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2^6 HYPOTHÈSES COSMOGOMQLES
de sa valeur. Or nous avons vu que, pour compenser la perte de cha- Icuf du Soleil, Lord Kelvin avait besoin d'admettre que la masse de cet astre s'accrût par an de
de sa valeur, chitTre incomparablement plus fort que le précédent. La cbule effective des météores sur le Soleil est donc beaucoup trop faible pour être capable d'entretenir sa radiation : l'bypothèse météorique est à rejeter.
184. On sait que les rayons ultraviolets ont la propriété d'ioniser les gaz. Gomme la lumière solaire est riclie en rayons ultraviolets, on peut penser que l'atmosphère du Soleil contient des gaz ionisés. Les ions ont la propriété de condenser les vapeurs, et cette propriété appartient en général à un bien plus haut degré aux ions négatifs qu'aux ions positifs (expérience de M. Wilson sur la condensation de la vapeur d'eau). Les ions négatifs de l'atmosphère solaire doivent donc condenser la matière autour d'eux et former de fines particules qui seront repoussées par la pression de radiation. Les particules de matière coronale sont donc chargées négativement, et il doit rester à la surface du Soleil une charge d'électricité positive. Toutefois, cette charge positive du Soleil ne peut pas dépasser une certaine limite, au delà de laquelle elle deviendrait assez puissante pour retenir les particules chargées négativement, malgré la répulsion que leur fait subir la pression de radiation. Tous les phénomènes électriques résultant de ta pression de radiation cesseraient du coup. M. Auuhemus estime que celte charge limite du Soleil est de 25o milliards de coulombs.
Le Soleil, étant donc chargé positivement, attire à lui tous les électrons négatifs libies qui parcourent l'espace. Ces électrons, une fois captés, condenseront autour d'eux la matière de l'atmosphère solaire et reformeront des particules qui seront de nouveau chassées par la pression de radiation : ces particules s'aggloméreront au loin en météorites qui, sous l'influence de la lumière ultraviolette, perdront leur charge négative sous forme d'électrons libres ; ceux-ci seront de nouveau captés par le Soleil et le même cycle recommencera. Bien entendu, il ne faut pas voir dans ce cycle l'origine de l'entretien de la chaleur solaire, puisque dans ce cycle il y a constam-
THÉORIE DF M. ARRIIEMIS
ment un travail positif, pioiliiit aux dcprns de l'énergie solaii'c. comme nous l'expliquions au numéro précédent pour réfuter une hypothèse analogue ; toutefois le travail de l'attraction électrostatique vient s'ajouter à celui de la gravité ; et un même accroissement de la masse solaire correspondu un apport d'énergie mille fois plus considérable.
185. Les particules chargées négativement que chasse la lumière du Soleil pourront atteindre notre atmosphère, où elles se manifesteront par les aurores boréales. Elles se déchargeront en arrivant dans les hautes régions de l'atmosphère en émettant des rayons cathodiques, origine de l'aurore. Les maxima et les minima périodiques des aurores polaires et ceux des perturbations magnétiques concordent d'une façon très marquée avec ceux de l'activité éruptive du Soleil. C'est ainsi que très souvent le passage d'une tache solaire au méridien dont le plan contient la Terre est suivi par une tempête magnétique et par une aurore. Une gouttelette de o""",oooi6 de diamètre, ayant la densité de l'eau, mettrait 50 heures pour venir du Soleil à la Terre. Or, plusieurs observateurs ont constaté, paraît-il, un retard du même ordre entre le passage d'une tache solaire au méridien et le maximum de la perturbation magnétique ou de l'aurore polaire correspondante.
186. Mais les particules chargées qui sont chassées parle Soleil, et aussi celles que chassent les diverses étoiles, peuvent, selon M. ARRHE>firs, faire des trajets beaucoup plus longs à travers les espaces célestes : elles peuvent atteindre les nébuleuses. M. Vrutieniis pense que les nébuleuses sont à des températures excessivement froides (ôo" absolus environ . Malgré cela leurs p.nrfies périphériques arrivent à devenir lumineuses, par suite du liombardement que leur font subir les particules chargées qui sillonnent l'espace de toutes parts : l'origine de cette luminescence des parties superlicielles de la nébuleuse serait donc comparable à celle des aurores polaires de notre atmosphère. Gomme la majeure partie des particules de poussière est arrêtée avant d'a\oir pénétré un peu profondément à l'intérieur de la nébuleuse, c'est la périphérie seule qui est lumineuse. Quant à ce qui se trouve dans les parties profondes, nous l'ignorons absolument.
Le spectre des nébuleuses présente en général les raies de l'hydrogène, de l'hélium, et d'un autre élément, le « nébulium » dont la
2\S JlYPOTlliiSES COSMOGONIIJLES
lumière n'a été observée nulle part ailleurs. L'hélium et l'hydrogène (et sans doute aussi le néhnlium) étant des ga/ très peu condensahles, sont susceptibles d'exister à l'élat gazeux avix très basses températures que M. Aruhenius attribue aux nébuleuses : à ces températures tous les autres éléments sont liquéfiés ou solidifiés ; par suite, les parties profondes de la nébuleuse peuvent contenir ces éléments condensés ; mais les parties extérieures ne doivent contenir que les éléments gazeux, c'est-à-dire l'hydrogène et l'hélium (et le nébulium). La périphérie de la nébuleuse étant seule lumineuse, d'après M. Arkhexils, il n'est pas étonnant que le spectre de la nébuleuse ne présente que les raies de ces derniers éléments.
187. Revenons au Soleil et suivons son évolution. Le Soleil perd constamment de la chaleur; mais il contient à son intérieur des matièies radioactives ou des combinaisons endothermiques ; tout se passe donc comme s'il avait une chaleur spécifique énorme, et il possède un provision de calorique extrêmement considérable qui lui permet de continuer sa radiation pendant très longtemps — des billions d'années, dit M. Ahriiemus (il entend par là lo'- . — Mais quelle que soit la lenteur extrême du refroidissement, il arrivera un moment où la température de la surface du Soleil sera assez abaissée pour que celle-ci commence à s'encroûter. La croûte mince périphérique ainsi formée protégera l'intérieur du Soleil resté fluide contre le refroidissement qui deviendra de plus en plus lent, de même que la croûte terrestre garantit les parties profondes de la Terre (').
Le Soleil ressemblera alors à une bombe remplie d'explosifs : sa surface sera très froide, mais ses parties centrales auront conservé une température presque aussi élevée que celle qu'elles ont aujourd'hui, et il s'y trouvera encore les mêmes combinaisons endothermiques que maintenant.
Que deux pareilles bombes viennent à se rencontrer, leur choc produira une chaleur et une lumière énormes : c'est l'origine d'une étoile nouvelle.
Quelle est la probabilité pour qu'une étoile déterminée en rencontre une autre :' l'étant données les distances qui séparent en moyenne les
(') On sait que I^ord Kelvin pense, contrairement à cette o|iinion, qne la Terre est entièrement solidifiée : si en efTet son intérieur était lliiide, le pliénomèiie de la précession des écpiinoxes serait très dilTérent de celui que nous observons.
TIILOHIK UE M. AIIIIIIE.MLS
étoiles et les dimensions de celles-ci, il y a dos chances pour fjii'un choc se produise au bout d'un lenips de l'ordre de lo'" années. Mais supposons que, dans l'espace, il existe non seulement les étoiles biillantes que nous voyons, niais aussi un très grand nombre d'étoiles obscures : les chocs deviendront beaucoup plus fréquents. Si l'on veut expliquer par de telles rencontres le nombre relativement grand d'étoiles nouvelles que nous observons (soit à peu près une par an), on est amené à supposer qu'il y a environ loooo luis plus d'étoiles obscin'cs que d'étoiles brillantes ; supposition assez, peu vraisemblable, car si, dans un cube ayant pour arête la distance du Soleil à a du Centaure, il existait loooo étoiles de masse comparable à celle du Soleil, elles produiraient sur les mouvements des planètes des pertubations qui ne passeraient sans doute pas inaperçues.
Quoi qu'il en soit, supposons que deux soleils éteints encroûtés se heurtent : il se produit une A'ora. Le choc en général no sera [)as central et il en résultera un uKuivoment de rotation rapide de l'étoile nouvelle. La collision aura fait jaillir des deux corps deu-v puissants jets de matière {fifj. \o) formant comme de formidables éruptions des maté-
fifj. Ao.
riaux explosifs provenant des régions centrales. Ces deux jets, grâce à la rotation générale de l'ensemble, présenteront l'aspect d'un tourniquet. Et comme l'expansion des gaz projetés produit leur rapide refroidissement, les jets latéraux seront relativement froids, alors que le contre sera très chaud. La lumière blanche du corps central sera plus ou moins absorbée par la couche ga/euse des deux jets spiraloïdes, suivant la position de ceux-ci par rapport à l'observateur, La rotation produira don.c une alternance d'absorption et de non-absorption, c'està-dire une variation périodique du spectre de l'étoile nouvelle, ainsi
20O IlYl'OTUESES COS.MOGO.NJ<JUES
qu'on l'a observé pour la Nova Persei qui est apparue en fé\ lier 1901 dans la constellation de Persée.
La rotation extrêmement violente de la masse centrale des deux étoiles fusionnées produit une force centrifuge considérable qui transformera cette masse tournante eu une sorte de disque aplati, présentant des formes spiraloïdes : ce serait l'origine des nébuleuses spirales (').
La nébuleuse ainsi formée recevra le bombardement des corpuscules qui sillonnent l'espace : chacunes de ces particules deviendra un centre d'attraction qui se nourrira aux dépens des gaz de la nébuleuse : ainsi se formeraient les météorites à l'intérieur de la nébuleuse.
Mais les nébuleuses peuvent faire des captures bien plus importantes : elles peuvent capter de petits soleils. Lu petit soleil arrivant dans la nébuleuse attire à lui les météorites déjà formées et accroît ainsi sa masse. C'est de cette façon que les nébuleuses se transforment en amas d'étoiles. Les diverses étoiles d'un même amas seraient donc originellement étrangères l'une à l'autre : elles auraient seulement été retenues par la même nébuleuse qui les aurait arrêtées, de même qu'une toile d'araignée arrête les mouches qui essaient de la traverser. La Voie lactée elle-même pourraient avoir cette origine. Ses soleils auraient été captés par une nébuleuse gazeuse provenant d'une énorme Nova. et leur ensemble reproduirait la forme spirale de cette nébuleuse gazeuse, aujourd'hui disparue.
Chaque soleil de l'amas suivra ensuite l'évolution habituelle des étoiles : d'étoile gazeuse il deviendra étoile protométallique, puis métallique, puis étoile à spectre de bandes, sa température allant constamment en diminuant. Nous arrivons ainsi au soleil refroidi, encroûté.
M. AuiuiEMi s admet donc que, de tout temps, le Monde a suivi cette évolution alternante, les nébuleuses étant engendrées par les soleils, les soleils étant à leur tour formés dans les nébuleuses. Le cvcle de cette ■ évolution est h; suivant : étoile nouvelle, nébuleuse spirale, amas
''') Le.» nébiileiisos spirales présenlent en général pliitùt nn sjicctre conlinu qu'un spectre de gaz C'est pourquoi beaucoup d'aslronomes les considèrent comme des voies lactées exirèmement lointaines que leur grand éloignemcnt a seul empêché jusqu'ici de résoudre en étoiles. Ce n'est pas l'opinion de M. Vuriiemis qui pense que, dans les nébuleuses spirales, les couches extérieures qui masquent le corps central sont extrêmement raréfiées et ne parviennent pas h cacher le spectre des jjoussiêres iMcandc^celltes des couches profondes.
TIILOIUE VF. M. ARRHENILS
dV'loiles, soleil chaud. ;>oleil refroidi, soleil éteint. Le choc de deux soleils éteints donne de nouveau une Xova.
188. M. AuKiucNu >- pense que le Monde est infini. S'il n'en élail [)as ainsi, tlil-il, les poussières seraient chassées indélinimcnt [)ar la pression de radiation, elles ne seraient pas captées en chemin, et le monde finirait par s'évanouir. Cette raison n'est [)as convaincante, car on peut penser qu'une l'ois arrivées à de très grandes distances, les poussières ne suhissent plus la pression de radiation, la lumière étant toujours plus ou moins ahsorhée dans son parcours.
Si l'Univers est infmi, une droite de direction quelconque, issue de notre œil, doit finir par rencontrer une étoile : il semhie en résulter que le Ciel tout entier devrait avoir l'éclat du Soleil. Mais cette conclusion n'est pas légitune. [)arce que, comme nous venons de le dire, la lumière subit toujours une absorption [)lus ou moins forte dans les espaces interstellaires. Dans l'ordre d'idées de M. VaRUEMUs, cette absorption serait due aux soleils éteints, et surtout aux matières cosmiques nébuleuses obscures beaucoup plus grandes, qu'il suppose abondamment répandues dans l'espace. Ce dernier point de vue semble trouver sa confirmation dans un phénomène qu'a présenté la Aora Pcrsct : on a observé autour de cette étoile nouvelle plusieurs nébulosités sphérif(ues s'éloignant du centre, comme des ondes, avec des vitesses comparables à celle de la lumière ; il semble qu'on puisse supposer que la lumière de l'explosion est venue successivement rendre visible les diverses couches d'une immense nébuleuse, ou bien encore que c'étaient là des vitesses de propagation d'une luminescence due par exemple à un bombardement cathodique à travers une nébulosité obscure par elle-même, plutôt que des vitesses réelles de corps matériels.
189. Abordons maintenant un point très délicat de cette théorie. M. AuRUEMUs, supposant que l'Univers, dans son évolution des nébuleuses aux soleils et des soleils aux nébuleuses, décrit une sorte de cycle fermé, est amené à penser que l'Univers ne doit pas « vieillir ». 11 cherche donc à échapper à la « mort calorifique » [Warnielod) que Cla.usius avait cru pouvoir assigner à l'Lnivers, d'après le second principe de la Thermodynamique Principe de Carnot-Clausilsi.
Ce second principe, on l'énonce parfois d'une façon peu correcte en disant qu' « un système matériel tend vers l'homogénéité tant au
202 Jlïl'OTIlÈSES COSMO(;oN:nLES
poinl de vue de la distribution de la matière qu'au point de vue de la distribution des températures ». D'après cet énoncé (et en admettant que le principe puisse s'appliquer à un système infini comme l'Univers', la matière, dans son état final, serait également répandue partout d'une façon uniforme sans aucune dilTérentiation locale quelconque : ce serait la mort du système. Or, M. Aiuiuemls ne veut pas voir mourir l'Univers, et c'est pour cela qu'il s'ellbrce de mettre en échec le principe de Carnot, en tant qu'il s'agit de l'Univers. Selon lui, u l'entropie augmente dans les soleils, mais diminue dans les nébuleuses » ; autrement dit, « l'énergie est dissipée ou <( détériorée » dans les corps qui se trouvent à l'état de soleils et au contraire (1 améliorée )> dans ceux qui sont à l'état de nébuleuses » (L'Evolulion (les Mondes, Préface, p. IV).
Les nébuleuses reçoivent de la chaleur [)ar le rayonnement des étoiles : il semble donc qu'elles ne vont pas rester froides, mais tendre h se mettre finalement en équilibre de température avec les étoiles, d'après le principe de Cau>ot qui paraît exiger la tendance au nivcllcnu'itl des températures (de même qu'il sendjic exiger la tendance à la dilVusion homogène de la matière). Nous allons voir les raisons que donne M. Arrhe>'ils pour être d'un avis contraire.
190. Dans la théorie cinétique des ga/, la tendance à l'homogène s'explique d'une façon très simple : si nous avons un récipient plein de gaz et si le gaz qui remplit une moitié du réci[)ient (par exemple la moitié de droite) est plus chaud que celui qui remplit l'autre moitié (la moitié de gauche), la vitesse moyenne des molécules est plus grande à droite qu'à gauche. Mais, par suite tlu brassage [)roduit par les mouvements des molécules, les molécules de droite passent à gauche et inversement, et il finit bientôt [)ar s'établir un équilibre de tem[)ératuie dans lequel la vitesse moyenne des molécules est la même partout.
De même, si la moitié de droite du récipient avait été occupée initialement par de l'azote, et la moitié de gauche par de l'hydrogène, l'étal final eût été le mélange complet, |)ar suile du mouvement des imlécules gazeuses.
Nous n'avons aucun moyen d'ell'ecluer inversement (sans travail extérieur I le triage entre les molécules d'azote et celles d'hydrogène, ou bien entre les molécules à très grandes vitesses et celles à petites vitesses, de façon à ramener les unes à droite du récipient, les autres
TIlliOHlE DE M. VUUIIFMUS ^Sd
à gauche. Mais si nous ne savons pas faire cette opération, elle serait résolue sans peine par les « dénions » ({ua imaginés Mawmm.l. Séparons en deux notre récipient par une cloison percée de tout petits trous, pouvant ne laisser passer qu'une seule molécule à la fois. Chaque petit trou est muni d'une soupape qu'on peut à volonté ouvrir ou fermer sans Iniviil. Derrière chacune de ces soupapes, plaçons un observateur infiniment petit (démon de Maxwkll). servant en quelque sorte de douanier. Chaque fois qu'un démon verra une molécule à grande vitesse se diriger de gauche à droite, il ouvrira sa soupape pour la laisser passer ; mais il la fermera à toute molécule à petite vitesse allant dans la même direction ; de même il ouvrira la porte aux molécules à petite vitesse allant de droite à gauche, mais il la fermera aux molécules à grande vitesse allant dans la même direction. Nospetits démons, sans produire aucun travail par eux-mêmes, arriveront ainsi à accumuler à droite toutes les molécules à grandes vitesses, à gauche toutes celles à petites vitesses : ils auront séparé la masse gazeuse primitivement isotherme en deux parties à températures différentes. Ils auront tourné le principe de Gartot.
191. Pour éviter la mort calorifique de l'Univers, M. Arruenus pense avoir trouvé un mécanisme analogue se produisant naturellement. Considérons une planète, la Terre par exemple, possédant une atmosphère limitée en équilibre convectif (ou adiabatique). Une molécule de la région externe de cette atmosphère, si elle possède une vitesse suffisante 'ccUc vitesse serait de ii kilomètres par seconde pour la Terre, s'échappe pour toujours de la sphère d'attraction de la planète et continue son chemin vers l'infini. L'atmosphère delà planèle perd donc sans cesse les molécules gazeuses qui sont animées d'une vitesse suffisante. Or la distribution des vitesses obéissant dans toute région à la loi de MAX^vEM. (n" 80, p. 107), il y a toujours des molécules qui ont de grandes vitesses ; par suite l'atmospbère de la planète s'appauvrit sans cesse. Les vitesses des molécules gazeuses sont d'autant plus grandes que le gaz atmosphérique est plus chaud et plus léger. L'appauvrissement sera aussi plus fort pour une petite planète que pour une grosse, car, par la gravitation, une grosse planète retiendra plus qu'une petite ses molécules atmosphériques. C'est ainsi que la Lune, dont la masse est faible, a perdu toute son atmosphère. La Terre a perdu l'hydrogène qui est très léger, elle a conservé l'oxygène et l'azote plus lourds.
254 IIYrOTIIKSIÎS COSMO(;ONIQUES
Celle pciie tics molécules almosphériqnes joue, d'après M. Aiuuie- Mus. un rôle extrêmement important dans l'économie des nébuleuses, où la gravité est très faible, ainsi que la densité des gaz constituants. Les parlies périphériques perdront donc très facilement leurs molécules à grandes vitesses, refroidissant ainsi les couches les plus éloignées du centre. Il en résulte que la chaleur envoyée par les soleils aux nébuleuses n élève pas la icmpêralurc de celles-ci : en etîet, cette énergie communique de la vitesse à certaines molécules, mais ces molécules s'éloignent de la nébuleuse pour toujours. Ces molécules chaudes finiront par être absorbées par des soleils, contribuant ainsi à entretenir leur rayonnement.
192. Ce mécanisme nous mcl-il pour toujours à l'abri de la loi de dégradation qu'implique le principe de Carnot ?
Observons que le raisonnement s'appliquerait à un univers fini : si, par exemple, noire Monde n'était pas euclidien mais riemannien, il serait fini qiioiqu'illimilé : nous aurions donc un système fini ne se dégradant pas : c'est la négation absolue du principe de Cauxot, tel qu'on l'envisage habituellement. Que vont devenir ces particules échappées des nébuleuses? on peut supposer qu'après avoir erré dans l'Espace, elles finissent par être absorbées par les soleils en formation en leur fournissant à la fois de la matière et de l'énergie ; nous avons vu qu'elles ne sauraient suffire pour entretenir l'énergie des Soleils formés, dont la masse ne s'accroît plus.
Mais ce processus pourra-t-il se poursuivie indéfiniment ? ou bien ne viendra-t-il pas un moment où ces particules errantes rempliront les vides interstellaires, où il n'y aura plus de vide et où, jiar conséquent, les molécules n'auront plus de raison de quitter les nébuleuses. Une comparaison fera mieux comprendre notre pensée. Reprenons le cas d'une planète munie d'une atmosphère limitée en équilibre conveclif : cet équilibre convectif suppose implicitement des mouvements internes et par suite des frottements : un tel équilibre ne subsistera donc pas indéfiniment, il tendra à se transformer en équilibre isothcrmique. Dans le cas de l'équilibre isothermique, l'atmosphère n'a plus de limite supérieure, elle s'étend indéfiniment. Comment cet équilibre isothermique s'élablira-t-il P Ce sera par l'échange des molécules entre les parties hautes et les parlies basses de l'atmosphère : or, une molécule à grande vitesse partant des régions basses arrivera dans les régions hautes avec une vitesse très diminuée (à
TiiiioniE OE >i. vnniiEMis
cause (le la posanteur ; do niêmn, nno molécule se dirigeanl des régions hautes vers le bas arrivera avec une vitesse très augmentée. Il ne semble donc pas à première vue que la haute atmosphère va s'échaufTer et la basse atmosphère se refroidir. 11 semble donc qu'ici encore nous n'aurons pas tendance au nivellemement des températures, et que ce mécanisme, com[)arable à celui de AI. Auiuiemus, mettra en échec le principe de G.vhnot. Mais observons que les seules molécules qui pourront passer des régions basses vers les régions hautes sont celles (jui sont animées d'une très grande vitesse; et, bien que perdant en route une partie de cette vitesse, elles posséderont encore assez de vitesse pour échaulVer les régions hautes. L'équilibre final sera donc isotherme, conformément au principe de Carnot. Or, dans le mécanisme de M. Aukuemis, il se passe quelfjue cliose de tout pareil : les molécules [jarties des couches internes de la nébuleuse vont aller dans les régions supérieures, c'est-à-tlirc dans le vide où règne le zéro absolu: la densité et la température de ces régions supérieures, primitivement nulles, vont donc s'accroître peu à peu, c'est-à-dire que nous tendons vers l'uniformité des températures et des densités, ce qui est encore en parfait accord avec le j)rincipe de Carxot ; les nébuleuses ne s'échautl'ent pas quand les soleils leur envoient de la chaleur, mais c'est parce qu'elles cèdent à leur tour de la chaleur à une source encore plus froide, le vide dont la tenq)érature absolue est nulle.
Cependant il n'est pas tout à fait légitime de comparer les gaz des nébuleuses, et surtout les molécules égarées dans un vide presque absolu, à une atmosphère gazeuse ordinaire. En elTet, dans les gaz exlrcmcmcnt raréfiés, la vitesse des molécules n'est plus de la chaleur, c'est de la véritable foixe vive, c'est-à-dire de l'énergie non dét/radée. Si, par exemple, il n'y a qu'une seule molécule par centimètre cube, on n'a pas, dans chaque petite région élémentaire, un mélange confus de projectiles avec vitesses dirigées dans tous les sens (comme il arrive pour un gaz à la pression ordinaire, oîi ce mouvement parfaitement désordonné constitue la chaleur), mais on a, au contraire, une vitesse unique dirigée dans un sens bien déterminé. Pour agir individuellement sur chaque molécule, nous n'avons plus besoin de recourir aux démons de Max^\ell; nos instruments ordinaires pourraient suffire. Il n'.y a donc peut-être pas lieu, pour les nébuleuses, de parler de dégradation de l'énergie, toute énergie y étant purement méca-
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nique; et par suite le principe de G.vRNor, sans être en défaut, ne trouverait pas son application.
193. M. AuuHEMus indique une seconde cause qui fait que les nébuleuses, en recevant de la chaleur des soleils, voient leur température, non pas augmenter, mais au contraire diminuer. Il assimile les nébuleuses à des masses gazeuses en équilibre adiabatique, comme celles que nous avons étudiées au Chapitre Vlll (Section III), d'après M. IIoMEa Lane. Une telle masse gazeuse a une chaleur spécifique négative ; par suite, un gain de chaleur la refroidit.
Bien entendu il ne peut pas être question, cette fois, de voir dans ce processus un échec au principe de Cvuxor : c'est, au contraire, en pleine conformité avec ce principe que s'accomplit le phénomène. Considérons, par exemple deux masses, de gaz parlait, toutes deux en équilibre convcctif, mais inégalement chaudes (') : la plus chaude rayonnera vers la plus froide ; cette dernière, recevant de la chaleur, se refroidira encore, tandis que la première, 'perdant de la chaleur, s'échauffera. Les températures des deux corps, loin de se niveler, s'écarteront au contraire de plus en plus l'une de l'autre. Le principe de Cauxot est-il violé? Au contraire, il est pleinement satisfait, puisque la chaleur a passé du corps chaud sur le corps froid. C'est le phénomène inverse, le nivellement des températures, qui l'aurait violé, s'il avait eu lieu.
De cette discussion je ne veux pas tirer de conclusion définitive : il semble que, par ce processus, la mort calorifique de l'Univers sera énormément retardée, mais on [)eut croire qu'elle ne sera que retardée (^).
(') On peut, si l'on veut, placer ces deux masses aux deux fovers d'un miroir parfait ayant la forme d'un ellipsoïde de révolution : de la soi te toute l'énergie ravonnée [)ar l'une des masses est reçue par l'autre ; on a ainsi l'exemple d'un système fini, où le principe do Carnot ne tend pas à niveler les températures, au moins au début.
(-) Sur les tentatives d'extension du principe de Carnoï-Clausius à l'Univers, on peut voir Bi^uxaud Brukhes : La dcgradalloa de l'Energie, Cli. XXIV (Paris, Flammarion, 1909).
ciiÀPiTiu: XII.