THEORIE DE WALLER
ment en sens inverse, nous ignorons absolument pourquoi il en est ainsi et sur quel principe la loi est fondée. Devonsnous nous contenter de ces notions en quelque sorte purement empiriques ? Ou bien, au contraire, pouvons-nous tenter Tédiflcation d'uijie théorie pathogénique des dégénérations secondaires ? C'est là ce que nous venons actuellement rechercher avec vous.
Tous les auteurs s'accordent aujourd'hui, Messieurs, à reconnaître avec M. Bouchard, que le paradigme des dégénérations secondaires spinales doit être cherché dans le domaine des nerfs périphériques. Il s'agit de la série de faits découverts, de 1849 à 1858, par le physiologiste anglais Waller et sur lesquels repose ce qu'on appelle la Loi waUé- Tienne. Je serai bref sur ce sujet, qui appartient cependant aussi bien à la pathologie qu'à la physiologie, parce que j'aurai l'occasion d'y revenir prochainement. D'ailleurs, vous trouverez dans les leçons de Cl. Bernard sur lai physiologie du système nerveux tout ce qui concerne cette question, sur laquelle je me contenterai de rappeler un instant vos souvenirs (1).
La théorie de Waller est fondée sur ce fait général çae, lorsqu'on coupe un nerf, de manière à le séparer de son centre, ce nerf s'altère, chez les animaux supérieurs, suivant une direction déterminée. Ainsi, coupez un nerf spinal mixte au dessous du confluent des deux racines : constamment c'est le bout périphérique qui dégénère, et il dégénère dans toute son étendue ; et la dégénération porte aussi bien sur les flbres centripètes que sur les flbres centrifuges qui le composent.
(t) Cl. Bernard. — Leçons sur la physiologie et la patkoloaie dutjfst^ nervêux, t. I, p. 237.
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La cause de l'entretien de la vitalité dans les fibres neryeuses, ou, autrement dit, leurs centres trophiques doivent donc être cherchés dans la direction du névraxe. Mais, où siègent-ils en réalité? Pour les découvrir, il fallait pratiquer des sections méthodiques, tant des racines antérieures que des racines postérieures, sur divers points de leur parcours.
1® La section des racines antérieures, en quelque endroit qu'elle soit faite, est toujours suivie de la dégénération du bout périphérique, le bout central restant indemne : donc le centre trophique de ces racines et des tubes nerveux qui en émanent est dans la moelle épinière, « probablement dans la substance grise », disait Waller. Aujourd'hui, grâce aux travaux récents d'anatomie pathologique, on peut dire, avec beaucoup plus de précision, qu'il est dans les cornes antérieures, et plus précisément encore, dans les cellules dites motrices.
2** En est-il de môme pour les racines postérieures ? Non assurément ; et c'est ici la partie la plus originale et la plus inattendue de la découverte de Waller. La section étant pratiquée sur le trajet de la racine postérieure, la partie qui dégénère est non pas la périphérie de la racine, c'està-dire la portion attenante au ganglion, mais bien la partie centrale, celle qui tient à la moelle, et la dégénération peutêtre suivie dans toute l'étendue du trajet intra-spinal des faisceaux radiculaires jusqu'à la substance grise ; de telle sorte que le centre trophique, pour les nerfs sensitifs, doit être cherché dans le ganglion intervertébral ; cela est si vrai, que, si l'on extirpe ce ganglion, la dégénération frappe la racine tout entière et aussi toutes les fibres centripètes du nerf mixte.
Vous comprenez aisément, Messieurs, et sans qu'il soit nécessaire d'y insister davantage, l'application qui peut
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être faite de ces données aux dégénérations secondaires spinales. Les fibres des faisceaux qui dégénèrent par en bas, au-dessous du point lésé, sont comparables aux nerfs centrifuges issus des racines antérieures. De ce nombre sont : l^les faisceaiico pyra^nîdœux composés défibres dont le centre trophique serait dans les cellules pyramidales de récorce grise de la région rolandique ; 2° les fibres courtes des faisceaux latéraux, dont les origines se superposent de haut en bas dans les divers points du centre gris spinal. Au contraire, les faisceaux qui dégénèrent par en haut sont assimilables aux racines postérieures dont le centre trophique est périphérique. De ce nombre sont : 1^ les faisceaux cérébelleux diy^ects dont le centre trophique est dans la moelle elle-même, tandis que leur centre de terminaison est dans le cervelet ; 2® les faisceaux de Goll dont le centre trophique occupe la substance grise des régions inférieures de la moelle, et dont les centres de terminaison répondent à la substance grise de la région bulbaire. Enfin, la môme interprétation s'applique aux fibres çommissurales courtes àeB faisceaux de Bitrdach, qui, elles également, dégénèrent de bas en haut.
L'assimilation que nous venons de .faire des expériences de Waller aux faits d'anatomie pathologique relatifs aux dégénérations secondaires, toute plausible qu'elle puisse paraître, semblerait plus légitime encore si ces dégénérations des faisceaux nerveux pouvaient être reproduites expérimentalement, à coup sûr, comme c*est le cas lorsque il s'agit des nerfs sectionnés.
Or, Messieurs, les travaux récents tendent, à établir que
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les choses sont réellement ainsi. Les dégénérations fasciculées secondaires, tant de cause cérébrale que de causé spinale, peuvent être reproduites expérimentalement chez les animaux. Considérons, d'abord, les dégénérations secondaires de cause spinale. Les premières tentatives, faites par MM. Vulpian et Westphal, n'avaient pas donné de résultais décisifs. Cela tient, vous allez le reconnaître, à des circonstances qu'on ne pouvait prévoir tout d'abord. La moelle épiniêre du chien, sujet de la plupart des expériences de ce genre, bien que faite sur le modèle de la moelle de l'homme, s'en distingue cependant par quelques particularités anatomiques dont je vais vous faire saisir les traits principaux, en exposant les travaux du dernier auteur qui ait écrit sur les dégénérations secondaires expérimentales.'
Il s'agit des recherches de M. Schiefferdecker, publi^ées dans les archives de Virchow pour 1876. L'auteur a eu, à sa disposition, une centaine de chiens qui avaient servi aux expériences de MM. Goltz et Frensberg ; c'est là un matériel tout à fait exceptionnel, non seulement en raison du nombre, mais encore en raison de la qualité des sujets. En effet, ces animaux chez lesquels la moelle avait été coupée en travers au niveau de la 12* vertèbre dorsale, contrairement à ce qui a lieu, en général, à la suite d'une semblable mutilation, avaient pu, à force de soins, être conservés pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois. L'examen est fait, après la mort, sur des coupes durcies et Ton étudie successivement les dégénérations ascendantes et les dégénérations descendantes. Voici, en quelques mots, les principaux résultats obtenus.
En premier lieu, la dégénération est un fait constant : absolument comme dans le cas de nerfs spinaux sectionnés. — L'apparition des premières traces du processus morbide a pu être fixée, comme date, avec une assez grande exactitude. Dans la première semaine, déjà, on en reconnaît