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CONSIDÉRATIONS SUR LA PHYSIOLOGIE DES NERFS DE L’OEIL

De l’influence du grand sympathique sur la circulation et la nutrition do

cet organe.

Les phénomènes congestifs et oculo-pupillaires observés par Pourfour du Petit, Dupuy d’Alfort et Brechet, comme conséquences de leurs expériences sur la portion cervicale du grand sympathique, n’ont trouvé leur explication réelle qu’après la découverte que fit Henle (1840) de fibres musculaires dans la texture des vaisseaux. Dès cette époque cet auteur formulait avec une grande précision la proposition suivante : « Le mouvement du sang dépend du cœur, mais sa répartition dépend des vaisseaux. » Vers le même temps, Stilling, guidé par de simples déductions, admettait des nerfs agissant sur la musculature des vaisseaux et était le premier à les désigner sous le nom de nerfs vaso-moteurs.

C’est à Claude Bernard et à Brown-Séquard qu’on doit les premières expériences fondamentales démontrant de la façon la plus irréfutable l’existence des nerfs vaso-moteurs. Ces expériences portent sur les effets produits sur l’appareil oculaire par la paralysie ou l’excitation du grand sympathique cervical. Aussi croyons-nous devoir les rappeler ici.

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La section du cordon cervical du grand sympathique, et mieux l’arrachement de son ganglion supérieur déterminent :

1° Des phénomènes oculo-pupillaires, qui sont la constriction de la pupille, la rétraction du globe de l’œil par paralysie du muscle orbitraire de H. Millier, la diminution de l’ouverture palpébrale par suite dece retrait du globe oculaire ;

2e Des phénomènes vasculaires du côté de l’œil et de la moitié correspondante de la tête, tels que dilatation des vaisseaux artériels, capillaires et veineux; coloration rutilante du sang. De plus, il y a augmentation de la pression artérielle et de la température du côté opéré. La sensibilité est exagérée. Les propriétés des muscles et des nerfs, et les mouvements réflexes persistent plus longtemps. Enfin la rigidité cadavérique et la putréfaction surviennent moins rapidement.

De nombreuses expériences et des faits cliniques recueillis chez l’homme (plaies, tumeurs profondes du cou) sont venus confirmer ces résultats.

Tous ces phénomènes paralytiques ne sont pas permanents; au bout de quelques semaines ils diminuent, puis disparaissent complètement. Les fibres du grand sympathique ont été suppléées dans leur action par d’autres vaso-moteurs qui ayant leur origine dans la protubérance, le bulbe et la partie supérieure de la moelle, accompagnent les troncs des nerfs crâniens et se distribuent aux vaisseaux. Lorsque le grand sympathique est intact, ces fibres n’ont qu’un rôle auxiliaire ; s’il a été détruit, leur influence sur les vaisseaux augmente peu cà peu et devient bientôt telle qu’elle suffit à faire disparaître tous les phénomènes paralytiques.

Toutefois cetle suppléance n’est pas aussi complète que pourrait le faire supposer le passage précédent que nous avons emprunté en partie à l’ouvrage de M. Yulpian sur les vaso-moteurs. Il est vrai que les troubles vasculaires disparaissent, mais les accidents oculo-pupillaires persistent jusqu’à la mort, et nous croyons avoir été le premier à le constater, ce dernier fait n’ayant jusqu’à présent été signalé par personne. Il nous a été démontré par l’observation (1) d’un malade atteint d’une tumeur cancéreuse du cou qui comprimait les nerfs profonds de cette région. La compression du grand sympathique se traduisait par tous les phénomènes de paralysie vaso-motrice que nous venons de décrire. Or, tous ces accidents disparurent, sauf l’atrésie pupillaire qui persista jusqu’à la mort.

Nous ne parlerons pas des connexions physiologiques des nerfs sympathiques oculaires avec les ganglions de la chaîne sympathique, ni avec les racines des nerfs spinaux et les centres médullaires, tout cela étant en dehors de notre sujet. Nous insisterons seulement sur l’influence qu’exercent d’autres nerfs sur les nerfs incitateurs de la musculature vasculaire.

Nous venons de voir que la section du sympathique cervical paralyse les vaisseaux. L’excitation des mêmes nerfs par 1 électricité produit l’effet inverse, à savoir la constriction des vaisseaux. Le nom de vaso-constricteurs (Vulpian) , leur convient donc parfaitement. Chose digne de remarque, la dilatation ou la constriction des vaisseaux sont sollicitées le plus souvent par voie réflexe. En voici des

(1) Panas, Mémoire sur la compression de la partie cervicale el thoracique ilu nerf grand sijmpalliiqiie. (Mém. de la Société de cltirurqie, 1 868. i

exemples que nous empruntons à l’ouvrage du professeur Yulpian.

Une main étant plongée dans l’eau froide, la température de l’autre main s’abaisse (BrownrSéquard et Tholozan).

Vient-on à exciter le bout central d’un nerf sensitif ou mixte? il se produit un resserrement de la plupart des vaisseaux du corps. La tension du sang augmente, ce qui se traduit par une élévation de la colonne d’un hémo-dynamomètre placé dans la carotide (Yulpian).

La congestion de l’oreille du lapin à la suite de l'excitation du bout central de l’auriculo-cervical est une action dilatatrice vasculaire réflexe (Snellen, Rouget).

L’expérimentation physiologique est venue nous apprendre qu’il existe des nerfs ganglionnaires dont l’action est diamétralement opposée. Lorsqu’on les excite, les vaisseaux soumis à leur influence se dilatent, et cela directement par une action centrifuge.

La connaissance de ces nerfs qu’on peut appeler vaso-dilatateurs (Yulpian) est due à Claude Bernard.

Ce physiologiste, en excitant la corde du tympan ou le bout périphérique du lingual, après sa réunion avec la corde du tympan, détermine l’hypersécrétion de la glande sous-maxillaire : les vaisseaux de cette glande se dilatent : le sang s’écoule de la veine rutilant et par jets saccadés comme d’une artère.

Si l’on électrise les filets sympathiques qui se rendent au ganglion nerveux sous-maxillaire, on a des eflets diamétra-

(1) Yulpian, Leçons sur l’appareil vaso-moteur, etc., t. I. Paris, 187i.

lement opposés. La glande est anémiée; il y a diminution de la sécrétion.

Depuis la découverte de Claude Bernard, d’autres expérimentateurs ont été conduits à des résultats analogues sur diverses parties du corps. Claude Bernard a observé que la branche auriculo-temporale du trijumeau chez le chien exerce une action dilatatrice sur les vaisseaux de l’oreille. Vulpian a découvert récemment que l’excitation du bout périphérique du lingual amène une hypérémie notable de la langue. Eckhard a décrit sous le nom de nervi erigentes des nerfs provenant du plexus sacré, dont l’excitation amène l’érection. Celle-ci cesse par l’excitation du bout périphérique du nerf honteux interne.

Jusqu’ici, les physiologistes ne sont pas d’accord sur le mode d’action des nerfs vaso-dilatateurs. Leur influence doit probablement être considérée comme une action suspensive, une action d’arrêt sur les vaso-constricteurs.

Ce qui est certain, c’est que l’action hypérémiante de ces nerfs n’est pas intimement liée à leur action hypercrinique. Ainsi que Heidenhain l’a démontré, il suffit d’injecter chez un chien 10 centigrammes de sulfate d’atropine pour supprimer l’action sécrétante de la corde du tympan en respectant ses fonctions vaso-dilatatrices.

Claude Bernard a fait la remarque suivante: « La vascularisation qui se développe à la suite de la section des vasomoteurs-constricteurs, et, selon nous, de l’excitation des vaso-dilatateurs, n’est pas une congestion inflammatoire. Elle peut durer un temps très-long sans qu’il se produise une véritable inflammation. Les parties deviennent seulement plus vulnérables par suite de la congestion perma-

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nente ; elles sont dans une sorte d’imminence morbide. » Nous connaissons l’action des vaso-moteurs en général. Nous allons examiner ce que l’expérimentation physiologique nous a appris relativement à l’influènce des nerfs sur la circulation et la nutrition de l’œil.

Suite du rôle physiologique du grand sympathique. — Physiologie du trijumeau. — Effets de l’excitation de ce nerf.

De nombreuses expériences ont été faites par Adamück (1) , par von Hippel et Grünhagen (2) dans le but de rechercher l’influence des différents nerfs de l’œil sur la tension intraoculaire. Les effets obtenus par l’excitation du centre ciliospinal, du grand sympathique et du trijumeau sont des plus importants. Nous nous occuperons d’abord du centre ciliospinal et du grand sympathique.

Les expériences onL porté sur des animaux curarisés et soumis à la respiration artificielle.

L’excitation du centre cilio-spinal au niveau des deux dernières vertèbres cervicales a. constamment donné une augmentation de la tension intra-oculaire constatée au moyen d’un manomètre placé dans l’œil. A l’ophthalmoscope on voyait que les artères étaient rétrécies. Les veines au contraire étaient dilatées et gorgées de sang. L’excitation du

(1) Adamück. Annules d’oculistique, 1807, t. LV1II, p. 5; 1868, t. LXI, p. 176; 1869, t. LXIII, p. 73 et 108; 1870, t. LXV, p. 77; 1872, t. LXIX,

(2) Hippel et Grünhagen Arclûv fiir Oplithalmologic et Annales d’oculistique, t. LXI, p. 174; t. EX 11, p. 31 ; t. LXIII, p. 00 et 69; t. LXIV, p. 22.

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cordon cervical du grand sympathique chez le chat a donné les mêmes résultats, savoir : augmentation rapide de la tension oculaire, diminution du calibre des artères, dilatation des veines. Si l’on vient à supprimer l’excitation, tous ces phénomènes disparaissent et la tension revient à son degré initial; par contre, la section du grand sympathique cervical fait baisser la tension.

Von Hippel et Grünhagen ont constaté que l’excitation du cordon cervical sympathique ne produisait aucun effet chez le lapin, probablement par suite d’une disposition anatomique spéciale à cet animal. De plus l’excitation doit porter sur le cordon cervical lui-même et non point sur le ganglion supérieur du grand sympathique. L’excitation de ce ganglion a le même effet que la section du grand sympathique, c’est-à-dire une diminution de la pression intraoculaire.

Adamiick et von Hippel ont donné de ces phénomènes une interprétation différente.

Pour Adamück l’augmentation de la tension n’est nullement l’effet de l’exagération de la sécrétion intra-oculaire et de l’humeur aqueuse sous l’influence de l’excitation du grand sympathique. Elle est due à la gêne de la circulation veL neuse. Les veines sont volumineuses et gorgées de sang. Cette stase résulte de l’étranglement que subissent ces vaisseaux dans leur trajet oblique à travers la sclérotique; Là en effet, se trouvent des fibres musculaires lisses qui se contractent par suite de l’excitation du grand sympathique et s’opposent au retour du sang. Du reste, il suffit de lier les veines pour provoquer l’augmentation de la tension intra-oculaire. Celleci résulte donc de la gêne de la circulation veineuse. C’est ce

qui a lieu clans le glaucome chronique où les veines acquièrent un volume énorme.

Von Ilippel et Grünhagen ne partagent point cette opinion. Pour eux l’augmentation de la tension dépend du muscle orbitaire de Müller dont les libres se contractent lorsque le grand sympathique est excité.

L’influence du trijumeau sur la tension intra-oculaire est plus grande encore que celle du grand sympathique. L’excitation de la cinquième paire à sa sortie du crâne ou dans le crâne détermine en effet une augmentation immédiate de la tension intra-oculaire. L’œil se congestionne et devient dur comme du marbre. L’augmentation de la tension est non-seulement plus rapide, mais encore plus intense et plus durable qu’à la suite de l’excitation du grand-sympathique. La tension artérielle s’élève aussi bien que la tension intra-oculaire, ainsi que le prouve un manomètre placé dans le carotide. Ces deux phénomènes sont du reste connexes et l’un est la conséquence de l’autre.

Mais il est un lait sur lequel nous 11e saurions trop appeler l’attention. Lorsqu’on excite le cordon cervical sympathique la tension oculaire ne s’élève que du côté opéré. Lorsqu’on excite le trijumeau d’un seul côté, la tension intra-oculaire est augmentée dans les deux yeux. Cette expérience nous permet de comprendre le mécanisme des ophthalmies sympathiques. On sait que lorsqu’un œil est malade, qu’il soit affecté de corps étrangers, d’irido-choroïdite, dWôphie, etc., il n’est pas rare devoir l’autre œil resté sain pendant uii temps plus ou moins long devenir à son tour le siège de phénomènes inflammatoires graves, tels que irido-byelite* rétinite, rétino-choroïdite, etc. C’est à cette désorganisation

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d’un œil consécutivement aux lésions de l’œil de l’autre côté qu’on a donné le nom d’ophthalmie sympathique. 11 est évident que ces accidents sont de même ordre que ceux qui se produisent à la suite de l’excitation du trijumeau. C’est par l’intermédiaire de ce nerf que les lésions retentissent d’un œil sur l’autre.

L’élévation de la tension intra-oculaire consécutive à l’excitation du trijumeau n’est influencée ni par la section du grand sympathique ni par l’atropinisation. Cette impuissance de l’atropine sur la tension a son importance. Elle démontre : lu que les propriétés de la cinquième paire, à savoir son action vaso-dilatatrice et son action hypercrinique, sont indépendantes l’une de l’autre; 2° que l’augmentation de la tension intra-oculaire n’est point due à l’hypersécrétion, puisque celle-ci est supprimée par l’atropine. Cette tension est donc due à l’action vaso-dilatatrice de la cinquième paire et à la gêne de la circulation en retour. C’est du reste la conclusion formulée par von llippel.

On comprend combien il est important de savoir quelle est l’influence de l’iridectomie sur la tension intra-oculaire, celte opération constituant la partie capitale du traitement des affections qui s’accompagnent d’une exagération de cette tension. L’iridectomie n’a aucune efficacité lorsqu’elle est petite ; d’après les expériences de Grünhagen, elle ne diminue la tension qu’à la condition de s’étendre au quart de l’iris. Mais cet effet n’esL que passager ; la tension et la congestion peuvent se reproduire ultérieurement.

Cette diminution de la pression intra-oculaire consécutive à l’iridectomie ne doit pas être attribuée à l’ablation de quelques filets iriens, car on peut sectionner tout le trijumeau

sans que les effets de l’ iridectomie se trouvent influencés. Huit ou quinze jours après la même section du trijumeau, la tension de l’œil iridectomisé et qui est privé des nerfs que lui fournit la cinquième paire reste au même point. Toute fois il n'en est ainsi que si l’on a eu le soin de préserver la cornée au moyen d’une suture des paupières, la destruction de cette membrane suffisant à produire une diminution considérable de la tension.

D’après les résultats qui précèdent, von Hippel et Grünhagen concluent à l’existence dans le trijumeau des fibres qui dilatent activement les vaisseaux, et que, suivant toute probabilité, le trijumeau remplit à l’égard de l’œil le rôle d’un nerf activant la transsudation ou la sécrétion.

Des expériences sur le trijumeau ont été faites par un de nos élèves les plus distingués, le docteur Bacclii (1). L’excitation des branches de ce nerf et du ganglion de Gasser chez des animaux non anesthésiés a été suivie d’une augmentation de la tension intra-oculaire avec resserrement, puis dilatation des vaisseaux rétiniens.

Mais nous voulons surtout appeler l’attention sur une expérience qu’il fit récemment (communication personnelle), et qui a pour effet d’établir que l’excitation de la branche ophthalmique de Willis n’agit sur la circulation intra-oculaire que par l’intermédiaire du grand sympathique. Voici cette expérience :

Un chien curarisé est soumis à la respiration artificielle. On lui extirpe le ganglion cervical inférieur, opération qui est immédiatement suivie d’un rétrécissement de la pupille.

(1) Bacchi, Thèse inaugurale, Paris, 1871. Contribution à t’eluile (le l'èliologie de la scléro-choroidilc postérieure.

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Puis on pratique la section de la branche oplithalmique dans l’orbite entre deux ligatures, ce qui augmente encore le myosis. De l’atropine est instillée dans le but de voir le fond de l’œil ; après quoi on excite l’un ou l’autre des deux bouts du nerf coupé. Nous citons, pour les résultats de cette expérience, le texte même de l’observation :

« Bien que le courant employé ait été assez fort, nous » n’avons constaté aucun trouble dans la circulation oculaire. » Pas de rougeur de la conjonctive; pas d’augmentation de » la pression intra-oculaire.

» Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs fois, » est très-concluante. Elle démontre que l’influence du tri- » jumeau sur la circulation intra-oculaire s’exerce par l’in- » termédiaire du grand sympathique. Une fois ce dernier » nerf coupé, l’excitation de la branche oplithalmique du » trijumeau ne produit aucun changement dans le calibre » des vaisseaux.

» Il faut ajouter que nous avons excisé le ganglion cervical » assez haut pour détruire l’action possible des filets nerveux » qui remontent et entourent la carotide interne. »

Il est regrettable que le docteur Bacchi n’ait pas lait la même expérience sur le tronc du trijumeau ou sur le ganglion de Gasser. Scs résultats aussi bien que scs conclusions eussent été plils étendus, en même temps que plus complets.

Quant aux autres nerfs de l’œil, leur influence sur la circulation et la tension intra-oculaire est nulle. On a expérimenté sur l’oculd-moteur externe, l’oculo-moleur commun, le nerf sus-orbitaire et le ganglion ciliaire. Je dois dire cependant que la contraction des muscles droits s’accompagne d’une légère élévation de la tension intra-oculaire. Mais cette

élévation n’est que passagère et cesse aussitôt que disparaît la contraction musculaire. Ajoutons également que, d’après les expériences de von Hippel et Grünhagen, la lève de Calabar n’exerce aucune influence sur la tension intraoeulaire.

Nous venons de voir quelle était l’action des nerfs sur la tension de l’œil. Nous allons étudier maintenant le rôle que jouent ces mêmes nerfs dans la nutrition de cet organe. Ces deux phénomènes, nutrition et tension de l’œil, sont du reste intimement liés l’un à l’autre. Nous examinerons d’abord le rôle du grand sympathique, puis celui du trijumeau et des autres nerfs.

L’influence du grand sympathique sur la nutrition de l’œil est parfaitement connue depuis les recherches intéressantes de Sinitzin (1). Cet observateur a pratiqué diverses séries d’expériences, dans le but de rechercher cette influence.

Dans une première série, l’expérimentation a porté sur dix lapins auxquels on faisait subir l’arrachement du ganglion cervical supérieur et la section du cordon sympathique d’un côté. Puis, vingt-quatre heures après cette opération, on introduisait dans les deux cornées des fils de verre très-lîns.

Or, sur ces dix lapins, huit fois l’œil du côté opéré s’est montré réfractaire à l’action irritante du corps étranger, taudis que l’œil de l’autre côté était le siège d’accidents

inflammatoires violents. Quant aux deux derniers lapins, l’inflammation s’est montrée dans les deux yeux; mais elle lut plus légère et eut des suites moins graves du côté opéré. On peut conclure de ces faits que la section du grand sympa-

(\) Sinitzin, Thèse, inaugurale de Moscou. Annales d' oculistique, t. LXVil, p. 201-203. De l’influence du nerf sympathique cervical sur la nutrition île l'œil:

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Ihique a sur l’inflammation une véritable action préservatrice.

Dans une autre série d’expériences, les corps étrangers ne furent introduits dans les yeux que dix à vingt-sept jours après la section du sympathique. Les effets de paralysie vaso-motrice consécutifs à cette opération avaient disparu. Le grand sympathique avait été suppléé dans son action par les filets nerveux dont nous avons déjà parlé, et qui ont leur origine dans la protubérance, le bulbe et la partie supérieure de la moelle. Aussi les deux yeux ne furent nullement préservés, et l’inflammation fut aussi vive dansl’un que dans l’autre.

La section du grand sympathique ne réussit pas seulement à préserver les yeux de l’inflammation. Elle modifie encore celle-ci alors qu’elle s’est développée. Dans six cas la section du grand sympathique ne fut pratiquée qu’ après l’introduction des corps étrangers dans les cornées. L’inflammation se dissipa plus vite du côté opéré que du côté sain.

Dans six autres cas on fit en même temps l’ablation du ganglion cervical et la section du trijumeau d’un côté. Nous verrons plus loin qu’à la suite de la section de ce nerf, des troubles nutritifs graves se produisent du côté de la cornée, et que cette membrane ne tarde pas à s’ulcérer puis à se perforer. Or, dans ces six cas il n’y eut aucune lésion et l’œil du côté opéré resta aussi sain que l’autre.

Enfin, si un œil estdéjàle siège d’une inflammation neuroparalytique à la suite delà destruction du trijumeau, on provoque la disparition de cette inflammation ou tout au moins on l’empêche d’augmenter en sectionnant le grand sympathique.

L’auteur tire de ces expériences cette légitime conclusion, à savoir : « qu’il faut attribuer au nerf sympathique et au ganglion cervical supérieur des propriétés trophiques. »

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