PARAPLÉGIE SPASMODIQUE DANS LA MYÉLITE
Vous comprenez, Messieurs, que, malgré l’intérêt qui s’attache à ce fait de la démarche spasmodique, on ne saurait voir là le caractère d’une maladie particulière, contrairement à ce qui a lieu pour la démarche des ataxiques, qui est en quelque sorte pathognomonique. C’est un symptôme commun à plusieurs maladies spinales et pour arriver au diagnostic nosographique, il faut nécessairement invoquer les symptômes concomitants.
Nous avons supposé jusqu’ici des cas de myélite transverse à début aigu ou subaigu, où les accidents arrivent rapidement à leur plus haut degré pour rétrograder ensuite. Mais il ne faut pas ignorer qu’il existe des cas dans lesquels l’affection revêt, dès l’origine, les allures d’une maladie chronique primitive. La lésion est ici encore transverse, mais elle est incomplète et son évolution est lente. Le malade, par exemple, n’a jamais été confiné au lit; c’est un paraplégique chez lequel les symptômes parétiques ont pu passer plus ou moins longtemps inaperçus. Mais la démarche a le caractère spasmodique dès l’origine, et, si lente que doive être l’évolution du mal, on doit s’attendre dans la règle à voir la paraplégie s’accompagner des autres symptômes nécessaires pour caractériser nosographiquement le genre de l’affection.
Cependant, Messieurs, il existe et il n’est pas rare de
THÉORIE DE ERB.
rencontrer dans la clinique un certain nombre de cas où les symptômes de la paralysie spasmodique, développés primitivement comme dans le cas qui précède, se montrent en quelque sorte isolés de tout autre symptôme, depuis l’origine jusqu’à la terminaison du mal, sans altération de Insensibilité, sans troubles dans les fonctions du rectum, de la vessie, etc., sans douleurs pseudonévralgiques, sans accidents céphaliques concomitants. L’affection se caractérise particulièrement aussi par une évolution lente et par une tendance marquée à l’envahissement progressif des membres supérieurs.
Ce genre de paraplégie spasmodique a paru assez spécial à quelques médecins — et je suis du nombre, — pour qu’ils aient été amenés à penser qu’il ne s’agit pas là de cas vulgaires de myélite transverse (par compression, syphilitique ou autre), accidentellement dépourvus de leurs attributs ordinaires et se présentant, comme on dit, sous la forme fruste; mais qu’il s’agit d’une affection particulière, d’une maladie autonome, se rattachant vraisemblablement à une lésion de localisation spéciale.
M. Erb est entré le premier dans cette voie en 1875. Je l’y ai bientôt suivi, ainsi qu’en témoignent mes leçons de 1876. M. Erb a désigné cette affection prétendue spéciale sous le nom de paralysie spinàle spasmodique. J’ai proposé, puisqu’il s’agissait d’un état morbide particulier, le nom de tabes dorsal spasmodique., le terme de « paralysie spasmodique » ne pouvant représenter qu’un syndrome commun à plusieurs maladies spinales. La description donnée par M. Erb ne diffère d’ailleurs par aucun trait essentiel de celle que j’ai donnée après lui. Je ne me suis écarté de M. Erb que sur un point. M. Erb a affirmé, ou peu s’en faut, que la lésion à laquelle les symptômes doivent être rattachés est actuellement connue ; elle ne serait autre que la sclérose symétrique et systématique des faisceaux latéraux. En ce qui me concerne, tout en reconnaissant la loca-