DE LA SUBSTANCE GRISE
Aujourd’hui, Messieurs, je voudrais diriger toute votre attention sur une région que nous avons déjà rencontrée plusieurs fois, incidemment, dans le cours de nos études, mais qui n’a pas encore été de notre part l’objet d’une exploration régulière. Je veux parler de l’axe gris spinal, ou, comme on dit encore plus brièvement, de la substance grise.
Inutile de faire ressortir à vos yeux que, bien qu’elle occupe dans la moelle épinière un espace relativement restreint, la substance grise est cependant, au point de vue physiologique, la partie la plus importante du centre spinal. Il suffira de rappeler qu’elle est le lieu de passage obligé pour la transmission des impressions sensitives et des impulsions motrices volontaires ou réflexes. De telle sorte que, si cette voie venait à être coupée, l’accomplissement de toutes ces fonctions serait du même coup rendue impossible.
Mais en outre, il semble aujourd’hui péremptoirement démontré que toutes les parties de la substance grise ne sont pas indistinctement affectées à l’exécution de ces diverses fonctions. Dans cet espace si limité, il y a lieu en effet d’établir physiologiquement plusieurs régions bien distinctes. Ainsi, à ce point de vue, la substance grise centrale doit être distinguée des cornes ou colonnes de substance grise. La première seule, avec les cornes postérieures pour une certaine part, joue un rôle dans la transmission des impressions sensitives, tandis que les cornes antérieures paraissent destinées exclusivement à la transmission des impulsions motrices et n’ont aucun rapport avec la sensibilité.
POLYOMYÉLITES SYSTÉMATIQUES.
Ces résultats, fondés sur l’expérimentation, ont trouvé leur confirmation clans le domaine pathologique. La maladie en effet, mieux encore que ne le peut faire le plus habile physiologiste, produit des altérations qui affectent isolément certains départements de la substance grise.
A. Or, Messieurs, ici se présente un fait capital dans l’histoire de ces lésions systématiques de la substance grise. C’est que les seules, méritant véritablement ce nom, que l’on connaisse aujourd’hui, affectent de se cantonner dans une région toujours la même, et cette région est celle des cornes antérieures.
Les affections dont il s’agit ont donc, vous le voyez, pour caractère anatomique univoque non seulement de se circonscrire dans les colonnes antérieures, mais encore de constituer une lésion exclusive, systématique dans l'acception rigoureuse du mot, c’est-à-dire emprisonnée dans la région, sans participation, sinon accidentelle, des régions voisines.
Les lésions qui reconnaissent cette localisation étroite sont presque toutes de nature irritative ou inflammatoire. On a proposé, dans ces derniers temps, de les distinguer par une dénomination qui tend à indiquer du même coup la nature du processus et le genre de la localisation : on les a appelées polyomyélites antérieures systématiques ; systématiques, car la substance grise antérieure peut être affectée incidemment, secondairement, dans des cas d’affections spinales d’un autre ordre. Il faut ajouter encore le qualificatif