hémorrhoïdes et la goutte, en disant que la coïncidence fréquente de ces deux maladies s'expliquait par une action particulière du principe g-outteux sur les veines hémorrhoïdales. J'avoue qu'une pareille action me paraît bien difficile à démontrer et, par conséquent, à admettre* Quand lesg-outteux ont des hémorrhoïdes, n est-ce pas parce qu'ils ont en même temps de la consti-= pation et des occupations sédentaires qui favorisent la stase dans les veines du rectum , plutôt
qu'à cause d'une alleinte de ces veines par la
g-ouUe elle-même?
On a fait intervenir aussi l'hérédité, mais il y a toujours là la même difficulté. Les varices hémorrhoïdales sont tellement communes, qu'on doit les rencontrer nécessairement sur des sujets de la même famille ; comment, d'ailleurs, jug-er ces questions d'étiolog-îe par les faits? Nous savons bien, de certains malades, qu'ils ont eu, du côté de l'anus, des accidents dus probablement à des hémorrhoïdes, mais ceux qui n'ont pas eu du tout ces accidents, ou qui les ont eus à un deg-ré trop faible pour consulter, ont-ils ou n'ont-ils pas eu la lésion veineuse, restée intérieure et latente? Nul ne peut le savoir. C'est la difficulté de disting-uer ces deux états et la confusion qui, depuis Iontemps, a été faite entre eux, qui rend si difficiles ces questions d'étiologne. Il en est ici comme des varices des membres inférieurs; nous y sommes tous prédisposas par des conditions anatomiques et physiolog-iques. Il s'y ajoute sans doute, comme cause efficiente, une faiblesse particulière des parois veineuses ; mais, parmi les g-randes causes g-énérales invoquées pour bien d'autres maladies, nous n'en savons aucune qui soit plus parlicu^ lièrement susceptible d'occasionner cette faiblesse.
îl en est, sdus un autre rapport, de des varices
comme de eelles des membres inlericurs. Elles ne se montrent pas dans l'enfance, et se voient rarement pendant la jeunesse. On ne les trouve g-uère que dans l'âgée adulte; c'est à partir de 25 à 30 ans que l'homme commence à être hémorrhoïdaire.
Je ne j'eviens pas sur l'influence de l'aloès : ce que j'en ait dit plus liauL (page 3o) s'applique aussi bien, et même mieux aux hémorrhoïdes internes qu'aux externes. L'insuffisance des observations, et l'habitude prise de juger les questions relatives aux hémorrhoïdes sans y reg'arder et d'après le dire des malades, explique l'erreur dans laquelle sont tombés à cet égard Trnka (1) et tous ceux qui ont reproduit ses idées sur ce sujet. Les hémorrhoïdes seraient plus communes chez l'homme que chez la femme, si les g'rossesses no venaient pas, chez cette dernière, rétablir à peu de chose près la proportion.
Il me paraît certain, en effet, que les femmes qui n'ont pas eu d'enfants sont plus rarement atteintes d'hémorrhoïdes que les sujets de l'autre sexe.
2° Examinons maintenant les causes de la turg-escence et de la procidence hémorrhoïdaires.
:[) Histonu limnorrltoidum.
J)]j;S HÉMORKliOÏDES 1^■TERNES. 81
A. Pour la lurg-escence, nous avons les mêmes causes prédisposantes que tout à l'heure, savoir : des conditions défavorables à la circulation, et, de plus, des varices tou tes formées et dilatables. Qu'une g-êne un peu plus gn^and(3 soit apportée au retour du sang- veineux, ou que le sang- afflue en plus g-rande quantité, de suite les varices vont se g-org-er, les tumeurs se remplir. Mais il m'est difficile de sig-naler une cause positive de cette gêne ou de ccit afflux dans les hémorrhoïdes que je suppose non encore sorties. A la rig-ueur, une accumulation insolite de matières fécales, ou une contractio::^ exag'érée des fibres musculaires du rectum pe ;t, en exerçant une pression sur les troncs veineux, favoriser la stase sang-uine ; mais ces causes sont bien difficiles à démontrer par l'observation, car les hémorrhoïdaires sont assez habituellement constipés; ils le sont même quand leurs hémorrhoïdes ne sont pas turg-escentes. Lorsqu'elles le deviennent, comment savoir si la compression par les g-arde-robes a été plus forte qu'à d'autres moments ? C'est une de ces causes qu'on admet parce qu'on les comprend, mais que l'on ne démontre pas.
Peut-être y a-t-il, à certains moments, afflux plus grand du sang- apporté par les artères, et, par suite, stase ou cong-estion dans les veines, dans celles qui sont variqueuses en particulier.