‹ Lecons sur les localisations dans les maladies du cerveauChapitre 34 sur 200 · SYSTÈME DES ARTÈRES CORTICALES · texte numérisé non relu

SYSTÈME DES ARTÈRES CORTICALES

de Willis, se partagent la circulation artérielle de chaque hémisphère cérébral. Ce sont : 1° la cérébrale antérieure ; 2° la cérébrale moyenne ou artère sylvienne, issues l’une et l’autre de la carotide interne ; 3° la cérébrale postérieure, branche de la basilaire, provenant elle-même de la confluence en un seul tronc des deux artères vertébrales.

A. Chacune de ces artères, dans chaque hémisphère, règne, pour ainsi dire, sur un domaine particulier, et je vous ai déjà fait connaître, très-sommairement au moins, la topographie générale et les limites de ces grands territoires vasculaires. Ces territoires doivent être considérés, nonseulement à la surface des hémisphères, mais encore dans la profondeur de ceux-ci à l’aide de coupes.

Notre attention doit se fixer, en premier lieu, sur la surface du cerveau, comprenant les faces externe, supérieure, interne et inférieure ; et, en second lieu, sur les coupes frontales qui montreront l’importance prépondérante du territoire de la sylvienne.

Nous verrons tout à l’heure que ces territoires ou provinces peuvent être divisés en un certain nombre de départements secondaires, correspondant à la distribution d’autant d’artères secondaires, émanant des troncs principaux.

13. Ne nous arrêtons pas plus longtemps à cette première vue d’ensemble et entrons de suite dans le détail. Chacune des trois artères principales donne naissance à deux systèmes très-différents de vaisseaux secondaires. Le premier de ces systèmes peut être désigné sous le nom de système des artères corticales. Les vaisseaux qui le composent se répandent dans l’épaisseur de la pie-mère et s’y divisent selon un mode particulier, avant de fournir les petits vaisseaux qui pénètrent dans la pulpe cérébrale et qui sont.

à proprement parler, les vaisseaux nouïTiciers de l’écorce grise et de la substance médullaire sous-jacente.

Le second système est le système central ou des ga}iy lions cô^ntraux [masses grises centrales). Les vaisseaux qui entrent dans sa constitution partent de chacune des trois artères principales, tout près de leur origine, et s’enfoncent immédiatement, sous forme d’artérioles, dans l’épaisseur des masses ganglionnaires.

Ces deux systèmes, t)ien quHls aient une origine commune, sont tout-à-fait indépendants l’un de l’autre et, à la périphérie de leur domaine, ils ne communiquent sur aucun point.

C. Nous devons étudier ces deux systèmes dans chacun des grands territoires vasculaires. Dès notre entrée dans cette étude, nous aurons à relever des traits communs et quelques traits particuliers. Tout d’abord, nous nous occuperons de l’artère sylvienne, la plus importante et la plus compliquée des trois artères cérébrales. L’histoire des deux autres s’en trouvera ensuite aisément simplifiée .

L’artère sylvienne pénètre dans la scissure de Sylvius dont il faut écarter les lèvres pour bien mettre à nu le vaisseau artériel. Mais, auparavant, elle a déjà fourni, par son bord supérieur, dans une région qu’on espace per-

foré antérieur., une série d’artères qui s’insinuent parallèlement les unes aux autres dans chacun des trous de cet espace perforé lequel est formé par de la substance blanche. Ce sont là les artères des noyaux gris centraux on, d’une façon plus spéciale, les artères du corps strié. Nous laisserons de coté, pour l’instant, le système des noyaux gris pour ne nous attacher qu’au système cortical.

ARTÈRE SYLVIENNE.

Dans le fond de la scissure de Sylvius, se voit l’insula de Reil au niveau duquel l’artère sylvienne se divise en quatre branches qui méritent chacune un nom particulier. Ces branches suivent les sillons qui séparent les circonvolutions de l’insula auxquelles elles fournissent des vaisseaux. Elles se recourbent ensuite, de dedans en dehors, pour remonter à la surface de l’hémisphère, où elles se distribuent, ainsi que nous le disions tout à l’heure, sur un certain nombre de circonvolutions fondamentales, formant là autant de’petits territoires secondaires qui correspondent à chacune de ces circonvolutions [Fig. 9).

Fig. il. — Dislribatiuu de L'artère sgloieaue. (Figure demi-schématique). — S, tronc de l’artère sylvienne qui pénètre dans la scissure de Sylvius et dont les branches divergent entre les circonvolutions de l’insula. — P, branches perforantes destinées aux noyaux gris centraux. — 1, artère de la circonvolution de Broca, ou frontale externe et inférieure. — 2, artère frontale ascendante. — 3, artère pariétale ascendante. — d et 5, artères pariéto-sphénoïdale et sphénoïdale.

Fl, Fa, Fs, l'v, 2v et 3“ circonvolutions frontales. — Fa, circonvolution frontale ascendante. — Pa, circonvolution pariétale ascendante. — LPs, lobule pariétal supérieur, — LPi, lobule pariétal inférieur. — Pc, pli courbe. — Le, lobe occipital.

Nous n’insisterons pas davantage quant à présent sur cette description, et nous allons examiner plus à fond le mode suivant lequel les artères corticales se divisent et se

BRANCHES DE l’aRTÈRE SYLVIENNE.

ramifient dans l’épaisseur de la pie-mère avant de pénétrer dans la pulpe cérébrale.

Immédiatement, je dois vous faire remarquer que les brandies, issues de la sylvieuue, se partagent en rameaux de troisième ordre, au nombre de deux ou trois pour chaque tronc secondaire. Ces rameaux constituent ainsi une sorte de squelette vasculaire sur lequel est greffé tout un système à' arborisations. C’est un système particulier très-original de petits vaisseaux qui partent non-seulement des extrémités des rameaux, mais encore de leurs troncs

Fig. 10. — A, artère principale. — B, arborisation primitive. — CC, arborisations secondaires. — 1,1, 1, artères médullaires. — 2, 2, artères corticales. — 3, réseaux des artères corticales dans la pulpe cérébrale (1).

eux-mêmes. Contrairement aux assertions de la plupart des auteurs, M. Duret affirme que ces arborisations ne s’anastomosent pas entre elles, tandis que les rameaux communiquent quelquefois avec ceux des territoires voisins (Fig. 10).

(l) Celte ligure est empruntée au travail de M. Duret iuséré dans les Archives de physiologie. 1874, p. 312.

ARTÈRKS NOURRICIÈRES.

hQ^ramilicaüoiis et les arborisations soiitsitaées dans le plan de la pie-mère. Du côt^ de la face interne de cette membrane, elles donnent naissance aux artères nourricières la pulpe encéphalique, lesquelles pénètrent celleci perpendiculairement. Tous ces vaisseaux nourriciers sont déjà des capillaires, suivant la nomenclature de M. Ch. Robin. Ce caractère les distingue des vaisseaux des ganglions centraux qui s’enfoncent dans la sub, stance blanche de la base du cerveau (espace perforé antérieur) alors qu’ils ont encore les dimensions et la structure des artères.

Le moment est venu d’observer de plus près, sur des coupes susceptibles d’être examinées au microscope, les particularités relatives à ces artères nourricières.

Sur des coupes d’ensemble d’une circonvolution faites perpendiculairement à la surface, on distingue d’abord, à la périphérie, la substance grise qui se montre sous la forme d’un feston ayant une épaisseur de 2 à 3 millimètres ; puis, en dedans, la substance médullaire composée de fibres rayonnantes et de fibres commissurales reliant une circonvolution à sa voisine. Comment, sur de pareilles coupes, se comportent les artères ? On y distingue aisément deux sortes d’artères nourricières, ainsi que l’ont reconnu, du reste, depuis longtemps plusieurs auteurs et en particulier Todd et Bowmann. De ces artères, les unes sont longues., les autres sont courtes.

1“ Les artères longues ou autrement dit médullaires se détachent des ramifications ou bien sont la terminaison des arborisations. On en voit douze ou quinze sur une coupe de circonvolution : trois ou quatre à la surface libre ; les autres se distribuent sur les deux versants ou dans le sillon de séparation. Les artères du sommet sont verticales ; l’une d’elles occupe en général la partie médiane de la circonvolution ; les artères du versant sont obliques ; celles qui occupent le fond des sillons se montrent de nouveau vertica-

ARTÈRES NOURRICIÈRES, MÉDULLAIRES ET CORTICALES. () i

les. Ces artères pénètrent clans le centre ovale jusqu’à une profondeur de trois à quatre centimètres ; elles progressent sans communiquer entre elles autrement que par de fins capillaires, et constituent de cette façon autant de petits systèmes indépendants. Disons enfin qu’elles s’approchent, parleur terminaison, de l’extrémité du système des artères centrales, mais qu’il ne s’établit aucune communication entre les deux stjstômes. Il résulte de cette disposition qu’il y a là, sur les confins des deux domaines, une espèce de terrain neutre où la nutrition s’opère moins énergiquement. Ce terrain neutre est jilus spécialement le siège de certains ramollissements lacunaires séniles centraux.

2° Les artères nourricières courtes ou corticales ont la même origine ciue les longues ; elles sont seulement plus grêles, plus courtes et s’arrêtent pour ainsi dire en chemin. Les unes vont jusqu’à la limite de la couche grise, du coté du centre médullaire ; les autres s’étendent moins loin et se terminent dans l’épaisseur de la couche grise. Ces artères courtes donnent naissance à des vaisseaux capillaires qui, conjointement à ceux qui émanent des artères longues, forment les mailles d’un réseau.

Dans les circonvolutions, le réseau possède les caractères suivants {Fig. 11) : 1° La première couche. A, aune épaisseur d’un demi-millimètre; elle est peu vascularisée ; 2*^ La seconde couche, B, correspond aux deux zones de cellules nerveuses; là, le réseau vasculaire est très-serré, à mailles polygonales très-fines; 3° sur la limite de cette couche, C, les mailles deviennent plus larges ; 4^" enfin, dans la substance médullaire, D, les mailles sont plus larges encore et allongées verticalement.

Des renseignements qui précèdent, il résulte que, au point de vue de la distribution artérielle, l’écorce grise et l’écorce blanche sous-jacente sont solidaires puisque les vaisseaux qu’elles reçoivent dérivent également des artères qui ram-

RAMOLLISSEMENTS SUPERFICIELS.

pent dans la pie-mère. Ceux-ci sont-ils oblitérés sur un point? La substance grise et la substance blanche souffriront simultanément dans les parties correspondantes, et

Fig. 11 . — 1, 1, Artères médullaires. — 1’ Groupe d'artères médullaires du sillon situé entre deux circonvolutions voisines. — 1" Artères des fibres commissurales de Gratiolet. — 2,2. 2, Artères corticales ou de la substance grise.

a. Réseau capillaire à mailles assez larges situé sous la pie-mère. — b, Réseau à mailles polygonales plus serrées, situé dans la région de la couche grise. — c. Réseau de transition a maiUes plus larges. — d, Réseau capillaire de la substance blanche.

pourront subir cette sorte de mortification qu'on nomme le ramollissement cérébral ischémique. La disposition réciproque des parties permet de vous donner un schéma du ramollissement superficiel.

Vous vous rappelez la distribution générale des vaisseaux nourriciers. Ils se dirigent parallèlement les uns aux autres vers les parties centrales comme autant de rayons . La région blanche et la région grise de l’écorce peuvent donc,

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