HYPOTHÈSE DE M. DU LIGONDÈS
67. Le point tics original de la théorie de M. di Luiondès consiste dans l'idée quil se fait du chaos primitif :
(( V l'origine l'Univers se réduisait à un chaos général extrêmement rare, formé d'éléments divers mus en tous sens et soumis à leurs attractions mutuelles ...
« Ce chaos s'est partagé en lambeaux qui ont donné naissance, par voie de condensation progressive, à tous les Mondes de l'Univers. » {Formalion mécanique du syslhne du Monde, p. l'i.)
Nous sommes loin, on le voit, delà nébuleuse de Laplaci: qui tournait tout dune pièce avec une vitesse de rotation bien uniforme. Les tourbillons et gyrations intestines dont Paye dotait sa nébuleuse primitive sont aussi supprimés. Nous sommes, en quelque sorte, « revenus aux idées de Kant, avec le mouvement en plus, non pas le mouvement régulier de la rotation ou des tourbillons, mais le mouvement sans ordre apparent. » (p. i4-)
Nous devons donc nous représenter l'un quelconque des lambeaux nébuleux en lesquels le chaos initial s'est partagé, par suite de la tendance de toutes les molécules à se porter vers les régions les plus denses, comme formé par un très grand nombre de masses séparées, «'attirant les unes les autres, se mouvant en tous sens et pouvant arriver à se choquer de temps à autre. Les vitesses de tous ces projectiles ne sont soumises à aucune loi : la seule loi sera celle des grands nombres :
(') Lieutenant-Colonel \\. du LinoNors : Formation mécanique du système da Monde (I^aris, (jautliier-Villars, 1897J.
84 HYPOTHÈSES COS.MOGOMQLES
u Nous ne faisons aucune liypolhèsc sur la naluic de ces mouvemenls; nous les abandonnons entièrement à ce qu'on est convenu d'appeler le hasard. C'est en cela que riiypotlièsc dont kous allons développer les conséquences dill'ère essentiellement de toutes celles qui ont été émises jusqu'ici ; c'est ce qui lui donne un caractère de vraisemblance et de généralité qui doit, a priori, la faire préférer à toute autre. L'hyj)ollièse de Ivant, malgré son apparente simplicité, est moins g;énérale que la nôtre, puisque la matière y est primitivement en repos ; le repos n'est qu'un cas particulier du mouvement. » (p. i5.)
68. Examinons maintenant comment M. ni LiooNDiiS fait, d'un des lambeaux chaotiques, naître le système solaire.
Observons tout de suite — c'est là un point capital — que M. DU LigondC'.s n'est pas en contradiction avec le principe des aires, comme l'était Ka>t qui supposait sa nébuleuse initiale partant du repos. Les projectiles dont se compose le lambeau ont leurs vitesses distribuées an hasard. Considérons alors les vecteurs qui représentent le moment de la quantité de mouvement de chacun de ces projectiles par rapport au centre de gravité du lambeau : ces vecteurs seront orientés dans tous les sens et auront des grandeurs diverses; et, puisque le mouvement est supposé complètement désordonné, la somme géomélrique de tous ces vecteurs sera très petite par rapport à leur somme ariihmérujae, c'est-à-dire par rap])ortà ce qu'elle serait si tous ces vecteurs avaient même direction ; mais en général elle ne sera pas nulle. Or, cette somme géométrique, c'est précisément le moment de rotation total du système, moment qui doit demeurer constant à partir de l'instant où le lambeau considéré est suflisamment séparé des autres pour pouvoir ôlrc regardé comme isolé. Il n'y a donc, a priori, aucune contradiction à faire sortir le système solaire d'un pareil lambeau nébuleux chaotique.
69. Cherchons à nous faire une idée de la somme géométrique et de la somme arithmétique des vecteurs dont nous venons de parler, et du rapport de ces deux sommes. La somme géométrique, nous la connaissons, c'est le moment de rotation actuel du système solaire. Pour essayer d'évaluer grossièrement la somme arithmétique, assimilons la nébuleuse chaotique initiale à une sphère homogène avant une masse M égale à la masse totale du svstèmc solaire, et un rayon U
HYPOTlIKSr: DE M. I)L I.IGONDI
égal à looooo unités astronomiques ('). \ l'intéiicur d'iuic telle sphère homogène, l'attraction est proportionnelle à la distance au centre et toutes les molécules décrivent des ellipses dans le même temps. Pour calculer ce teiups, considérons une molécule décrivant une orhite circulaire ayant justement pour rayon looooo unités. Cette molécule se mouvant comme si toute la masse delà néhuleuse était concentrée au centre, sa durée de révolution se calculera suivant la troisième loi de Kéhlek : elle aura pour valeur (100000)-, soii en\irou 3o millions d'années. Une molécule m décrivant dans ce temps tme clli[)sc d'axes 2a cl 26 aura donc pour moment de rotation