HÉMORRHAGIE INTRA-ENCÉPHALIQUE
cèdent en rien par leur importance clinique, à ceux qui surviennent dans les parties superficielles de l’hémisphère à la suite des altérations du système artériel cortical. Nous retrouverons dans les régions centrales du cerveau qui vont nous occuper, les altérations ischémiques signalées à propos des couches superficielles de l’encéphale, mais nous y rencontrerons, en outre, sur une grande échelle, des lésions qui ne se montrent au contraire que rarement à la périphérie. Je veux parler de l'hémorrhagie intraoicéphaligueyvégdôve, l’une des causes anatomiques le plus habituelles du syndrome apoplexie.
Il existe à cet égard, une opposition assez intéressante à relever entre les parties périphériques et les parties centrales du cerveau. Dans celles-là, l’hémorrhagie intra-encéphalique est relativement rare, tandis quelle est commune dans celles-ci. C’est là un fait dont témoignent déjà éloquemment les statistiques anciennes d’Andral et de Durand-Fardel et que les statistiques récentes ne font que confirmer. Ainsi, sur 119 cas rassemblés par Andral et Durand- Fardeh 102 fois la couche optique et le corps strié ont été le point de départ de l’hémorrhagie, 17 fois seulement le foyer a pris naissance soit dans le centre des lobes antérieurs ou postérieurs, soit à la périphérie de l’encéphale- En revanche, le ramollissement ischémique du cerveau prédomine, suivant la remarque judicieuse de Durand-Fardel, dans les parties périphériques. Les faits que j’ai recueillis à la Salpétrière confirment de tous points ces données.
Nous aurons à indiquer dans un instant, quelques-unes des conditions propres à expliquer cette opposition remarquable ; qu’il me suffise pour le moment de bien fixer vos idées sur ce point, à savoir que si les études auxquelles nous nous sommes livrés, concernant le sijstème artériel cortical, étaient une introduction nécessaire au chapitre qui traite du ramollissement ischémique de l’encéphale, les développements dans lesquels nous allons entrer aujourd’hui
sont la préface obligatoire de l’histoire non moins intéressante de l’hémorrhagie intra-encéphalique.
Vous n’avez pas oublié, Messieurs, comment les artérioles qui constituent le système central naissent de chacun des trois gros troncs artériels du cerveau, au voisinage immédiat de leur origine dans le cercle de Willis. Les artères qui forment ce système sont, en général, des vaisseaux d’une certaine importance, quant au calibre. Ce sont, en effet, des artérioles d’un millimètre et demi à un demi millimètre de diamètre, pour les artères du corps strié, d’après M. Duret.
Leur mode d’origine rappelle celui de ces jeunes rejetons qu’on voit dans les forêts pousser à la base des arbres. Cette comparaison, que j’emprunte à M. Ileubner, en outre de son caractère pittoresque, est assez juste; maisil ne faut pas la pousser trop loin, car les artères du système central, dès leur point de départ, se dirigent perpendiculairement à la direction du tronc principal.
Cette direction perpendiculaire nous remet en mémoire ce que nous avons vu à propos des artères nourricières de l’écorce de l’encéphale. Toutefois, il convient de ne pas oublier qu’il existe une différence entre les artères nourricières corticales et les artères des noyaux gris centraux: les premières, en effet, sont, à proprement parler, des capillaires — suivant, du moins, la définition deM. Robin — et les secondes, au contraire, des vaisseaux d’un certain calibre.
Un autre caractère des artères des noyaux centraux c’est que, selon l’acception donnée à ce mot parM. Cohnheim, ce sont des aW ères terminales par excellence. Si une discussion a pu s'élever, ainsi que nous l’avons vu, au sujet de l’autonomie des territoires vasculaires de l’écorce, il n’en est
plus de même pour ce qui regarde les artères centrales. Celles-ci sont tout-à-fait indépendantes les unes des autres; c’est là un point sur lequel nos auteurs sont parfaitement d’accord.
Ainsi, ditM. Heubner, on peut, à l’aide d’une seringue de Pravaz dont la pointe du trocart est émoussée, injecter une à une chacune des petites artères qui se rendent aux diverses parties du corps strié ou de la couche optique. Malgré toutes les précautions possibles, on ne parviendra jamais à injecter la couche optique ou le corps strié tout entier. Vous n’injecterez que de petits départements de chacun de ces corps ; si l’injection est poussée trop fortement, on produit des ruptures, mais le territoire vasculaire ne s’étend pas pour cela au-delà des limites qui lui sont assignées.
Les expériences multipliées de M. Duret plaident dans le même sens. Il convient d’ajouter que, dans aucune circonstance, par cette voie des artères centrales, on ne faitx>énéirer tinjection clans le domaine des artères corticales. La réciproque, je le rappelle, est également vraie, c’est-àdire qu’aucune injection, poussée dans l’une quelconque des artères du système cortical, ne se répand dans le domaine des artères centrales.
Il n’est peut-être pas sans intérêt de faire ressortir les analogies qui existent sous le rapport du mode d’origine des artères nourricières entre les parties basilaires do l’encéphale et la protubérance, voire même le bulbe.
Dans la protuhérance, la ressemblance est frappante, les artères médianes naissent à angle droit de l’artère basilaire qui est un tronc volumineux, et elles pénètrent jusqu’aux parties postérieures, parallèlement les unes aux autres, sans s’anastomoser, reproduisant delà sorte le type des artères terminales .
Dans le l)uWe, la même disposition existe, mais elle est, en quelque sorte, atténuée par une modification spéciale.
Les artères médianes du bulbe ne naissent pas directement des gros troncs de l’artère vertébrale ; elles prennent leur origine dans les artères spinales.
Il est possible déjà, si je ne me trompe, de trouver dans ce mode d’origine et de distribution des artères de la protubérance et des ganglions centraux, une des raisons d’ordre mécanique, capables d'expliquer la prédominance dans ces parties des ruptures artérielles.
Rappelez-vous que, à la superficie du cerveau où, ainsi que je vous l’ai annoncé, les liémorrhagies sont comparativement rares, les artères ne s’introduisent dans la pulpe qu’après avoir Iburni un long trajet dans la pie-mère et s’être transformées en des vaisseaux très-ténus, qui sont à proprement parler des capillaires ; rappelez-vous, dis-je, ces particularités, et vous comprendrez bien plus facilement les différences que j’ai à vous signaler en ce qui concerne les artères centrales.
1“ Le chemin du cœur aux gros ganglions de la base est très-court. Les artères qui se rendentàces ganglions émanent en quelque sorte directement des artères du cercle de Willis, c’est-à-dire d’artères de troisième ordre, en partant du cœur. C’est là mie circonstance évidemment favorable aux ruptures artérielles . Elle est, à la vérité, compensée dans une certaine proportion par le mode d’origine des vaisseaux qui s’opère à angle droit et aussi par la difiérence considérable de calibre.
2° Mises en regard des artères corticales, les artères centrales sont volumineuses, je fais allusion surtout aux artères du corps strié puisqu’elles ont un diamètre d’un demi millimètre à un millimètre et demi.
3° J’ajouterai que l’absence d’anastomoses est encore une condition fâcheuse, car, en cas d’une pression exagérée
dans un vaisseau, le dégagement est impossible en raison de l’absence bien établie de collatérales.
Les trois gros troncs artériels du cerveau, ainsi que je l’ai répété en commençant, prennent tous une part à la vascularisation des régions centrales, mais cette part est fort inégale. La cérébrale antérieure^ par exemple, envoie seulement quelques vaisseaux à la tête du corps strié et encore l’existence de ces rameaux n’est-elle pas constante. La cérébrale 'postérieure a, dans l’espèce, un domaine beaucoup plus vaste et beaucoup plus important. Elle fournit aux couches optiques, dans une grande étendue, à l’étage supérieur des pédoncules cérébraux et aux tubercules quadrijumeaux. Mais incontestablement, c’est, ici encore de môme que pour le système cortical, les artères sylviennes qui jouent le rôle prépondérant. Ces artères donnent toutes les branches qui se rendent au noyau caudé, à l’exception du petit-domaine des branches inconstantes de la cérébrale antérieure, et aux divers segments du noyau lenticulaire.
Nous prendrons en conséquence les branches de l’artère sylvienne pour type de nos descriptions. Il nous sera aisé, après cela, de compléter l’histoire du système nourricier central par quelques mots relatifs aux branches de ce système issues soit de la cérébrale antérieure, soit de la cérébrale postérieure.
Mais, avant d’entrer dans le détail de la description de ces vaisseaux, il est tout-à-fait nécessaire. Messieurs, d’envisager de plus près que nous ne l’avons fait jusqu’ici, les parties auxquelles ils vont se distribuer. Dans l’exposé qui précède, nous nous sommes bornés, pour ainsi dire, à nommer ces parties et à indiquer, d’une façon som-