CARACTÈRES CLINIQUES DE L’HÉMIANESTÉSIE CÉRÉBRALE
tains égards une confirmation, mais qui, tels qu’ils sont, nous permettent d’entrevoir déjà, le mécanisme de la production de l’hémianesthésie en question.
Il est cependant un certain nombre de traits relatifs à ce composé symptomatique et à son interprétation anatomique et physiologique, que, à dessein, j’ai laissé dans l’ombre, afin de ne point surcharger le tableau. Je me propose d’y revenir aujourd’hui.
Permettez-moi tout d’abord de résumer en quelques mots les caractères cliniques de cette espèce d’hémianesthésie que je vous ai proposé de qualifier du nom à'hémianesthésie cérébrale, pour la distinguer de toutes les autres formes d’obnubilation ou de suppression dimidiée de la sensibilité ne reconnaissant pas pour origine une lésion du cerveau proprement dit.
C’est seulement dans ces derniers temps que l’hémianesthésie cérébrale, par lésion organique grossière — Coarse disease, comme dit M. H. Jackson, avec une liberté toute anglaise — a été l’objet d’études attentives. Le tableau qu’elle présente reproduit, vous le savez, exactement les traits de l’hémianesthésie des hystériques ; celle-ci, quant à présent mieux connue, peut' nous servir de prototype.
Il s’agit, vous le savez, dans l’hystérie, d’une anesthésie unilatérale. L’anesthésie totale ne se montre là que dans des cas relativement exceptionnels . Un plan antéro-postérieur, passant par la ligne médiane du corps, établit la limite de l’insensibilité qui, sur le tronc, déborde cependant un peu en avant le sternum et en arrière la crête des apophyses épineuses. C’est là, du reste, un détail d’importance secondaire.
H6 HÉMIANESTHÉSIE DES HYSTÉRIQUES.
La tête, les membres, le tronc, d’un côté du corps sont donc affectés en même temps. Il peut naturellement y avoir des degrés dans la lésion fonctionnelle, mais elle porte fréquemment sur tous les modes de la sensibilité commune ; ainsi la sensibilité au tact, à la douleur, à la température sont souvent et simultanément obnubilées ou supprimées.
L’insensibilité s’étend aux parties profondes ; elle affecte les muscles qui peuvent être excités par l’électrisation sans que le malade en ait conscience. Les membranes muqueuses ne sont pas davantage épargnées. Ajoutons enfin, — et c’est là le point que je veux aujourd’hui faire ressortir surtout — que l’hémianesthésie n’atteint pas uniquement la sensibilité commune; elle frappe aussi les appareils sensoriels sur le côté du corps où siège l’anesthésie cutanée, et cette hémianesthésie sensorielle n’intéresse pas seulement le domaine des nerfs qui prennent naissance dans le bulbe, tels que les nerfs du goût et de l’ouïe, elle porte aussi sur les nerfs de l’odorat et de la vision, dont l’origine est dans le cerveau proprement dit.
Tel est, Messieurs, le tableau très-vulgaire de l’hémianesthésie des hystériques. Si, à celle-ci, nous comparons actuellement l’hémianesthésie cérébrale organique, nous reconnaîtrons qu’une parfaite ressemblance peut être constatée, jusque dans les moindres détails.
Cette ressemblance a été relevée déjà soigneusement par nous-même relativement à la sensibilité commune (1) et par M. Magnan, en ce qui concerne les troubles de l’ouïe, de l’odorat et du goût (2). Je ne vois rien à ajouter à ce qui a été dit sur ce sujet. Dans ces derniers temps, nous nous
(1) Charcot. — Leçons sur les maladies du système nemeux, 1“ éd., 1872.
(2) Magnan. — De V hémianesthésie de la sensibilité générale et des sens dans l'alcoolisme chronigiue. {Gtaz- hebdom., 1873, p. 729 et 746.)