‹ Lecons sur les localisations dans les maladies du cerveauChapitre 135 sur 200 · EXPÉRIENCES DE SCHIFF ET DE VULPIAN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DE SCHIFF ET DE VULPIAN

Cependant, en est-il de même chez l’homme, où, au contraire, les faisceaux de Türck ont peu d’importance, les faisceaux antérieurs proprement dits étant composés de fibres commissurales courtes, c’est-à-dire formant un faisceau dont le trajet est interrompu à chaque instant par des cellules ganglionnaires ? On peut douter qu’il en soit ainsi. D’ailleurs nous connaissons l’excitahilité du prolongement du faisceau pyramidal dans le manteau de l’écorCe cérébrale, et nous savons qu’il constitue là une languette nerveuse sous-jacente aux circonvolutions rolandiques, douée d’une excitabilité très manifeste ; on peut donc admettre que, chez l’homme, cette même excitabilité doit exister dans toute l’étendue du prolongement de ces faisceaux dans la moelle épinière.

2® A. On convient assez généralement aujourd’hui, en physiologie expérimentale, que la transmission des excitations motrices volontaires se fait exclusivement par la voie des faisceaux blancs antéro-latéraux. C’est du moins ce que les expériences de M. Vulpian, contraires sur ce point à celles de M. Schiff, semblent avoir établi d’une façon péremptoire. Chez la grenouille (et a fortiori chez les mammifères), la section des faisceaux latéraux à la région dorsale — les faisceaux postérieurs et la substance grise étant épargnés — abolit les mouvements volontaires dans le train de derrière, d’une manière définitive, c’est-à-dire, non seulement le jour de l’expérience, mais encore les jours suivants. Au contraire, la section des faisceaux postérieurs et de la substance grise laisse persister les mouvements volontaires dans les pattes postérieures.

B. Le résultat des hémisections spinales est aussi très important à considérer. Les expériences de Schiff, répétées par M. Vulpian et d’autres observateurs, ont modifié à cet égard les anciens enseignements qui remontent à Galien.

HÉMISEGTIONS SPINALES.

On croyait à la transmission absolument directe. On sait aujourd’lmi (il s’agit des animaux), quelle est en partie directe et en partie croisée. Quand vous coupez la moitié latérale de la moelle chez un cochon d’Inde, par exemple, la paralysie est d’abord très accentuée du coté correspondant; il existe aussi un peu de parésie de l’autre côté. Mais bientôt, si l’animal survit, la paralysie diminue du côté de l’bémisection, quoique persistant toujours à un certain degré. Cela tient à l’existence de commissures qui unissent les faisceaux antéro-latéraux d’un côté aux faisceaux correspondants de l'autre côté. Mais, si vous pratiquez une seconde hémisection du côté d’abord respecté, la paraplégie devient complète dans les deux membres.

C’est donc nécessairement par les cordons antéro-latéraux, et par eux seulement, que passent les incitations motrices volontaires. Il n’y pas ici, comme pour la sensibilité, conduction indifférente par tels ou tels éléments de la moelle épinière.

Ainsi, tandis que la transmission des impressions sensitives est encore possible quand la moelle a subi, à différents niveaux, deux hémisections en sens inverse, il y a dans le même cas paraplégie complète absolue de la motilité.

Mais sont-ce bien les faisceaux antéro-latéraux en bloc qui transmettent ainsi les ordres de la volonté ; ou sont-ce plus particulièrement les faisceaux pyramidaux ? L’expérimentation a presque toujours reculé devant cette analyse : « Une vivisection coupant isolément et complè-

EXPÉRIENCES DE 'WOROSCHILLOFF . 2S3

tement les faisceaux antérieurs ou les faisceaux latéraux, dit M. Vulpian, n’est pour ainsi dire pas réalisable (1). »

11 suffit, pour s’en convaincre, d’examiner la configuration d’une coupe transversale de la moelle épinière. Et, cependant, Messieurs, dans ces derniers temps, M.Woroscliiloff, mettant à profit les instruments perfectionnés qui sont d'un emploi journalier dans le laboratoire de Ludwig, a pu pratiquer sur la moelle épinière du lapin des sections très variées, quant au siège et à l’étendue des parties intéressées, et il est arrivé ainsi à produire des combinaisons qui lui ont permis de dégager le rôle des faisceaux pyramidaux dans la transmission des incitations volontaires ; il a confirmé par ce moyen les résultats obtenus antérieurement sur le môme sujet par Miesclier, Nawrocki et Dittmar.

11 s’agit, dans les expériences de Woroschiloff, de reconnaître l’influence des divers faisceaux spinaux sur l’exécution de quelques mouvements volontaires d’une analyse facile (saut, course, marche, etc.). L’étendue et la configuration des lésions sont étudiées par M. Woroschiloff avec le plus grand soin, sur des coupes durcies et reproduites photographiquément dans le travail en question.

Permettez-moi d'exposer quelques-uns des résultats auxquels ces recherches ont conduit. Ils nous intéressent tout particulièrement, puisqu’il s’agit surtout, vous le voyez, de dégager la fonction spéciale du faisceau pyramidal :

1° La section des faisceaux postérieurs ne modifie en rien les mouvements volontaires. [Fig. 16] (3).

2° Il est très remarquable que toute la moitié antérieure

(1) Dict. encycl. des sc. méd. Art. Moelle.

(2) Bericht d. Gesellsch. d. Wissanseh. iu Leipzig, 1874.

(3) Sur ces schémas, la partie foncée représente l’étendue de la section médullaire.

284 EXPÉRIENCES DE WOROSCHILOFF.

de la moelle puisse être sectionnée, sans qu’il s’en suive

aucune modification dans l’exécution des mouvements volontaires. On voit par là que la moitié postérieure suffit à cette transmission. Il n’y a donc pas de fibres longues, directement cérébrales, dans les faisceaux antérieurs. {Fig. 77.)

3° La substance grise peut être coupée dans toute son étendue, les faisceaux antéro-latéraux subsistant, sans qu’il se produise aucune modification dans les mouvements volontaires. [Fig. 78.)

4° Si, au contraire, la substance grise est intacte et que les faisceaux antéro-latéraux soient coupés des deux cotés,

les membres postérieurs sont complètement paralysés. Ceci veut dire que la substance grise ne suffit pas à la transmission des incitations volontaires. {Fig. 79.)

5° Dans le cas de section des faisceaux latéraux et postérieurs, l’animal ne se sert que de ses membres antérieurs. Le train de derrière est complètement paralysé. [Fig. 80.)

EXPÉRIENCES DE WOROSCHILOFF.

6° Enfin, si la section est totale, un seul faisceau latéral étant respecté, le membre inférieur du coté sectionné est complètement paralysé. Au contraire, du côté où. le fais-

Fig.80. Fig. 81.

ceau latéral est épargné, le membre obéit encore à la volonté; si on l’étend, l’animal le retire. {Fig. 81.) C’est donc bien par les faisceaux pyramidaux cxue se fait la transmission des incitations volontaires.

Mais il est possible que ce rôle des faisceaux pyramidaux ne soit pas exclusif; il représente sans doute la voie la plus facile, la jilus habituelle. Cependant, quand le chemin est coupé, il en est d’autres vraisemblablement que peu vent suivre, au moins dans certains cas, les commandements venus du cerveau. C’est là un point sur lequel nous aurons à revenir.

Pour en finir avec ces prodromes physiologiques, il ne nous reste plus qu’à dire un mot de l’influence exercée par les faisceaux pyramidaux sur l’activité réflexe spinale.

Déjà, nos études relatives au développement nous ont fait reconnaître que les faisceaux pyramidaux doivent être

Page 1