‹ Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau: faites a la faculté de Médecine de (volume 2)Chapitre 94 sur 113 · PÉRIODE PASSIVE DB LA MYÉLITE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

PÉRIODE PASSIVE DB LA MYÉLITE SECONDAIRE

3® Il importe, en dernier lieu, de rechercher ce que dévient la contracture avec le temps. Souvent, très souvent, une fois constituée elle persiste pendant toute la vie. Toutefois, on pourrait citer un bon nombre de cas où, à la longue, elle s'atténue et cesse môme d'exister. En général, c'est sans grand profit pour les malheureux infirmes; si, en efiet, l'état spasmodique a disparu, les muscles ont subi des modifications plus ou moins profondes dans leur texture et présentent une émaciation extrême. D'ailleurs, les. parties ligamenteuses se sont adaptées à la situation créée par une attitude trop longtemps gardée, et, en somme, malgré le retour possible de quelques mouvements volontaires, la déformation persiste.

Actuellement, Messieurs, en manière de conclusion, je me propose de rechercher avec vous la raison physiologique des phénomènes que nous avons envisagés jusqu'ici par lé côté descriptif. Il s'agit de reconnaître, en un mot, par quel lien les symptômes se rattachent aux lésions. C'est là une entreprise toujours délicate, et, dans le cas particulier, les questions qui vont se présenter à nous ne sauraient, faute d'éléments suffisants, recevoir, quant 'à présent, une solution définitive. Vous voudrez bien, en conséquence, considérer la plupart des explications que je vais vous proposer comme éminemment provisoires et devant être modifiées un jour ou l'autre.

1** Je vous rappellerai que la lésion consécutive des faisceaux latéraux représente à l'origine, pour la majorité des

PÉRIODE d'irritation. 333

auteurs, un processus purement passif. C'est dans une seconde période seulement, correspondant au deuxième ou troisième mois, que se manifestent dans le faisceau pyramidal altéré les marques évidentes d'un processus irritatif dont le tissu conjonctif est le siège et qui légitime la dénomination de sclérose.

a) Dans'la première phase, les tubes nerveux étant séparés de leurs centres trophiques qui sont en même temps leurs centres d'excitation fonctionnelle, la situation équivaut à peu près, dans les cas très accentués, à une section du faisceau pyramidal. Cette première phase qui correspond aux quatre ou cinq premières semaines est déjà marquée, vous le savez, par une exaltation des phénomènes réflexes cutanés et par une exaltation des réflexes tendineux. Ici, on pourrait, à la rigueur, invoquer la suppression de l'influence modératrice cérébrale, qui, dans le cas de section expérimentale des faisceaux latéraux, tendrait à expliquer l'exagération des propriétés réflexes dans les parties de la moelle situées au-dessous de la section.

Mais cette condition est évidemment insuffisante pour rendre compte de la contracture. La contracture n'existe pas chez le nouveau-né, et vous savez que les faisceaux pyramidaux du nouveau-né ne sont pas encore développés ; il faut donc chercher ailleurs.

ô). Du reste, la contracture ne se manifeste qu'à l'époque où le faisceau pyramidal est déjà devenu le. siège de lésions irritatives. Je vous rappellerai d'abord les connexions anatomiques établies entre les extrémités des fibres nerveuses du faisceau pyramidal et les cellules motrices de la corne correspondante. Ces connexions sont telles que, dan^ certains cas, la lésion des tubes nerveux se propage au?: cellules ganglionnaires qui s'atrophient et au tissu conjonctif voisin. Il se produit ainsi une sorte de polyomyélUe

334 LÉSION IRRITATIVft TftSS GORNfeS ANTÉRIBURES.

untêHeure dont la coaségue&i^ est ttne ^tro]^liie miiMilair^ storvenant dans les membre pal^lysél^.

fp Mais ces cas, vous te savez, Mibl d-^e exceptionséte, ne wnstitaent pas cependant la r^fe. OlxlinaiFêmeiit, ks choses ne vont pas jusque' là. Il faut suppciser, — et ^«t ici que je vous demande une première concession, — que, soQs l'influence de Tirritatioû dont les tubes nerveux en voie de destruction sont le sè^e, les éléments ceUulaâcs (cellules ganglionnaires) s*affectentà leur tour. Or^^elle lésion, ccmimuniquée aux cdlules motrices, ^r^ât pur^ascf&t dynamique ; elle ne correi^oadr^t à aucime mDdiâcati&ii soiatomique appréciable ; ceitte iésion, si wus le ^imdffi, iiousla qualifierons d' «c irritaMM'»; ett&est analogue à ^sAb qae détennine la :8trycbnine, ma^ plus arable. Lm :pn>' priétés des éléments gangKoatoir^, bous Tinfliieme 41e cette snodification, non seulement ne ^s^teignent pas, mais encore s*exàltent; et, ainsi, rirntatioh 4se props^erait^n rayonnant à une certaine distaâ£ce par la Toied« rétiôidiAi nerveux, jusqu'aux autres éléments ganglionnaires de la même région et en particulier aux cellules sssthôsoâiques. Une exagération du pouvoir réflexe, dans tous ses modes, dans lès parties correi^ondantes de Taxe gris, serait naturellement la conséquence de cette surexcitaMlité des éléments ganglionnaires et nous fournirait la clef de caiiains phénomènes tels que Texaltation des réflexes cutanés et tendineux. Sans forcer les choses, on pourrait admettre même que la lésion irritative àasd il 0st M question p»voque également une exaltatt(m de ee moite de Taetivité réflexe spinale qui, â Tétat tK)rtnal, entrsKent la eratmetion musculaire permanente ^âùMie en iph^iolagie-SMBie nom de tonus.

ARCS DIASTALTIQUES DISTINCTS. 335

n n'est pas inutile de vous faire remarquer, Messieurs, — car c'est là un fait d'un grand intérêt pratique — que im 4ea& m&ê&s 4'aQti^ilë têâms^ spinale dont il s'agit, -sont vraisemblablement ^représentés dans la substance j^tôê par àmt, systèmes 4i0^t4tUiQueJs distincts. L'obsemation clinique démontra, ^n effet, que 4si ces deux modes à^activité ^réflexe ^sont ^S0uv^^ affectés ^simultanément, ils peuvent être néanmoiffî û^éqtienunent aussi affectés -séparément. Voici quelque» exemples tendant à prouver qu'il en est rééliraient idnsi.

l'^ Daitë Tataxie toeomotrice, lôs 3*âi9K^ ctitftnés persistent le plus souvent et sont Doéme ^guelquefois manifestement exaltés. Cependant, i&& réBa^es tendineux disparaissent de très bonne heure. Il en e^ de m^ne du tôt us musculaire. Les musG)ei^en4^»séquattôe^so&t Hasques et cette diminution du tonus ccmtnbue intionte^tablement pour une bonne part à donner à la démarche et êiux mouvements des membres, lesquels conservent d^ailteurs pendant longtemps une grande énergie, leur caractère saccadé, brusque, non raiesuré. La situation pourrait être représentée, en pareil cas^ par le scliéma suivant. ÇVoj. Fig. 86,) L'arc diastaltique des réflexes cutanés n*est pas affecté; l'arc diastaltique des réflexes tendineux et du tonus Test au contraire profondément et dès l'origine. C'est un des grands caractères de l'affection.

J'ai observé précisément, il y a peu de jours, un exemple bien remarquable de cette indépendance des arcs réflexes.

33ii ABCS DIASTALTIQUES DISTINCTS.

Un pharmacien de la province. M: X. . . , est venu me consulter pour des accidents céphaliques de tabès (migraines, vertiges, etc.) qui l'obsèdent déjà depuis plusieurs annëes. L'incoordination motrice ne s"est déclarée cependant que depuis huit ou dix mois environ; bien entendu, les réflexes tendineux sont abolis dans les menbres inférieurs et il est absolument impossible de provoquer la moindre réaction

da U iBoalIt épiniire. -

',laii«au. —B, Ssgin«nl|>ottérleur ou centripète de Tara diaaUlllqiw. illaitaltiqae CDUni coaaané lutaa dui l'atule. — K, tubHUlirf moteur. — T, aegment porijrleur oa cantrlpèta d« l'ifc diuulUqu. Tc dUiUklque muHDliire ou lendiDCux affecté diaa l'aOïta.

du triceps crural, quelque intense que soit la percussion du tendon rotulien. Mais il existe sur la face antérieure de la cuisse une plaque d'hyperesthésie dont l'excitation détermine une violente contraction réflexe des muscles fléchisseurs de la jambe ; ainsi, lorsque le malade frappe un peu

ARCS DIASTALTIQUKS DISttHCTS. 337

fort, avec la paume de la main, la région hyperestbésiée, la jambe se rétracte conTalsivemeat en arrière, mais au bout de deux ou trois secondes seulement. La nature rëfleze de cette contraction est bien évidente, attendu que tout effort de volonté est impuissant à l'empêcher. Voilà donc unataiîqne chez lequel l'arc diastaltique tendineux est interrompu.

Fig. 81. — Aret diaitalciqats tendinetix «1 ealané dam l'hyiléris. — A. esUula matrice de U moeUa «piniire. — E,E, cellul<i eitbiiodiquci. — M, le maicle. — F, Upua. — R, latiBeiit poiMrieur oa centrlpèle de l'irc dliaUlIlqDe. — K, reclne aaliciEDra ou nerf moteur. — p, \, U, uc diaiulliquc cuteot affecif din* l'hjalirle iiec hémlueithiilg et hémlpir^ia. — T, leemenl poitjrieur ou ceotripète de l'mrB dlulilljque. — M.A.H, arc dliililliiiuc mnicuLiIce an laadlneui dont 1*1 prspciitia loat eonienéu su mime eiigiréei dam l'Iijgltrie,

tandis que les voies conductrices des impressions sensitives cutanées sont manifestement intactes.

2° Je puis citer au moins un cas dans lequel les réficxes

tendineux sont exaltés, tandis que les réflexes cutanés sont

Cbârcot 21

338 SIGNIFICAHOM PHTSIOLOGIQUE DB LA GONTRACTURE.

abolis. Ce cas est celai de rhystérie avec hémianesthésie et hëiaiparésie. Les réflexes tendineux du côté correspondant à rhémianesthésie (phénomène du genou, trépidation spinale) se montrent très prononcés ; quant à la sensibilité cutanée, elle est nulle ; toutes les excitations, mêmes les plus yiolentes, restent s$ins résultat ; elles ne sont suivies d'aucun mouvement réflexe. (Voy. Fig, 87.)

30 Au contraire, dans le cas de rhéiniplégiô lâoHable liée à une lésion organique en foyer, que nous considérons particulièrement, les deux systèmes diastaitiques sont affectés, mais inégalement. Les réflexes ccitanés ne sont que modérément exaltés ; les réflexes tendineux et le tonus surtout, qui est un phénomène connexe, le sont à un très haut degré.

Quoi qu'il en soit. Messieurs, étant admise Thypothèse de rirritation des éléments ganglionnaires de la substance grise centrale, au contact des extrémités des fibres nerveuses du faisceau pjrramidal, on peut se r^idre compte de divers phénomènes relevés chemin faisant, dans le cours de notre étude descriptive.

1® La strychnine agira particulièrement sur les membres paralysés ; son action, bien que s'étendant à toute la moelle, se montrera, toutes choses égales d'ailleurs, plus intense dans les parties de l'axe gris préalablement excitées.

2*^ L'influence irritative des traumatismes portant sur les membres affectés sera transmise à l'axe central soit par les

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